Point Du Jour

  • Comment faire face à « un monde imparfait » ? Telle est la question que se pose le jeune Gilles Caron, appelé en 1960 à faire son service militaire en Algérie, dans une lettre à sa mère. Devenu reporter au sein de l´agence Gamma, il photographiera nombre de situations de con its durant la seconde moitié des années 1960, jusqu´à sa disparition en 1970 au Cambodge, à l´âge de trente ans. Ce livre propose un parcours à travers quelques-uns de ses reportages entre 1967 et 1970, d´Israël au Tchad, en passant par le Vietnam, le Biafra, Mai-68, l´Irlande du Nord et Prague. Un chapitre est consacré à ses photographies de tournage (notamment Baisers volés de François Truffaut et Week end de Jean-Luc Godard). Les historiens de la photographie Guillaume Blanc, Clara Bouveresse et Isabella Senuita éclairent le contexte historique et les conditions de production de ces images, pour certaines devenues célèbres, et leur diffusion par la presse à laquelle elles étaient destinées.

  • « Dans la galerie des sosies, on croise des stars de cinéma, des personnalités de la musique, de la politique, du sport. mais jamais d´intellectuel.l.es. La ou le disciple cite, paraphrase, commente, copie la pensée du maître, mais laisse son corps de côté. » C´est d´abord pour leur caractère surprenant que Philippe Artières a voulu publier ces photographies d´un « sosie » de Michel Foucault, mort en 1984, dont l´oeuvre irrigue son propre travail. Réalisées en 2020 durant le premier confinement, elles rendent irrévérencieusement hommage à un philosophe qui s´intéressa aux processus de « subjectivisation » et aux corps comme objets historiques.

  • Photographie documentaire et célébration de la maison individuelle sont deux axes essentiels de la culture visuelle des États-Unis. Cet essai s'attache à analyser leurs relations, à partir de l'oeuvre fondatrice de Walker Evans dans les années 1930, sur fond d'imaginaires et d'imageries qui remontent au dix-neuvième siècle.

    Avec Evans, le motif de la maison devient une manière de regarder les espaces ordinaires, entre inconnu et déjà-vu, lyrisme et neutralité, voire empathie et ironie, qu'adopteront, chacun à leur manière, des artistes américains comme Robert Adams, Lewis Baltz, Dan Graham ou Stephen Shore.

    La fécondité de ce sujet s'explique aussi par la rencontre de projets esthétiques avec des enjeux intellectuels et sociaux. Qu'il s'agisse des enquêtes des années 1930, du moment « pop » des années 1970, de la critique des banlieues ou des études culturelles, l'intérêt pour les maisons manifeste une attention aux situations collectives qu'incarne ce lieu commun de l'individualité.

  • Le corps de Donald Trump est presque partout, hors de nous, sur nos écrans, pris dans des canaux d'information qui en disséminent les images fixes et animées. Il est aussi présent en nous, de manière plus ou moins flottante, dans l'esprit de ses détracteurs comme de ses partisans.

    Le 45e président des États-Unis d'Amérique n'est toutefois pas l'unique sujet du livre. À partir de ses innombrables représentations audiovisuelles, avant comme après son élection, il s'agit ici d'explorer la fonction des images dans l'exercice du pouvoir aujourd'hui, les histoires qu'elles racontent comme les discours qu'elles conditionnent.

    Deux questions parcourent cet essai?: quel est cet étrange amour pour le pouvoir, véhiculé par les images d'un dirigeant autoritaire, auquel adhèrent des individus qui n'ont aucun intérêt à voter pour lui?? Quels contre-feux filmiques, réels ou imaginés, sont susceptibles de mobiliser les puissances des images pour se soustraire à ce pouvoir, voire pour le contrarier??

  • Diaporama fait suite à trois expositions de Constance Nouvel, présentées successivement en 2019-2020 par la Galerie In Situ ? fabienne leclerc (Paris), Le Point du Jour (Cherbourg) et le Centre photographique d´Île-de-France (Pontault-Combault). Néanmoins, ce livre ne constitue pas un catalogue des oeuvres exposées, mais bien le quatrième volet d´un cycle, qu´il synthétise et relance. À l´origine, Constance Nouvel a conçu les expositions en imaginant, sur le modèle des « plateaux » dans le jeu vidéo, un passage qui relierait trois décors d´un même univers. Le livre concrétise cette utopie et en déploie les enjeux : comment les oeuvres trouvent forme dans l´espace et en modifient-elles la perception ? À quelles images du réel l´outil photographique donne-t-il accès ? Les vues des expositions et les reproductions des oeuvres sont accompagnées d´un entretien avec le critique d´art Paul Sztulman et suivies d´un récit de science-fiction par l´historien de la photographie Michel Poivert.

  • À la fin des années 1960, l'opposition à la guerre du Vietnam, au racisme et à l'injustice sociale se radicalise aux États-Unis, avec le soutien de nombreux artistes. Le 9 septembre 1971, une révolte éclate à la prison d'Attica dans l'État de New York. Immédiatement, les détenus, en majorité noirs, font entrer journalistes, photographes et observateurs. Pour la première fois, une mutinerie est ainsi suivie de l'intérieur. Au bout de quatre jours, l'assaut est donné. La révolte se solde par quarante-trois morts et des dizaines de blessés.
    L'événement a un écho immense, entraînant enquêtes et mobilisations :
    Attica devient un symbole de la lutte contre l'arbitraire. C'est cette histoire, à la fois artistique et politique, que met en lumière le livre. Elle renvoie aux conflits raciaux qui traversent toujours les États-Unis et à la situation dramatique de ses prisons. Elle engage aussi à porter plus d'attention aux conditions de détention comme aux discriminations qui existent en France aujourd'hui.
    Outre documents et images d'archives, le livre rassemble des photographies et oeuvres graphiques d'artistes tels que Cornell Capa, Emory Douglas, Faith Ringgold, Martha Rosler, Stephen Shames, ou Frank Stella. Il comprend également six essais d'historiens de différentes disciplines ainsi qu'une introduction et un récit des événements par Philippe Artières, historien, directeur de recherches au CNRS et responsable de l'ouvrage.
    L'historienne de l'art Elvan Zabunyan consacre son essai à l'engagement des artistes américains au cours des années 1960-1970. Se plaçant du côté du « pouvoir », l'historien de la photographie Thierry Gervais analyse la manière dont Newsweek, Time ou Life rendent compte des événements tandis que, du point de vue opposé, l'historienne du cinéma Nicole Brenez revient sur les films militants réalisés à cette époque. Les historiens de la musique Jedediah Sklower et Emmanuel Parent resituent les différents morceaux consacrés à Attica dans l'évolution des musiques populaires aux Etats-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale.
    Deux essais de spécialistes de l'histoire africaine-américaine complètent cet ensemble. Le livre s'ouvre sur un panorama de la situation politique et de la contestation aux Etats-Unis, au tournant des années 1960-1970, écrit par Caroline Rolland-Diamond, professeure à l'université Paris-Ouest ; il se conclut avec un texte de Tom Holt, professeur à l'université de Chicago, sur le lien entre la prison et la discrimination raciale aux Etats-Unis.
    En proposant cette diversité de points de vue, Attica, USA, 1971 espère permettre aux lecteurs français à la fois de découvrir un événement exceptionnel et une histoire dont les échos sont encore sensibles aujourd'hui.

  • De Chris Marker, on connaît généralement quelques films phares (Le Joli Mai, La Jetée, Le Fond de l'air est rouge), et parfois la légende : l'amour des bêtes, l'indépendance farouche, l'engagement constant, le goût du secret et des images. Mais son parcours biographique et artistique reste encore à explorer. Né en 1921 et décédé le jour de sa naissance, quatre-vingt-onze ans plus tard, Chris Marker a influencé plusieurs générations d'artistes et de cinéastes à travers le monde. Proche des réalisateurs Agnès Varda et Alain Resnais, célébré par le critique André Bazin dans les années 1950, il fut un des réinventeurs du documentaire et participa au mouvement du cinéma militant dans les années 1960-70. Dès les années 1980 et jusqu'à sa mort, il s'intéressa aux nouvelles technologies.
    Composé de vingt-deux notices à la fois historiques et analytiques, ce livre prend en compte l'ensemble du corpus markerien - des premiers articles dans la revue Esprit aux films célèbres ou méconnus, en passant par les photographies, les objets multimédias, les textes de toute nature. Les reproductions, nombreuses qui courent tout au long du livre, sont des « bandes » composées généralement de trois photogrammes. Tantôt il s'agit de réaliser des montages, rapprochements d'extraits venus d'oeuvres différentes ; tantôt de faire droit au filmage de Marker, et de restituer sa force discrète d'évocation. Idéalement, ce circuit des images doit permettre une autre perception des oeuvres, parallèle à celle proposée par le texte.
    Cette forme ouverte a paru la plus à même de restituer la diversité du « phénomène » Marker, ses complexités comme ses cohérences. Also known as Chris Marker (« Connu aussi sous le nom de Chris Marker ») est moins le portrait d'un homme ou d'un auteur qu'un récit suggestif, une traversée des signes qui en tracent les possibles visages.
    Dans un important dossier-hommage publié en août 2012, au moment de la mort du cinéaste, Libération recommandait Also known as Chris Marker comme le meilleur essai consacré à Marker. Le livre, réédité à l'occasion de la manifestation « Planète Marker » au Centre Pompidou, propose une liste des oeuvres et une bibliographie actualisées.

  • L'oeuvre photographique de Raoul Hausmann est restée longtemps méconnue.
    De cet artiste-clé du XXe siècle, la postérité a d'abord retenu le rôle majeur au sein de Dada Berlin, les assemblages, les photomontages, les poèmes phonétiques, quand les vicissitudes de l'Histoire ont effacé cette autre facette, à tous égards prééminente, de son travail.
    À partir de 1927, en Allemagne, Hausmann devient un photographe prolixe, avant que sa pratique ne décline après son départ d'Ibiza en 1936. Entre ces deux dates, il aura débattu du rôle de la photographie, publié des textes théoriques, quand ses compagnons d'aventure avaient pour nom August Sander et Lázló Moholy-Nagy, lequel ne craignait pas de déclarer : « Tout ce que je sais, je l'ai appris de Raoul. » Hausmann photographe étonne. Lui dont on connaît la veine acerbe et mordante de l'époque Dada vise ici la pacification, la réconciliation, une forme de résistance au temps par la sérénité. À partir de 1926, l'atmosphère de Berlin lui semblant de plus en plus oppressante, il prolonge sans cesse ses séjours dans de petits villages sur la mer du Nord et sur la Baltique. Là, il photographie le sable, l'écume, les tourbières, des corps nus, les courbes des dunes, le blé, les brins d'herbe, l'anodin qui s'impose dans un éblouissement.
    Son attention se porte aussi sur de modestes artefacts solitaires - râpes à fromage, chaises cannées, corbeilles en osier - tous objets troués qu'il transforme en flux, voire en tourbillon de lumière. Hausmann nomme ces expérimentations « mélanographies ». Elles restituent le saisissement né de l'apparition de l'image, écrit-il, comme « la dynamique d'un processus vivant ».
    Après l'incendie du Reichtsag en 1933, Hausmann, qui sera qualifié d'artiste « dégénéré » par les nazis, quitte précipitamment l'Allemagne pour Ibiza.
    Sa pratique photographique évolue. Fasciné par la pureté des maisons paysannes en forme de cubes blancs, il réalise l'inventaire photographique de ces « architectures sans architecte ». La photographie vient alors soutenir une étude anthropologique de l'habitat vernaculaire, engagée contre les théories racialistes agitant les milieux architecturaux dans les années 1930.
    Lui-même intégré à la communauté insulaire, évoluant presque hors du temps, comme dans un « état de rêve » , Hausmann réalise encore des portraits saisissants des habitants, tout en continuant son travail sur les formes du végétal. Le déclenchement de la guerre d'Espagne et l'abandon presque immédiat du petit territoire d'Ibiza aux franquistes marquent le début d'un exil autrement pénible qui ne lui permettra plus de se consacrer de façon aussi assidue à la photographie.
    Accompagné de textes de l'historienne d'art Cécile Bargues, auteur de Après Dada. Raoul Hausmann (Madraga, 2015), ce livre est le premier entièrement consacré à son oeuvre photographique. Il accompagne l'exposition présentée au Point du Jour à l'automne prochain, puis au Jeu de Paume début 2018.

  • Spolia

    Gilles Saussier

    Spolia est une enquête sur la Colonne sans fin du sculpteur roumain Constantin Brancusi, érigée dans les Carpates méridionales en 1938. Suivant le cours du Jiu, Gilles Saussier explore les conditions de fabrication du monument et photographie l'arrière-pays minier où il a pris forme. Le récit de cette élévation par des ingénieurs et des ouvriers creusant infiniment sous terre croise l'histoire de l'art moderne et la construction de l'Europe contemporaine, de la révolution industrielle à l'effondrement du bloc communiste.

    Les spolia désignent, dans l'architecture de l'Antiquité tardive et du Moyen Âge, les remplois de matériaux et d'éléments d'anciens édifices dans de nouvelles constructions. Pluriel du substantif neutre spolium dont l'étymologie renvoie à la dépouille d'un animal, aux pillages et aux butins de guerre.

  • Comment est née la photographie ? Quelles en ont été les grandes évolutions ? Comment fut-elle utilisée dans les sciences, la presse, l'art ? Voici quelques-unes des questions qu'aborde ce livre destiné aux enfants à partir de huit ans.
    Histoires de la photographie explique en six chapitres les principaux usages et fonctions du médium. " Enregistrer " retrace les processus de fabrication des images ; " Créer ", la façon dont les artistes s'en sont servis pour produire des oeuvres. Le photomontage et la retouche sont expliqués dans " Réinventer ". " Informer " décrit le rôle de la photographie dans notre compréhension de l'actualité ; " Observer ", en quoi elle a permis de mieux connaître le monde. La conservation et le partage des images sont enfin traités dans " Rassembler ".
    Chaque chapitre accompagné d'un portfolio de photographies d'hier et d'aujourd'hui.
    Histoires de la photographie raconte ainsi non pas une histoire mais plusieurs. Le livre apporte aux enfants des connaissances sur une pratique qui leur est, depuis le numérique, familière. A travers les nombreuses images reproduites, il est aussi une invitation à découvrir et à imaginer d'autres histoires encore.

  • Le projet Studio Shakhari Bazar débute en 1997 par une exposition sous chapiteau dans Shakhari bazar, dernière poche de diversité culturelle et religieuse de Dhaka, capitale du Bangladesh. Elle se composait de portraits d'habitants, restes inutiles d'un reportage mené en 1995/96 avant que Gilles Saussier ne se détourne de ce type de production. Le dernier jour, les photographies furent distribuées aux habitants, l'exposition prenant fin au fur et à mesure que chacun emportait son portrait.
    En 2001 et 2004, Gilles Saussier documente la dissémination de ses images dans les boutiques, les intérieurs, leur cohabitation avec les posters de cinéma, les images de la culture bengalie, les photos de familles. À cette occasion, il distribue également des portraits réalisés lors de l'exposition de 1997, qui représentent des habitants tenant à la main leur portrait de 1995/96. Ces couches d'images superposées forment le fil conducteur d'un processus d'une dizaine d'années - Gilles Saussier étant revenu une dernière fois en 2006 - qui paraît épouser le rythme cette rue-méandre faite de mouvements et d'attentes. Loin du tableau exotique, elle apparaît ici comme un fleuve qui nous demeure profondément insaisissable, tout en entrant étrangement en écho avec la rue pré-haussmanienne ou les petits métiers urbains de l'Europe d'avant-guerre.
    À travers un texte d'introduction et des notations au fil de l'ouvrage, Gilles Saussier précise l'histoire de Shakhari bazar, l'évolution et les modalités de son travail.

  • Le grand ensemble

    M. Pernot


    j'espère que tu vas bien.
    le temps est froid. il a gelé blanc. je t'envoie une carte où tu vois le bâtiment en face de chez nous. il n'y a plus de grue comme tu vois mais de belles pelouses. ce sont des jeunes gens qui habitent là. où il y la croix c'était le nova service ; maintenant c'est une école maternelle provisoire. claudine s'est coupé la langue en tombant à l'école la semaine dernière. elle beaucoup saigné mais cela va bien maintenant.
    toujours pas de nouvelles de louis. ils sont fainéants ! le 11 novembre, nous avons été à ranchères en voiture. le gardien nous a conduits. marie-paule est 9e sur 36. elle travaille bien.

  • Le tableau de chasse

    En décembre 1989, Gilles Saussier photographie pour l'agence Gamma la révolution roumaine. Quinze ans plus tard, il revient à Timisoara mettre en relation ses images de presse avec les événements de 1989, le passé plus lointain et la situation actuelle du pays. Vigoureuse critique du photoreportage, Le Tableau de chasse est aussi une méditation sur l art et la mort, l histoire racontée par les pouvoirs et la mémoire des sans-voix.

  • La photographie

    Ugo Mulas

    Sous un titre apparemment anodin, La Photographie constitue en fait une oeuvre unique.
    À travers de brèves séquences d'images introduites par un texte, Mulas y parcourt l'art de son temps et fait le portrait des artistes qu'il a côtoyés. Mais outre sa valeur documentaire, cet ensemble possède également une forte dimension autobiographique et spéculative. Représentant les oeuvres dans l'espace et en présence de leurs auteurs, bien souvent au travail, Mulas est conduit à s'interroger sur sa propre pratique, au croisement de la photographie et de l'art.

    Après l'Hommage à Niépce, première de la série des Vérifications, le livre débute à New York en 1964 avec Marcel Duchamp. Il se poursuit, au cours des années 1960, dans les ateliers de Stella, Johns, Warhol et Lichtenstein. Mulas rapproche ensuite, via des notions telles que « le comportement » ou « le rituel », d'autres artistes américains tels que Rauschenberg, Chamberlain et Calder, ou italiens comme Pistoletto et Fontana.
    Il s'intéresse aussi à « la ville », en évoquant les expositions dans l'espace public de Spolète et Pesaro, puis son projet de constituer une archive photographique de Milan. Enfin, un chapitre est consacré à la Biennale de Venise au fil de ses différentes éditions.
    Les Vérifications, que Mulas réalisa dans les dernières années de sa vie, concluent le livre comme l'exposition. Dans ces planches-contacts ou associations d'images, conçues pour être présentées telles quelles, le photographe prend pour objet la photographie elle-même, ses opérations essentielles, sa relation à l'espace et au temps.
    La dernière Vérification est dédiée à Marcel Duchamp. Elle montre le rouleau de pellicule qui constituait l'Hommage à Niépce sous un verre brisé à comme une manière de conjoindre, en un dernier geste, l'enregistrement photographique et le ready-made.

    L'exposition réunit essentiellement des photographies parues dans La Fotografia (1973).
    Elle présente une centaine de tirages d'époque en noir et blanc, appartenant aux Archives Ugo Mulas à Milan. L'exposition est coproduite avec la Fondation Henri Cartier-Bresson (Paris), en collaboration avec les Archives Ugo Mulas (Milan). Elle sera présentée à la Fondation Henri Cartier-Bresson du 15 janvier au 24 avril 2016.

  • Diplopie (le fait de voir double) étudie deux effets de répétition produits par le 11-Septembre : diffusion massive d'un très petit nombre d'images dans la presse ; reprise dans ces images de celles d'une autre attaque surprise (Pearl Harbour) suivie d'une autre mobilisation nationale légitime (guerre du Pacifique). Evénement mondial sans précédent, le 11-Septembre n'illustre pas seulement une concentration économique et une diffusion instantanée, mais aussi une uniformisation imaginaire et historique.

    Dans la première partie, l'auteur fait un recensement très précis des images parues dans la presse et identifie des motifs récurrents (le nuage, les ruines, etc.). Dans la seconde, il élargit son corpus à d'autres représentations, quelques mois avant et après le 11-Septembre. Cette seconde partie, plus analytique, met en lumière des superpositions d'images, tant pour des raisons factuelles (anniversaire de Pearl Harbour en 2002) qu'idéologiques (restauration, après le Vietnam, de la guerre légitime) La force du livre est d'aborder de manière nouvelle un événement très connu ; non de manière " sentimentale " ou critique, mais en analysant les images à travers lesquels il nous est apparu.

  • Le titre évoque l'expression anglaise de « photographie vernaculaire ».
    « Vernaculaires » désigne ici des images situées hors du champ de l'art et liées à des pratiques propres à un milieu, à un usage très spécifiques.
    Si ces images sont généralement peu considérés par l'histoire de la photographie, elles jouèrent en leur temps un rôle social important.
    Clément Chéroux revient, en historien scrupuleux, sur quelques-unes de ces pratiques photographiques oubliées. Certaines se situent au croisement de la science et de l'ésotérisme au XIXe siècle, comme la photographie spirite (« La dialectiques des spectres ») ou l'enregistrement des fluides vitaux (« L'alphabet des rayons invisibles ») ; d'autres renvoient à des usages récréatifs comme la photographie foraine (« Portraits en pied de nez ») ou les techniques photographiques utilisées dans les films de Georges Méliés (« Le grand troc des trucs »).
    Ce n'est cependant pas par simple goût de la curiosité ou d'anecdotes souvent étonnantes, que ces essais ont été écrits et sont réunis ici. Plus fondamentalement, chacune de ces pratiques pose, à sa manière, question à l'histoire de la photographie. Ainsi, deux textes s'interrogent sur l'amateurisme en photographie (« L'expert et l'usager ») et la réception des photographies d'Atget (« Le décor de la rue »).
    C'est là une des vertus de la marginalité : en déplaçant les problèmes, elle les rend plus visibles, et donc plus faciles comprendre. En conclusion, Clément Chéroux appelle à une prise en compte de cette photographie vernaculaire qui invite à une relecture de l'histoire établie.

  • Dès 1979, Douglas Crimp met en rapport, contradictoire, la reconnaissance de la photographie comme art moderniste par le musée, le marché (spécificité du médium, style propre à chaque artiste, tirages originaux) et l'usage inverse, qualifié de « postmoderniste », qu'en font de jeunes artistes (mélange des médiums, reproductions multiples, ambiguïté de l'auteur). Durant les années 1980, il poursuit cette réflexion polémique, en suivant ceux qu'on qualifie désormais de « Pictures Generation », d'après son premier article « Pictures ». Au moment de l'épidémie du sida, il insiste sur l'enjeu politique de la représentation des malades et milite au sein d'Act Up New York. Il participe alors à la naissance des Queer Studies, consacrées à la construction sociale des genres sexuels.
    /> Enfin, dans les années 1990-2000, Crimp revient sur des artistes qu'il a contribué à faire connaître, en s'intéressant au contexte de production de leurs images. Ce recueil est une réflexion sur les différents modes d'appropriation de la photographie. Il évoque aussi le parcours d'un théoricien de l'art, gay new-yorkais, inscrit dans son époque.

  • Premier lauréat en 2007 du Prix du Jeu de Paume qui récompense l'oeuvre d'un artiste utilisant la photographie, Jean-Christian Bourcart livre ici une autobiographie fragmentaire à travers textes et images. Les souvenirs d'enfance, le récit familial et les débuts comme photographe de studio forment une trame à partir de laquelle se tissent finalement une existence et une oeuvre. De dérives hallucinés en Inde, jusqu'à l'Amérique contemporaine où il réalise ses dernières séries, en passant par la Bosnie en guerre, Jean-Christian Bourcart n'a eu de cesse de bouger et d'expérimenter par crainte que la mort ne le saisisse. Au fil des pages, le ton de l'auteur reste le même, simple, empathique mais sans complaisance à l'égard de lui-même et de ses proches. Le livre progresse d'émotions éprouvées en recherches d'intensité diverses, vers une forme d'apaisement toujours précaire. Au final une forme d'autofiction calmement douloureuse, surprenante, parfois drolatique, d'une vie entière.

  • Une route, un chemin est la description libre et documentée de deux territoires normands. Le littoral et le fleuve en sont les structures géographiques et imaginaires. Maxence Rifflet associe des séquences de photographies entrecoupées de courts récits à la première personne. Ces textes sont les fragments heurtés, sérieux et délirants, d'un journal de travail. Le photographe brosse le portrait de personnages, s'interroge sur ses images, et met en scène son écriture.
    La première partie rassemble trois années de travaux sur la route "touristique" qui relie Cherbourg et Coutances par la côte. Depuis sa voiture, le voyageur contemple ces sites naturels et découvre les activités qui façonnent le paysage : légumes de sable, élevages de pré-salé, ostréiculture. Mais cette route est une rupture dans le territoire : elle traverse des sites protégés et institue une séparation entre le bocage et le littoral. La route figure les tensions entre le spectacle de la nature et une inquiétude écologique. Pour le photographe, l'attitude contemplative ne s'oppose pas à son propos documentaire, elle le renforce. Cette vue de dune est un jeu de vibration de la lumière mais l'image renseigne sur l'actualité de l'érosion des côtes. Quant au portrait de cet ostréiculteur au travail, il associe la description d'un geste à la puissance suggestive d'un flux s'échappant d'un mystérieux contenant.
    En empruntant la route, Maxence Rifflet a trouvé un chemin. Son parcours sur la côte ouest de la Manche fait appel à des qualités de funambule. Nous avançons avec lui en équilibre sur un fil, entre une mer et un département par les champs et par les grèves. D'images en récits nous assistons à la construction d'un espace mental, imaginaire.
    Les Boucles de la Seine - deuxième partie du livre - désignent les terres nichées dans les méandres du fleuve. Elles ont donné son nom à un parc régional qui maintient une parenthèse verte entre Rouen et le Havre. Les photographies, ici plus lumineuses que descriptives, se passent de récit. Un texte de Jean-François Chevrier relie ces deux parties et pose un regard sur cette carte figurée, précise, expérimentale et ouverte. Pour%25250Al'historien d'art, la route, le chemin, la boucle évoquent le tracé et dessinent une métaphore psychique.

  • Au travers de six études, l'ouvrage propose une approche des stratégies employées par le surréalisme pour rendre visible les notions essentielles de son esthétique, qui concilie renouvellement de l'inspiration poétique et nécessité de l'engagement politique à l'heure de la montée du fascisme.
    Alors que l'idéalisme des années 1920, guidé par la magie de l'automatisme psychique, peine à devenir une arme idéologique, la photographie fournit à l'entourage d'andré breton les moyens de faire de l'image mentale une réalité concrète. pour y parvenir, les documents photographiques opèrent au coeur des usages surréalistes par le jeu des détournements qui donnent au surréalisme l'apparence prestigieuse d'une révolution scientifique.
    Loin d'un univers convenu de l'onirisme, les surréalistes utilisent la trivialité des documents pour s'inscrire dans l'histoire en marche. si l'étrangeté est toujours au rendez-vous -à travers une vulgaire reproduction, un simple grossissement ou encore un instantané-elle est désormais au service de la puissance de l'esprit à transformer le monde. breton, dali, brassai, man ray et tant d'autres travaillent, au passage des années 1920-1930, à cette " illumination profane " que reconnaît alors en allemagne walter benjamin, et qui traduit la conversion du surréalisme au politique.
    Cette approche anthropologique et esthétique du plus fameux courant artistique du xxe siècle montre le rôle déterminant de la photographie dans une conduite pragmatique de l'avant-garde.

  • Cristina's history

    Poursuivi sur trois territoires très différents (une petite ville polonaise, Lisbonne, la Guinée-Bissau), ce travail retrace l'histoire d'une partie de la famille de l'auteur, du XIXe siècle à nos jours. Il interroge aussi l'histoire européenne, liée aux régimes autoritaires et à l'expansion coloniale, au regard de l'identité juive. Les textes proposent un triple éclairage : artistique, politique et biographique.

  • Sans doute le plus grand sculpteur du XXe siècle, Brancusi utilisa largement le film et la photographie dans les années 1920-30 ; non seulement pour documenter son oeuvre mais aussi la penser.
    En effet, ces images mettent en effet deux de ses caractères essentiels : les relations changeantes entre la sculpture, l'espace et la lumière - que l'appareil permet d'enregistrer - , et les rapports d'une sculpture à l'autre - réunies dans un même cadrage.
    Outre les sculptures et l'atelier, on découvre l'artiste au travail, ses modèles et amis comme Man Ray, ainsi que d'étonnants autoportraits, études de matière et expérimentations photographiques.
    Les photogrammes et nombre de photographies sont ici publiés pour la première fois. L'impression en quadrichromie permet de rendre les diverses teintes des tirages noir et blanc originaux. Trois essais éclairent la notion transversale de reproduction, l'usage spécifique du cinéma et les liens de Brancusi avec Man Ray. Ils sont accompagnés d'un important appareil critique.
    Cet ensemble propose, à travers le prisme inédit de l'image, une vision nouvelle tout à la fois de l'homme, de l'artiste et de l'oeuvre.

  • À l'invitation du Point du Jour, Claire Tenu a travaillé pendant deux ans à Cherbourg. La ville que nous voyons désigne non seulement cette ville en particulier, vue à travers le livre, mais aussi toute ville, dont la découverte renouvelle une expérience semblable de la vision. Dans cette expérience, l'espace concret se superpose à un espace imaginaire ; ainsi, à Cherbourg, l'ouverture vers la mer, l'héritage napoléonien avec la construction de la rade, la peinture de Jean-François Millet natif de la région, mais aussi bien, quelle que soit la ville, la relation entre un « ici » et un « ailleurs », les traces de l'histoire, la présence vivante de l'art.
    Ce livre n'est donc pas le portrait d'une ville, fût-il fragmentaire, où s'exprimerait un « style » photographique. Il constitue plutôt une manière de voir mettant en relation différentes images - telles qu'elles apparaissent dans notre tête et sous nos yeux.
    Dans La ville que nous voyons, le regard de Claire Tenu a croisé d'autres regards. Certaines de ses photographies lui furent suggérées par les élèves et enseignants d'un collège avec lesquels elle a d'abord travaillé. D'autres évoquent des représentations anciennes qu'elle a réunies : cartes postales ou vues de Baldus, plans des digues ou dessins de Millet, photogrammes des Parapluies de Cherbourg ou encore un Songe de Jacob datant du XVIIIe siècle, conservé au musée de la ville. Précédées d'un avant-propos où Claire Tenu retrace les étapes de son travail, les séquences d'images sont entrecoupées de huit textes, entre récit et rêverie. Un essai de l'historien d'art Jean-François Chevrier apporte enfin un autre contrepoint à cet étrange concert.
    Encarté dans l'ouvrage, se trouve un livret dépliable, issu d'un travail avec les étudiants des Beaux-Arts de Cherbourg sur une sculpture de Frank Stella visible dans la ville. Commandé par la municipalité de Miami, ce kiosque à musique monumental en inox fut fabriqué en 2001 par les Constructions mécaniques de Normandie. À la suite d'un imbroglio juridico-financier, cette « cruche cassée » (Broken Jug), qui emprunte son titre à une pièce de Kleist, est restée depuis lors sur le site du chantier naval. Inachevé et sans fonction, cet objet devient ici un livre dans le livre, auquel il fait écho et dont il s'échappe.

  • Fuegogratis

    Jordi Colomer met généralement en scène des personnages dans des espaces urbains, à la fois imaginaires et concrets. Le cinéma muet, l architecture moderniste, les systèmes de langage, les avant-gardes artistiques, mais aussi les représentations communes, politiques ou commerciales, constituent des référents importants dans son travail. Le livre est constitué de séquences correspondant à une quinzaine de pièces, pour la plupart filmiques. Elles sont accompagnées de textes de différents auteurs, commissaires d exposition ou critiques d art. Deux essais et un entretien sont consacrés à l analyse de l'oeuvre en général. Notices techniques, bio et bibliographiques complètent cet ensemble. Cette monographie est à la fois un ouvrage de référence sur Jordi Colomer et un livre très visuel, qu'on aura plaisir à regarder même sans connaître les oeuvres originales.

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