Pleins Feux

  • Si le sentiment d'une " crise de la culture " est bien le lieu le plus commun de notre époque désenchantée, n'est-il pas urgent de tâcher de la penser et, si possible, d'y remédier ? d'où vient et en quoi consiste exactement cette crise de la culture, et quelle en est la véritable signification non seulement pour la société et l'humanité contemporaines, mais aussi pour l'expérience que l'homme fait du monde, de soi et d'autrui ? cette crise relève-t-elle d'un destin inexorable ou bien d'une destinée que l'action humaine pourrait espérer infléchir ?.

  • «yes we can»

    Robert Redeker

    En douze mois, entre un discours dans le New Hampshire en janvier 2008 et le discours d'investiture du nouveau président des États Unis d'Amérique en janvier 2009, le slogan de Barack Obama est devenu un logo sonore planétaire.
    L'événement est autant dans la victoire d'Obama que dans la reprise planétaire de son slogan comme s'il était un tube de musique pop. Dans cet ouvrage, Robert Redeker se propose autant de produire l'anatomie philosophique de ce slogan que de mettre en évidence les transformations de la politique et du monde rendant possible le succès sans-frontières du " Yes we can ".

  • La découverte freudienne a fait historiquement scandale en déconstruisant l'enfance réduite à un paradis d'où tout réel était exclu. On a souvent réduit ce scandale à l'affirmation d'une sexualité infantile dont la psychanalyse, à son orée, a délinéé les enjeux pour chaque sujet. Mais le véritable scandale est ailleurs. Une vérité bien plus intolérable s'y fait jour : la sexualité n'est pas naturelle pour le petit d'homme, pour celui qui parle. Elle dépend d'une machinerie mentale, d'une fiction inconsciente où les signifiants se nouent à des bouts de jouissance irréductibles impliquant le corps. C'est la découverte de la phrase jouie qu'est le fantasme et qui dénaturalise la sexualité (toute sexualité) qui est intolérable - beaucoup plus que les pratiques sexuelles précoces perverses polymorphes. La psychanalyse réarticule l'enfant et l'enfance comme période de la vie dans un discours. L'enfant est un sujet à part entière affronté à un réel - dont les émois sexuels et la rencontre amoureuse sont des formes contingentes. La clinique psychanalytique précisément a pour tache de repérer comment chaque enfant fait réponse à ce réel par un bricolage spécifique hors des modèles formatés où le discours du maître veut avoir le dernier mot. Faut-il encore que sa parole soit entendue et que les effets de jouissance qu'elle entraîne (dans le corps, la pensée) ne soient pas méconnus. A ce point, le psychanalyste, à l'École de Freud et de Lacan, est attendu. A partir de cas cliniques, les auteurs de ce livre font le pari de la cure analytique pour que parler(s) d'enfance(s) ne soit pas une vaine formule.

  • Aborder la question de l'athéisme et du matérialisme aujourd'hui, c'est être confronté aux conditions intellectuelles de notre modernité théorique.
    Qu'est-ce donc qui a changé dans notre culture qui permette de dire que le traitement de cette question s'est radicalement modifié et que nous ne pouvons plus nous positionner dans ce domaine comme autrefois ? une seule chose : l'irruption de l'instance de la science, à la fois des sciences de la nature et, spécialement, de la biologie depuis darwin, qui nous imposent une conception matérialiste du monde et de l'homme, et des sciences humaines qui nous éclairent sur l'origine des croyances religieuses et permettent de prévoir leur disparition.
    Pour autant, la science ne saurait éliminer la question proprement philosophique de dieu et justifier ainsi l'athéisme métaphysique.

  • La mort est la contradiction absolue, le mystère essentiel qu'évoquent les civilisations tant dans leurs oeuvres " éternelles " (artistiques, religieuses et philosophiques) que dans ces productions plus éphémères que sont les articles de journaux et les chansons.
    Se démarquant de cette tendance dominante qui fait de la mort le problème crucial de l'existence humaine, epicure affirme que " la mort n'est rien pour nous ", puisqu'elle est, en bonne logique, toujours extérieure à la vie. c'est dans le cadre d'une physique matérialiste orientée vers une éthique du bonheur qu'epicure adresse cette fin de non-recevoir à la question de la mort. mais son approche va-t-elle forcément de soi ?.

  • Notre modernité se caractérise par un rapport particulier à ce qui nous entoure.
    Désenchanté en comparaison des conceptions qui le précèdent, ce rapport semble reposer sur l'idée que tout pourrait devenir objet d'échange marchand - comme si la marchandise étendait progressivement son empire. Contre cette vision-là, les mouvements altermondialistes n'ont pas tardé à affirmer : " Le monde n'est pas une marchandise ", signifiant ainsi qu'il est forcément réducteur de considérer l'ensemble de notre environnement sous l'angle de la chose que l'on peut posséder.
    Mais ce slogan fonctionne-t-il vraiment ? Au nom de quoi peut-on s'opposer à cette évolution ? Et, au-delà de l'opposition qu'elle manifeste, cette formule propose-t-elle un message positif ?

  • "Oui, la République s'enseigne, ce n est pas une chose toute faite, c'est un mot composé : dedans il y a de la chose et aussi le peuple.
    C'est la façon dont le peuple apprend à lire les choses, à mettre des mots sur des choses et à déchiffrer".
    J. -P. Faye.

  • Une exploration méthodique et informée du substantif " inhumain " tel qu'il s'est constitué comme négation de l'" humain ".
    Depuis l'antiquité grecque et biblique jusqu'au questionnement contemporain sur le crime contre l'humanité et l'humanitaire, l'ouvrage propose un panorama stimulant, dense et clair.

  • Maurice Sachot analyse les processus complexes qui ont permis l'émergence et le triomphe historique du christianisme à la fin du monde antique au point de transformer le message du fils d'un obscur charpentier juif en une religion d'empire qui va bouleverser l'histoire.
    Autrement dit " comment Jésus est-il devenu le Christ ? " Lucien Guirlinger.

  • Il n'est pas possible au sujet humain dans sa finitude de tout pardonner.
    Mais il n'est pas possible de décréter qu'il existe un impardonnable absolu. On peut donc tout pardonner même si tous n'acceptent pas le pardon et c'est en ce point que la liberté rencontre sa limite.

  • La question de la croyance religieuse est au centre de la distinction entre la tolérance et la laïcité.
    Face à la croyance comme à l'incroyance, comment éviter l'intolérance ?
    La laïcité est une manière de penser l'association politique selon Catherine Kintzler.

  • Celui qui vit son existence, sa propre personne, sur ce mode-là consistant à choisir de mettre tout en jeu, soi-même, afin de se montrer, de se démontrer, de se prouver que justement, on est vraiment un homme sans accommodement, sans lâcheté, alors celui-là est sûr de mourir jeune.
    Et cette mort n'est pas une mort comme les autres. De même qu'il y a un honneur héroïque qui n'est pas l'honneur ordinaire, il y a une mort héroïque au combat qui n'est pas une mort ordinaire.

  • La laïcité n'est-elle pas, dans la pensée quil'a fondée et promue, une tolérance supérieure à l'enregistrement des faits parce qu'elle réfléchit sur eux en permettant de s'en distancier ? la réflexion, notamment philosophique, capable de trier l'essentiel et l'accessoire, n'a t'elle pas vocation à apprécier le noyau de sens des traditions diverses appelées à se croiser dans les couloirs de nos lycées ? Le souci majeur de Condorcet n'était-il pas déjà d'assurer en permanence la possibilité de la critique et du jugement, l'indépendance de la conscience et de la raison à l'égard de toute autorité extérieure ? L'idéal qui sous - tend le principe de laïcité n'est-il pas de donner les instruments de justification de ses propres adhésions ou croyances, la servitude de l'esprit étant l'incapacité de le faire ? Mais comment réfléchir avec sérénité dès lors que leurs emblèmes trop visibles interdisent de prendre le champ nécessaire à la distanciation ? Comment se distancier lorsqu'on revendique avec ostensiblement différenciant, signalant d'emblée la sécession des consciences, le retrait dans un particularisme affiché ?.

  • Diogène n'aimait pas platon, et l'auteur de la république qui commença sa carrière par la lutte et le théâtre sans jamais vraiment y renoncer, le lui rendait bien.
    Entre ces deux-là, ce fut la haine leur vie durant. normal, ils campent chacun aux deux extrémités idéologiques, métaphysiques, philosophiques. l'homme au chien aime la vie, la joie, le réel, le rire, la liberté, l'indépendance, l'individu ; l'homme aux idées chérit exactement l'inverse : la mort - voir la thanatophilie du phédon ! -, l'ascétisme, les arrière-mondes, la servitude, la dilution des subjectivités dans la communauté.
    Au-delà des siècles, diogène et platon incarnent deux façons d'appréhender le pouvoir, de le considérer et d'en user. deux anecdotes ramassent leurs conceptions. l'une, célèbre, participe de l'iconographie philosophique classique et met en présence un diogène qui bronze au cranéion, une colline de corinthe couverte de cyprès, et alexandre, le prince aux pouvoirs absolus. alexandre s'adresse à diogène et lui demande un souhait afin de jouir de l'exaucer.
    Réponse célèbre de diogène : " ôtes toi de mon soleil " - ce qui, dans une traduction moins faite pour le marbre de la postérité donne : " tires-toi, tu me fais de l'ombre ".

  • Nous vivons sous le règne de la règle. Celle-ci ne s'encombre ni de principes ni de généralités. Elle accumule les chiffres, fait série, prétend répondre à chaque cas. Sa logique est de tout intégrer partie après partie. Elle est métonymique et inductive. Prise concrètement, cette règle semble toujours ouverte, illimitée. Elle est souvent illogique (les chiffres ne sont que listes et ne renvoient à aucune réalité). Elle se proclame faussement règle qualitative tout en confondant la partie de la totalité avec la singularité qui y objecte. Un terme classique la désigne : folie totalitaire - folie quantitative. Utopie insidieuse, elle est principe de mort et asservit les peuples. Comment la contrer ? Une direction est posée par Jacques-Alain Miller : " C'est une erreur, disait Lacan, que de faire de l'inconscient un dedans. Oui, parfaitement, l'inconscient est au-dehors, il est à penser en extériorité. C'est pourquoi, oui, "l'inconscient, c'est la politique". Laissée à sa pente naturelle, la politique, nous le voyons tous les jours, est fantasmatique, mégalomaniaque, délirante. Bref : elle a besoin de psychanalystes, et de ceux, cliniciens et intellectuels, que la lecture de Lacan a formés " (Jacques-Alain Miller, Le Nouvel Ane, n° 8, février 2008, p. 3). Notre arme a un nom : c'est " le fer de lance, la pointe avancée de l'enseignement de Lacan appliqué à la guerre de civilisation en cours " (ibid.). Pour cette guerre, il s'agit pour chacun de se réinventer. Car, bien sûr, " tout est pour le mieux dans le pire des mondes possibles " (Philippe Sollers) ! Hervé Castanet.

  • Je me propose d'examiner en philosophe la délicate question de l'euthanasie.
    Est-elle l'ultime liberté, un moyen de mourir dans la dignité, ou au contraire, le symptôme d'une difficulté à assumer la finitude et la relation à autrui ? loin des dogmes médiatiques ou paresseux, il importe de se donner les moyens d'une pensée libre et argumentée. dans le but de contribuer à clarifier le débat, je procéderai à un exercice d'assainissement du vocabulaire à l'aide d'un traitement ordonné de questions.

  • Le lien familial est le seul lien qui s'inscrit d'un rapport dont on peut rêver qu'il soit naturel.
    On aimerait croire que la famille anticipe le lien social, qu'elle est un avant la société. On a pu même rêver de construire une société sur le modèle de ce lien espéré naturel, premier. Force est de constater qu'il n'en est rien - le lien familial est une forme particulière du lien social. À ce titre, il est dénaturé, variable selon l'histoire et la géographie : la nature est un pot-pourri de hors-nature.
    Les sociologues, historiens et autres anthropologues l'ont démontré au cas par cas. La psychanalyse, elle, affirme sa thèse : le lien social se constitue à partir du trou du non-rapport sexuel. Le lien social supplée au défaut du rapport entre les sexes. Le lien familial nouant des parlêtres pour lesquels l'impossible est toujours certain, les embrouilles sont au rendez-vous - et ce rendez-vous est de structure.
    Les familles de nos sociétés contemporaines indiquent assez les changements de ce qui faisait jusqu'ici l'actualité clinique autant que politique, mais attestent également de la vitalité de la famille, à travers l'invention de mille et une façons de faire lien. Le découplage contemporain entre enfant et famille fait en outre apparaître que c'est à partir de l'enfant, pris comme objet a de la famille, que celle-ci souvent se structure - souvent n'est pas toujours.
    La question tombe : la famille ne peut-elle être régie que selon la loi de l'oedipe ? Justement, une clinique orientée par le réel de la jouissance aboutit à d'autres conséquences. La psychanalyse, à l'Ecole de Freud et de Lacan, à partir de son éthique, prend en compte cette évolution rapide de la famille en accueillant ces mutations comme des formes nouvelles du lien social et en se tenant prête à répondre aux demandes symptomatiques qui pourront en émerger au cas par cas.
    Une série de cas cliniques, présentés dans cet ouvrage, déplient ces questions et nomment les bricolages auxquels les parlêtres sont interpellés pour créer du nouveau. Hervé Castanet.

  • Le contexte : le 6 mai 2007, le Président a été élu avec 53% des voix contre 47% pour son adversaire.
    Victoire nette et incontestable, ce d'autant que le taux de participation s'élève à 83,97%. Les premières mesures économiques et sociales qui envisagent la suppression de la carte scolaire, la remise en cause du contrat de travail et du droit de grève, la baisse de la fiscalité sur les très hauts revenus se veulent en rupture avec le " politiquement correct " pratiqué, selon le nouveau Président, depuis un quart de siècle.
    S'ouvre donc une période inédite en France, celle d'une droite dite " décomplexée " ou par déduction " politiquement incorrecte ". C est tout de même extraordinaire ! est une chronique de la France sous la première année de la présidence de Nicolas Sarkozy et la manière dont la fiction peut intégrer les fibres de l'histoire en marche.

  • Dans la transmission des valeurs, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé. Que dit l'homme qui dit cela, que la transmission des valeurs humaines doit être le fait de la religion et non de l'institution ? Que veut-on nous faire comprendre ? Le curé transmet seul toutes les valeurs ? Est-ce cela ? L'instituteur ne transmet lui que des connaissances, jamais des valeurs ? Est-ce bien cela ? Recevoir des savoirs de la part de l'instituteur ne peut et ne doit être en même temps reconnaissance de valeurs ? Reconnaître des valeurs données par le curé ne peut et ne doit pas être en même temps assimilation de connaissances ? De quel humain nous parle-t-on ici ? Quelle est la philosophie de ce Président de la République-là ?

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