P.o.l

  • Le jeu des ombres

    Valère Novarina

    Le théâtre est l'autre lieu. L'espace s'y appelle autrement : à droite la cour, devant la face, à gauche le jardin, au fond le lointain, au ciel les cintres, sous le plateau les dessous. Au singulier, «les dessous» deviennent le dessous, l'inférieur - qui, remis au pluriel, ouvre les enfers...
    Qui est dessous? En dessous de tout? - Le langage, le verbe, la parole. - Qui est descendu aux Enfers? - Orphée, Mahomet, Dante, le Christ.
    Qui soutient tout, nous constitue, nous structure, nous porte? nous supporte? nous sous-tend? Quel est notre sous-sol? - Notre langue. C'est sur elle que toute la construction humaine repose. C'est par elle que nous avons été (légèrement, fragilement¿!) séparés des animaux.
    Nous sommes des animaux qui ne s'attendaient pas à avoir la parole.

  • Père ancien

    Charles Pennequin

    « Père en fuite / dans mon pire / c'est le temps / mal signé / mal soignant. ».

    Père ancien est une émouvante série poétique consacrée au père, aux souvenirs de famille. Le livre regroupe des ensembles de poèmes écrits entre 1995 (poèmes du Père ce matin) et 2018. Dixhuit poèmes, à la fois chansons, élégies, refrains, aveux, qui tentent d'évoquer le souvenir du père, et plus généralement celui de la vie familiale et de l'enfance. Ce sont des bribes de paroles, des fragments de souvenirs, des mots, des phrases, des images pour transmettre la nostalgie d'un monde, d'une présence, d'une langue. Le père devient figure du poème : « j'ai fait ce rêve du père il erre dedans cette ruine / intime la nuit titube les soucoupes pleines... ».

    Ce volume est composé de plusieurs textes. Bobines, totalement inédit, s'est écrit sur plus de vingt ans. Bibine, par son sujet et son humour, peut faire penser au roman récent de l'auteur, Gabineau-les-bobines (2019). Et tout ça finit toujours en drame est tiré des sensations de lecture de l'auteur, en hommage discret à Madame Bovary de Gustave Flaubert. Le texte final, poème éponyme de l'ouvrage, est en quelque sorte une visite de la maison familiale abandonnée, suite à la disparition des parents.

  • Sonnets

    William Shakespeare

    154 Sonnets où Shakespeare dit ' je ', faisant entendre sa voix même, celle que l'on cherche en vain parmi les centaines de voix de son théâtre. Destinés à un échange intime, ils sont l'écho d'une multiple passion qui lie le Poète, l'Ami et la Maîtresse. Investissant une forme déjà éculée, Shakespeare veut montrer que la vérité toute nue est plus forte que la poésie. L'amour vécu et souffert, corps et âme, exhibe sans pudeur les affres de la conscience déchirée entre les aspirations platoniques et les vils abandons charnels. La lecture française ne doit pas trahir cette douloureuse tension vers le vrai qui bannit l'artifice et les beaux mensonges poétiques, elle doit la traduire dans sa crudité splendide et dérisoire.

  • Meta donna

    Suzanne Doppelt

    Dans la petite ville de Galatina, dans les Pouilles, on peut assister à un curieux rituel de dépossession autour de l'araignée et sa morsure. Un exorcisme dansé et chanté, sur plusieurs jours, qui permet une forme de régulation de l'ordre social, de redonner un sens au désordre, de soulager les conflits individuels et collectifs. Le pseudo poison circule entre l'araignée, les musiciens, la famille et les villageois rassemblés pour la circonstance. Il faut s'identifier à l'araignée, danser comme elle le ferait puisqu'elle se déplace en dansant, pense-t-on, sur une musique effrénée puisque sa morsure est musicale. Il est question de pauvreté, de grande fatigue, d'ennui mortel, de conflits irrésolus, et de poison donc, d'envoûtement et de désenvoûtement.
    Suzanne Doppelt s'inspire de l'extraordinaire petit film en noir et blanc de Gian Franco Mingozzi, Tarantula, tourné en 1961 dans le Salento, au sud de l'Italie. À sa manière, par des textes en prose poétique et quelques images qui jouent librement avec ces différents aspects, Suzanne Doppelt tisse une toile pour rendre hommage à cette cérémonie cathartique, ce rituel joué et symbolisé dont elle se fait l'écho aujourd'hui. Elle réinvente dans sa propre écriture ce théâtre arachnéen, magnétique au plus haut point, qui représente l'un des derniers cultes de possession en Europe.

  • L'animal imaginaire

    Valère Novarina

    Avons-nous oublié que nous étions aussi des animaux ? Que notre aventure est celle de l'animal parlant ? Dans ce nouveau texte dédié au théâtre, et qui ne se veut pas simplement le livret d'une pièce, Valère Novarina nous fait assister à la mise en espace de la parole humaine.
    « C'est un livre, écrit l'auteur, où les sons viennent se croiser et renaître. Il procède de la touche, de la retouche, du repentir. Et en cela il imite, poursuit mon travail de peinture : retrouver une toile d'il y a 12 ans, la faire pivoter d'un quart de tour, et la poursuivre autrement. » L'Animal parlant voyage parfois dans des textes anciens : les reprend à l'envers, les déplace.
    /> C'est vers ce jeu de toutes choses dans l'espace, ces aventures plurielles, cette profonde forêt d'écho que le livre tend.
    L'Animal parlant sera créé au théâtre, par l'auteur lui-même, le 20 septembre 2019 dans la grande salle du théâtre de la Colline à Paris, pour 20 représentations. Avec notamment Domi- nique Parent, Christian Pacoud, Agnès Sourdillon... Tournée en novembre à Bayonne ; décembre Villeurbanne ; janvier Sète, etc.

  • Les aveux

    Saint Augustin

    Frédéric Boyer a voulu, par une nouvelle traduction intégrale des Confessions de Saint Augustin, rendre justice à cette véritable odyssée personnelle, à ce voyage intime d ans le temps, la mémoire de soi et l'écriture. Interpellations, confidences, exhortations, aveux, micro narrations, souvenirs, hymnes, fictions, louanges, analyses exploratoires, déplorations, cris, anathèmes, psaumes, discours, chants. Augustin révolutionne ainsi la confession antique, détourne la littérature classique, et fait exploser les cadres anciens à l'intérieur desquels nous avons l'habitude de nous réfugier et de penser notre vie.
    Jamais le texte des Confessions n'avait bénéficié d'un tel travail. Toutes les traductions françaises existantes, y compris les plus récentes, restent fidèles à la réception religi euse et académique de l'oeuvre, au langage pieux et savant de l'augustinisme.
    Frédéric Boyer a voulu s'en affranchir. Ou plus exactement ne pas asservir la traduction à des automatismes de langage. Il enfonce le clou d'un débat capital : la nécessité de remettre en cause, de venir bouleverser nos traditions de réception des textes anciens.

  • « Nous, les objets, quelques-uns, ce soir, on va sortir de notre silence. On a des choses à vous dire » (le pèle-pommes). C'est donc une réunion d'objets, dans un appartement, qui discutent de leur état, de leur vie, et de ce qu'ils savent du monde. Cinq objets, choisis pour cinq acteurs :
    Une lampe, une boîte à couture, un parapluie, un pèle-pommes, une amulette. Ils parlent de leurs désirs, de ce qui leur manque, de leur histoire, de leur origine. Ils interrogent ce lien qui les unit à leur propriétaire, dont l'absence plane. Tantôt ces objets nous tendent le miroir de nos propres conflits intérieurs, de nos inquiétudes, (ils vivent plus ou moins bien leur condition d'objets, il leur arrive d'être victimes de sévices et sont capables aussi d'une violence sauvage - car les objets tuent parfois) ; tantôt, en insistant sur leurs différences d'avec nous, ils nous font mieux apercevoir notre fragilité comme notre liberté.

    La pièce sera créée le 28 novembre 2019 au Studio-Théâtre de la Comédie française, jusqu'au 5 janvier 2020 (29 représentations).
    Distribution : Claude Mathieu, Hervé Pierre, Pierre Louis-Calixte, Bakary Sangaré, Anna Cervinka. Mise en scène :
    Christine Montalbetti, et décors : Éric Ruf.

  • Deuxième mille

    Patrick Varetz

    Depuis 1993, Patrick Varetz s'est engagé dans un projet d'écriture poétique d'envergure. Défendant un retour au vers et à la poésie, il crée une sorte d'expérience littéraire d'exploration de soi. Journal intime dans lequel interviennent autant les souvenirs personnels que les lectures, les films, la musique et les chansons. En 2013, il a décidé d'écrire mille poèmes parce qu'il avait besoin d'écrire sans cesse, matin, midi, soir, la nuit quand il ne dormait pas, parce qu'il aimait l'idée que le poème puisse recueillir les pensées, les rêves, les sentiments, les colères, les peurs, les envies.
    Sept ans plus tard, il publie le deuxième volume de cette expérience poétique, le Deuxième mille. Sur le même principe que le premier volume. Le livre devient l'atelier du poète. La succession des poèmes fait apparaître ses recherches métriques, formelles, rythmiques autant que ses sujets de préoccupation. Patrick Varetz reprend son travail original sur le tercet qui s'intensifie dans ce volume. Le Je s'efface au profit du Tu qui désigne aussi bien l'auteur que ses proches ou le lecteur. On retrouve les mêmes préoccupations : le renoncement, le vide et l'imposture, la haine du père, la maladie, le suicide par pendaison. Et dans la grande tradition poétique d'un François Villon, le poème se conçoit comme une chronique de soi et du monde.

  • Un homme parle à des animaux, c'est-à-dire à des êtres sans réponse. Il prononce Le Discours aux animaux qui est une suite de douze «promenades», une navigation dans l'intérieur - c'est-à-dire d'abord dans sa langue et dans ses mots. Un homme parle à des animaux et ainsi il leur parle des choses dont on ne parle pas : de ce que nous vivons, par exemple, quand nous sommes portés à nos extrêmes, écartelés, dans la plus grande obscurité et pas loin d'une lumière, sans mots et proches d'un dénouement. Les autres siècles appelaient ça «crise intérieure», le nôtre «dépression». Valère Novarina pense que c'est un état très nécessaire, très salutaire, à ne pas soigner : l'homme a encore beaucoup à se parler à lui-même...

  • Divers chaos

    Pierre Alféri

    La poésie reste le centre névralgique du travail de Pierre Alferi. Mais, depuis La voie des airs (2004), elle a pris des formes trop grandes (comme les panneaux calligrammes du tramway dans le nord-est parisien) ou trop hybrides (livrets, prosimètres, poèmes dessinés) pour tenir dans un livre. Elle s'est aussi éparpillée en séries discrètes adaptées à des supports éphémères. divers chaos reprend et agence une quinzaine de ces suites, dont les premières versions datent, pour la plus ancienne de 1991, pour la plus récente de 2019. Mais toutes partagent la brièveté, la vitesse, et une particulière légèreté. De courtes strophes faites de vers brefs, parfois jusqu'au haïku, dont les objets sont souvent minuscules et triviaux.
    Surtout instables, voire chaotiques - leur surface comme animée par un mouvement brownien. C'est la métamorphose quotidienne de la rue. C'est un aide-mémoire pour les trente-six essences volatiles qui entrent dans la plupart de nos parfums. Ce sont les formes équivoques, psychosomatiques, des algues ;
    Les bestioles furtives de l'été ; l'attrait et le dégoût des odeurs corporelles ; les joies du saut d'obstacle ;
    L'apparition d'une enfant ; l'éclosion des pivoines ; un graffiti ancien, tracé en plein désastre. C'est donc écrit pour saisir ce qui passe, dans son ambiguïté, son incertitude, sa fragilité - son passage. Mais aussi pour dire ce qui ne passe pas : le malaise et la cruauté, l'arbitraire, le chaos.
    Ce livre comporte également 45 illustrations originales de l'auteur.

  • Issu d'un « Carnet de travail » tenu quotidiennement en écrivant, en peignant, en faisant répéter les acteurs, ce livre - conçu comme une suite aux six-cent seize notes de Pendant la matière (P.O.L, 1991) - tient sur quatre pieds comme une table ou un animal. Il se compose de quatre textes égaux : « Demeure fragile », « Le Débat avec l'espace », « Devant la parole », « Opérette réversible » où s'affirme - à partir de la description d'une représentation de nô, d'une peinture de Piero della Francesca, d'une descente dans l'enfer de l'opérette, d'une rumination du mot « parole » » que le temps ne va pas d'un trait, qu'il est un volume. Le réel s'y déplie. Et ce n'est pas par hasard que le mot « temps », dans notre langue, porte un S.

  • L'opérette, toujours plein-feu, a pour refrain la phrase d'arthur cravan : "il est plus méritoire de découvrir le mystère dans la lumière que dans l'ombre.
    ".

  • "Gens du réel, cessez de vous prendre pour des agents de la réalité ! " Un homme entre, déroule une cosmogonie de mots qui convoque les brins d'herbe et les supermarchés, les chiffres de hasard et les jeux d'enfant, les pierres et les bêtes, la mort et l'étonnement de naître, de vivre et donc de parler. Un Chanteur en Perdition enchaîne comptines "comptant pour rien" , explore l'antimonde, rivalise en paroles avec L'Ouvrier du Drame, sorte de maître de la créature parlante.
    Spectacle forain, drôle et terrifiant, de la parole telle qu'elle se déroule chaque jour. L'Homme hors de lui reprend la mise en abîme vertigineuse du travail et de la destinée de l'acteur dans la langue et sur la scène absurde, désordonnée du monde. Valère Novarina a décidé de publier ce drame au milieu d'une petite forêt de noms, en partie dérivée d'un "Nominaire" en constitution, pour créer un îlot théâtral cerné par le flot des noms.

  • Fruit de braconnages dans la vie de tout le monde, on peut lire ce livre dans le désordre, le parcourir comme un abattoir où sont débités des morceaux de textes.
    Traversée des genres ou extension, ce n'est pas un hasard si «Fonction-Meyerhold», adressé à celui qui paya de sa vie le fait d'avoir été au service du texte se place au coeur du dispositif. C'est lui qui rayonne comme centre des opérations.
    Fond d'écran, la ville de Marseille tient lieu de décor en tirage surexposé.
    Héroïque travesti, «Oreste pesticide» y redoute de curieuses mouches pornographes. Il mythologise la ville dans son aspect destroy et revisite sur un mode tragi-comique le tabou de la virginité comme les violences policières.
    La lettre à Reverdy affronte un sujet souvent passé sous silence : la collaboration avec l'Allemagne nazie de sa protectrice et amie des arts Coco Chanel.
    Le scénario «B7 : un attentat attentif» est inséparable de l'année 1946 où Hélène Bessette monte à Notre-Dame de la Garde avant d'accoucher de son deuxième fils.
    Pour ce qui est de la fille aux mains coupées, les mains ont été véritablement coupées.

  • « Dos, pensée (poème), revenant » forme le troisième volume d'une entreprise d'écriture poé- tique hors du commun entreprise par Jacques Jouet depuis le 1er avril 1992 : écrire un poème tous les jours. Le jour passé, le poème ne doit pas être corrigé. Chaque poème est daté et localisé du jour.
    Avec ces milliers de poèmes, Jacques Jouet veut apporter une pierre à la motivation d'une pro- position de Raymond Queneau : « Le véritable poète n'est jamais inspiré, il l'est toujours. » Les quatre premières années ont été publiées en 1999 (trois volumes). C'était : Navet, Linge, oeil de vieux. Les quatre suivantes en 2013 dans le volume Du jour. Séries de natures mortes, poèmes-portraits, poèmes adressés, poèmes sur écoute musicale, etc... D'années en années, les procédures ont varié, des séries se sont accumulées : contraintes pragmatiques ou formes fixes, investigations formelles, poèmes de rencontres...
    Les poèmes de Dos, pensée (poème), revenant ont été composés du 6 mars 2000 au 6 mai 2004.
    Durant ces quatre années, le point de départ de la composition était une gravure sur bois de Paul Gauguin Manao Tupapau « Elle pense au revenant ; le revenant pense à elle ». Dans le manuscrit Noa Noa, Gauguin raconte qu'il rentre dans sa maison à Tahiti, à une heure du matin. Son amie est couchée, terrifiée par le fétiche, figure des ancêtres morts. Une reproduction de cette gravure accompagnait, jour après jour, l'auteur.

  • Voguer

    Marie de Quatrebarbes

    "La nuit des garçons dansent pour conjurer le sort et faire vivre un désir plus grand."

  • Le signe =

    Christophe Tarkos

    'Le signe =. Manifeste. Nouveau. Un manifeste possédé de poésie faciale, l'autoportrait. Après les discours sur l'inconscient, voilà le discours sur le conscient. Un texte qui parle du souffle, de la merde, de la joie, des myosotis et du noir. Avec à la fin un poème inédit sur le bison.'

  • Le cours de Pise

    Emmanuel Hocquard

    De 1993 à 2005, Emmanuel Hocquard enseigne régulièrement à l'école des Beaux-Arts de Bordeaux. Il y donne des « leçons de grammaire » dans le cadre d'un atelier de recherche et de création intitulé Langage & Écriture, qui devient Procédure, Image,Son, Écriture (P. I.S.E.) en 1999.
    À partir de 1998, un ou plusieurs documents reliés vont réunir chaque année - à côté des travaux et des correspondances des étudiants, des extraits de livres et d'articles de journaux, des reproductions iconographiques... - tous les textes élaborés ou agencés en vue de ces cours.
    Leurs natures sont diverses : progressions écrites servant de support aux interventions orales et aux ateliers, lettres aux étudiants (individuelles et partagées, ou collectives), textes de création...
    Ils mêlent questions théoriques et approches pragmatiques de l'écriture, points de grammaire, cita- tions, anecdotes, récits personnels, poésie...
    On retrouve dans Le Cours de Pise tous les concepts et notions qui traversent l'oeuvre d'Em- manuel Hocquard. Notions et concepts nombreux, abordés ici frontalement, rassemblés de façon très dense, traités sous des angles variés, articulés entre eux de façon changeante. Ils dessinent une forme en mouvement entre théorie, témoignage, souci de transmission, qui relève à la fois d'une poétique et d'une éthique.

  • Pan

    Tarkos Christop

    'Art brut. Art ancien. Libelles de circonstance sans importance. PAN est le bruit du pétard que j'ai allumé sur la terrasse du restaurant de chantier pour l'inauguration de la revue, puis nous avons dit de concert PAN chacun de sa place disait PAN. Pour les nuages j'en ai pris la décision au Mans dans un café couvert de lierre de la grand place du Mans un jour de lecture au théâtre du Mans, des mois plus tard j'ai dû me dépêcher de faire un texte pour lire au théâtre de la Bastille, des mois plus tard je changeais de version que je lisais pour un enregistrement dans expressif, le petit bidon que je remodelais des mois plus tard, je l'appelais alors Malmö et je devais le lire au théâtre de Malmö mais comme j'oubliais mes feuilles j'improvisais ce jour-là puis je prenais le train en différentes saisons pour Reims et d'autres villes et je notais ce que je voyais par la fenêtre puis je préparais une version pour ce qui allait devenir la cage puis des mois plus tard je reprenais entièrement le texte et rajoutais la première phrase alors que Toto s'est écrit dans une nuit sur la terrasse d'une villa au-dessus de la mer sur la côte d'azur pendant que dormaient kati et sa mère.'

  • Discorde

    Jacques Dupin

    Ce livre rassemble les textes de Jacques Dupin demeurés dispersés, parus en revue ou en éditions limitées, parfois envoyés à des amis, et ses tout derniers écrits.
    Tout au long de sa vie d'écrivain, Jacques Dupin avait coutume de publier ses poèmes en revue, puis de les reprendre dans des ouvrages à tirage restreint, accompagnés d'interventions d'artistes amis, avant de les regrouper enfin dans les recueils qu'il destinait à ses éditeurs princi- paux : Gallimard de 1963 à 1982 puis P.O.L. à partir de 1986. Certains toutefois n'ont pas trouvé l'ensemble qui les aurait accueillis, ou n'y ont été intégrés qu'au prix de modifications substantielles.
    Ce recueil, qui embrasse toute la carrière poétique de l'auteur, depuis ses tout premiers textes jusqu'aux derniers, s'ouvre sur un document essentiel : la première lettre adressée, en 1948, par Jacques Dupin à René Char, qui préfaça quelques années plus tard le premier recueil du poète, Cendrier du voyage, repris ici même in extenso (cette lettre, exemplaire, est jointe au présent argumentaire). Prélude d'une longue amitié, cette lettre, récemment communiquée par Marie-Claude Char à Christine Dupin, est une page tournée vers l'oeuvre à venir.
    La suite des textes s'organise de manière chronologique et respecte l'année de parution de chaque poème. On y trouve les premiers textes publiés en revue : « Comment dire ? », dans Empédocle, en 1949, les poèmes accueillis dans les Cahiers d'art et dans la revue italienne Botteghe oscure au cours des années 50. Armande Ponge, fille de Francis Ponge, a transmis la correspon- dance entre son père et Jacques Dupin à Gérard Farasse, qui en a préparé l'édition avant de disparaître. A deux reprises, Jacques Dupin joint des poèmes à sa lettre. La plupart sont repris dans Cendrier de voyage ou dans Gravir. Mais quatre d'entre eux demeurent inédits, ils ont trouvé place dans ce recueil.

    Les autres textes sont plus récents, postérieurs pour la plupart aux années 90 ou contem- porains des dernières années du poète. Les tous derniers ont un statut un peu particulier. Adres- sés à Francis Cohen par un Jacques Dupin éprouvé, dans le cadre d'une correspondance dont ils étaient convenus, ce sont les ultimes écrits du poète, sa dernière salutation. Ils n'en appartiennent pas moins à son oeuvre.
    Ce livre devait avoir un titre. Discorde est celui choisi par Jacques Dupin pour un volume tiré à 36 exemplaires, paru en 2011 avec une peinture de Jan Voss, qui figure intégralement dans le présent recueil. Le terme apparaît également à l'orée de l'oeuvre, dans « Comment dire ? » :
    « Le chaos extérieur s'accordait à la discorde du coeur, qui lui renvoyait son reflet. Tiraillements et tour- billons s'effaçaient dans une indifférence au pire ».
    Il était naturel que Discorde nomme cet ensemble : c'est déjà, et c'est encore la voix de Jacques Dupin que nous entendons dans ce mot.

  • Rien à cette magie

    Suzanne Doppelt

    Entre 1733 et 1734, Chardin peint trois fois Les Bulles de savon, trois versions très proches d'une même scène : un jeune homme s'amuse à faire des bulles sous l'oeil curieux d'un enfant à moitié dans l'ombre. Proust prétendait qu'on ne peut faire d'aussi précieuses découvertes que dans les Pensées de Pascal dans une réclame pour un savon, ou dans une bulle de savon, a-t-on envie d'ajouter avec Suzanne Doppelt.
    À partir de ce célèbre tableau de Chardin, elle invente un livre conçu comme un petit théâtre d'ombres et de marionnettes, un étonnant dispositif poétique et photographique pour tenter d'accom- pagner la construction de ce tableau. Le livre revisite ainsi de façon très originale le thème de la vanité.
    Il ne s'agit pas simplement d'histoire de l'art, même si les descriptions tendent parfois vers une certaine forme d'objectivité, ni même de philosophie. Le texte poétique joue à tourner autour de ce tableau, au plus près de cette séquence mélancolique où l'on voit une petite sphère sur le point d'explo- ser. Comme pour rechercher une solution aérienne qui préserverait fugitivement la lumière de l'enfance, la bulle doit être soufflée à nouveau, indéfiniment, et le texte, à la façon d'une ritournelle, revient à cette figure spectrale - une manière de rythmer le temps, sujet central de cette image.

  • Les granules bleus

    Anne Parian

    Il aura fallu cette histoire de granules, cet homme qui les lui donne si naturellement, que la narratrice ne s'interroge pas, qu'elle ne pense même pas à lui demander comment ça marche. Pourquoi des granules ? Pourquoi faire ? Les granules bleus, ce sont ces particules anti-limaces à disperser dans un jardin pour en venir à bout. Pour Anne Parian, un petit sachet de ces granules-là, parmi des tonnes probablement qui se produisent et s'écoulent, aura eu pour effet ce livre : une drôle de méditation poétique sur des objets inattendus, entre poison et arti- fice.
    Avec une voix narrative attachante, Anne Parian parle des granules, et s'adresse même à l'un d'entre eux.
    Et insensiblement, le lecteur pénètre dans un univers étrange et familier à la fois. Dans un récit imagé, naturel, qui devient parfois absurde, voire inquiétant. La narratrice, craintive, découvre un peuplement dont elle ignorait tout, les limaces. « Bave, colle et larmes », dit-elle.
    Écriture vs Limace(s) ? L'étrangeté de cet « objet » a été le moteur du livre. Et l'intérêt du livre est de s'inter- roger sur l'objet de la littérature - si tant est qu'il y en ait un défini.
    La force de ce texte est de conduire le lecteur à reconnaître qu'il est pourtant question avec ces granules et ces limaces, comme dans les drames et les grands romans, de trahison, de mort, et de beauté.

  • Ce nouveau livre de Claude Royet-Journoud s'ouvre par une très belle citation d'Emile Benveniste : « C'est pourquoi la question : à quoi sert le langage ? n'a qu'une réponse : à vivre. ».
    Elle est d'autant plus belle qu'elle éclaire d'un jour différent de celui auquel on est habitué une oeuvre qui a la réputation d'être cérébrale, mais n'en est pas moins inscrite dans le plus vif de notre présence au monde. Une oeuvre qui met le poème et les mots qui le composent, leur ambigüité, leur volatilité, au centre de toute interrogation.

  • Un père et une mère parlent de leur fille : Alexandrine, seize ans. Ce pourrait être une conversation normale, mais Alexandrine ne l'est pas et il se peut que le couple parental ne l'ait jamais été non plus. Leurs inquiétudes portent essentiellement sur la vie sexuelle future d'Alexandrin... Le dénouement, comme toujours, est un escamotage qui dérobe heureusement à nos yeux les protagonistes de la farce.

    Mon Père m'a donné un mari reprend, en le caricaturant, l'argument des comédies classiques : des parents prennent en main la vie amoureuse de leur fille. Sauf qu'il ne s'agit plus d'arranger un mariage mais d'organiser un dépucelage. Comme la fille est autiste, elle consent à cette prise en main. Elle autorise même ses parents à assister à sa défloration, conçue comme l'aboutissement spectaculaire de cette pièce.

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