Obsidiane

  • J'avais écrit pour me décharger de la bile accumulée après une longue fréquentation de la presse et des radios, simple saignée verbale pour combattre une lente intoxication à l'anglais.
    Ma guillotine ayant reçu bon accueil, l'éditeur d'Obsidiane m'a demandé de l'amplifier pour cette collection de « placets invectifs ». Placet dit sa nature : « écrit adressé à une personne détenant un pouvoir pour lui demander justice ». Invectif dit son humeur. Quant à sa méthode, elle doit presque tout au hasard. Ayant glané durant quelques mois ce qui se présentait touchant mon sujet - enseignes et affiches des rues, propos entendus à la radio, diatribes sur les réseaux sociaux, citations prélevées durant mes lectures -, et ayant rappelé à moi, du fond de mon Monomotapa, quelques leçons tirées de mon expérience professionnelle, j'ai vu les idées naître spontanément : je me suis contenté de les organiser aussi clairement et distinctement que possible, selon les recommandations de l'école. Pour n'être ni sociologue (mais quand on a appris à lire dans Jules Verne et à penser dans Engels, n'en sait-on pas assez ?), ni linguiste, hélas (ce vieux rêve qui me poursuit : gravir l'escalier en spirale de la tour de Babel et posséder toutes les langues...), pour n'être ni Bruno Latour ni Claude Hagège, doit-on se priver de raisonner de la société et de la grammaire, comme tout un chacun ?

  • Finalement, j'ai mené en parallèle une triple vie : unevie de salarié dans des équipes ou des institutions culturelles pour nourrir ma petite famille.
    Elle me garantissait l'indépendance de ma seconde vie, une vie d'écrivain dont je ne parlerai pas ici. Ma troisième vie fut celle de militant bénévole (de miles, soldat) s'exerçant dans des associations de réflexion ou de prospective, de défense de la petite édition ou de la librairie indépendante (la seule qui vaille). Je milite encore dans le beau, et difficile, département de l'Yonne.
    Grâce à l'amitié d'Albert Camus, j'ai travaillé aux côtés de Michel Saint Denis puis d'Hubert Gignoux au Centre Dramatique de l'Est à Strasbourg (1954- 1962), dans les temps héroïques et pauvres de la décentralisation théâtrale : ce furent les années les plus heureuses de ma vie ; c'est là que j'ai appris ce que je sais. Cette belle expérience nourrit la colère des Nouveaux Pompiers.
    Après m'être cassé les dents à Amiens (construction de la Maison de la Culture), j'ai été le responsable de l'Atelier d'Animation Artistique à l'intérieur du Centre Educatif et Culturel (C.E.C.) d'Yerres (Essonne) à 20 kms au sud-est de Paris (1969-1972). Expérience originale et pour cela condamnée, de collaboration concrète (un théâtre dans un Collège d'En seignement Secondaire) entre l'Education Nationale, les Affaires 2 Culturelles et Jeunesse et Sports : la solution au problème de l'Ecole et de l'Art que n'arrivent toujours pas à résoudre nos gouvernements successifs.
    La destruction programmée de cette utopie est le moteur du joyeux pamphlet Yerres/hier, écrit a posteriori pour sauver de l'oubli cette énorme Bêtise.
    Quittant la dure férule de l'Education Nationale, je suis allé une deuxième fois me casser les dents à l'Association Mulhousienne de la Culture (AMC - 1973-1976), association manoeuvrée par une poignée de soixante huitards attardés qui me firent sentir la dure condition de militant enchaîné. C'est alors que Bernard Faivre-d'Arcier (BFA), grâces lui soient ren- dues, fit entrer l'animateur fourbu que j'étais (à 48 ans !) dans la reposante, accueillante, fonction publique.
    Nouvelle période faste et premières publications. Chargé de mission au G.O.V.M. (Groupe Opérationnel des Villes Moyennes - 1976-1980), un petit groupe de vrais fonctionnaires, brillants (énarques et x-Pont) relevant du Ministère de l'Equipement et de la Datar, chargé par Poniatovski le père (alors ministre de l'Intérieur), d'aider les maires, sur- tout de droite, mais pas seulement, à rééquilibrer le cadre de vie de leur commune, en retard sur les métropoles voisines : 54 missions dans toute la France, 54 villes passées au peigne fin (musées, bibliothèques, cinémas, couvents, vieux lycées, etc) ; pas de patron direct (après l'AMC !) une liberté d'expression totale, très nombreux déplacements en train (épatant pour écrire), très peu de bureau - et l'impression d'être écouté : je savais ce dont je parlais.
    J'ai poursuivi ce travail, (oui, travailler !) au Ministère de la Culture, toujours un peu hors- hiérarchie. Devenu Inspecteur des Spectacles (le Monsieur-qui-vient-de-Paris-qu'on-attend-sur-le-quai-de-la-gare), j'ai sillonné l'Alsace, la Bretagne, les Pays de la Loire, le Lyonnais, etc, à l'écoute des jeunes compagnies et de quelques ténors parisiens (Didier Bezace, Brigitte Jaques, Chailloux, Hakim, etc).
    Je n'en ai pas fait le compte mais j'ai bien dû voir au cours de ma vie 2.000 spectacles ; beaucoup trop, sans doute, mais dont j'ai gardé quelques souvenirs magnifiques : on peut en retrouver des échos et des regrets dans les Nouveaux Pompiers.
    Cette esquisse rapide de ma vie professionnelle ne vise pas à justifier les partis pris, parfois violents, des pages qui suivent mais simplement, à indiquer sur quelles expériences ils s'appuient : celles d'un militant qui a toujours parié sur la capacité de quelques individu(e)s à créer de la beauté, de la révolte, de l'indignation - sans quoi on ne saurait vivre.
    Baptiste-Marrey Février 2017

  • Ces « Variations Hugo » devaient à l'origine être le complément en prose du diptyque qui figure dans L'Homme qui marche, dont le premier panneau s'intitule « Je déteste les dieux qui n'ont pas mal aux pieds faisant suite à un poème narratif (Le retour dans la nuit), lequel était lui-même rêverie ou divagation comme on voudra, sur le retour d'Espagne d'Hugo et Juliette en septembre 1843, quand Victor apprend par le journal la mort de Léopoldine.
    Pourquoi dix ans après, en 2016, les exhumer, les exposer au vent et à la lumière qui vont les effacer, comme dans le film de Fellini l'irruption du Métro de Rome en construction efface cette fresque antique soudainement mise au jour par le percement du tunnel ?
    Je me mis donc à relire le manuscrit des « Variations ». Et ce que j'écrivais entre 2002 et 2005 (« Onze ans déjà que cela passe vite onze ans ») m'est effectivement apparu toujours actuel hélas, tant pour ce qui concerne le propos politique et idéologique (l'approche d'une campagne pour la Présidentielle 2017, et la pitoyable pantomime à quoi cela donne lieu), et aussi bien ma conception de la poésie. La colère et l'amertume qui animent ces pages anciennes, sont toujours aussi vivaces en moi. 2002-2017, tout se répète, en plus grotesque à la fois et plus tragique. Quoi ! Toujours la bêtise triomphante. Le cynisme éhonté des politiciens. Le mépris des riches. Le défi au bon sens et à la justice.Quoi ! L'acharnement toujours des imbéciles, l'acharnement dans l'insulte ou la dérision, le refus d'ouvrir les yeux de l'esprit et du coeur sur ce qu'on vit et qu'on lit.
    Il ne s'agit pas ici d'un « essai » de type universitaire Je n'ai pas voulu faire une étude de l'oeuvre d'Hugo. Encore moins donner d'elle une image exhaustive.
    Comment faire le portrait d'un « homme-océan ». Variations, divagations, rêveries, humeurs...

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  • Non content d'être un dramaturge fort apprécié, Regnard s'adonna aussi à la satire avec beaucoup d'habileté et de verve ; c'est cet aspect peu connu de son talent que nous donnons à lire principalement ici à travers des satires, donc, des épîtres et des chansons...

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