Minuit

  • " il est d'une importance qui dépasse de loin les effets immédiats que l'opposition de la jeunesse contre la "société d'abondance" lie rébellion instinctuelle et rébellion politique.
    La lutte contre le système, qui n'est portée par aucun mouvement de masse, qui n'est impulsée par aucune organisation effective, qui n'est guidée par aucune théorie positive, gagne dans cette liaison une dimension profonde qui compensera peut-être un jour le caractère diffus et la faiblesse numérique de cette opposition. "

  • La libre satisfaction des besoins instinctuels de l'homme est-elle compatible avec l'existence d'une société civilisée ? C'est à cette question qu'essaie de répondre la présente étude. Prolongeant la pensée de Hegel, de Marx et de Freud, ce livre ne révèle ni de la psychologie des profondeurs, ni de la philosophie, ni de l'anthropologie, ni de l'interprétation des mythes, ni de la sociologie des systèmes culturels ; il est pourtant tout cela à la fois. La thèse de Freud, selon laquelle le bonheur n'est pas une valeur culturelle, est radicalement mise en question. Le pessimisme freudien, lié à la structure de la société répressive, est situé dans son contexte historique, et l'auteur montre qu'une civilisation est finalement possible qui ne serait pas payée au prix d'une restriction quasi totale de la vie instinctuelle. L'ouvrage de Herbert Marcuse offre la première synthèse entre psychanalyse théorique et marxisme ouvert.

  • Le spinozisme pose aujourd'hui les problmes les plus actuels concernant le rle compar de l'ontologie, de l'pistmologie, de l'anthropologie politique. L'objet de ce livre est de dterminer le rapport de ces trois dimensions qui s'ordonnent suivant un concept systmatique, celui d'expression : la substance s'exprime dans les attributs, les attributs s'expriment dans les modes, les ides sont expressives.
    Les dfinitions courantes de la philosophie ne s'appliquent pas Spinoza : penseur solitaire, scandaleux et ha, qui conoit la philosophie comme une entreprise de libration et de dmystification radicales, n'ayant d'quivalent que chez Lucrce ou, plus tard, chez Nietzsche. Le spinozisme pose aujourd'hui les problmes les plus actuels, concernant le rle compar de l'ontologie (thorie de la substance), de l'pistmologie (thorie de l'ide), de l'anthropologie politique (thorie des modes, des passions et des actions). L'objet de ce livre est de dterminer le rapport de ces trois dimensions : l'affirmation spculative ou l'univocit de l'tre dans la thorie de la substance ; la production du vrai ou la gense du sens dans la thorie de l'ide ; la joie pratique ou l'limination des passions tristes, l'organisation slective des passions dans la thorie des modes.
    Ces trois dimensions s'ordonnent suivant un concept systmatique, celui d'expression (la substance s'exprime dans les attributs, les attributs s'expriment dans les modes, les ides sont expressives). Et sans doute le concept d'expression a une longue histoire avant Spinoza, pendant tout le Moyen ge et la Renaissance. Il a aussi avec Leibniz un dveloppement trs diffrent de celui que lui donne Spinoza. La seule chose commune entre Leibniz et Spinoza, c'est pourtant qu'ils fondent la premire grande raction anti-cartsienne sur cette notion thorique et pratique. Mais la manire dont Spinoza la comprend, lui donnant une structure nouvelle, est peut-tre au coeur de sa pense et de son style, et forme un des secrets de L'thique : livre double, compos d'une part par l'enchanement continu des propositions, dmonstrations et corollaires, d'autre part par la chane violente et discontinue des scolies - livre deux fois expressif.

    ----- Table des matires -----

    Introduction : Rle et importance de l'expression Premire partie : Les triades de la substance Chapitre I : Distinction numrique et distinction relle - Chapitre II : L'attribut comme expression - Chapitre III : Attributs et noms divins - Chapitre IV : L'absolu - Chapitre V : La puissance Deuxime partie : Le paralllisme et l'immanence Chapitre VI : L'expression dans le paralllisme - Chapitre VII : Les deux puissances et l'ide de Dieu - Chapitre VIII : Expression et ide - Chapitre IX : L'inadquat - Chapitre X : Spinoza contre Descartes - Chapitre XI : L'immanence et les lments historiques de l'expression Troisime partie : Thorie du mode fini Chapitre XII : L'essence de mode : passage de l'infini au fini - Chapitre XIII : L'existence du mode - Chapitre XIV : Qu'est-ce que peut un corps ? - Chapitre XV : Les trois ordres et le problme du mal - Chapitre XVI : Vision thique du monde - Chapitre XVII : Les notions communes - Chapitre XVIII : Vers le troisime genre - Chapitre XIX : Batitude Conclusion : Thorie de l'expression chez leibniz et chez spinoza (l'expressionnisme en philosophie) Appendice : tude formelle du plan de l'thique et du rle des scolies dans la ralisation de ce plan

  • " celui qui est resté passif sait qu'il s'est rendu moralement coupable chaque fois qu'il a manqué à l'appel, faute d'avoir saisi n'importe quelle occasion d'agir pour protéger ceux qui se trouvaient menacés, pour diminuer l'injustice, pour résister.
    Même lorsqu'on se soumettait par impuissance, il restait toujours du jeu permettant une activité, certes non exempte de danger, mais que la prudence pouvait pourtant rendre efficace.
    On se reconnaîtra, en tant qu'individu, moralement coupable d'avoir par crainte laisser échapper de telles chances d'agir.
    L'aveuglement devant le malheur des autres, cette absence d'imagination du coeur, et l'indifférence intérieure au malheur même qui frappe la vue, tout cela constitue une culpabilité morale.
    ".

  • Né à Jérusalem, prêtre et descendant des rois, Joseph fils de Matthias reçut l'éducation d'un rabbin et fréquenta toutes les sectes qui se partageaient le judaïsme. Mais, au lieu de devenir un docteur, il fait partie d'une ambassade à Rome, puis, quand la guerre éclate, prend un commandement en Galilée. Vaincu et fait prisonnier, il passe dès lors aux Romains. Le nouveau Titus Flavius Josephus assiste à la chute de Jérusalem, et nous lui devons le seul récit complet de la guerre de 66-73, jusqu'à la chute de Masada, que l'on ne connaît que par lui. L'oeuvre de ce juif pieux nous a été transmise par les chrétiens, qui l'ont souvent considérée comme une sorte de « cinquième évangile ».
    /> La présente édition, établie à partir du texte publié par Josèphe, dans une traduction nouvelle de Pierre Savinel, est précédée d'une introduction de Pierre Vidal-Naquet qui, situant l'ouvrage dans son contexte historique et idéologique à la lumière des connaissances actuelles, lui redonne sa place exceptionnelle au centre des polémiques rattachées à l'identité juive depuis vingt siècles.

  • Les " six leçons sur le son et le sens " furent données en 1942 par roman jakobson à l'ecole libre des hautes études, que des savants français et belges exilés venaient de fonder à new york.
    Ces cours furent suivis, entre autres, par des professeurs de l'ecole comme henri grégoire, jacques hadamard et claude lévi-strauss, ainsi que par des linguistes comme j. mattoso câmara, paul l. garvin, charles f. hockett, henry m. hoenigswald et thomas a. sebeok. n'ayant pas à l'époque l'habitude de parler français en public, roman jakobson avait rédigé d'avance des notes très complètes, inédites à ce jour, et qui n'ont subi, dans la présente édition, que de légères modifications de forme.

  • Avec La Vénus à la fourrure s'ouvre un univers de phantasmes et de suspens, rempli de femmes de pierre, de travestis, de gestes punisseurs, de crucifixions et même de châtiments pour des fautes non encore commises. L'esprit artistique fait de chaque pose une oeuvre d'art, l'esprit juridique y noue de rigoureux contrats entre la victime et le bourreau. Gilles Deleuze montre que le masochisme n'est ni le contraire ni le complément du sadisme, mais un monde à part, avec d'autres techniques et d'autres effets.

  • L'art du cinéma, l'industrie du film ne sont que les parties émergées à notre conscience d'un phénomène qu'il nous faut essayer de saisir dans sa plénitude. Mais la partie immergée, cette évidence obscure, se confond avec notre propre substance humaine, elle-même évidente et obscure, comme le battement de notre coeur, les passions de notre âme. Avec le cinéma nous entrons dans les ténèbres d'une grotte artificielle. Une poussière lumineuse se projette et danse sur un écran ; nos regards s'y abreuvent ; elle prend corps et vie ; elle nous entraîne dans une aventure errante : nous franchissons les temps et les espaces, jusqu'à ce qu'une musique solennelle dissolve les ombres sur la toile redevenue blanche. Nous sortons, et nous parlons des qualités et des défauts d'un film. Interroger le cinéma, l'envisager dans sa totalité humaine, tel est le dessein du présent ouvrage.

  • Pour comprendre la dialectique - platonicienne, théologique et chrétienne, hégélienne et marxiste - il faut remonter à héraclite, chez qui nous rencontrons une pensée originelle, avant la constitution systématique de la philosophie et de la métaphysique, avant le fractionnement des disciplines (en logique, théologie, métaphysique, physique, biologie, anthropologie, éthique, politique et esthétique).
    On s'efforce de présenter ici la pensée d'héraclite dans son ensemble cohérent, dans sa totalité fragmentée et fragmentaire. car cette pensée, qui reconnaît la vérité de l'errance et la puissance de la bêtise, contient déjà les pensées qui se développèrent ensuite dans les perspectives autonomisées ; elle éclaire toute la problématique de la fondation et du dépassement de la philosophie. il s'agissait donc de grouper autour des grands foyers - du logos, du cosmos, du divin, de l'homme, de la cité - les fragments qui s'y rapportent le plus explicitement, tous les fragments émanant d'un même centre et convergeant vers lui : l'être en devenir de la totalité une, le jeu suprême.

  • Les études qui composent ce recueil sont autant d'étapes dans l'approche d'une pensée encore secrète, celle de martin heidegger.
    Son unique question est peut-être : qu'est-ce que la philosophie ? on peut dire de toute grande philosophie ce que hegel disait de la philosophie de descartes, à savoir que c'est " tout à son départ qu'elle reprend à nouveau la question ". cette reprise initiale d'une même question apparaît chaque fois qu'elle est portée à la parole ; comme ayant la portée d'une thèse sur l'être. c'est ainsi que, selon le mot de valéry : " penseurs sont gens qui re-pensent et qui pensent que ce qui fut pensé ne fut jamais assez pensé ".
    Mais ces thèses sur l'être, dont le début est grec, et qui, pendant plus de deux millénaires, a rempli l'espace d'une histoire dite de la philosophie, d'oú tient-elle son commencement ? et de là peut-être son unité encore non pensée ? commencer (entrer dans la question) et débuter (y prendre le départ) font deux. dans tout début s'abrite l'énigme d'un commencement qu'il appartient au début de laisser dans l'ombre.
    Les grecs sont, en philosophie, nos débutants. c'est à partir d'eux et d'eux seulement que philosophie il y a. mais d'oú ont-ils commencé ? d'oú ont-ils été eux-mêmes commencés, c'est-à-dire initiés à leur propre début ? la parole grecque, sur ce point, demeure énigmatique.

  • Wladimir Granoff est l'un des rares, l'un des premiers, à poser la question du féminin autrement. Il ne se laisse pas subjuguer par la grande énigme : «Que veut une femme ?» mais choisit d'interroger en amont : «Que produit le féminin ?», et accomplit une véritable avancée théorique. Si le féminin tend, comme le pense Granoff, à abolir les contradictions, il n'est pas le lieu de l'harmonie ni, du reste, de son contraire. Le féminin, ça fait penser.
    Davantage, il est la condition même de la pensée.Dans ce séminaire tenu en 1974-1975 - à la suite de Filiations, consacré à la question du complexe paternel -, Granoff aborde un continent dont la psychanalyse, en dépit de ses découvertes sur la bisexualité et le roc du féminin, entretient la méconnaissance. Il approche par des détours imprévus cette inquiétante étrangeté dont le féminin serait porteur : menace pour la représentation, pour la certitude narcissique et phallique.
    Il cherche à éclairer les origines refoulées de la révolution freudienne, notamment autour du mot-clé Spalt(ung), fente du sexe de la femme mais aussi fente dans la pensée.La Pensée et le Féminin, ça ne se lit pas seulement, ça s'écoute.
    Voyage des mots, signifiants polyglottes prélevés ici et là dans le lexique freudien : Granoff a l'écriture buissonnière, le souffle inépuisable, à la manière d'un conteur.

  • Eugen fink repense nietzsche à la fois à partir de toute la tradition philosophique et en direction d'une pensée neuve et métaphilosophique.
    Hegel, marx, husserl et heidegger accompagnent discrètement cette tentative d'interprétation ouvrante.
    Remontant jusqu'à la pensée poétique d'héraclite et anticipant le proche et le lointain avenir, fink fait surgir l'intuition centrale du penseur de la mort de dieu et de la volonté de puissance, du nihilisme et du retour éternel du même. car nietzsche qui essaie de dépasser la philosophie et la métaphysique, vise à montrer que tout sens est intérieur au monde, le monde lui-même n'ayant pas de sens, puisqu'il se déploie comme jeu.

  • L'impensé généalogique peut se matérialiser dans des symptomatologies aussi diverses que le mutisme de l'adulte, l'autisme de l'enfant ou la phobie.
    C'est alors le fantôme qui oeuvre dans l'inconscient. présent dans les croyances et les religions les plus diverses, le fantôme apporte au surmoi freudien un nouvel éclairage métapsychologique : il conceptualise ces objets innommables qui ont pouvoir de se transmettre d'inconscient à inconscient dans les relations de filiation.
    Au travail silencieux et souterrain qu'il effectue dans l'inconscient s'oppose l'ange.
    Explorateur de son propre impensé généalogique, l'enfant fou a préservé la maîtrise d'une énergie psychique dont le refoulement a démuni l'adulte. s'il est autiste, cela peut s'expliquer par la complémentarité de fantômes qui se répondent dans ses lignées paternelle et maternelle. mais, s'il se bat pour s'intégrer au monde des adultes, s'il dénonce la façon dont le fantôme lui interdit l'accès à un scénario oedipien , il se situe alors en position de théoricien et c'est lui qui livre à l'analyste le fin mot de sa pratique.
    Figure universelle des mythologies religieuses par son rapport privilégié au verbe, l'ange apparaît dans la relation analytique pour donner voix à la multiplicité des phénomènes bizarres qui assaillent l'analyste au cours de son travail. réactions corporelles, somatisations, désirs érotiques, phénomènes de transmissions de pensée situent alors la dimension généalogique du contre-transfert, au-delà de laquelle viendra se mettre en mots une histoire généalogique qui hantait le sujet, paralysant certaines fois toute la dynamique de la cure.

  • Nous avons découvert, avec erving goffman (1922-1982), combien la vie sociale est une scène : image inversée de l'institution, son drame c'est de n'être jamais totale mais morcelée.
    Comédie de la disponibilité ou chorégraphie des attentions rituelles, la scène est congestionnée. les questions qui l'agitent, nos histoires sociales fondamentales - comment inviter ? comment saluer ? comment réparer une offense ou apaiser un échec ? - concernent les conditions de félicité de nos actes, les définitions partagées de l'acceptable, le traitement normal, civil ou moral, de ces " objets de valeur ultime " que sont nos visages.
    Les lectures de goffman réunies ici explorent l'art du sociologue comme metteur en scène, son inlassable étonnement devant l'étendue de nos vulnérabilités comme devant les ressources qu'elles nous procurent pour savoir ce qui peut ou non le dire, dans quel contexte et avec quelle pertinence.

  • Descartes, selon Hegel, est le héros de la philosophie moderne. Si l'affaire de la philosophie était déjà pour Platon celle de la « vérité de l'étant », il s'agit donc d'une nouvelle décision concernant l'essence même de la vérité. Au sens de Descartes, celle-ci est, dans son fond, certitude. À la différence des philosophes modernes pour qui, de Descartes à Nietzsche, l'entreprise grecque était déjà projet de certitude, Heidegger conçoit la certitude et le mode d'assurance qu'elle comporte comme l'interprétation cartésienne de la vérité. De conséquence qu'elle était pour les Grecs, la sûreté devient avec Descartes principe. Là où s'établit l'homme nouveau, autrement dit le Sujet, certitude et méthode vont de pair. Leur combiné se nomme science. La philosophie moderne est alors le pays même des sciences dont elle exige le développement.
    Pour la méthode au sens moderne, les sciences avec leur certitude constituent cependant un domaine encore trop étroit. C'est pourquoi Nietzsche oppose à la méthode scientifique qui demeure en deçà du bien et du mal un nouveau « projet méthodologique » qui se déploiera au-delà de leur distinction, jusque là où les deux « coïncident ». En quoi Nietzsche provient de Descartes, dont il promeut à son insu et pousse à bout l'initiative, mettant plutôt un point final aux « temps modernes » qu'il n'ouvre un nouvel horizon.

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