Michel De Maule

  • Appelé sous les drapeaux au sortir de l'ESCP, Michel Leperre, avec son condisciple Yves Bruant, classe 1955/2B comme lui, intègrent l'École des Officiers de Saint-Maixent et, pour rester ensemble, choisissent au hasard la même affectation : le 35e Régiment d'infanterie. Cette affectation les conduira dans un secteur du Nord Constantinois particulièrement difficile. Ils participeront ainsi, malgré eux, pendant de nombreux mois à la guerre d'Algérie.

    Michel Leperre rencontre et se lie d'amitié avec Christian Biot, séminariste dont le charisme, le courage, la droiture et la simplicité le marquent particulièrement, devenant l'ami le plus cher de sa vie.

    Tout au long de ce séjour algérien, Michel Leperre tient son journal et y relate en particulier les comportements odieux de certains militaires prouvant par-là que la torture était systématique et ne se limitait pas à la bataille d'Alger.

    Ces témoignages ne plairont pas à sa hiérarchie qui ira jusqu'à perquisitionner ses affaires ! Parallèlement, il entretint une correspondance sérieuse avec son père dont les prises de position politique entraîneront entre eux une opposition déclarée.

    Contrairement à ce qui était claironné en haut lieu, la situation générale était mauvaise, même sur le plan militaire: les patrouilles ne se faisaient plus qu'à deux sections, certains postes avancés étaient abandonnés, les mâles algériens avaient disparu des mechtas...

    Aujourd'hui, ses deux camarades, Bruant et Biot, auxquels il était intimement attaché, malgré l'éloignement de la vie, sont décédés. Ils méritaient bien qu'on parle d'eux !

  • Arnaud gynécologue parisien réputé, est marié à une éditrice, deux enfants, catholique pratiquant, une vie stable dans un cercle parfaitement harmonieux. Louise, jeune factrice de Saint-Germain-des-Prés, légère, petite héroïne de son temps, balance sa besace de courriers comme dans un dessin de Sempé.
    Rien, à priori, ne semble les réunir et pourtant de leur rencontre naît une idylle imprévue.
    Mais l'ombre pesante de Matilda, la mère de Louise, rôde.
    Un roman qui mêle passion, mensonge, faux-semblant et drame.

  • Cette anthologie des poètes francophones est la première du genre, couvrant tous les continents et toutes les époques.

    On y rencontre des personnalités très diverses : des poètes nationaux comme Alexandre Pouchkine en Russie, Oswald Durand en Haïti, Birago Diop au Sénégal ou Gaston Miron au Québec ; des hommes d'Etat comme Léopold Sédar Senghor ou Jacques Rabemananjara; des prix Nobel comme Samuel Beckett ou Maurice Maeterlinck; des académiciens célèbres comme Assia Djebar ou François Cheng; mais aussi de nombreuses autres figures extraordinaires qui, tels Biaise Cendrars ou Aimé Césaire, des rives de la Méditerranée aux confins du Pacifique, laissent entendre des voix inoubliables.

  • L'amitié entre Hervé Guibert et Hans Georg Berger dura treize ans, de 1978 jusqu'à la mort de Guibert en 1991. Berger était directeur artistique du Festival de théâtre de Munich lorsque le jeune écrivain français âgé de 22 ans, alors correspondant pour Le Monde, apparut pour la première fois dans son bureau. Leur relation fut dès le début aussi passionnante qu'intense. Une année seulement après leur première rencontre, Guibert est l'invité de Berger sur l'île d'Elbe. Celle-ci allait devenir un point de rencontre et une source d'inspiration d'une importance fondamentale pour Guibert.

    Hans Georg Berger, comme l'écrivit Guibert plus tard, "est le maître d'oeuvre de cet endroit miraculeux où je me sens si bien, où tout est beauté, où l'arrivée est plus heureuse que le soulagement du départ, et où j'ai écrit la plupart de mes livres, il est son inventeur, et il est son maître, ce qui pose parfois quelques problèmes, des grincements d'autorité et de révolte contre cette autorité. Mais en même temps il est le créateur de cet endroit miraculeux, et il m'a laissé généreusement me l'attribuer." Leur dialogue, Hans Georg Berger et Hervé Guibert l'ont cultivé au-delà de l'île d'Elbe, que ce soit lors de voyages à Arles, à Budapest, à Séville, en Egypte ou au domicile munichois de Berger, à Paris ou dans la Villa Medicis. Ce dialogue a toujours été à la fois émotionnel, intellectuel et visuel. Les nombreux portraits que Berger a réalisés de Guibert témoignent de cet échange. Ils initient en outre, et ce de manière intime, une méthode que Berger a établie dans ses futurs travaux, celle de l'engagement collectif : l'image comme un produit d'une entente profonde, tel un résultat d'une compréhension mutuelle.

    Dans son texte accompagnant les photographies de Hans Georg Berger, Hervé Guibert développe et affine son approche lorsqu'il prend position pour un narcissisme positif et existentiel. Il en parle de manière explicite : "Pourquoi diable n'en finit-on pas de faire le procès du narcissisme ? Comment un substantif charmant et grave a-t-il pu devenir si trivialement péjoratif ? Les peintres qui, durant toute l'histoire de leur activité, n'ont pas cessé de fouiller leur propre pomme, entre celles des autres, ne l'ont-ils fait que pour léguer une vaniteuse luisance, l'assurance flatteuse d'une admiration posthume ? Ce qu'on dénigre comme narcissisme n'est-il pas le moindre des intérêts qu'on doit se porter, pour accompagner son âme dans ses transformations ?" Les photographies d'Hervé Guibert, ses amis, les espaces et les voyages sont bien des outils permettant de suivre la métamorphose de son âme. Ils constituent la base d'une réflexion quant à la signification du dialogue et sur l'autoréflexion à travers les yeux, les lentilles et les objectifs de l'autre. Les photographies manifestent, avec tout le désir littéraire du dévoilement, la certitude qu'il réside plus de vérité dans la dissimulation que dans la révélation et la divulgation. Elles témoignent d'un amour photographique. Dans leur ensemble, les photographies sont comme un kaléidoscope, une galerie des glaces qui renvoient au moyen de milliers d'angles et de facettes une image résultant d'une pose répartie durant treize ans.

  • "Le méchant n'a pas droit à la part du juste", répond Créon à Antigone. Mais qui distribue les mérites, et selon quels critères ? Les représentations du juste varient d'une époque à l'autre, d'un continent à l'autre et même au sein d'une société pourtant assez homogène quant à sa composition, son histoire et son mode de vie. En atteste suffisamment le regard que l'on a porté sur l'esclavage, que l'on porte encore sur la domination masculine, l'avortement ou le mariage entre personnes du même sexe... Peut-on affirmer, comme une vérité absolue, ceci est juste ? Les valeurs fournissent les critères d'appréciation d'une norme morale, sociale ou juridique mais, pour la seule Raison, quelle est la valeur d'une valeur ? Vaut-elle absolument, pour tous, ou relativement, en un certain temps, en un certain Beu ? Certains sont-ils dans le vrai, d'autres dans l'erreur ? Si l'on ne parvient pas à établir une vérité de la valeur, faut- il admettre que tout se vaut ? Faut-il renoncer à lutter et laisser à ceux qui croient le soin de définir ce qui doit être ? Ou bien faut- il s'en tenir à ce qui est, qui sera juste par cette seule vertu ? Peut- on échapper à l'impuissance relativiste sans le secours de la métaphysique ? Ces questions se posent depuis toujours. Explorer les réponses qui leur ont été données, les soumettre à une analyse critique rigoureuse, tel est l'objet de cet ouvrage.

  • Arrivé à Paris à 16 ans, en 1967, s'ouvrant à la philosophie, Antoine Rozès lit avec intérêt Herbert Marcuse, les textes contestataires de Wilhelm Reich, Sigmund Freud et Michel de Certeau puis suit les cours de l'Ecole des Beaux-Arts. En19 71 , il part non loin de Copenhague, à Christiania, quartier auto-proclamé au droit illimité de vivre à sa guise. Puis de nombreux voyages, Inde, Norvège le mènent aux Etats-Unis.

    En 1975, la Californie, alors le seul lieu où la photographie est considérée comme un art à part entière et un langage de combat. La contre-culture de la beat Generation lancée par Jack Kerouac et Allen Ginsberg, rythme encore les jours et les nuits de San Francisco. Il suit auprès de Pirkle Jone, Jerry Burchard et Margery Mann des cours de photos au San Francisco Art Institute.

    Dès 1981, installé dans son atelier actuel qu'il partage avec Raymond Hains, Yves Oppenheim et Loïc Le Groumellec, Antoine Rozès se lance dans des compositions qui "déconstruisent" les choses "afin de voir ce qui arrivera ensuite". Tirés hors du registre classique, décalés afin de leur donner une autre densité grâce aux effets du procédé novateur de lames de lumière qu'il a mis au point, le temps et l'espace sont comme des outils qui se superposent, obéissent seulement à l'aléatoire, créent des profondeurs à la fois maîtrisées et laissées volontairement indépendantes. La rapidité extrême de cette décomposition échappe à l'oeil nu. Différentes expositions et publications de 2010 à 2015 lui valent un public fidèle et la reconnaissance par la critique d'un style résolument à part, unissant aux formes classiques de la beauté des chocs visuels modernes.

    Puis à partir de 2011 et pendant quatre années de suite en Dordogne. Tel Orphée qui charmait les bêtes, les montagnes et les arbres, il se fait l'ami à titre provisoire d'un petit territoire accroché à flanc de coteau et y établit un chantier éphémère au milieu d'une futaie poussant sans autre ordre que celui des caprices naturels. Tout en conservant sa ligne initiale, Antoine Rozès se lance à raison de quatre ou cinq semaines par an dans une tâche considérable. Profonde, fantastique, mobile, angoissante parfois, vide de toute présence, la nuit jamais oubliée de sa mémoire sert autant de décor que de personnage central et agit comme un nouveau champ pour ses créations. Le hasard intervient comme un metteur en scène et utilise les lames de lumière comme les vrais acteurs de la pièce. Le résultat aboutit à ces vues surprenantes, ces "chaotiques arborescences" dont parle le philosophe et historien d'art Matthieu Corradino.

    Seul dans la forêt, le sentiment d'impermanence ne le quitte jamais et demeure derrière lui comme une présence tutélaire, amicale certes, menaçante néanmoins. Sur ces arpents plantés de hauts arbres, une fois les ténèbres régnant, il reconnaît que l'atmosphère à l'évidence oppressante, invite à l'humilité face au Créateur, à la notion de fragilité et au respect de la durée infini du végétal et du minéral par rapport à celle, si fugace, de l'homme.

  • La vie de Katia Mann, née en 1883 à Munich, est incontestablement plus riche que celle de la plupart de ses contemporains. Elle épousa Thomas Mann le 11 février 1905. Ils eurent six enfants : Erika, Klaus, Monika, Golo, Michael et Elisabeth.

    Une grande partie de la correspondance échangée entre elle et Thomas Mann a disparu sous le IIIe Reich. Presque tous les membres de sa famille ont écrit, ce qu'elle refusa toujours de faire. En 1973, elle fête ses 90 ans. Pas de nostalgie le jour de son anniversaire, seul le présent compte pour elle. A cette occasion un manuscrit sous forme d'entretiens où elle évoque sa vie refait surface grâce à son fils Michael. Incitée par les questions de ce dernier, elle accepte de revenir sur ses souvenirs.

    Puis Elisabeth Plessen met en forme ce récit vif et très personnel dont Thomas Mann, auteur immanquable de la littérature universelle, est la figure centrale. Nous y découvrons de précieux renseignements sur ses oeuvres et leur genèse, ce qui fait de cet ouvrage un témoignage crucial pour les admirateurs de La Mort a Venise, La Montagne magique ou encore Le Docteur Faustus.

  • Dingo

    Octave Mirbeau

  • En rangeant des papiers de famille, anny Romand découvre en 2014 un carnet inconnu.
    Écrit par sa grand'mère en arménien, français et grec, il retrace sur le vif la marche en 1915 d'un groupe de femmes et d'enfants arméniens sur les routes d'anatolie, vers le désert et la mort.
    L'auteur a consigné l'indicible barbarie, ce qu'elle voit, ce qu'elle subit. elle réussit à s'enfuir et après bien des aventures, elle finit par accoster à Marseille.
    À anny, sa petite-fille qu'elle va élever, elle raconte indéfiniment la tragique aventure où ont été engloutis son bébé aïda, son mari et tant d'autres membres de sa famille.
    Confrontant le souvenir de ces conversations et les terribles descriptions du carnet, anny Romand revit l'infini malheur des arméniens à travers l'oeil de la gamine qu'elle fut et de la femme qu'elle est. Mais elle évoque aussi les leçons de tolérance et d'amour que sa grand-mère n'a cessé de lui donner en évoquant la splendeur de l'eden, nom que les arméniens avaient choisi pour leur patrie.
    C'est comment l'eden ? c'est la question que posait anny chaque soir à sa grand-mère. ce livre est pour elle une manière d'y répondre à son tour. afin que ceux qui suivent se souviennent.

  • La partition de l'exil se déroule en Pologne, Paris, Nice et Los Angeles. La partition de l'exil a pour protagoniste le compositeur français d'origine polonaise Alexandre Tansman entouré de Maurice Ravel, George Gershwin, Igor Stravinsky et Vladimir Jankélévitch, personnages qui ont jalonné sa vie et auxquels il était profondément attaché. Les protagonistes de cette fiction romanesque sont inspirés par ces grands créateurs.
    Toutefois, certaines des situations qu'ils traversent sont fictives.

  • Durant les longues nuits d'hiver, au siècle dernier, le piano accompagnait d'élégantes réceptions où hommes et femmes en tenue de soirée, chantaient et dansaient afin de chasser la morosité.

    C'est encore le piano, un Stenway, qui accompagne la grand-mère tant adorée de l'auteure qui quitte Suède et famille pour suivre son mari en poste de juge au Caire.

    C'est sur cet "illustre" piano que le créateur des "Ballets Suédois", Jean Börling, grand oncle de l'auteur fait ses premiers entrechats.

    Basée sur des faits réels collectés grâce aux archives du musée de Stockholm, cette biographie retrace la vie aussi tumultueuse que brève de Jean Börlin (qui disparaît prématurément à l'âge de 37 ans) et de son amant Rofl de Maré.

    Les rampes de l'Opéra de Paris et son public enthousiaste découvrent les "Ballets Suédois". Cette facette de la "belle époque" où se côtoient Hébertot et son théâtre, Picasso, Robert Delaunay, ont conduit la biographe dans une narration qui se dévore comme une intrigue autour d'une autour d'une seule maîtresse, la danse.

  • Dix ans avant l'attentat du 14 juillet 2016, qui a fait 86 morts dont 13 enfants, et 400 blessés sur la promenade des Anglais, à cet endroit même, en plein carnaval, Laura, adolescente de quinze ans, a voulu devenir une bombe vivante.

    L'attentat manqué, comment a-t-elle a échappé à la police et aux tueurs de son réseau ? Qu'est-elle devenue ? Qui sont ces personnages qui ont vécu près d'elle, issus de tous les milieux, de toutes les origines : des Parisiens importés aux descendants d'émigrés russes, princes, artistes, délinquants, fanatiques, tueurs, harkis, chrétiens à la dérive, imams, moines inquiétants, saints, prostituées, fous, terroristes ?

    Des vies se croisent, parfois se brisent. Certaines sont sauvées. La plupart des questions restent sans réponse, mais la dernière page ouvre sur un rayon d'espoir.

    Notons que pour éviter d'inspirer tin attentat sanglant, la publication de ce livre a été retardée de dix ans.

  • Juin 1944 : avec sa famille juive parisienne, la petite Colette Bitker est réfugiée dans un hameau du Vercors. Une patrouille allemande débarque dans la maison de l'autre côté du chemin et arrête un homme monté de la ville pour les vacances. Du pas de la porte, la fillette voit s'éloigner, dans l'air délicieux de cette fin d'après-midi, l'homme encadré par les soldats. Il porte une chemise blanche qu'elle suit du regard jusqu'à ce que le groupe disparaisse au tournant de la route.
    Tout de suite, elle sait que l'homme ne reviendra pas. Des années plus tard, devenue peintre, elle découvre que dans chacune de ses toiles figure une tache blanche.

  • Les lessiveuses

    Yamina Zoutat

    Les Lessiveuses est au départ un film documentaire au sujet des femmes dont un ou plusieurs fils sont en prison et qui, semaine après semaine, années après années, maintiennent coûte que coûte un lien avec leur enfant, le seul possible, celui du linge : le linge sale qu'elles remportent et le linge propre qu'elles rapportent lavé, repassé, parfumé. En adaptant son film à l'opéra pour la Piccola Compagnie, Yamina Zoutat poursuit son cheminement en y ajoutant toute une dimension fictionnelle, bribes d'histoires, rêves, et met en scène une folie ordinaire.
    A la rencontre des lessiveuses, elle nous confronte à des énigmes où se rencontrent deux folies : la folie maternelle et la folie carcérale. Oser cette rencontre, c'est s'aventurer en deçà des mots, dans "un territoire de rituels, de traces, d'emblèmes, de frontières, de pulsions chaotiques et violentes, submergé par d'étranges raz-de-marée auxquels les rives de notre identité furent de tout temps exposées".
    Une femme est donc partie à la rencontre d'autres femmes qui partagent une situation identique mais qui sont con-damnées à vivre un même isolement, une même solitude. Elle revient avec trois personnages féminins d'âge et de condition sociale différents. Devient alors possible ce que la réalité interdit, des échanges entre mères : partage d'expériences, de peurs, de rêves ou de fantasmes. Les éclats de rires et les larmes contenus peuvent enfin éclater sur scène.

  • Pierre Soulages est un des peintres français les plus importants du xxe siècle et du XXIe siècle.
    Beaucoup ont écrit sur son travail, on connaît le peintre ; c'est ici l'ami que Pierre Duterte nous propose de découvrir.
    Depuis quelques années, les réseaux sociaux ont complètement révolutionné les relations personnelles. Le terme « ami » a lui-même radicalement changé de signification.
    L'amitié ne tient plus qu'à un clic.
    Ici il est question d'une amitié construite que trente années ont rendu solide. Pierre Duterte s'appuie sur l'interaction qui se crée entre l'espace de la toile et celui du « regardeur » pour aborder une idée qui lui est chère depuis longtemps : celle communiquée seulement par l'émotion. Cette émotion positive, primordiale face aux récits qu'il reçoit en tant que médecin et thérapeute, récits empreints de la barbarie humaine.
    C'est cette « correspondance baudelairienne » qu'il interroge au fil de son amitié avec Pierre Soulages, un échange sensible de regards posés sur le monde et sur l'art.

  • Ce fut un tourment de l'histoire. En quatre années, la France en majorité anarchiste, vint à se doter, par une voie de majorité d'un régime républicain et par la faute même des partisans des plus fervents, d'un régime royal.

    Si l'on cherche les responsables de cette révolution pacifique il faut nommer en premier Henri de Bourbon, comte de Chambord, aîné de la maison de France, qui se trouvait au départ investi d'une très large popularité. Mais, victime d'une éducation aberrante, imbu d'un système démodé à base d'inspiration religieuse, déphasé par rapport à son époque, il vivait hors du temps éloigné du but cherché, obsédé par un idéal de gouvernement qu'il n'avait jamais connu.

  • Sorcière !

    Matthieu Dhennin

    De 1459 à 1461, à Arras, une trentaine d'hommes et de femmes furent accusés de faits de sorcellerie. Près de la moitié furent condamnés à être brûlés vifs en place publique. Les aveux les plus extravagants - sabbat avec le diable, vol magique, contamination des récoltes, etc. - ayant été extirpés par la torture, le procès de la Vauderie d'Arras est emblématique ; il est le premier des nombreux autres qui suivront aux XVIe et XVIIe siècles. Deux descendants de ceux qui y ont péri dans les flammes de l'inquisition décident de mener l'enquête, qui les mènera de Bruges à Paris en passant par Arras. Pour Eudoxie et son frère Perrin, il s'agit de comprendre qui a dénoncé leurs parents, et pourquoi. Pour cela, ils doivent revenir aux sources. Les pistes qu'ils suivront impliqueront de démêler les fantasmes des so-ciétés secrètes médiévales mais les amèneront surtout à réactiver le procès en appel au Parlement de Paris. Cette enquête, crédible et authentique, s'appuie sur la démarche judiciaire propre au Moyen Age : la récolte de témoignages. Mais se heurtant à des intérêts politiques qui les dépassent, le périple de ces personnages ne sera pas sans difficulté ni rebondissements. Comme pour ses précédents romans, Saltarello (Actes Sud, 2009) et Migne Mystique (Imperiali Tartaro, 2013), Matthieu Dhennin s'est assuré de l'appui et de la relecture d'historiens de premier plan.

  • Napoléon a failli aller au Brésil. Des grognards qui s'y étaient réfugiés ont tenté de le délivrer à Sainte Hélène et de le ramener avec eux. Malgré l'échec, son esprit a plané quelque temps sur Rio, car ses fidèles guerriers, au nombre de plusieurs centaines, se sont convertis au commerce de luxe, par une métamorphose dont l'histoire de notre planète n'offre pas d'autre exemple, et ont donné le ton à cette capitale.

    Nicolas Saudray fait revivre cette épopée au travers de son ancêtre Louis Pharoux, créateur du plus bel hôtel pour voyageurs du Brésil, voisin du palais impérial, et où "même les pots de chambre étaient en argent".

    Mais sa gloire n'a pas duré. Pourquoi son gendre, Auguste Saudray, a-t-il disparu de Rio à l'âge de trente-et-un ans, sans qu'on retrouve jamais son corps ? Pourquoi la veuve, née au Brésil, est-elle partie pour la France, seule avec un bébé qui est devenu l'arrière-grand-père de l'auteur ? Pourquoi l'hôtelier les a-t-il rejoints quelques années plus tard, complètement ruiné ? Nicolas Saudray tente de répondre à ces questions par ce livre d'enquête où tout est vrai.

    Rio la trop belle, Rio la cruelle offre à ces évènements un décor digne d'eux, avec son Pain de Sucre, ses fleurs, ses serpents, ses navires accourus de toutes parts, son empereur philosophe, ses confréries, ses aventuriers, ses esclaves.

  • Demi-mondain, décadent, dépravateur, cocaïnomane, dandy, ces cinq qualificatifs ont survécu à la disparition de Jacques de Bascher en 1989, à l'âge de 38 ans, et le définissent encore aujourd'hui. Même s'il n'a laissé d'autre oeuvre que le souvenir d'avoir marqué une époque, les années 70 et 80, Jacques de Bascher continue d'intriguer voire de fasciner. Bien sûr, il fut un personnage sulfureux, le compagnon de Karl Lagerfeld, l'amant de Yves Saint-Laurent, l'un des personnages emblématiques des nuits gays parisiennes à une époque où tout semblait permis, où ne régnait aucune limite. Mais n'était-ce donc que cela ?
    Pour la première fois, nous est livré un témoignage direct et personnel sur ce qu'était la vie quotidienne de Jacques de Bascher, par le photographe Philippe Heurtault, qui fut l'un de ses amis pendant vingt ans, et qui le photographia pendant une décennie, de 1972 à 1983. Les photographies de Philippe Heurtault, parfois mises en scène par De Bascher lui-même, nous replongent dans l'univers de la nuit parisienne et des grandes fêtes qui l'ont animée avant que le sida ne vienne mettre un terme à cette légèreté. Karl Lagerfeld, Yves Saint-Laurent, Kenzo, Paloma Picasso, Loulou de la Falaise, Mick Jaeger, tous semblent participer à une fête perpétuelle souvent initiée par Jacques de Bascher.
    Mais derrière ce personnage, que deux films consacrés à Yves Saint-Laurent ont plus ou moins caricaturé, se cache un homme fin et cultivé qu'aimante la face obscure des choses, un amateur de littérature décadentiste dont l'un des héros est Gilles de Rais, compagnon de Jeanne d'Arc, mais aussi un homme fasciné par la magie noire et le diabolisme, et certainement l'un des plus cruels de son époque.
    Philippe Heurtault qui rencontra Jacques de Bascher quand celui-ci n'avait que dix-neuf ans l'accompagna dans ce qui à bien des égards fut une recherche de ce que De Bascher appelait "la belle chute", une manière d'autodestruction élégante et raffinée. Dans sa préface, Christian Dumais-Lvowski, qui lui aussi fut un ami de Jacques de Bascher, explique ce processus, cet "éloge de la chute" érigé en art de vivre, et de mourir...

  • De nature et de parcours différents, ces deux créateurs complices (qui se respectent et s'estiment depuis un demi-siècle) ont visiblement pris un malin plaisir à philosopher de bon coeur, comme on le faisait entre honnêtes gens au siècle des Lumières.

    Élève de Milhaud, Messiaen, Boulez, Stockhausen et Pousseur, Paul Méfano (né en 1937) a été rapidement repéré comme étant "non conformiste" pour les uns, "radical" pour les autres. Messiaen le qualifiait pour sa part de "révolté bouillant et puissant, une sorte de Berlioz du XXe siècle " ! Plus tard, le musicologue Harry Halbreich a parlé d'"oeuvres dures, dépouillées, concentrées sur l'essentiel".

    Ayant notamment joué dans les ensembles français du Domaine Musical de Boulez, Musique Vivante de Masson, 2e2m de Méfano, Renaud François (né en 1943) a créé de nombreuses oeuvres en création (Alsina, Aperghis, Berio, Boucourechliev, Decoust, Donatoni, Kagel, Koering...). Les musicologues admirent chez lui la finesse d'oreille, la science des couleurs... issue souvent de procédés avancés (battements, multiphoniques, microintervalles...).

  • La poésie et ses liens avec les autres arts, le créateur dans le temps où il est condamné à vivre et les mondes auxquels il aspire, les secrets de l'Être et de la création, tout ceci a préoccupé le poète Kiril Kadiiski au fil des ans et il s'est efforcé de sauvegarder ces écailles d'or subsistant après la flottation de quantités immenses de sable.

    Kiril Kadiiski, né en 1947, est un des poètes bulgares les plus traduits en Europe, notamment en France. Il a lui-même traduit maints grands poètes français, parmi lesquels Molière, Hugo, Verlaine et Rimbaud.

    En 2002, il a obtenu le prix Max Jacob étranger pour l'ensemble de son oeuvre.

    C'est un vrai, profond poète. - Pierre Seghers Kiril Kadiiski est sans doute celui dont la sensibilité inquiète est la plus proche de la nôtre. Chez lui le besoin de redéfinir la place de l'homme dans un contexte planétaire menacé est toujours à vif. C'est une voix convaincante et belle. - Alain Bosquet L'oeuvre de Kiril Kadiiski a été traduit et publié en bulgare, en anglais et en français (aux Belles Lettres).

  • Toro

    Eric Schilling

    La corrida vit d´être cruelle, sanglante, tout en étant pure beauté et dépassement de l'instant. La mort, l´amour. Le plaisir, la loi. Affronter, risquer. Jouissance secrète, punition publique. Voilà le couple infernal ! Simon Casas, SPA. Mais pourquoi apprécie-t-on ce plaisir défendu ? Le couple aficionados-anti-taurins est indissoluble, l´un fait vivre l´autre.
    Il ne s´agit pas ici d´apporter des réponses, mais de témoigner à travers des personnages, des réflexions philosophiques, des histoires plus ou moins érotiques, de la complexité de ce qui se cache derrière le mot : "aficion". À la fois, culte du "toro", amour d´un sublime tragique, approche des limites de l´humain, du risque ultime et de la mort... L´"aficion" n´est pas simple, n´est pas réductible à une formule toute faite. S´il fallait faire vite, il faudrait dire que l´archaïque et l´ancestral en sont des éléments de fond, profondément attirants.
    Docteur en philosophie, Éric Schilling est spécialiste de musique indienne. Il a publié "La Musique de Shiva" (éd. Michel de Maule, 2010), il est l´arrière- arrière petit-fils du « toréador » arlésien Antoine Granat (quadrille provençal Bayard), il a été critique taurin dans la revue "L´Écho du Callejon" et enseigne la philosophie à Paris.

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