Mercure De France

  • Lorsqu'il meurt brutalement en mer au large de l'Australie en 1904, Edouard Petit est gouverneur général des établissements français de l'Océanie mais il laisse surtout une oeuvre importante et méconnue, ce Au loin, paru en 1891, qui nous mène via la partie la plus extrême de l'Amérique latine aux îles Marquises. Sous le pseudonyme d'Aylic Marin, il fait de ce voyage un roman d'aventures dont le narrateur est son double fictif, ni expert en hydrographie, ni voyageur blasé, mais une figure aux intérêts multiples, un "curieux" s'intéressant tout autant à la faune, à l'économie, à l'histoire politique, qu'aux moeurs et coutumes des peuples rencontrés.
    Si dans Au loin on partage les multiples péripéties qui ponctuent le quotidien des marins, le récit s'aventure dans les bras de mer, le long des côtes sauvages, à la rencontre des habitants oubliés des archipels perdus du Pacifique, du Chili, du Pérou et des Marquises. Et Edouard Petit d'avoir un regard particulier pour les femmes et leurs rôles dans les communautés qu'il rencontre.

  • Ayant recueilli les suffrages de ses contemporains au point de devenir l'une des portraitistes les plus influentes de son temps, Elisabeth Louise Vigée Le Brun (1755-1842) se créa une position unique et, s'étant tôt soustraite à l'influence des représentations académiques réglementées, participa à la remise en cause du genre du portrait de cour. Surprise par les troubles révolutionnaires, elle fit partie de la première vague d'émigration et entreprit un voyage d'exil qui dura près de treize années.
    Turin, Bologne, Florence, Rome, Naples, Dresde, Berlin... offrirent à son inspiration des étapes variées. Elle prit ses quartiers à Vienne, puis à Saint-Pétersbourg avant de revenir en France sous le Consulat. Parce qu'elle fit partie aussi bien de la familiarité de la noblesse de cour que de l'élite cultivée des salons, ses Souvenirs éclairent le brillant de son parcours tout autant que les moeurs d'une société en constante transformation.

  • En 1907, la Société géographique de Paris envoie une expédition scientifi que en Guyane, dans le haut Maroni, sur les deux rivières, l'Itany et l'Araoua. Jules Tripot, médecin, livre un rapport à la première personne de cette aventure dans le massif peu connu du Tumuc-Humac. Dans cette jungle inquiétante, il rencontre les Indiens Roucouyennes, observe et renseigne leur état social, leurs techniques et leurs croyances.
    Il en rapporte un récit nourri d'anecdotes pittoresques, de descriptions de fêtes, rituels et cérémonies, de précieux détails sur la sorcellerie, les "piayes" ou sorciers guérisseurs, leur rôle et leur pouvoir dans la société indienne. Le médecin énumère ainsi les "charmes" qui défendent contre la piqûre des serpents et la morsure des couguars. De cette exploration en colonie guyanaise, il revient aussi avec un terrible instantané du "peuple" meurtri des bagnards, de ces relégués de l'empire français de la Troisième République, et nous livre enfin un portrait de l'étonnante et étrange société des orpailleurs, de ces milliers d'hommes qui écument la forêt tropicale en ce début de siècle

  • Madame de Staal-Delaunay, quoique de petite naissance, et qui n'était d'abord que Mademoiselle Delaunay, fut bientôt, avant d'épouser Monsieur de Staal, une des dames d'honneur les plus proches et les plus intimes de la duchesse du Maine. Nous sommes, par sa plume, à la cour de Sceaux, cour de beaux esprits, de vie brillante et de plaisir, caractéristique des premiers temps de la Régence. On y converse, on y reçoit - on y intrigue aussi, et la duchesse elle-même est à la tête du fameux complot. On conspire avec élégance : pour préparer une révolution de palais, faut-il cesser de s'amuser ? Madame de Staal-Delaunay eut une vie peu chargée d'événements personnels et elle ne parle guère d'elle-même. Mais elle parle de la duchesse et de son entourage et nous dépeint, vive et spirituelle, un monde brillant, futile, qui respire l'intelligence et le raffinement des sens et du coeur.

  • Il semble que Pepys n'ait eu d'autre désir que de se montrer respectable et qu'il ait tenu un journal pour montrer qu'il ne l'était pas, disait Stevenson. Samuel Pepys, haut fonctionnaire de l'Amirauté, écrivit son journal de 1660 à 1669. C'est un document inestimable sur les premières années de la Restauration en Angleterre. Cromwell meurt en 1658 et, deux ans plus tard, le fils du roi décapité est couronné sous le nom de Charles II. Commence alors une période marquée par une grande réaction contre le puritanisme. Pepys est un grand bourgeois respectable et comblé, mais son journal - insoupçonné de ses contemporains - révèle un autre personnage, viveur, jouisseur, ingénu et cynique, curieux de tout, de la Cour comme de la ville.
    Source incomparable de renseignements sur la vie à Londres au XVIIe siècle, le Journal de Samuel Pepys présente avec vigueur, pittoresque et drôlerie, le portrait d'un ineffable excentrique.

  • Surnommé, à l'instar de Carême, « le roi des cuisiniers, le cuisinier des rois », Auguste Escoffier (1846-1935) est le père de la cuisine à la française. Il passe pour avoir inventé le travail par « brigade » : les différentes parties d'une cuisine ont chacune un chef à leur tête, lequel a sous ses ordres un premier et plusieurs commis. Cela impose une organisation à la cuisine, avec des recettes spécifiques, mêlant tradition et originalité. Même dans les moments de grande presse, ce système permet à Escoffier de rester « toujours suprêmement calme ». En 1883, le chef rencontre César Ritz, et le duo va révolutionner définitivement la cuisine et l'hôtellerie, au Savoy, au Ritz, puis au Carlton de Londres : c'est la naissance des « palaces » modernes.
    Auguste Escoffier a laissé des souvenirs, notes longtemps éparpillées qui ont été rassemblées par son fils, Paul, à sa mort en 1935. Récit autobiographique classique suivant les grandes étapes d'une carrière de cuisinier réformateur, ces Souvenirs culinaires contiennent aussi des recettes, des menus, et des remarques sur les saveurs et les ingrédients. Un texte de vie et de cuisine, qui donne à voir aussi bien la salle à manger que les coulisses d'un palace, et qui souligne les idées modernes et humanistes d'un chef qui est également un philanthrope.

  • Née en 1697 sous Louis XIV, Madame du Deffand fait son entrée dans le monde à la faveur des fastes et du libertinage de la Régence. Nature rapide et déliée, douée pour la conversation brillante et l'art de la repartie ciselée, elle fait de son salon du couvent Saint-Joseph l'un des plus prestigieux de l'époque. Elle traverse le long règne de Louis XV et meurt en 1780, au moment où les premiers désordres populaires ébranlent un système que la Révolution ne tardera plus à balayer.
    Sa correspondance est une vivante mémoire historique.
    Inlassablement, elle s'entretient avec les grands esprits de son temps : Voltaire, Montesquieu, le président Hénault, d'Alembert et, surtout, Horace Walpole.
    Mme du Deffand observe le monde et elle-même avec lucidité.
    Consciente de son talent, elle ne prétend pourtant pas construire une oeuvre : elle n'écrit que pour son plaisir et pour réaffirmer sans cesse sa liberté.


  • nos manuels d'histoire ne nous en citaient qu'une réplique, de loin en loin.
    on brûlait alors d'en savoir davantage, d'entendre toute la séance, d'y être. nous y sommes : voici les procès-verbaux authentiques, officiels et intégraux des grandes audiences du tribunal révolutionnaire. documents inestimables, ils restituent toute une époque, dans son tragique presque quotidien, dans ses peurs et ses faiblesses, dans sa grandeur aussi. ils redonnent également vie aux hommes et aux femmes de premier plan de ce temps : robespierre et danton, les girondins et madame roland, marie-antoinette, charlotte corday et d'autres encore.
    rien de plus pathétique ici que la froideur sèche du compte rendu : elle nous installe, si l'on peut dire, en direct avec les accusés, comme à la lecture du reportage d'un envoyé spécial sous la terreur.

  • Napoléon n'a jamais cessé d'être un objet de fascination. On parle de lui ; on le fait parler ; on interprète les énigmes de sa vie, où les faits éclatants ne sont pas toujours moins mystérieux que les points réputés obscurs. On sait tout de lui - et à peu près rien ; d'où, transparent et insaisissable, son mythe. C'est qu'il parle peu. Entendre sa voix, vivre au jour le jour dans l'intimité de l'empereur, assister à son lever, à ses colères, à son divorce, percevoir, d'un grand homme, moins ce qui est grand que ce qui est homme - commun, quotidien, émouvant dans cela même qui le fait plus vivant et plus semblable à nous : cette chance unique a un nom, Constant. Introuvables depuis fort longtemps, voici les Mémoires de celui qui fut son compagnon de chaque instant. Valet de chambre de l'empereur, Constant fut à la fois son secrétaire et son confident. Voici, derrière ses souvenirs, le journal intime de Napoléon.

  • Napoléon n'a jamais cessé d'être un objet de fascination. On parle de lui ; on le fait parler; on interprète les énigmes de sa vie, où les faits éclatants ne sont pas toujours moins mystérieux que les points réputés obscurs. On sait tout de lui - et à peu près rien; d'où, transparent et insaisissable, son mythe. C'est qu'il parle peu. Entendre sa voix, vivre au jour le jour dans l'intimité de l'empereur, assister à son lever, à ses colères, à son divorce, percevoir, d'un grand homme, moins ce qui est grand que ce qui est homme - commun, quotidien, émouvant dans cela même qui le fait plus vivant et plus semblable à nous: cette chance unique a un nom, Constant.
    Introuvables depuis fort longtemps, voici les Mémoires de celui qui fut son compagnon de chaque instant. Valet de chambre de l'empereur, Constant fut à la fois son secrétaire et son confident. Voici, derrière ses souvenirs, le journal intime de Napoléon.

  • Dix jours qui ébranlèrent le monde de l'Américain John Reed (1887-1920) retrace avec une intensité et une vigueur extraordinaires les premières journées de la révolution russe d'Octobre 1917. John Reed parcourt en toute liberté Petrograd, la « capitale rouge », recueille les analyses des principaux acteurs politiques et écoute le peuple de Petrograd dans les cercles qui se formaient sur les places publiques, à la porte des boulangeries, à l'intérieur des casernes. Plus qu'une simple énumération des faits ou un recueil de documents, John Reed propose une série de scènes vécues, des tableaux pris sur le vif. De retour aux États-Unis, il rassemble l'essentiel de ses observations et revit, dans l'urgence, cette aventure humaine dont il apparaît encore aujourd'hui comme l'un des témoins les plus proches. C'est aussi un texte fondateur du journalisme littéraire. Aventurier, reporter, observateur et acteur révolutionnaire communiste, John Reed a fourni de ces événements un témoignage qui confine au roman historique tant sa prose enlevée est prenante de vie et d'humanité.

  • «La Révolution m'avait fait centenaire à quatorze ans.» Relatant l'apprentissage mouvementé de ses années de jeunesse, Alexandrine des Écherolles (1779-1850) dressa la réalité des événements dont elle fut le témoin, celle des périls qu'elle encourut, ainsi que certains dessous de la vie sociale et des aspects économiques de la répression en province.
    Entre jugements expéditifs et exécutions sommaires, visites domiciliaires et interrogatoires, vagabondage d'une hospitalité à l'autre et persécutions rageuses, ce matériau authentique passionne comme le plus endiablé des romans d'aventures. Au fil de la relation d'une situation de chaos appréhendée à hauteur d'enfant, Alexandrine des Écherolles apporte une contribution de valeur à la connaissance du quotidien, sous la Révolution, à Lyon, à Moulins et dans le Nivernais.

  • Ingénieur des ponts et chaussées au ministère des Travaux Publics, Edgar Boulangier (1850-1899) participe à des missions officielles en Orient pour étudier les voies de communication. L'une de ces missions, de l'été 1880 au printemps 1881, fournit la matière de ce récit au Cambodge. Il alterne détails de la vie quotidienne de l'expédition, considérations politiques et techniques, descriptions des paysages naturels et des sites archéologiques. Si, en promoteur de la colonisation, le voyageur répertorie aussi les matières premières (bois, or, opium, etc.) et leur possible exploitation, il est surtout intéressé par la nature sauvage qu'il parcourt. Négligeant l'observation des Cambodgiens, Boulangier, fasciné par la faune et ses fauves, rapporte de cet hiver au Cambodge des histoires de chasses, véritable «safari» avant l'heure. Il livre ainsi un haletant récit «exotique» multipliant les scènes effrayantes pour impressionner ses lecteurs : la mort d'un serviteur mordu par un cobra, l'attaque par un tigre de la caravane, ou la découverte d'une femme victime de ses crocs...

  • Née en 1652, arrachée, à dix-neuf ans, à son Palatinat natal pour être mariée au frère de Louis XIV, Charlotte-Élisabeth étonna la cour par ses façons rustiques et ses propos cocasses mais sut gagner la sympthie du roi. Ni l'indifférence courtoise de Monsieur, ni les intrigues des courtisans, ni, plus tard, la mise à sac de son pays d'origine par les troupes françaises ne lui firent oublier ses devoirs.
    Mais, quand Louis XIV obligea Philippe d'Orléans à épouser une de ses bâtardes, elle osa un esclandre et vécut désormais à l'écart.
    Ses joies et ses peines, Liselotte les confia chaque jour à ses parents d'Allemagne dans des lettres qui forment la chronique la plus dense, la plus animée et sans doute la plus véridique du règne de Louis XIV.

  • Habituée depuis son enfance à exercer un extraordinaire pouvoir d'attraction sur son entourage, Félicité Ducrest s'est toujours jouée des contraintes et des convenances pour vivre comme elle l'entendait. Aristocrate déclassée, son mariage romanesque en 1763 avec le comte de Genlis lui ouvre les portes de la Cour. Bientôt maîtresse du duc d'Orléans (futur Philippe Egalité), elle devient le «gouverneur» de ses enfants.
    Scandale sans précédent, cette charge étant réservée à des hommes. Dans son salon de la rue de Bellechasse à Paris, elle reçoit les écrivains les plus célèbres de son temps et la plupart des ténors de l'opposition à la monarchie absolue. Mal vue par les royalistes, mais menacée par les «patriotes», elle juge plus prudent d'émigrer en 1792. Après cinq ans d'exil, elle revient dans un Paris bien différent de celui qu'elle a connu.
    Dans ses Mémoires publiés en 1824-1825, Madame de Genlis brosse un tableau extrêmement vivant de la société d'Ancien Régime, où l'on rencontre des personnages aussi célèbres que Madame Du Deffand, Voltaire, Rousseau, Madame Du Barry, Talleyrand... Témoin d'une histoire tumultueuse qui commence sous Louis XV et s'achève dix ans après la chute de l'Empire, elle évoque avec bonheur les moeurs de la société aristocratique à la veille de la Révolution et apparaît également comme une pionnière du féminisme.

  • Ni exploratrice ni aventurière, Raymonde Bonnetain fut pourtant la première Française à avoir atteint en 1893 les rives du Niger.
    L'épouse du romancier naturaliste Paul Bonnetain accompagne en effet son mari en mission ethnographique au Soudan colonial (Sénégal, Mali, Guinée). Pour cette Parisienne, c'est une expérience marquante : femme, jeune, blanche, elle détonne dans cette région de l'Afrique subsaharienne récemment colonisée.
    En rédigeant son journal, elle n'a de cesse d'observer et de décrire le quotidien des populations autochtones mais aussi la pratique coloniale elle-même. Elle perce à jour les alibis du discours officiel, s'interroge sur les incohérences et la viabilité d'un monde naissant dans la violence. De témoin, Raymonde Bonnetain devient actrice de l'entreprise coloniale.
    Le récit de cette éprouvante mission en Afrique est davantage qu'une relation de voyage : c'est un instrument de la colonisation.
    Son journal se veut la démonstration qu'il y aurait bien des avantages à ce que la colonisation se féminise...

  • Marie-Antoinette est une femme politique. Elle possède ses propres conseillers et conseillères, notamment la princesse de Lamballe, fidèle surintendante de sa Maison ; ses relais au sein de la classe politique nouvelle, jouant parfois double-jeu tels Mirabeau, Barnave, La Fayette ou Dumouriez ; et des liens constants avec l'étranger où résident proches amis et princes couronnés membres de sa famille.
    Cette activité politique nécessite un dense réseau d'espionnage, qui sonde l'opinion publique et les débats de l'Assemblée nationale, renseigne sur les actions des adversaires, qu'ils soient libellistes, courtisans, politiques, et transmet les multiples messages vers l'extérieur du palais.
    Catherine Hyams, aristocrate anglaise élevée en France, est l'une de ces espionnes de Marie-Antoinette. Attachée à la princesse de Lamballe, elle multiplie les missions au service de sa majesté, depuis les débuts du règne jusqu'au 2 août 1792, quand elle quitte définitivement la France pour s'installer en Italie, où elle épouse le comte vénitien de Broglio Solari.
    Ces mémoires inédits depuis deux siècles, publiés en 1826, racontent une vingtaine d'années de règne de manière vivante, parfois vibrante, et restituent au mieux cette atmosphère fièvreuse et ces activités rocambolesques qui entourent Marie-Antoinette.

  • Rien ne destinait Malwida von Meysenbug (1806-1903) à une existence autre que celle, toute désignée, d'une jeune aristocrate élevée dans les préjugés d'une petite cour allemande de province.
    Séduite par le mouvement libéral de 1848, elle vécut pour la cause des révolutions européennes, ouvrant très tôt sa réflexion à la question de l'émancipation des femmes. Ses Mémoires reviennent sur ses années de jeunesse et l'exil londonien où elle évolua dans l'étroite intimité de différents cercles de proscrits, fréquentant quelques-unes des grandes personnalités de son époque : Alexandre Herzen, Giuseppe Mazzini, Louis Blanc, Lajos Kossuth, Stanislaw Worcell, Richard Wagner...
    Témoignage hors du commun sur la structuration d'une conscience politique et féministe, ils apportent leur contribution à la connaissance des luttes démocratiques et républicaines de l'Europe du XIXe siècle.

  • 1845, Barbey d'Aurevilly publie un essai à destination du monde des élégances, Du Dandysme et de George Brummell.
    A cette époque, le dandysme est une mode, mais qu'on ne revendique pas volontiers : elle sent le soufre, un romantisme provocateur. Ce texte évoque la principale figure dandy, son inventeur en Angleterre et son introducteur en France, George Brummell, nom fameux mais alors mystérieux. Barbey est le premier à faire du virtuose incomparable de la cravate un sujet de réflexion à part entière : il se fait historien du "Beau Brummell", favori du prince de Galles, théoricien de la "futilité essentielle", jeune maître de la high society londonienne qui finit exilé en France, misérable, mort dans l'indifférence à Caen en 1840 à l'âge de 62 ans.
    Barbey d'Aurevilly, à travers ce portrait, jette les fondations du dandysme comme mouvement de mode et, plus encore, comme philosophie. Ce court volume, vingt fois réédité, est rapidement devenu le bréviaire de tant et tant de jeunes gens désirant pratiquer la "science du paraître", séduire par "rien du tout" en cultivant l'art de la profondeur. Cet essai est également une façon d'autobiographie déguisée : les rites aurevilliens de l'élégance y sont comme mis à nu, ses fétiches vestimentaires, sa manière d'être et d'aller, sa mondanité, de même que les ressorts de la création à l'oeuvre dans l'écriture d'un des plus grands stylistes de la langue du XIXe siècle.

  • Julie Manet (1878-1966) est la fille de Berthe Morisot et la nièce d'Édouard Manet. On connaît son visage et sa silhouette car toute sa vie elle posa pour sa mère et pour de nombreux peintres impressionnistes. Julie Manet était au coeur de la vie artistique et littéraire parisienne de la Belle Époque. Son Journal (1893-1899) est une mine et lève le voile sur d'innombrables aspects captivants de la vie des Impressionnistes.

  • Géographe réputé, Richard Cortambert (1836-1884) fut aussi homme de lettres, proche de Jules Verne notamment. Lorsqu'il publie Impressions d'un Japonais en France en 1864, la France connaît une « décennie japoniste » avec l'accueil de délégations nippones en France mais aussi des cours de langue japonaise à l'Ecole des Langues Orientales vivantes. On insiste souvent sur la mode du japonisme à Paris ; on connaît moins la réciproque et l'extraordinaire intérêt des élites japonaises pour la France.
    Ce goût pour la civilisation française est l'un des ressorts principaux du livre de Cortambert. Le docteur Japonais Kuen-Fou, héros de l'ouvrage, incarne cette francophilie nippone. Vrai-faux journal d'un vrai-faux Japonais, les Impressions dressent donc sur un ton souvent léger un tableau critique de la France des années 1860, celle du second Empire.
    Ces notes de voyages, véritable genre littéraire, peuvent passer pour une version XIX e siècle des Lettres persanes de Montesquieu. Mais on peut aussi les lire comme une fiction pure écrite par un auteur marqué, en 1858, par la fin de deux siècles d'isolationnisme japonais.

  • Après deux siècles de clôture, le Japon avec l'ère Meiji s'ouvre au monde moderne. En octobre 1867, Maurice Dubard entre à l'âge de 22 ans dans la Marine française. La mission militaire a pour but de contribuer à doter le Japon d'une armée moderne. Avec l'un de ses collègues, Marcel, le jeune militaire sillonne les principales villes de l'archipel.
    Cependant, son projet d'écriture est loin des armes et des uniformes, loin des bureaux administratifs et des fabriques. À l'instar du célèbre Japoneries d'automne de Pierre Loti, Maurice Dubard s'emploie à peindre en une série de tableaux et de saynètes ce Japon des années 1870. La passion de Dubard se porte aussi bien sur la culture matérielle ancestrale de l'Empire que sur l'énergie débordante de la jeunesse nippone. Ce récit de voyage est absolument contemporain de ce rapprochement entre l'Europe et le Japon.

  • C'est en 1919 que Johnston devint le tuteur de P'u-Yi, le dernier Empereur de la dynastie Ch'ing qui, sans aucun pouvoir politique, vivait encore dans la Cité interdite avec une cour, des serviteurs et toutes les préséances qui étaient dues à son rang. Johnston bénéficiait d'un traitement de faveur particulier : lorsqu'il entrait dans une pièce où se trouvait l'Empereur, ce dernier devait se lever et attendre qu'il se fût assis. Ce professeur anglais raconte ses journées d'enseignement avec P'u-Yi, certains de ses traits de caractère, son intelligence et son intérêt pour la politique de la toute nouvelle République. Johnston nous donne une vision très intéressante de la vie de cour à l'intérieur de la Cité interdite, toujours avec un souci d'historien de la pensée philosophique ou politique chinoise. C'est de la Cité interdite - où arrivaient journaux et messagers de toute la Chine - que Johnston voyait se mettre en place les rivalités entre partis, factions, et personnalités diverses, jusqu'à la chute de l'Empereur.

  • Née à Paris en 1752 d'un père roturier, Madame Campan entre à la Cour à quinze ans et devient lectrice des filles cadettes de Louis XV. Dotée d'un tempérament vif et déterminé, elle est nommée en 1774 première femme de chambre de Marie-Antoinette qu'elle servira jusqu'en 1792. Attentive, observatrice, intelligente, Madame Campan partage non seulement l'intimité de la reine, mais aussi de nombreux secret d'état. De fastes de Versailles à la fuite à Varennes, elle se trouve aux premières loges d'évènements qui s'apprêtent à bouleverser la France et l'Histoire.
    Sur un ton inimitable, bienveillant ou virulent, Madame De Campan raconte ce qu'elle voit, ce qu'elle entend, ce qu'elle sait.
    Un trésor inépuisable de vérités et de détails, grâce auquel ses Mémoires demeurent un témoignage unique sur l'Ancien Régime, la Révolution, la vie quotidienne et la personnalité de Marie- Antoinette.

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