Manuella

  • Depuis le milieu des années 1990, Hans Ulrich Obrist s'entretient régulièrement avec Ai Weiwei.
    Artiste, poète, architecte, commissaire d'exposition, expert en antiquités chinoises, éditeur, urbaniste, collectionneur, bloggeur, Ai Weiwei ne cesse d'élargir le concept d'art.
    Avec une oeuvre en déplacement et en renouvellement permanent, Ai Weiwei met la critique de la société, de l'histoire et de la politique chinoise au coeur de son travail.
    En 2005, il crée un blog sur lequel il s'exprime en toute liberté et qui sera consulté chaque jour par des centaines de millier de personnes, jusqu'à son interdiction en 2009.
    Depuis Ai Weiwei est menacé par les autorités chinoises jusqu'à son arrestation en avril 2011.
    Au cours de leurs échanges, ils ont évoqué toutes ces dimensions de son travail et ce qui les relie entre elles.
    Ce recueil est une introduction à la pensée et à l'oeuvre artistique extraordinairement complexes de Ai Weiwei.
    Dans l'un de leurs entretiens, il décrit son approche de la manière suivante : « En fait, nous faisons partie de la réalité, et si nous n'en prenons pas conscience, nous sommes totalement irresponsables. Nous sommes une réalité productive. Nous sommes la réalité, mais faire partie de la réalité implique de produire une autre réalité ». Il s'agit d'un manifeste artistique et politique. Ai Weiwei nous rappelle combien l'action culturelle et politique est essentielle à notre époque.
    Ai Weiwei s'exprime ici avec le ton très libre qui le caractérise. Il parle avec énergie et humour de son travail, de son pays, de ses parents, de son enfance. Il revient sur sa collaboration avec les architectes Herzog et de Meuron pour le stade olympique de Pékin, évoque ses projets. Au fil des mots apparaît un personnage habité par l'énergie de la création, un personnage toujours en mouvement que rien ne semble pouvoir arrêter. Un homme exemplaire qui oppose sa liberté à toute forme de bêtise et d'oppression.

  • Dans les salons du Train Bleu, Robert Crumb et Hans Ulrich Obrist mènent une discussion à bâton rompu. Le maître de l'underground américain évoque son enfance, sa passion pour le cartoon et Walt Disney, comment il a découvert les surréalistes à l'adolescence et notamment Dali et Chirico.
    Robert Crumb s'est toujours tenu à l'écart des réseaux traditionnels de production et de commercialisation, préférant la liberté créatrice à l'assujetissement économique.
    Face aux difficultés qu'il rencontre à faire circuler son travail, il crée ses propres réseaux et défend résolument la culture underground comme seul terrain d'expression possible.
    Ces expériences fondatrices ont façonné un personnage à la parole libre et, au-delà de l'auteur de bandes dessinées cultes, on découvre un homme surprenant qui déplore la déshumanisation de l'architecture, la professionalisation et la standardisations des métiers artistiques à laquelle il oppose la chaleureuse proximité des amateurs.
    Collectionneur compulsif depuis l'âge de 9 ans, il possède plus de cinq mille 78 tours. Les muiques du monde entier antérieure aux années 30 sont soigneusement classées dans son atelier du Sud de la France. Car en musique aussi, il préfère la sincérité, l'incarnation authentique dans un terroir à la technique fabriquée qu'on veut nous imposer.
    Ainsi se trace le portrait inattendu d'un homme qui a traversé toutes les tribulations politiques et artistiques de la deuxième moitié du xxe siècle, un portrait qui éclaire son oeuvre d'un jour nouveau.

  • « "Pessimistes, qu'aviez-vous donc espéré ?" écrivait Scutenaire.
    Je ne suis ni pessimiste ni optimiste. Je tente de rester fidèle à un principe : désirer tout, n'attendre rien. » Dans cet entretien Raoul Vaneigem, fidèle à ses principes de générosité et de créativité, nous invite à voir dans la période actuelle de mutation les signes avant-coureurs de l'émergence possible d'une nouvelle civilisation. Il montre comment inventer une nouvelle société humaine qui ne repose plus sur l'exploitation de l'homme et de la nature, mais qui soit fondée sur une alliance des forces de la vie et de la nature.

  • Dans le train entre Zürich et Paris, Hans Ulrich Obrist donne l'occasion à Paul-Armand Gette de parler de son travail et de ses influences.
    Passionné de sciences - aussi bien de botanique, d'entomologie que des sciences du langage-, Paul-Armand Gette se réfère tout autant à Linné - à qui l'on doit la classification des espèces - qu'à Lewis Carroll. On découvre ainsi comment il s'est emparé du terme de « nymphe » qui fait référence aux nymphes de Cranach mais aussi aux nymphéas de Monet, et qui traverse toute son oeuvre, comme un point d'origine. La nymphe dans toutes ses acceptions : à la fois divinité secondaire des rivières, état intermédiaire entre la larve et l'insecte - que l'on appelle également « imago » - et nom donné aux petites lèvres du sexe féminin.
    Ainsi, au fur et à mesure du voyage, les fils de cette oeuvre complexe se dénouent. Une oeuvre qui recrée le lien perdu entre art et science, une oeuvre où plaisir des mots et érotisme se mêlent intimement. Une oeuvre savante qui interroge notamment avec acuité la question du modèle en art.
    Né en 1933, Paul-Armand Gette est un fin connaisseur de l'histoire de l'art moderne et contemporain. Cette conversation est une véritable rencontre avec cet artiste exigeant, qui nous livre une vision radicale de l'art et de la vie. Secret et trop méconnu, il a récemment été mis à l'honneur par le musée Rodin (fin 2011).

  • Écrivain et artiste plasticienne, Etel Adnan est née à Beyrouth en 1925 d'un père syrien et d'une mère grecque. Elle a vécu en nomade entre Londres, Paris et les États-Unis, passant de l'Orient à l'Occident, des langues anciennes aux langues modernes, de la littérature à la peinture, ne cessant jamais de voyager entre Beyrouth, la Californie et la Grèce.
    Auteur de nombreux romans, essais, poèmes et pièces de théâtre, parmi lesquels Seasons (2008) et Paris mis à nu (2011), son oeuvre est écrite en anglais, en français et en arabe. Dans cette conversation, elle nous parle de sa façon d'écrire - dans le saisissement de l'inspiration -, du rapport particulier qu'elle entretient avec la création, de ses rencontres avec de grands poètes arabes tels Mahmoud Darwich, Adonis, Alaa El Aswany. En femme de son temps - elle qui a écrit contre la guerre du Vietnam -, elle donne sa vision des révoltes arabes. Elle définit son identité non comme un territoire géographique, mais comme un monde intérieur qu'elle cherche à nous faire partager.
    Célébrée par la revue Melus « comme l'écrivain arabo-américaine la plus célèbre et la plus accomplie d'aujourd'hui », elle est, à 85 ans, en passe d'être reconnue par un large public. Ses toiles et ses dessins vont être exposés à la Documenta 13 de Kassel en juin 2012.

  • Lucien Hervé est l'un des rares photographes français à allier philosophie humaniste et pensée architecturale. Ses cadrages en plongée, ses vues en oblique, un certain dépouillement et une volonté d'abstraction caractérisent un style photographique très différent de celui de ses contemporains.
    Cet ouvrage reprend le dernier entretien qu'il ait accordé - réalisé par Hans Ulrich Obrist avec l'aide de Federico Nicolao - et revisite avec passion ses années de travail.

  • Dans ce dialogue pétillant, Claude Parent parle de sa carrière, de ses réalisations, des obstacles qu'il a rencontré, de l'incompréhension que ses positions esthétiques et intellectuelles engagées ont suscité. Mais surtout, il parle de ses rencontres, de ses amitiés déterminantes pour son cheminement.
    Le Corbusier tout d'abord, avec qui il a fait son apprentissage. Le sculpteur André Bloc, qui l'a introduit dans le Groupe Espace où il rencontre notamment Fernand Léger, Jean Prouvé, Vasareli... JeanTinguely et Yves Klein à l'époque où il travaillait sur l'architecture de l'air. Le philosophe Paul Virilio, avec qui il fonde le groupe Architecture Principe et développe la théorie de la Fonction oblique. Et plus tard, Jean Nouvel, qui contribuera à le faire redécouvrir grâce à l'exposition qui lui a été consacrée à la Cité de l'Architecture.
    On découvre un homme en avance sur son temps qui s'est toujours rebellé contre l'ordre établi et la pensée pré-fabriquée. Un humaniste qui a voulu changer le monde.
    Son oeuvre construite et graphique est enfin reconnue tant en France qu'internationalement, au point que de nombreux artistes et architectes contemporains revendiquent son influence. Autant de facteurs qui ont sans doute contribué à l'inscription du centre commercial de Sens à l'inventaire des monuments historiques.

  • Harry Mathews est un témoin important de l'histoire littéraire de xxe siècle. Membre grâce à George Perec de l'OULIPO Harry Mathews est un témoin discret mais irremplaçable de l'histoire littéraire de ce groupe.
    Du Black Montain College où il rencontre John Cage, Merce Cunningham à Georges Perec qui le présenta à l'OULIPO dont il fit partie dès 1973, en passant par Tinguely, Raymond Roussel, Niki de Saint-Phalle (qui fut sa première épouse), Queneau, John Asbery, Walter Auerbach ou encore Jacques Roubaud, ce sont comme autant de personnages, une belle partie de l'histoire littéraire et artistique de la seconde moitié du xxe siècle qui apparaît dans ce texte.

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