Sciences humaines & sociales

  • En 1883, Kropotkine est condamné à 5 ans de prison pour activisme politique. Durant sa captivité, Élisée Reclus réunit ses textes parus dans Le Révolté et les édite sous le titre Paroles d'un révolté. L'ouvrage réunit ici les chapitres II, III et IV, intitulés: La décomposition des états, La nécessité de la Révolution et La prochaine Révolution. La décomposition des états est un texte saisissant par son actualité. Les questions soulevées par le rôle de l'état rappellent étrangement la crise actuelle et les revendications des «Gilets jaunes», ainsi est pointé du doigt, l'état emprunteur, mauvais gestionnaire, obèse ou encore inefficient. Ecrit il y a quelque 140 ans, ce texte à vocation révolutionnaire donne matière à réflexion sur la stabilité étonnante du Système dans ses pratiques !

  • Ajouté en 1887 aux 4 livres déjà publiés en 1882, le 5e livre du Gai Savoir s'intitule Nous autres hommes sans crainte. De quelles peurs Nietzsche s'est-il donc libéré ? Notamment de celle qui terrassait l'insensé du §125. Annonçant la mort de Dieu ce dernier invitait avec angoisse à en prendre la mesure. Si le déicide signifie la victoire de l'athéisme, elle présente le redoutable danger du nihilisme. De sorte que la mort du pouvoir spirituel se solderait par le culte de l'instant.
    Voilà pourquoi Nietzsche fait valoir les conséquences délétères de la politique contemporaine pour la culture, à l'heure où l'art ne prend plus racine dans le temps long des cristallisations symboliques, mais s'éparpille sous la pression d'une époque histrionique qui ne sait plus à quel saint se vouer.

  • C'est incontestablement de son expérience de paria que Flora Tristan a puisé la substance de son oeuvre et de sa pensée. L'idée de l'émancipation de la femme s'impose à elle très tôt, elle dont la vie conjugale fut un martyre et la pauvreté son lot. Sa condition de travailleuse lui font lier la lutte contre l'exploitation de la classe ouvrière à la lutte contre l'oppression des femmes. Cet ouvrage, publié à titre posthume en 1845 par A. Constant déclare à son sujet: Ce texte ne contient pas une doctrine nouvelle mais il est à placer parmi les ouvrages les plus profonds, ce sont les adieux d'un beau génie incompris. Tous ceux à qui la mémoire des amis du peuple est chère, tous les hommes d'avenir, toutes les femmes qui sentent la dignité de leur sexe [...] liront avec intérêt cet ouvrage.

  • La pensée de Nietzsche s'expose comme la transposition philosophique et littéraire de son expérience du monde et de lui-même, à laquelle il donne le nom de « Gai Savoir ». Derrière le mot d'ordre se cache une méthode rigoureuse et minutieuse, qui au-delà de toute recette, nous montre comment il revient à chacun d'entre nous d'appréhender notre vie et notre pensée en comprenant en quel sens elles dépendent l'une de l'autre. Le livre IV du Gai Savoir, « Sanctus Januarius », est une véritable méditation sur la manière dont la philosophie nous permet d'accéder à une maîtrise de soi d'un type nouveau : en comprenant comment le philosophe allemand conçoit « gaiement la gaieté », le lecteur est appelé lui-même à prolonger la perspective de Nietzsche pour lui-même.

  • La philosophie de Claude Henri de Saint-Simon (1760-1825) est à l'origine de nombreuses disciplines comme la sociologie ou la science politique. Elle est à la source des grandes idéologies contemporaines, socialisme, libéralisme, positivisme, anarchisme, technocratisme, communication. Chevalier d'un monde industriel nouveau, ce pionnier veut changer la société, faire l'unité européenne et promouvoir « l'association universelle ». Il pense une nouvelle société qu'il nomme « la société industrielle » et qui demeure la matrice de la vision occidentale du monde. Les disciples saint-simoniens contribuent ainsi aux Révolutions de 1830 et 1848. Certains deviennent de grands financiers et des capitaines d'industries, réalisant les grands travaux de chemins de fer ou du télégraphe, créant les maisons de crédit et les entreprises françaises de réseaux. Les utopies sociales et technologiques saint-simoniennes continuent aujourd'hui de se réaliser et de faire rêver.

  • Commencé en octobre 1888 Ecce Homo fut achevé le 4 novembre quelques semaines avant l'effondrement de son auteur. Divisé en quatre parties: Pourquoi je suis si sage/Pourquoi je suis si malin /Pourquoi j'écris de si bons livres/Pourquoi je suis une fatalité, il ne sera publié qu'en 1908. Ouvrage autobiographique, ce n'est pourtant jamais de sa petite vie dont nous parle Nietzsche. Le philosophe tend au contraire à mettre en lumière le caractère universel de certains événements vécus. Quelles pulsions, quels affects, quelle santé faut-il avoir pour faire la Généalogie de la morale? T el est l'objet d'Ecce homo et plus particulièrement de Pourquoi je suis si malin dans lequel Nietzsche expose une sorte de vademecum d'existence nécessaire à tout homme souhaitant développer sa vertu.

  • Extrait de Regards sur le monde actuel, La liberté de l'esprit succède à La crise de l'esprit qui constatait la faillite de l'Europe après la grande guerre.
    Vingt plus tard, posant un regard lucide sur les mutations qui secouent son époque, Valéry dissèque le monde actuel, relevant, non sans pessimisme, les accrocs de la modernité à la dignité de l'esprit. La critique qu'adresse le poète à la modernité et à ce qui la constitue essentiellement: une modification du rapport au temps, une baisse de la valeur de l'Esprit et un assujettissement de l'homme à l'argent. Les essais ici publiés sont éloquents à cet égard. Pour Valéry, c'est la fin du temps libre, ce temps où l'esprit se consacre à son propre développement par la fréquentation de l'art, de la philosophie, de la littérature.

  • Dans l'article sur le goût de L'Encyclopédie Montesquieu expose sa théorie de l'art en affirmant que la beauté d'une oeuvre vient de la relation entre sa force créatrice et l'effet qu'elle produit. L'idée qu'il se fait du goût repose donc sur une analyse des causes du plaisir qu'inspire une oeuvre d'art, et fait de l'impression ressentie un critère esthétique décisif.
    Ainsi, les sources du beau [...] sont dans nous-mêmes et en chercher les raisons, c'est chercher les causes des plaisirs de notre âme. [...] La poésie, la peinture, la sculpture, etc. [...] peuvent lui donner du plaisir. Voyons pourquoi, comment [...] cela pourra contribuer à nous former le goût, qui n'est autre chose que l'avantage de découvrir avec finesse [...] la mesure du plaisir que chaque chose doit donner aux hommes.

  • Tour du monde du covid

    Collectif

    • Manucius
    • 21 January 2021

    Ce livre réunit sur la pandémie de Covid-19 les contributions de cent vingt-sept chercheurs et artistes, travaillant dans trente-huit pays répartis sur cinq continents. Leur collaboration a été rendue possible par l'Institut d'études avancées de Nantes. Chaque année des universitaires venus du monde entier y poursuivent librement leurs recherches, au sein d'une communauté de travail interdisciplinaire qui les confronte à la diversité des expériences et des façons de penser.
    L'ensemble des anciens résidents forme un véritable collège mondial de la recherche dont ce livre illustre un angle d'analyse original dans la saisie des multiples dimensions de cette crise sanitaire sans précédent. On y découvre les diverses modalités selon lesquelles les sociétés humaines appréhendent leur rapport au temps, à la maladie, à la vie et à la mort. L'expérience de la pandémie est étudiée à partir de nombreux points de vue comme celui de la critique de la rationalité économique dominante et des inégalités accentuées par la crise sanitaire, ou celui de l'architecture normative des sociétés, envisagée à l'aune des libertés publiques, de la responsabilité sociale des États et de leur défaillance.

  • Kant (1724-1804) est un philosophe très sérieux, auteur (entre autres) de la Critique de la raison pure et de la Critique de la faculté de juger, son nom reste indissolublement lié à l'idéalisme transcendantal, doctrine en laquelle il démontre que nos connaissances sont issues de l'organisation des données de la sensibilité par les catégories de l'entendement, ce qui les fonde universellement, mais non absolument. Sa vie fut toute de rigueur, réglée à l'image de la machine:
    Horaires inflexibles et immuables, promenades à l'identique chaque jour, siestes millimétrées, etc. Ce que l'on sait moins c'est qu'il fut l'inventeur du portejarretelles transgenre, qu'il inventa une gymnastique anti-transpiration, et qu'il écrivit un petit précis sur les extraterrestres que nous vous livrons ici.

  • Dès l'âge de 12 ans (en 1856) et jusqu'à la fin des ses études, Nietzsche s'est attaché à l'exercice autobiographique avec lequel il devait renouer, de façon ultime, en écrivant Ecce Homo (1888). S'il serait hasardeux de chercher dans ces textes de jeunesse la formation des concepts nietzschéens, il n'en demeure pas moins qu'apparaissent, au fil des descriptions et des narrations, les éléments déterminants de ce qu'on se résoudra à appeler « l'invention d'une singularité ». Sans doute, celle-ci n'apparaît pas déjà comme une « vocation philosophique », mais elle en dessine les prémisses qui sont tout autant la genèse d'une sensibilité que celle d'un rapport au temps et, plus explicitement, au temps fini de la vie, à la mortalité. Mais surtout cette singularité s'invente dans un rapport aux livres, à la lecture et à la répétition de l'écriture à commencer par l'écriture de soi, véritable anamnèse.
    Dans le présent volume, on propose donc d'abord une traduction des plus significatifs de ces textes autobiographiques. Ensuite une longue postface intitulée L'invention d'une singularité qui pourrait se résumer dans une méditation de l'adage pindarique que Nietzsche avait choisi de faire sien : « Deviens celui que tu es ! »

  • La publication des Parerga et Paralipomena fut à l'origine de la reconnaissance et du succès tardifs de Schopenhauer. Le dernier essai des Parerga sont les Aphorismes sur la sagesse dans la vie. De la réputation en est le quatrième chapitre et livre une réflexion morale sur la vanité, l'orgueil et la gloire. Comme à son habitude Schopenhauer est sans concession, ainsi, chacun cherche à éviter le dédain ou l'humiliation, à obtenir l'opinion favorable d'autrui, c'est pourquoi l'opinion des autres est nuisible à notre bonheur. La vanité est la base de cette volonté de reconnaissance, or le bonheur n'est pas à chercher dans la considération de l'autre car il s'agirait d'un bonheur externe, fluctuant, éphémère.

  • La publication des Parerga et Paralipomena en 1851 fut à l'origine du succès tardif de Schopenhauer. L'un des essais des Parerga conçus comme «compléments» à la pensée de leur auteur, sont les Aphorismes sur la sagesse dans la vie. De la différence des âges de la vie en est le chapitre 6 et livre une réflexion morale sur les étapes successives de toute existence humaine, à savoir l'enfance, la jeunesse, l'âge mûr et enfin la vieillesse. L'auteur décrit ces différents âges en y recensant les forces et les faiblesses de chacun d'entre eux, laissant à la vieillesse - temps de de la sagesse - un avantage incomparable sur tous les autres, sous réserve «d'avoir conservé l'amour de l'étude [...] et en général la faculté d'être impressionné jusqu'à un certain degré par les choses extérieures».

  • Le présent livre met en scène le duel de la littérature contre la philosophie et la théologie. Il s'agit de lire et d'analyser la manière dont certains textes - ceux d'Homère, de Boccaccio, de Shakespeare, Hölderlin, Flaubert, Kafka, Proust, Conrad et Joyce - ont tenté d'inventer une tout autre «métaphysique» une figure de la pensée libre et critique au-delà du savoir.
    La littérature a pu excéder et retourner la pensée occidentale contre elle-même, et ce geste d'écriture s'est effectué à partir de figures fantastiques inassimilables en philosophie, en théologie ou dans la théorie littéraire. Marc Goldschmit s'intéresse à ce qui, dans les textes littéraires, subvertit l'humanisme métaphysique et transforme profondément les partages entre humanité et animalité.

  • Si l'on connaît l'importance de la diète dans les éthiques grecques, les considérations gastronomiques des modernes paraissent souvent plus dérisoires. Le cas de Nietzsche est exemplaire à cet égard, on lit avec sourire ses propos diététiques. On aurait pourtant tort de s'y méprendre: le registre gastroentérologique est chez lui au centre de ses préoccupations quotidiennes et philosophique. Et il s'agit de penser ces deux pans de la personnalité du philosophe pour prendre la mesure de la profondeur conceptuelle que dissimulent ses propos de table. Le registre culinaire et diététique chez Nietzsche n'a pas vocation à être simplement édifiant mais sert de levier métonymique pour penser la nature et le devenir de la civilisation dans son ensemble.

  • Au lendemain de 14-18, Paul Valéry, publie La crise de l'esprit avec pour incipit Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. La civilisation dont il s'agit est celle de l'Europe et l'auteur questionne son malheur, sa tragédie.
    Note (ou L'Européen) complète ce 1er texte. Valéry y décrit l'Europe et son génie autour d'Athènes, Rome et Jérusalem: «Partout où les noms de César (.) et de Virgile, partout où les noms de Moïse et de St Paul, partout où les noms d'Aristote (.) et d'Euclide ont eu une signification et une autorité simultanées, là est l'Europe.» La guerre, l'Histoire, l'identité, autant de questions qui vont continuer à hanter notre continent durant le XXe siècle jusqu'à nos jours. Ces deux textes de P. Valéry restent d'actualité.

  • Devant la mort

    Lucrèce

    Devant la mort correspond au livre III du De la nature des choses de Lucrèce, poète latin du 1er siècle av. JC. A la suite d'Épicure, Lucrèce tente de nous délivrer de l'angoisse de la mort qui est l'obstacle majeur à notre bonheur.
    Le poète y démontre que l'âme naît et meurt en même temps que le corps. Ainsi la mort n'est alors pas à craindre, et les hommes ont tort de redouter un état qu'ils ne pourront jamais connaître car comme dit Epicure: «la mort n'est rien pour nous. Car tout bien et tout mal résident dans la sensation : or la mort est privation de sensation. [...] Le plus terrifiant des maux la mort n'a donc aucun rapport avec nous puisque précisément, tant que nous sommes, la mort n'est pas là, et une fois que la mort est là, alors nous ne sommes plus.» Ainsi nous sommes éternels.

  • Découverte de l'archipel dont est extrait L'âme juive prolonge la réflexion d'Elie Faure sur l'histoire de l'art à laquelle il associe pensée ethnologique et socio-culturelle. Il y identifie les caractéristiques de l'âme juive en posant la question du nomadisme: je crois qu'après des siècles d'errance, la fixation d'un peuple sur un territoire a pu faire éclore en lui une puissance intellectuelle extraordinaire. Si sa démonstration porte parfois l'empreinte des clichés racialistes souvent admis à cette époque, son propos ne partage jamais les finalités antisémites revendiquées par certains de ses contemporains. Par son formidable sens critique, le peuple juif apparaît à l'auteur comme le peuple créateur, exerçant depuis des siècles une influence décisive dans l'histoire européenne.

  • Dans le premier texte, écrit en 1715, l'auteur se joue des stéréotypes et montre les avantages de l'adultère. Dans le second, le penseur socialiste élabore, en 1808, une typologie de 75 modèles de cocus.

  • A l'heure du dérèglement climatique et de l'épuisement programmé des ressources naturelles, des mesures sont prises pour sauver la planète. Elles s'inscrivent dans la perspective d'un «développement durable». Mais, si urgentes et légitimes soient-elles, sontelles a la hauteur de la catastrophe?
    Autrement dit : l'écologie, interrogée ici, échappe-t-elle au règne de la technique, dont elle tente bien de minimiser les dégâts mais se garde d'interroger les présupposés, qu'à son insu elle partage ? Les forêts se réduisent-elles à des espaces verts, la nature à un simple environnement ?
    Cet ouvrage se propose de rouvrir ces questions en faisant droit au questionnement philosophique quant à la relation entre l'homme et la nature - à la lumière notamment des analyses de Marx et de Heidegger.

  • L'érudit allemand Wilhelm von Humboldt (1767-1835) à la fois linguiste et philosophe, fut probablement le plus grand penseur du langage. Il est l'auteur entre autres d'un texte rédigé en français vers 1812, publié de manière posthume sous le titre Essai sur les langues du nouveau continent, mais resté totalement inédit en France. Humboldt y esquisse notamment le programme d'une étude universelle des langues pour laquelle il rassemblait les grammaires de tous les idiomes du monde. Dans un passage remarquable sur l'apprentissage du langage, il suggère qu'on ne doit pas chercher l'origine des langues dans quelque temps reculé, puisqu'elle se réitère devant nous chaque fois qu'un enfant apprend à parler: le prodige de l'origine des langues se produit journellement sous nos yeux.

  • Du chagrin

    Cicéron

    Cicéron, homme politique romain républicain, avocat et philosophe, est l'auteur de discours tenus comme des modèles de l'expression latine classique : Verrines ; Catilinaires . Lors de sa carrière politique il écrit d'importants traités liés à sa pratique : De l'orateur ; De la République .
    Après la révolution césarienne (49-46), il se retire de la vie politique et se consacre à son oeuvre philosophique : De fi nibus , Les Académiques , Les Tusculanes. Les Tusculanes , oeuvre de philosophie morale pratique, tirent leur nom de la propriété de Cicéron à Tusculum où ils ont été rédigés. Sous inspiration stoïcienne, il y médite sur la voie du bonheur qui ne peut se trouver que par la libération de l'âme des passions qui y font obstacle : Du chagrin en est le livre III.

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