Littérature générale

  • En 1828, l'une des femmes les plus en vue de Paris, la marquise d'Espard, dépose auprès du tribunal une requête visant à faire interdire son mari.
    Qu'est-ce qu'une interdiction? C'est - nous dit l'article 489 du Code civil de 1804 - le fait d'ôter à une personne majeure l'usage de ses droits civils: «Le majeur qui est dans un état habituel d'imbécillité, de démence ou de fureur, doit être interdit, même lorsque cet état présente des intervalles lucides». Mme d'Espard accuse le marquis, dont elle vit séparée depuis plus de dix ans, de l'empêcher de voir ses deux enfants qu'il a emmenés avec lui et de dilapider tous ses biens, au profit des Jeanrenaud mère et fils, des inconnus.
    Le marquis est-il fou ou possédé, comme l'affirme son avoué?
    Sa femme, une des plus redoutables harpies de La Comédie humaine, désire priver sa légitime moitié de ses droits, mais y parviendra-t-elle? Cette demande judiciaire ne cache-t-elle pas «quelque petit dramorama»? C'est le sujet de cette longue nouvelle (ou bref roman), sans doute «l'un des plus parfaits récits qu'ait écrits Balzac».

    Présentation et notes de Marie-Bénédicte Diethelm, spécialiste de Balzac et de Chateaubriand. Elle est notamment l'éditrice des romans inédits de Mme de Duras: Olivier ou le Secret (in Ourika, Édouard et Olivier ou le Secret, Gallimard, «Folio classique», 2007), Mémoires de Sophie suivi de Amélie et Pauline (Manucius, 2011). Chez Manucius, elle a également établi l'édition de La Messe de l'athée (2013).

  • Passions et Vanités est un recueil de 3 chroniques écrites pour Vogue. Elles décrivent une époque où les femmes avaient pour seul souci de séduire les hommes, le tout dans un univers de luxe et de volupté. Nous sommes au temps de Proust et de ses mondanités. Les femmes sont distinguées, les hommes sont riches et portent beau, bref, si l'univers d'A. de Noailles apparaît comme ouaté, confortable, il n'en demeure pas moins que le tableau proposé est plein de charme et non dénué de profondeur.
    Il s'agit d'écrire un monde singulier dont l'auteur saisit les codes à la perfection par la grâce d'une écriture fine et élégante. Les deux textes suivants sont plus personnels, plus lyriques, mais on y retrouve cet attrait propre à A. de Noailles, une écriture séduisante et toujours parfaitement juste.

  • Post-scriptum de ma vie est une oeuvre posthume de V. Hugo parue en 1901. Les textes ici proposés sont extraits de la seconde partie intitulée L'âme qui se veut plus philosophique ou méditative. Dans Les choses de l'infini Hugo disserte sur le cosmos. Mais l'exposé scientifique laisse rapidement place à la littérature, c'est-à-dire à l'enchantement du monde. L'homme lèvera toujours les yeux vers les étoiles et songera à la beauté inexplicable de sa présence sur terre. Quelle que soit la vitesse de la lumière, sa place au sein de cet infini demeure la seule question, celle pour laquelle la poésie, l'art ou Dieu, sont d'admirables réponses. Dans la même lignée, Contemplation suprême est une réflexion sur le rôle décisif de l'artiste dans la compréhension du monde.

  • Le célèbre chirurgien Desplein de l'hôtel-Dieu revendique un athéisme intraitable. Pourtant son jeune interne Horace Bianchon que Desplein a pris sous son aile le surprend devant l'autel de la Vierge à une messe dans l'Église Saint-Sulpice.
    Intrigué par ce paradoxe si peu en rapport avec la droiture morale de son maître, Bianchon mène l'enquête pour découvrir le secret de Desplein. Cette nouvelle que Balzac aº rmait avoir conçue, et écrite et en une seule nuit paraît en 1836 dans la Chronique de Paris , elle sera au fi nal intégrée dans les Scènes de la vie privée et constitue dans l'oeuvre de son auteur une curiosité. Peu connue et peu lue, elle dévoile un Balzac inédit, qui, loin de sa férocité habituelle, trace un portrait sensible de la bonté, de la gratitude et de la fi délité.

  • Paru en feuilleton dans le journal Le Mousquetaire en 1866, Le comte de Mazzara est publié pour la première fois en volume. C'est donc un inédit d'Alexandre Dumas qui est ici proposé, inédit d'autant plus intéressant qu'il se révèle original dans sa conception puisque fruit de la collaboration entre l'auteur français et Ferdinando Petruccelli della Gattina, député, journaliste et homme de lettres italien. L'intrigue se déroule en Sicile et se signale par une série d'accidents survenant autour du mystérieux comte de Mazzara. Dès qu'il apparaît en public, les gens le conspuent en lui attribuant la singulière insulte de Jettator. Pourquoi ce mot? Pourquoi cette défiance à l'égard du comte? C'est ce que va tenter de comprendre le vicomte Alphonse de Quinsac, héros malgré lui de cette histoire.

  • Une bibliothèque

    Albert Cim

    Quels livres faut-il acheter ? Quelle est la base d'une bibliothèque ? Quelles sont les conditions d'une bonne installation pour une bibliothèque ? Son exposition, son emplacement, les meubles, les rayonnages, etc. ? Faut-il la pourvoir d'étagères fixes, mobiles ; à crémaillères, à clavettes ? Comment choisir son mode de rangement et de classement des volumes ? Classement horizontal, de gauche à droite, par ordre alphabétique de noms d'auteurs ? Classement vertical, par ordre de matières ? Classement ad libitum, les plus beaux livres ou les plus aimés sur le devant, et derrière, les vilains ou les moins appréciés ? Autant de questions qui taraudent tout bibliophile.
    A l'instar de Jorge Luis Borges (La Bibliothèque de Babel) et d'Umberto Eco (De Bibliotheca), Albert Cym (1845-1924) risque ici sa version de la Bibliothèque parfaite. Chaque amateur y trouvera de quoi fortifier sa passion pour cet objet de ravissement sans fin qu'est le livre.

  • Rouff connut la célébrité grâce aux écrits qu'il consacra à la gastronomie, ainsi trouve-t-on dans sa bibliographie un texte réjouissant qui propose un portrait de Brillat-Savarin, personnage qui, loin de n'être qu'un esthète, fut aussi un aventurier dont la vie fut à l'image de son époque, marquée par des bouleversements majeurs. Au cours d'une vie agitée, il avait vu passer bien des événements. [...] Il y a là le sourire indulgent d'un homme qui, ayant vu s'écrouler les régimes, avait gardé l'idée que seuls les instincts sont éternels et, parmi ceux-ci, l'instinct de subsister! Comme cet homme avait du goût, il finit par penser que ce besoin de se nourrir devait être transformé en volupté, ce qui est en somme la marque la plus certaine et la conquête la plus sûre de la civilisation.

  • Balzac publia ce dialogue, méconnu par la majeure partie de ses lecteurs en 1837. «La scène est au Café Voltaire, place de l'Odéon, à Paris. Dans ce Café, un soir de décembre 1827, autour de la table des philosophes, se racontent des histoires de rumeurs qui rendent fou, de nouvelles qui foudroient, de mystifications qui assassinent et de mots qui tuent. Et en effet comment le moral d'un individu a-t-il le pouvoir d'engager le corps dans des processus de somatisation qui peuvent conduire à la mort? Victimes de leur hypersensibilité, les personnages de ces petits récits font l'objet de crimes que la justice humaine ne peut poursuivre car c'est uniquement la puissance du psychisme qui leur a été fatale et c'est à ce titre que Balzac les qualifie de martyrs ignorés.

  • Utilité du beau, Du génie, et Le goût sont trois textes très peu connus de Victor Hugo où il expose sa vision du beau et de l'art. Tirés des Post-scriptum de ma vie, oeuvre posthume du grand écrivain, composée de recueils de textes philosophiques rédigés en 1860. Ils n'ont jamais été publiés à part bien qu'ils constituent un ensemble cohérent définissant ce que l'on pourrait nommer rapidement «l'esthétique hugolienne». Ce sont des textes où Hugo rend hommage à des artistes choisis (Horace, Virgile), où il défend l'admiration et la grandeur et où il formule avec talent et clarté ce que sont l'art ou le beau.
    Ainsi: Affirmons cette vérité superbe, entrevue seulement sur les sommets de l'art: il n'y a point de mal dans le beau. [...] Sous l'art complet il y a le silence du mal.

  • Le recueil suivant extrait quatre des Contes cruels que Villiers publie en 1883, il s'agit du plus Beau dîner du monde, le désir d'être un homme, Le secret de l'ancienne musique et L 'appareil pour l'analyse chimique du dernier soupir. T out l'art de Villiers s'y condense! L'analyse subtile des passions humaines y est servie par une langue unique, belle et chatoyante. Le récit prend parfois des détours légèrement fantastiques pour s'appuyer sur une vision prophétique et sans concession avec la modernité qui s'annonce. T ous les grands artistes de fin du XIXe siècle ont consacré Villiers comme un écrivain majeur.
    Nul doute qu'ils ne se sont pas trompés et il est utile de publier ainsi quelques-uns de ses textes, pour donner au lecteur qui l'ignore un bel avant-goût de cet écrivain brillant.

  • Petits contes

    Emmanuel Bove

    Les petits contes d'E. Bove paraissent en 1929. Il s'agit d'un recueil de 5 nouvelles où, à partir d'intrigues tout à fait minuscules, l'auteur de Mes amis réussit une fois encore à déployer son talent si particulier. La banalité apparente du propos apparaît comme inoffensive mais il n'en est rien, le génie de Bove réside dans ce paradoxe où le rien produit quelque chose d'apparemment plat, apparemment seulement car nul n'échappe à ce mystérieux envoûtement «bovien», à ce tour de force doucereux où le quotidien le plus identifiable renvoie implacablement à l'angoisse du vide. La lecture des petites histoires d'E. Bove est mélancolique mais cette légère tristesse qui juste affleure, avec délicatesse, est sans aucun doute la marque du grand auteur qu'il est et dont l'oeuvre mérite d'être lue.

  • Le 21 mai 1880, la veille de la parution des Croquis parisiens, le directeur du Gaulois, Arthur Meyer, présente à la une de son journal un " bataillon renouvelé de chroniqueurs, pris parmi les jeunes ".
    Au programme : " Les Mystères de Paris, par M. Huysmans ", auteur de quatre textes parus du 6 au 26 juin 1880. Ce " réaliste de la nouvelle école " propose l'exploration d'un Paris qu'il ne fait pas bon fréquenter lorsqu'on est un honnête bourgeois : les coups de poings s'échangent facilement, l'eau est " destinée non à être bue, mais à aider la fonte du sucre ". " C'est dans l'un de ces endroits ", annonce l'auteur, " que je mènerai le lecteur, s'il n'a point l'odorat trop sensible et le tympan trop faible ".
    Cette série oubliée nous fait pénétrer dans l'atelier de confection des ouvrières comme dans celui de l'écrivain. " Robes et manteaux " a été distillé dans un roman : En ménage (1881). " Tabatières et riz-pain-sel " aurait pu connaître le même sort, mais l'oeuvre ne fut pas achevée, et le texte servit d'esquisse au " Bal de la Brasserie européenne " (ajouté à l'édition augmentée des Croquis parisiens en 1886).
    " Une goguette ", modifié et repris dans plusieurs revues jusqu'en 1898, n'avait jamais été réédité dans ses premières versions. Et si " L'extralucide " et sa cocasse séance de magnétisme ont été abandonnés, la question des phénomènes inexplicables a fini par être prise au sérieux. Elle est au coeur des réflexions de Durtal, qui se demande, dans Là-bas (1891) : " comment nier le mystère qui surgit, chez nous, à nos côtés, dans la rue, partout, quand on y songe ? "

  • «À mes yeux, l'épicier, dont l'omnipotence ne date que d'un siècle, est une des plus belles expressions de la société moderne. N'est-il donc pas un être aussi sublime de résignation que remarquable par son utilité; une source constante de douceur, de lumière, de denrées bienfaisantes? Enfin n'est-il plus le ministre de l'Afrique, le chargé d'affaires des Indes et de l'Amérique? Certes, l'épicier est tout cela; mais ce qui met le comble à ses perfections, il est tout cela sans s'en douter...» «Vous voyez un homme gros et court, bien portant, vêtu de noir, sûr de lui, presque toujours empesé, doctoral, important surtout! Son masque bouffi d'une niaiserie papelarde qui d'abord jouée, a fini par rentrer sous l'épiderme, offre l'immobilité du diplomate, mais sans la finesse, et vous allez savoir pourquoi. Vous admirez surtout un certain crâne couleur beurre frais qui accuse de longs travaux, de l'ennui, des débats intérieurs, les orages de la jeunesse et l'absence de toute passion. Vous dites: Ce monsieur ressemble extraordinairement à un notaire.» Nouvelles extraites des tomes I (L'épicier) et II (Le Notaire) des Français peints par eux-mêmes, encyclopédie morale du XIXe siècle en dix volumes, L. Curmer, 1840-1842.f

  • " Sachons-le bien! La France au dix-neuvième siècle est partagée en deux grandes zones : Paris et la province ; la province jalouse de Paris, Paris ne pensant à la province que pour lui demander de l'argent. Autrefois Paris était la première ville de province, la Cour primait la Ville ; maintenant Paris est toute la Cour, la Province est toute la Ville. [...] La conversation est bornée au Sud de l'intelligence par les observations sur les intrigues cachées au fond de l'eau dormante de la vie de province, au Nord par les mariages sur le tapis, à l'Ouest par les jalousies, à l'Est par les petits mots piquants. [...] Dès leur bas âge, les jeunes filles de province ne voient que des gens de province autour d'elles, elles n'inventent pas mieux, elles n'ont à choisir qu'entre des médiocrités, car les pères de province marient leurs filles à des garçons de province, et l'esprit s'y abâtardit nécessairement. Personne n'a l'idée de croiser les races. Aussi, dans beaucoup de villes de province, l'intelligence y est-elle devenue aussi rare que le sang y est laid... " Deux typologies de femmes épinglées par la plume sans concession d'un écrivain observateur impitoyable des moeurs de son siècle.

  • Sans relâche, des lettres de l'enfance aux ultimes billets (il y en a plus de 350), l'auteur des Fleurs du Mal fut suspendu aux réactions maternelles. Horizon fermé ou lueur d'espoir, déversant, sur son mal-être, des paquets d'horreur ou le baume d'une douceur apitoyée, Caroline Aupick hanta le coeur et l'esprit de son fils.
    Cette relation singulière, qui donne à voir un artiste torturé, accablé par les problèmes d'argent, permet de saisir le caractère d'un homme hanté par l'oeuvre qu'il porte et la difficulté de pouvoir s'y consacrer.
    Il s'agit ici de la première édition séparée des lettres à Mme Aupick, susceptible d'éclairer de manière inédite un pan des études baudelairiennes et d'envisager un autre visage de l'autobiographie spirituelle que représente la correspondance du poète.

  • Depuis le développement de l'imprimerie, la civilisation occidentale vivait dans la culture du livre comme les poissons vivent dans l'eau, c'est-à-dire sans le savoir. Elle avait à ce point imprégné nos façons de sentir et de penser que nous avions fini par la confondre avec la nature humaine. Les technologies numériques nous ont brutalement confrontés au fait qu'il existe d'autres relations possibles à l'identité, au temps, aux autres, à l'espace et aux apprentissages. Et du coup, nous ne pouvons plus penser l'homme, la culture, l'enseignement et l'éducation de la même façon.

  • En mai 1880, à l'instar de J.-K. Huysmans, Guy de Maupassant, qui vient de connaître un premier grand succès littéraire avec Boule de suif, est sollicité par Arthur Meyer, propriétaire du Gaulois, pour écrire une chronique hebdomadaire dans son journal.
    Dès le 21 mai, le patron de presse annonce à ses lecteurs qu'" un bataillon renouvelé de chroniqueurs, pris parmi les jeunes, nous donnera presque chaque jour un article de tête qui sera intéressant, j'en réponds : nous aurons (...), Les dimanches d'un bourgeois de Paris, par Guy de Maupassant, le jeune maître en qui Flaubert voyait déjà son continuateur ; Les Mystères de Paris, par M. Huysmans, un réaliste de la nouvelle école ".
    Désireux d'écrire pour les journaux, Maupassant accepte l'offre de Meyer et produit entre les mois de mai et août une dizaine d'articles (ou nouvelles) qui narre les aventures de Monsieur Patissot, figure caricaturale du parfait bureaucrate, cousin proche de Bouvard et Pécuchet ou de Messieurs Berrichon et Bougran.
    Patissot donc, modeste employé de bureau, voit son existence bouleversée le jour où il apprend qu'il est menacé d'apoplexie s'il ne s'adonne pas à l'exercice physique. Pour satisfaire aux recommandations de la faculté, il décide de bouleverser son quotidien en dédiant ses fins de semaines à la promenade. Ces excursions vont bien entendu donner prétexte à diverses aventures, qui vont conduire le lecteur à apprécier le ridicule, la bêtise de cette petite bourgeoisie, aux revenus aussi étroits que ses idées ; mais également à découvrir les environs de Paris à la fin du XIXe siècle, où s'aventurer jusqu'à Colombes, Sèvres ou Meudon représentait encore une véritable expédition.
    Extrait : Toute sa vie avait été sédentaire. Resté garçon par amour du repos et de la tranquillité, il exécrait le mouvement et le bruit. Ses dimanches étaient généralement passés à lire des romans d'aventures et à régler avec soin des transparents qu'il offrait ensuite à ses collègues. Il n'avait pris, en son existence, que trois congés, de huit jours chacun, pour déménager. Mais quelquefois, aux grandes fêtes, il partait par un train de plaisir à destination de Dieppe ou du Havre, afin d'élever son âme au spectacle imposant de la mer.
    Il vivait depuis longtemps tranquille, avec économie, tempérant par prudence, chaste d'ailleurs par tempérament, quand une inquiétude horrible l'envahit. Dans la rue, un soir, tout à coup, un étourdissement le prit qui lui fit craindre une attaque. S'étant transporté chez un médecin, il en obtint, moyennant cent sous, cette ordonnance : " M. X..., cinquante-deux ans, célibataire, employé. - Nature sanguine, menace de congestion. - Lotions d'eau froide, nourriture modérée, beaucoup d'exercice. " Montellier, D.M.P. " ??

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  • Chaque nouvel ouvrage de Michel Houellebecq est accompagné d'un cortège d'indignations qui empêche d'entendre la voix sourde et grave de l'auteur de Soumission. Il faut pourtant partir de la beauté qui se dégage de cette écriture apparemment si morne et qui est celle de l'inquiétante étrangeté du quotidien.
    La lecture que propose Jean-Noël Dumont permet de percevoir le désarroi spirituel d'inspiration pascalienne qui traverse toute l'oeuvre de Houellebecq.
    Inquiétude intrinsèque que J.-N. Dumont appréhende et résume par trois interrogations: un art de l'indifférence est-il possible? Une société sans religion est-elle possible? Comment vivre dans l'absence de Dieu?
    Cet essai court et vigoureux donne à comprendre pourquoi Houellebecq est, malgré tout, notre grand écrivain.

  • Lire n'est pas seulement tenir un livre entre ses mains à certaines heures choisies. Lire engage le lecteur bien plus qu'on ne veut le croire. Qu'est-ce que la lecture? Que se passe-t-il et où suis-je, quand je lis Proust, Montaigne, Vallès, Borges, Primo Levi, Nerval? En quoi ma lecture met-elle en jeu ce que je suis, ce que j'ai été, ce vers quoi je vais? Le présent essai décrit attentivement le phénomène. Il s'agit de s'orienter dans un dialogue ouvert avec soi : nos lectures décident de ce que nous faisons de nos vies.

  • La parution des Mystères de Paris et du Juif errant consacre Eugène Sue comme un écrivain à succès. C'est entre 1847 et 1852 qu'il écrit les Sept péchés capitaux.
    La Gourmandise raconte une aventure amoureuse pleine de rebondissements. Mais le récit n'est ici qu'un prétexte car l'intérêt de l'histoire se situe ailleurs, précisément dans une réflexion sur la gastronomie et son usage. La gourmandise n'est un péché mortel que si elle est dévoyée en gloutonnerie. Dans la lignée de la Physiologie du goût exaltée en son temps par Brillat-Savarin, Sue propose une Philosophie du goût perpétuant ainsi un certain esprit français: la cuisine, les terroirs et leurs produits sont un trésor national, et à ce titre, la nourriture est à considérer comme une affaire de la plus haute importance.

  • La maison de Dora Maar à Ménerbes est le cadeau de rupture que fait Picasso à sa muse en 1945. Modèle et confidente du peintre qu'elle rencontre en 1935, leur liaison intense durera sept ans. Entre la mort de l'artiste et son rachat, ce haut lieu de l'histoire de l'art est resté à l'abandon plusieurs années. Jérôme de Staël, fils de Nicolas qui fut voisin et ami de Dora Maar à Ménerbes, a pu photographier l'intérieur en l'état avant sa transformation. C'est à partir de ces traces photographiques que Stéphan Lévy-Kuentz imagine une Dora Maar inconsolable d'amour, mystique et fantomatique, hantée par les objets laissés à l'abandon et ses souvenirs, qui revoit les images heureuses de sa vie. Un questionnement sur la perte, la solitude, mais aussi les rapports entre l'amour et la création...

  • Antoine Rivarol (1753-1801), dit le comte de Rivarol, est surtout connu aujourd'hui pour son opposition farouche à la Révolution qui le contraignit à l'exil, et pour son esprit léger, caustique, brillant qui fit de lui une gloire des salons européens.
    Burke l'appela le "Tacite de la révolution" et Voltaire affirma qu'il était "le Français par excellence". Ses bons mots ont fait florès dans tous les dictionnaires de citations. Mais il est une autre facette de son personnage qui mérite davantage attention : son goût passionné pour les langues (il traduisit L'Enfer du Dante) et singulièrement la langue française dont il forma le projet de rédiger un grand dictionnaire dont il publia à Hambourg, en 1797, le Discours préliminaire.
    Il avait écrit également un brillant essai, le Discours sur l'universalité de la langue française, couronné quatorze ans plus tôt, en 1783, par le prix de l'Académie royale des Sciences et Belles Lettres de Berlin et qui lui valu une immense notoriété. C'est ce texte qui est ici reproduit dans son édition de 1784 ou 97 ?. Rivarol, après avoir examiné les différentes langues européennes (l'allemand "trop guttural et encombré de dialectes", l'espagnol dont "la simplicité de la pensée se perd dans la longueur des mots", l'italien qui "se traîne avec trop de lenteur", l'anglais qui "se sent trop de l'isolement du peuple et de l'écrivain") conclut à une supériorité de la langue française de par sa proximité avec la structure même de la pensée rationnelle qui lui permet ainsi de prétendre à l'universalité : "Ce qui distingue notre langue des langues anciennes et modernes, c'est l'ordre et la construction de la phrase.
    Cet ordre doit toujours être direct et nécessairement clair. Le français nomme d'abord le sujet du discours, ensuite le verbe qui est l'action, et enfin l'objet de cette action : voilà la logique naturelle à tous les hommes ; - voilà ce qui constitue le sens commun. Or cet ordre, si favorable, si nécessaire au raisonnement, est presque toujours contraire aux sensations, qui nomment le premier l'objet qui frappe le premier.
    C'est pourquoi tous les peuples, abandonnant l'ordre direct, ont eu recours aux tournures plus ou moins hardies, selon que leurs sensations ou l'harmonie des mots l'exigeaient ; et l'inversion a prévalu sur la terre, parce que l'homme est plus impérieusement gouverné par les passions que par la raison...". Dans une certaine mesure, et pour le dire d'une façon moderne, Rivarol aurait posé les prémisses des avancées récentes de la réflexion sur le rapport entre le langage et la pensée, à savoir l'étroite dépendance entre structure de la langue et structure de la pensée, loin de la théorie instrumentaliste du langage qui prévalaient à l'époque où Rivarol écrivit son essai.

  • " Peu de temps après que ce livre parut pour la première fois, je rencontrai par hasard un homme riche qui sortait d'une maison pour entrer dans son carrosse. Je viens, me dit-il en passant, d'entendre dire beaucoup de bien de votre Histoire des Tropes. Il crut que les Tropes étaient un peuple. Cette aventure me fit faire réflexion à ce que bien d'autres personnes m'avaient déjà dit, que le titre d'un livre n'était pas entendu de tout le monde ; mais après y avoir pensé, j'ai vu qu'on en pouvait dire autant d'un grand nombre d'ouvrages auxquels les auteurs ont conservé le nom propre de la science ou de l'art dont ils ont traité. [...] Comme les géomètres ont donné des noms particuliers aux différentes sortes d'angles, de triangles ou de figures géométriques, angle obtus, angle adjacent, angle verticaux, triangle isocèle, triangle oxygone, triangle scalène, triangle amblygone, etc., de même les grammairiens ont donné des noms particuliers aux divers changements qui arrivent aux lettres et aux syllabes de mots. Le mot ne paraît pas alors sous sa forme ordinaire ; il prend, pour ainsi dire, une nouvelle figure à laquelle les grammairiens donnent un nom particulier. J'ai cru qu'il ne serait pas inutile d'expliquer ici ces différentes figures, en faveur des jeunes gens, qui en trouvent souvent les noms dans leurs lectures, sans y trouver l'explication des noms. [...] C'est cette conduite qui écarte les épines, qui donne le goût des lettres ; de là l'amour de la lecture, d'où naît nécessairement l'instruction, et l'instruction fait le bon citoyen, quand un intérêt sordide et mal entendu n'y forme pas d'opposition ".
    Publié en 1730, Le Traité des Tropes connut de nombreuses rééditions jusqu'à la fin du XIXe siècle. " Bible " de la rhétorique du discours, cet opuscule est un véritable petit trésor pour tout amoureux de la langue française. Né à Marseille en 1676, Du Marsais est mort à Paris en 1756. C'est à lui que Diderot et d'Alembert confièrent la rédaction de tous les articles de grammaire de l'Encyclopédie.

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