Magellan & Cie

  • ? Un portrait sans concessions de l'Irlande et des Irlandais. ? Texte extrait de Voyages en Angleterre et en Irlande, paru en 1836, suite à un voyage réalisé l'année précédente. C'est précisément en 1835, année majeure pour Tocqueville, qu'est publié De la démocratie en Amérique (premier volume). ? On retrouve ici les qualités d'enquêteur social et politique, reconnues aujourd'hui encore, de l'auteur. deuxième édition revue et corrigée, préface de Marc Wiltz.

    En 1835, Tocqueville et son ami Beaumont partent en Angleterre à la recherche d'une meilleure compréhension de l'état politique du pays mais, pour Tocqueville, il s'agit aussi de venir rencontrer la famille de sa future épouse, Marie Mottley. Ce texte exceptionnel sur l'Irlande est en réalité constitué de notes développées, prises à la manière d'un enquêteur, souvent rédigées sous forme de questions-réponses, plus qu'un véritable ouvrage de réflexion. Mais la précision de sa plume, la perspicacité des questions posées et la transcription fidèle des réponses des interlocuteurs constituent un véritable document. On comprend à sa lecture comment fonctionne (ou ne fonctionne pas...) la société irlandaise, et comment s'imbriquent dans les rapports sociaux les préceptes de deux religions chrétiennes farouchement opposées. Et ce que Tocqueville décrivait en 1835 s'est retrouvé encore férocement présent tout au long de l'histoire de l'Irlande au xxe siècle. Grâce à lui, le lecteur plaonge dans les ressorts profonds de la « civilisation » irlandaise.

    Extrait : « À quoi attribuez-vous principalement la misère de l'Irlande ? Au système des propriétaires qui profitent de l'extrême concurrence des travailleurs pour exiger des fermiers un fermage excessif. Du moment où le fermier commence à faire ses affaires, le propriétaire élève le prix du bail. D'où il résulte que le fermier craint d'améliorer, de peur d'être taxé par son maître pour une somme plus élevée que ne lui vaudrait son amélioration et se borne strictement à vivre. »

  • ?Après Fès, Le Rajasthan, Angkor, Île de Pâques et Hué, un sixième titre de Pierre Loti, l'un des plus grands écrivains-voyageurs français, vient compléter la collection « Heureux qui comme... » ? Un regard sensible et singulier, sur une ville singulière et menacée, par un auteur qui ne se lasse jamais d'observer et de décrire, du détail d'un objet au regard panoramique. ? Cette escapade coréenne est une parenthèse asiatique dans l'Asie sino-japonaise de Loti ; elle introduit comme « une manière d'ailleurs de l'ailleurs, de lointain au-delà du lointain ; comme une forme d'exotisme au sein de l'exotisme extrême-oriental. » Les journées passées à Séoul sont d'abord publiées sous la forme de deux articles : « À Séoul. I - Dans la rue », paru dans Le Figaro du 10 mai 1903 ; puis, dans Le Figaro du 1er juin 1903, « À Séoul. II - À la Cour ». Le chapeau en tête du premier annonce l'exclusivité des « belles pages qu'on va lire, l'attachante vision, à la fois pittoresque, pleine de couleurs et de vie de ce coin d'Extrême-Orient ». Avec de très rares retouches et titré « À Séoul : dans la rue, à la Cour », ce reportage a formé le chapitre XL du récit-roman hybride La Troisième Jeunesse de Madame Prune, paru deux ans plus tard (Calmann-Lévy, 12 avril 1905). Bref et peu connu, il prend une place méritée aux côtés des témoignages documentés de visiteurs plus savants venus la même année en Corée, entre le classique Pauvre et douce Corée de Georges Ducrocq et les lignes ethnographiques d'un Louis Marin.

    Extrait : « À la splendeur de juin, qui est là-bas rayonnante et limpide plus encore que chez nous, je me souviens de m'être posé pour quelques jours dans une maisonnette, à Séoul, devant le palais de l'empereur de Corée, juste en face de la grande porte. Dès l'aube - naturellement très hâtive à cette saison, - des sonneries de trompettes me réveillaient, et c'était la relève matinale de la garde : une longue parade militaire, où figuraient chaque fois un millier d'hommes. Les autres bruits de Séoul commençaient ensuite, dominés par le hennissement continuel des chevaux, - de ces petits chevaux coréens, ébouriffés et toujours en colère, qui se battent et qui mordent. »

  • ? Un récit de voyage qui bascule dans le conte fantastique et onirique. ? Ce conte réalise un rêve de voyageur : faire revivre un monde disparu en arpentant ses ruines. FORMIDABLE INCITATION AU VOYAGE ! ? Théophile Gautier crée l'archétype de la femme fatale dans la cendre du Vésuve, et anime la ville fantôme par l'enchantement amoureux. Deuxième édition, revue et complétée préface de Émilie Cappell.

    Le 1er mars 1852, Théophile Gautier publia Arria Marcella, souvenir de Pompéi dans La Revue de Paris, qu'il dirigeait depuis son retour d'Italie. En 1863, l'Arria figure dans les Romans et Contes. Gautier rejette alors les traditionnelles «impressions de voyage» pour « le simple récit d'une aventure bizarre et peu croyable, quoique vraie » : un «amour rétrospectif» se noue à Pompéi, faisant basculer le récit de voyage dans le conte fantastique et onirique. Ce conte raffiné réalise un rêve de voyageur : faire revivre un monde disparu en arpentant ses ruines. Le lecteur entre dans un récit réaliste et pittoresque, visite Pompéi avec les trois jeunes héros de l'excursion napolitaine et partage bientôt l'hallucination sensuelle d'Octavien, amoureux idéaliste. Cette ambivalence figure celle de Théophile Gautier dont Victor Hugo disait qu'il était à la fois « fils de la Grèce antique et de la Jeune France ».

    Extrait : « La lune illuminait de sa lueur blanche les maisons pâles, divisant les rues en deux tranches de lumière argentée et d'ombre bleuâtre... Ce jour nocturne, avec ses teintes ménagées, dissimulait la dégradation des édifices. L'on ne remarquait pas, comme à la clarté crue du soleil, les colonnes tronquées, les façades sillonnées de lézardes, les toits effondrés par l'éruption ; les parties absentes se complétaient par la demiteinte, et un rayon brusque, comme une touche de sentiment dans l'esquisse d'un tableau indiquait tout un ensemble écroulé. Les génies taciturnes de la nuit semblaient avoir réparé la cité fossile pour quelque représentation d'une vie fantastique. »

  • Le photographe anglais John Thomson (1837-1921) fut l'un des premiers photographes à parcourir la Chine. Installé à Hong-Kong depuis 1868, il attendit que sa femme enceinte et leur premier enfant regagnent l'Angleterre pour réaliser son rêve d'un grand voyage dans l'intérieur de la Chine. Après avoir visité la province du Fujian, il s'embarque pour Taïwan avec le missionnaire et médecin anglais James Maxwell qui s'y est déjà rendu plusieurs fois. Ils débarquent à Ta-kao début avril et rejoignent Thaï-Ouan, la capitale, avant de parcourir la plaine occidentale de Taïwan, de village en village, où le docteur Maxwell soigne les aborigènes. John Thomson rencontre et photographie les Pepohoans, une tribu à demi sinisée qui constitue la population indigène.
    Extrait : « Plus nous avancions, plus le pays devenait impraticable, et plus les précipices devenaient larges et profonds. Quelques-uns formaient de véritables vallées, au fond desquelles nous trouvâmes des champs cultivés. Nous y observâmes aussi les traces des torrents qui, dans la saison des pluies, à travers les couches argileuses, s'ouvrent dans la montagne des passages souterrains, et offrent ainsi une sorte de drainage naturel à l'écoulement des eaux de la chaîne centrale. Ces torrents invisibles font de la culture dans cette région montagneuse une entreprise pleine de périls, car ils produisent des affaissements soudains du sol dans lesquels le cultivateur peut voir disparaître ses champs et sa demeure. »

  • 1) L'ascension du Fujiyama en 1874, par un jeune homme de vingt ans !
    2) Le mont Fuji est l'âme du Japon, objet de vénération pour tous les Japonais. Alfred Houette en fait un portrait vivant avec l'enthousiasme de son jeune âge.
    3) Comment se comporter au Japon, pays très fermé et intransigeant sur les règles, quand on est un étranger curieux et ambitieux...

  • Un des premiers textes en français (1891) sur le sultanat d'Oman, et un des très rares documents qui lui soit consacré au xixe siècle.

    L'histoire de ce lieu stratégique, objet de friction entre l'Angleterre et la France et porte d'entrée maritime vers le monde arabe, est retracée avec empathie.

    Vademecum culturel indispensable à tous les curieux de cette nouvelle destination touristique qui devient très à la mode, invitée en tant que telle au Salon du livre de Paris 2019.

  • 1)?Un? texte? scientifique? très? accessible? sur? la? géographie? de? ces? îles? encore? mystérieuses? à? l'époque?(1863).
    2)?Rencontres? et? dialogues? respectueux? avec? les? souverains? et? les? populations? autochtones,? illustrant?des?modes?de?vie?ancestraux.
    3)?Un? hommage? plein? d'amour? pour? la? vie? «?naturelle?»?dans?ces?contrées?encore?préservées? des?abus?de?la?civilisation.

  • 1) Récit d'une des premières ascensions (1894) du Kilimandjaro, montagne au coeur de rivalités entre les empires britannique et allemand.
    2) Descriptions précises et « humanistes » des populations locales qui vivent au pied de ce volcan, les Massaï en particulier.
    3) Description de la vie des missionnaires qui ont entrepris de « civiliser » les autochtones, mais qui ont eux-mêmes bien du mal à s'adapter. La grande époque de la colonisation à l'anglaise n'est pas de tout repos...

  • « Il est, au milieu du Grand Océan, dans une région où l'on ne passe jamais, une île mystérieuse et isolée ; aucune autre terre ne gît en son voisinage et, à plus de huit cents lieues de toutes parts, des immensités vides et mouvantes l'environnent. Elle est plantée de hautes statues monstrueuses, oeuvres d'on ne sait quelle race aujourd'hui dégénérée ou disparue, et son passé demeure une énigme.
    J'y ai abordé jadis, dans ma prime jeunesse, sur une frégate à voiles, par des journées de grand vent et de nuages obscurs ; il m'en est resté le souvenir d'un pays à moitié fantastique, d'une terre de rêve.
    Sur mes cahiers de petit aspirant de marine, j'avais noté au jour le jour mes impressions d'alors, avec beaucoup d'incohérence et d'enfantillage.
    C'est ce journal d'enfant que j'ai traduit ci-dessous, en essayant de lui donner la précision qui lui faisait défaut. ».
    Texte écrit en 1872, retranscrit et publié dans Reflets sur la sombre route en 1899.

  • Alors que sa fille est mourante, lamartine, partagé entre l'émerveillement et la douleur, nous emmène à jérusalem.
    Flamboyante prose poétique clamée d'un seul souffle, véritable peinture d'une ville envahie par la peste, ce récit romantique incroyable de modernité est un chant déchirant, une succession d'avalanches sombres et d'aurores incendiaires.

  • C'est un rêve d'enfant que pierre loti (1850-1923) exauce lorsqu'il fait le voyage d'angkor en 1901.
    En révélant au célèbre voyageur le sens de son existence de ce périple devient un pèlerinage, sagesse que le crépuscule de la vie seul pouvait rendre lisible. les pensées mélancoliques du voyageur et les descriptions de ce site incomparable, témoin ultime de la civilisation khmère, se mêlent intimement pour créer un texte magnifique qui signe la naissance d'angkor à la littérature occidentale

  • Cuba

    Othon Guerlac

    « Le 20 mai 1902, l'île de Cuba a pris sa place dans ce qu'il est convenu d'appeler le « concert des nations ». Cette entrée dans le monde s'est accomplie avec le cérémonial qu'on pouvait attendre d'un peuple qui, par hérédité, aime les belles manières, et au milieu de manifestations de joie et d'enthousiasme dont la violence ne saurait pas non plus surprendre chez des hommes qui vivent sous le vingtième degré de latitude.
    À midi précis, dans le somptueux palais de La Havane qui abrita plusieurs générations de capitaines généraux, et qui vit, il y a quatre ans, le départ du dernier représentant de la couronne d'Espagne, eut lieu la cérémonie de la transmission des pouvoirs. Au milieu d'une salle bondée de monde, le général Wood, représentant du président des États- Unis, remit à M. Estrada Palma, le président de la nouvelle République, les pouvoirs qu'il avait exercés pendant environ trois années.
    Le petit discours officiel qu'il lut, la réponse de M. Estrada Palma, furent presque couverts par les voix qui s'élevaient de la rue et qui, déjà, acclamaient Cuba libre. Puis le drapeau américain, qui flottait sur le palais du Gouvernement, fut abaissé en grande pompe par des soldats des États-Unis, et, à sa place, apparut le pavillon de la nouvelle nation. Et pendant que partout, sur les édifices publics de la ville et, là-bas, sur la vieille forteresse du château Morro, s'opérait également cette petite transformation, symbole du changement de souveraineté, les canons du fort de Cabanas lançaient leurs salves, les fanfares éclataient à tous les coins de la ville, les navires du port sifflaient ou mugissaient à tout rompre, et la foule répandue dans les rues, dans les parcs et sur les quais, grisée de soleil, de bruit et de patriotisme, hurlait à tue-tête :
    Viva Cuba libre, Viva Estrada Palma, Viva los Estados Unido ! »

  • Il fallait au moins la plume raffinée de Gautier (1811-1872) pour décrire celle qu'il appelle " l'Athènes du Nord " avec l'élégance et le charme qui lui sont dus.
    Ébloui par les palais et les cathédrales aux teintes pastel, il glisse en traîneau sur la Perspective Nevski, traverse la Néva gelée, pénètre dans le Palais d'Hiver et assiste à la bénédiction du fleuve en présence du tsar. Gautier, le " fils du soleil ", s'émerveille devant les prestiges méconnus de la capitale des neiges.

  • " Je veux commencer, non par le Lisbonne du dehors, mais par celui du dedans, m'introduire dans son intérieur, ou quand je ne le pourrai pas, écouter aux portes, puis raconter ce que j'aurai entendu. ".

    Rien n'échappe à l'oeil redoutable de Marie Rattazzi, princesse Bonaparte, sociologue et entomologiste. De la poussière des courses de taureaux à l'obscurité des bals de nuit, des trottoirs bondés de la capitale aux rives splendides du Tage, elle note conversations et tics de langage, décrit les passants et leurs vêtements, entre dans les boutiques et les cafés. Épluchant avec curiosité les petites annonces de rencontre qui paraissent déjà dans les journaux, Marie Rattazzi croque avec humour la parade amoureuse portugaise. Aussi drôle que méchante, cette insatiable curieuse s'attirera les foudres partout où elle passera et essuiera de nombreux procès, un exil et la censure.

  • Albert thomas, jeune étudiant, gagne en 1898 un prix d'excellence peu banal offert par la compagnie des wagons-lits : un billet pour le transsibérien.
    Ses impressions de voyage forment un témoignage exceptionnel sur cette ligne mythique encore inachevée à l'époque, mais transportant déjà des milliers de moujiks partis à la conquête du grand est sibérien.

  • Au programme : la cathédrale de monreale et son cloître paradisiaque, l'aventure d'un entomologiste pris pour un brigand, l'ascension du volcano, celle de l'etna, son histoire, les temples...
    Et la sublime taormine, qui ,emporte la préférence de guy de maupassant (1850-1893). cet ennemi (le la médiocrité est exalté par les formes majestueuses des temples antiques et par la pure sérénité des cloîtres. c'est que maupassant a fui la capitale pour retrouver dans l'aride campagne sicilienne une beauté idéale. il y parvient si bien qu'il devance ses guides et devient lui-même le meilleur des guides pour un périple très actuel

  • " Tout ce que le poète et le peintre peuvent rêver, la nature l'a créé en cet endroit.
    Ensemble immense, détails infinis, variété inépuisable, formes confuses, contours accusés, vagues profondeurs, tout est là, et l'art n'y peut rien ajouter. " Pour abriter ses amours avec Chopin, George Sand entraîne son amant et ses deux enfants sur l'île de Majorque pendant l'hiver 1838. Dans la pittoresque chartreuse de Valldemosa, la romancière jouit de la solitude et du spectacle de la nature. Mais, avec les habitants scandalisés par sa conduite, George Sand découvre un milieu hostile.
    Troisième épisode d'Un hiver au midi de l'Europe, publié par La Revue des deux mondes en 1841.

  • "Dans vingt ans, Berlin aura quatre millions d'habitants :
    Et ce sera Chicago." "Dans vingt ans ", c'est-à-dire en plein krach de 1929 et entre deux Guerres mondiales. Pour l'heure, Berlin est encore une ville nouvelle colossale, ultra moderne, traversée d'infatigables tramways électriques et de larges voies à l'ombre de parcs. Architecture spacieuse, urbanisme avant-gardiste, revendications féministes et syndicales : il souffle un vent révolutionnaire sur la capitale prussienne. Jules Huret, un des premiers reporters modernes, saisit l'instantané de Berlin à la Belle Époque ; une Metropolis avant la chute.
    Allers et venues d'ascenseurs, téléphones tonitruants, nuit éclairée comme en plein jour, la ville n'en est pas moins hantée par le spectre d'une guerre entre la France et l'allemagne - un "cauchemar" qu'on veut à tout prix éviter. - et par l'antisémitisme, dont Jules Huret dresse ici l'état des lieux.

  • C'est à florence, dans l'église santa croce, que stendhal éprouve pour la première fois une violente émotion esthétique reconnue plus tard comme un trouble typique du voyageur.
    Confronté à la " beauté sublime ", l'amateur d'art chavire de l'extase au vertige. en hommage à l'illustre écrivain, la psychiatrie moderne donnera à ce dérèglement des sens le nom de " syndrome de stendhal ".

  • Printemps 1910.
    Les reporters se pressent à buenos aires pour ne rien perdre d'une exposition universelle plus splendide qu'aucune autre. et jules huret, comme les autres, s'émerveille des beautés de la ville. mais dans les faubourgs, auprès des prisonniers et des fous, le maître du reportage met à nu la " reine du plata " et nous emmène au coeur de la capitale argentine.

  • Rio de janeiro est-elle vraiment la capitale " la mieux illuminée du monde " comme le prétendent ses habitants ? captivé par les couleurs et les effets de lumière qui subliment la ville divine, le romancier symboliste paul adam promène son regard d'esthète dans les quartiers riches et populaires, en quête de ces forces vives qui renouvèlent chez les cariocas " l'esprit de la méditerranée ".

  • « Me voici roulant dans cette part de Hollande admirée si fantastique il y a quinze jours, admirée aujourd'hui si belle, si verte, si puissante contre l'eau, sa parure et son danger ». Parti donner une série de conférences en Hollande, Verlaine parcourt en train les Pays-Bas, ses paysages d'eau ensanglantée, ses ombres de maisons piquées de lumières, ses rangées d'arbres si tristement splendides. Dans le silence des nuits où seuls se meuvent les bateaux, entre deux rues nouvellement inondées de gaz et d'électricité, le poète se perd dans les dédales de canaux, rêve des palais d'hiver où l'on patine, s'arrêtent dans les cafés tout en glace. Truculent, il boit petits et grands verres, croques gâteaux secs, absorbe nourritures froides et fume cigares en nombre.
    «Grandiosement » ! « exquisement » ! « inoubliablement » ! Verlaine invente toutes sortes de mots pour dire La Haye, Leyde, Dordrecht, Amsterdam.

  • « Qui veut acheter le Palais d'Été ? Qui rêve de démolir vingt mètres de la muraille pour se construire une bicoque avec ces pierres sacrées ? C'est à vendre. » Dans un empire chinois livré aux guerriers, pirates et autres trafiquants, Albert Londres (1884-1932) affiche une humeur désinvolte : l'allure rapide, la réplique amusante, tout laisse entendre qu'une belle comédie se joue à Pékin, pourtant menacée par les seigneurs de la guerre.
    Loin du ton mélodramatique qui prédomine aujourd'hui dans le reportage de guerre, cette voix décalée renouvelle notre regard sur le monde. En Chine, Albert Londres n'y va pas par quatre chemins.
    Son récit est tonique et vivant.
    Texte extrait de La Chine en folie, reportage publié dans l'Excelsior en 1922.

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