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  • Les juristes à l'initiative de cet ouvrage sont parties de l'observation que le statut de sujet de droit était affecté à des entités de plus en plus variées et cela, quelles que soient les cultures juridiques. Alors que le droit moderne avait toujours été anthropocentré, ce statut a été étendu à des entités comme les personnes morales, puis au monde vivant (les animaux), au monde végétal (les arbres), voire minéral (le paysage) et, depuis la nouvelle robotique et l'intelligence artificielle, la question s'est posée aussi de l'étendre à des artefacts (les robots) qui interagissent avec nous dans toutes nos activités.
    Le débat sur l'octroi de ce statut a d'abord été moral ou éthique : pourquoi traiterions-nous ces entités qui partagent à la fois notre évolution de Sapiens et qui sont entrées de plus en plus dans notre vie et notre environnement, comme des non-sujets, des biens ou pire, des esclaves ? Pour les anthropologues, comme Philippe Descola, il pourrait s'agir d'un nouvel animisme. Faut-il aller jusqu'à assimiler des entités comme les robots à des sujets de droit ?
    Cet ouvrage est une proposition pour penser les transformations du droit et du discours sur le droit, concernant le non-humain. L'hypothèse générale de recherche est que l'intériorité et la complexité deviennent deux clefs de lecture incontournables aujourd'hui pour penser l'évolution du sujet de droit s'ouvrant au non-humain. L'intériorité apparaîtrait sur la scène du droit comme un point de rencontre décisif entre l'humain et le non-humain. Au-delà de la diversité des formes d'intériorité, de leur possibilité d'existence (à quelles conditions peut-on parler d'intériorité concernant les plantes ou encore les robots ?), et des non-humains ici visés, les diverses disciplines convoquées dans cet ouvrage traitent d'une certaine manière la « question intérieure » et appréhendent les entités non-humaines dans leur spécificité. Prendre comme clé la complexité de ces entités était aussi un choix méthodologique : les systèmes complexes, depuis la cellule jusqu'aux écosystèmes naturels (la forêt), ou humains ou collectifs (les mégapoles) sont le résultat de processus d'évolution et d'adaptation.
    Les questionnements juridiques posés par l'introduction de ces entités non-humaines dans la sphère du droit amènent enfin à s'interroger sur les métamorphoses de la démocratie, rendant compte d'un certain nombre d'expérimentations sociales et ébauchant les contours d'une alternative politique.
    L'ouvrage fait appel à des disciplines aussi éloignées que le droit, la biologie, l'intelligence artificielle, l'éthologie cognitive, la botanique, la philosophie ou la psychanalyse.

  • Le droit économique n'a jamais été aussi important qu'aujourd'hui, à l'heure des mutations phénoménales de nos sociétés. L'économie est partout présente et le droit est directement sollicité, pour accompagner, encadrer, finaliser l'économie. Le droit économique, qui vit sans définition, doit être perçu aujourd'hui comme un outil de compréhension fondamental des réalités de notre temps. Le présent ouvrage se propose à la fois de dresser un bilan de ce qu'est le droit économique en ce début de xxie siècle et de livrer des analyses prospectives de ce qu'il pourrait être dans les années à venir. Il a été conçu comme une recherche collective reposant sur des mots-clés (ex. l'entreprise, le marché, la globalisation, l'intelligence artificielle), au nombre de 30 au total. Chaque auteur s'est emparé d'une notion en la replaçant dans une optique de droit économique. C'est donc sur une analyse transversale et thématique que l'ouvrage repose.
    Le droit économique est une maison ouverte. S'il sollicite des écoles de pensée diverses, il fait la part belle à la diversité. L'ouvrage a été réalisé dans cet esprit. S'il réunit de nombreux auteurs issus de l'École de Nice, il s'ouvre à d'autres perspectives et angles de vue. Le droit économique, par ses objets de recherche et ses méthodes d'analyse, est en mutation permanente. La présente recherche montre que l'économie est un objet qui traverse toutes les disciplines juridiques, au-delà du seul droit des affaires.
    L'ouvrage s'adresse aux étudiants voulant se familiariser avec la démarche de droit économique, aux chercheurs entendant approfondir des thématiques de droit économique et aussi aux praticiens qui recherchent des clés de compréhension des enjeux actuels portés par les rapports entre droit et économie.

    L'ouvrage a été dirigé par Jean-Baptiste Racine, avec les contributions de Éric Balate, Jennifer Bardy, Jean-Sylvestre Bergé, Walid Chaiehloudj, Jacques Chevallier, Bruno Deffains, Catherine Del Cont, Pascale Deumier, Isabelle Doussan, Aude-Solveig Epstein, Marie-Anne Frison-Roche, Giulio Cesare Giorgini, Lemy Godefroy, Marie-Angèle Hermitte, Clotilde Jourdain-Fortier, Gilles J. Martin, Frédéric Marty, Séverine Menétrey, Mehdi Mezaguer, Eva Mouial Bassilana, Irina Parachkévova-Racine, Thomas Perroud, Valérie Pironon, Patrice Reis, Fabrice Riem, Jean-Christophe Roda, Mahmoud Mohamed Salah, Fabrice Siiriainen,Katja Sontag, Marina Teller et Anne Trescases.

  • Tout se passe comme si les sociétés contemporaines connaissaient, en ce début du XXIe siècle, une transformation profonde de leurs principes d'organisation. Il semble que l'on soit entré dans un âge nouveau, dans lequel l'architecture sociale tout entière est en passe d'être redéfinie, au prix de fortes secousses : la société « moderne », dont les contours ont été tracés en Occident avant d'être diffusée à l'échelle planétaire, tend à faire place à une société nouvelle qui, si elle s'enracine dans la modernité, n'en présente pas moins des caractéristiques différentes, donc « post-moderne ».
    Les changements qui affectent l'État ne sont qu'un des aspects de cette mutation et, en tant que tels, indissociables des mouvements de fond qui agitent le social.
    L'entrée de l'État dans l'âge de la post-modernité se traduit par la remise en cause des attributs classiques qui étaient les siens, sans qu'il soit possible pour autant de tracer les contours d'un autre modèle étatique : l'État post-moderne est un État dont les traits restent marqués par l'incertitude, la complexité, l'indétermination.
    Pour l'analyser, il est seulement possible de dégager un certain nombre d'aspects qui sont la marque, l'indice, le signe tangible de cette indétermination nouvelle : la reconfiguration des appareils d'État (chapitre 1) et les transformations corrélatives dans la conception du droit (chapitre 2), recouvrent ainsi un mouvement plus profond de redéfinition du lien politique (chapitre 3).

  • L'emploi de l'expression « régulation politique » suggère une volonté de maîtrise du fonctionnement et du devenir des sociétés ou, à tout le moins, la croyance en cette possibilité de maîtrise. Dans cette nouvelle édition des Métamorphoses de la régulation politique, entièrement actualisée, un retour est fait sur cette expression et sur la réalité des évolutions des phénomènes dont elle relève. Il est d'abord tenté d'éclairer ce qui est qualifié de « régulation politique » par un retour sur ce qui y fait référence puis par une confrontation avec des analyses partant de ce qui est intitulé « régulation sociale », « régulation économique » ou encore « régulation juridique ». La réalité de la régulation politique dans ses derniers développements est ensuite éprouvée dans des domaines aussi illustratifs que la gestion politique de la sphère privée des individus, celle des relations au travail ou encore celle des stratégies d'entreprises multinationales dans le contexte de la globalisation.
    D'une telle démarche découle le constat général d'une exceptionnelle complexification de la régulation politique dont le pouvoir politique des États nations n'est plus forcément le centre. La théorie de la régulation politique des sociétés, à laquelle il a été fait si longtemps référence, est-elle devenue une utopie ? Effectivement, ce qui s'impose : c'est la réalité d'un champ « régulatoire » comme champ d'affrontements entre de multiples logiques d'action différentes et/ou antagonistes. Tout en renonçant à l'idée de prétendre être le moyen d'une maîtrise renouvelée, l'enjeu reste donc pour l'analyse de contribuer à la théorie du politique par une mise en valeur, dans le cadre d'une vision agonistique, parmi toutes les configurations de logiques d'action à l'oeuvre, de celles susceptibles d'aller le plus possible dans le sens de la structuration de sociétés réellement démocratiques.

  • Rendre hommage à un auteur, ce n'est pas seulement célébrer ce qu'il fut mais c'est aussi alerter sur ce que son oeuvre apporte au présent et à l'avenir de la connaissance. C'est bien le sens donné à cet hommage à André-Jean Arnaud. Repenser le droit, c'était pou r cet auteur érudit :repenser les lieux, les conditions et les façons de l'étudier en dépassant les frontières géographiques en même temps que les frontières disciplinaires. En montrant en quoi André-Jean Arnaud fut, hors des sentiers battus et des orthodoxies de la production et de la transmission des savoirs en la matière, un exceptionnel précurseur et l'infatigable artisan d'un nouveau régime de connaissance sur le droit, le présent ouvrage s'adresse à toutes celles et à tous ceux, enseignants, chercheurs, étudiants ou simples citoyens, pou r qui l'étude du droit permet de mieux comprendre ce que sont et ce que sont susceptibles de devenir nos sociétés.

  • D'une enquête ethnographique dans un vaste ensemble de logements à Buenos Aires, où l'auteure s'est immergée pendant deux années, résulte une analyse exceptionnelle de ce que peut être une économie de la légalité mise en oeuvre par une population pauvre. Dans leurs requêtes aux autorités, au front des guichets sociaux et dans leurs réseaux de parenté et de voisinage, cette pauvreté urbaine mobilise en effet des règles singulières prenant force de droit.
    À qui appartient le droit ? est ainsi à la fois un récit qui nous émeut par son humanité et un travail d'interprétation qui nous impressionne par sa valeur et son originalité.
    L'économie de la légalité ne se résume pas aux contraintes publiques qui s'imposent aux pauvres. Ceux-ci sont ici les acteurs du droit, acteurs d'un droit « d'en bas » dont l'auteure dévoile toute la richesse et la complexité. Emilia Schijman ouvre ainsi dans cet ouvrage des perspectives de réflexion superbement novatrices, non seulement pour tout travail de connaissance sur le droit mais aussi, bien au-delà, en relation avec la place que la pratique du droit peut occuper dans le traitement de la question démocratique.

  • Il ne saurait y avoir de définition valide du pouvoir politique qui n'accorde une place décisive à l'action publique. Comment parvenir à articuler des buts collectifs dont la formulation est délicate, des acteurs dont le statut et les intérêts sont très différents, des territoires hétérogènes et des échelles de temps variables est tout à la fois une question pratique et une question de recherche qui nous permet de mieux saisir le pouvoir politique dans son exercice tant en termes de coordination de l'action que de responsabilité et légitimité politiques. C'est ainsi une manière de poser à nouveaux frais la question de la gouvernabilité de nos sociétés et de s'interroger sur la centralité du politique dans leur régulation. En rappelant que le pouvoir politique est une combinaison de l'autorité et du pouvoir, l'étude de l'action publique reste certainement une des voies les plus stimulantes et les plus fécondes pour l'étude du politique.

  • Anthony Giddens, auteur de plus de 40 livres, connu universellement et traduit dans plus de 30 langues, est parti de la sociologie pour s'inscrire profondément dans la vie politique.
    Sa sociologie se révèle propre à indiquer de nouveaux cadres d'interprétation tant pour les sociologues que pour les politistes et les juristes. Sa théorie de la structuration présente un appareil conceptuel inédit permettant d'aller au delà des grands principes qui ont guidé le travail théorique des scientifiques du social depuis plus d'un siècle et demi. En montrant l'importance du renouvellement d'une pensée sociologique inséparable de l'approche politique, Relire Giddens permet de dépasser les dichotomies traditionnelles en sciences sociales et politiques, notamment celle du structuralisme et de l'actionnisme, et celle de la gauche et de la droite ; de confronter sa pensée à celle de quelques grands penseurs français, Foucault, Bourdieu, Boudon ; de comprendre comment nous nous trouvons dans une étape de modernité avancée ; d'envisager de nouvelles politiques de vie, de nouvelles formes de gouvernance.

    Ce livre s'adresse aux chercheurs et aux étudiants en sciences sociales, politiques et juridiques, ainsi qu'à tous ceux qui se sentent concernés par les questions d'un renouvellement de la sociologie et de l'action politique, et jusqu'aux problèmes concernant les risques, notamment ceux liés au changement climatique.

  • Le procès en justice est une dramaturgie qui repose sur l'unité de temps, de lieu et d'action.
    Pourtant, en France, comme dans bien d'autres pays, il est aujourd'hui possible, par le biais de la visioconférence, de plaider, juger et même comparaître à distance.
    Cet ouvrage s'intéresse aux enjeux que soulève la visioconférence dès lors qu'elle est importée dans le cadre d'activités judiciaires. Comment cette nouvelle façon de réaliser des audiences a-t-elle émergé ? À travers quel cadrage et pour répondre à quels problèmes ? Quels débats, arguments ont été déployés, par quels acteurs ? Par quels processus, cette innovation discrète est-elle devenue instrument d'action publique, vecteur d'une politique managériale ?
    Pour répondre à ces questions, les auteurs ont reconstitué l'histoire et la trajectoire de la visioconférence dans la justice française.
    Leur approche emprunte à plusieurs domaines de connaissance : les sociologies du droit, de l'action publique, des sciences et techniques.
    Ils livrent les résultats d'une enquête empirique réalisée au fil de plusieurs années, mettant au jour les épreuves, les controverses, ainsi que les différents arrangements opérés à plusieurs échelles de l'action publique.
    Que nous révèle cette étude de cas de la rencontre entre justice et technologies ?
    À l'issue de ce travail, la visioconférence ne peut plus être pensée comme une technologie transparente au périmètre parfaitement tracé ; elle relève davantage de dispositifs sociotechniques aux frontières mouvantes, qui réagencent et revisitent bien des dimensions de l'audience publique.
    L'institutionnalisation d'un nouveau format d'audience interroge ainsi le rapport des sociétés contemporaines à la présence physique et participe plus largement d'une recomposition des formes ordinaires et institutionnelles de la présence.

  • Il est ici question de l'État du droit administratif, parce que la matière juridique de ce droit trouve dans l'État sa raison d'être.
    L'État n'est-il pas origine et finalité d'un droit administratif tout entier tendu vers ces objectifs d'intérêt général hors desquels l'action publique serait sans justifications ?
    Avec le droit administratif, l'État dessine sa cartographie. Il y construit son histoire en donnant à ses choix leur expression juridique : jusqu'où serait-il pensable, sans ce travail d'écriture juridique ? Il s'agit de rechercher, depuis le droit administratif, les empreintes de cette entreprise.
    S'il faut se garder de penser que l'État ne serait qu'une production du droit administratif, force est d'admettre que les réalisations de ce dernier appartiennent à l'histoire de l'État. Ainsi sont ici entendus les « récits » du droit administratif : avec eux l'État se rend plus intelligible.
    On y trouve les traces de sa continuité par-delà ses transformations.
    Le droit administratif participe des mutations d'un État voué à changer ses façons d'être et d'agir. Qu'il s'agisse pour lui de questionner ses performances, de repenser ses rapports avec le(s) territoire(s), ou encore de chambouler le modèle de contrôle de l'administration.
    Ce programme exige que soient sollicités avec la même attention les figures centrales du droit administratif - service public, puissance publique, justice administrative - et tout un outillage juridique dont l'usage semble éloigné des dispositifs grâce auxquels l'État se reproduit : de la création du déféré préfectoral, à l'expérimentation de formes nouvelles de démocratie locale, en passant par le traitement non juridictionnel des conflits internes à l'administration.
    Si l'analyse de l'État du droit administratif est inconcevable hors des élaborations politiques de ce droit, elle n'est crédible qu'à la condition qu'en soient reconnus et décrits les supports techniques. L'État se fabrique jusque dans les « détails» du droit administratif.

  • Il est fréquent d'entendre qu'il existe une façon de raisonner qui est propre aux juristes. Parfois entendue positivement - au sens de la précision du raisonnement ou de ses termes - et parfois négativement - le goût de l'argutie, le caractère procédurier, l'excès de formalisme -, cette façon de raisonner est même tenue pour être la caractéristique principale du droit et de ses experts. Si donc l'on tient une forme de raisonnement pour spécifique au droit (ce qu'on peut appeler le juridisme), il reste à se demander de quoi elle est faite, au-delà des poncifs tenant à sa rigueur et à son formalisme.
    Cet ouvrage s'inscrit résolument dans une perspective ethnographique du raisonnement juridique qui se donne comme objectif de décrire comment ce dernier opère en situation. Ses contributions s'organisent selon trois axes. Le premier rassemble des textes qui traitent des catégorisations de sens commun et de leur lien étroit avec les catégorisations juridiques. Le second s'intéresse à l'établissement des faits de la cause. La dimension factuelle du raisonnement juridique est étroitement liée aux questions de preuves matérielles ou testimoniales. En filigrane apparaît la question de la vérité judiciaire qui émerge du jugement et se construit peu à peu à travers les différentes opérations matérielles et cognitives mises en oeuvre par les magistrats. Enfin, le troisième axe s'intéresse aux rapports entre droit et culture.
    La grande variété des ethnographies présentées dans cet ouvrage, variété qui doit autant aux dispositifs méthodologiques qu'aux terrains de recherche, permet d'appréhender le raisonnement juridique à travers ses divers accomplissements pratiques. S'appuyant tantôt sur les interactions observées lors d'audiences judiciaires, tantôt sur le processus décisionnel ou encore sur l'analyse documentaire et le compte-rendu du travail d'enrôlement des professionnels du droit autour d'un cas particulier, le raisonnement juridique se déploie au gré des cas problématiques qui sont soumis aux cours et tribunaux afin que soit dit le droit censé résoudre le problème et mettre fin au conflit. Toutes les contributions partagent une même attention accordée au processus de « mise en pertinence » des cas à résoudre. Elles révèlent la richesse de la démarche ethnographique qui, en étant au plus près des pratiques des professionnels et des experts du droit, éclaire des points jusque-là restés aveugles du raisonnement juridique.

    Sous la direction de Julie Colemans et Baudouin Dupret. Ont participé à cet ouvrage : Luiza Felix de Souza Barçante, Pedro Heitor Barros Geraldo, Nadia Khrouz, Julien Seroussi, Caroline Simon, Barbara Truffin, Jean-Marc Welller, Ayang Utriza Yakin.

  • La « gouvernance » et la « participation » sont à l'ordre du jour depuis que la France a découvert la mondialisation des échanges et ses effets. On retrouve le mot « gouvernance » à tous les niveaux (Union européenne, État, Régions, Départements). Mais qui sait ce qu'il signifie exactement ?
    L'ouvrage commence par situer la gouvernance dans son contexte historique, un vocable anglo-saxon utilisé par les entrepreneurs américains dans la première moitié du xxe siècle, passé dans le langage des institutions internationales dès les années 1945, et qui s'est étendu aux divers espaces de prise de décision. Il montre comment cet outil peut contribuer à un mode de prise de décision inédit, mais jusqu'ici trop peu efficient car purement pragmatique. Cet outil nouveau n'a rien à voir avec les actes de gouvernement proprement dits, mais relève de l'aide à la « décision » sous forme de « participation » d'acteurs jusque-là écartés du processus décisionnel, notamment la société civile.
    Les concepts fondamentaux du livre, « gouvernance », « processus de prise de décision complexe », « participation », s'inscrivent pleinement dans les débats actuels.

  • Des justiciables inégaux ? Dossier coordonné par Aude Lejeune et Alexis Spire.

  • La vérité est-elle justiciable ? Une telle question peut paraître saugrenue. Pourtant, la vérité, comme enjeu collectif, fait aujourd'hui l'objet d'assauts en tous genres dans les prétoires : le législateur définit des " vérités " sur l'Histoire à l'intention du juge, par exemple à travers la pénalisation du négationnisme, tandis que les citoyens somment le juge de se prononcer sur la nature criminelle de régimes politiques, ou se parent de son décorum, comme dans les tribunaux d'opinion, pour établir la reconnaissance politique d'une vérité. L'enceinte judiciaire devient ainsi un lieu privilégié de reconnaissance et de contestation de vérités officielles, les juges devenant des acteurs à part entière du partage entre vérité et erreur, ainsi qu'entre vérité et opinion.
    Comment les juges gèrent-ils les diverses conceptions de la vérité qui s'affrontent lors d'un procès ? Comment appréhendent-ils les croyances religieuses, les événements historiques ou les vérités officielles dont il est interdit de contester l'existence ? Se considèrent-ils liés par une vérité établie ou développent-ils au contraire des stratégies pour la redéfinir ? Quelles sont les interactions voire les tensions qui se nouent, dans le contexte d'un procès, entre droit, magie, religion, science, histoire et politique ?
    C'est essentiellement à ces questions qu'est consacré cet ouvrage pluridisciplinaire, conçu à partir d'études de cas. Les juges y sont considérés dans toute leur diversité, qu'ils siègent au sein de juridictions internationales (Cour pénale et tribunaux pénaux internationaux), mixtes (Tribunal spécial pour la Sierra Leone), étatiques ou para-étatiques (commissions de vérité et réconciliation), voire populaires (tribunaux révolutionnaires et d'opinion). Le lecteur sera ainsi amené à découvrir ou redécouvrir un certain nombre d'affaires judiciaires qui s'inscrivent dans le contexte de la judiciarisation du politique et qui renvoient à des luttes entre acteurs ou groupes politiques. Au-delà de chaque procès, cet ouvrage invite à une réflexion sur la portée et les limites du rôle du juge dans la construction de la vérité.

  • Qui gouverne les politiques publiques ? Les gouvernants élus ? Les experts ? Une pluralité d'acteurs qui collaborent ? Et si la gouvernance, dont on parle tant, n'était finalement que régime d'exception dans l'action publique contemporaine ? Et si cette dernière reposait sur un paradoxe qui reste à déchiffrer : la pluralisation des acteurs d'un côté, leur sélection de l'autre ? Et si l'action publique était en grande partie processus de clôture sélective à l'entrée de coalitions ? Et s'il fallait substituer la question « qui gouverne quand personne ne gouverne ? » par : comment devient-on gouvernant dans ces coalitions ? Et si le policy prenait le pas sur le politics ? Le hiatus, déjà posé par Tocqueville, entre ouverture démocratique et efficacité décisionnelle, ne travaille-t-il pas perpétuellement le polity ?
    En ouvrant un programme de recherche, théorique, méthodologique et empirique, sur les conditions sociales et politiques de la « sélectionnabilité » dans l'action publique, les quatre parties de cet ouvrage collectif constatent que, quelles que soient les procédures (cooptation polyarchique bien entendu mais aussi participation, concertation, mise en compétition), quelle que soit la légitimité à l'oeuvre (élective, experte, technique, légale rationnelle), quels que soient les moments (définition ou mise en oeuvre d'une politique, période routinière ou de réforme), la sélection est une composante essentielle du policy process. Comprendre ce design sélectif de l'action publique n'est pas seulement entrer dans la boîte noire de la fabrication des biens publics, c'est aussi et surtout s'interroger sur les recompositions de l'ordre politique des sociétés contemporaines.

  • Arnaud et les commentaires de celui-ci analysent la vision du monde que les sciences sociales autorisent en bouleversant une représentation conventionnelle de la fonction du droit, de sa vocation. La profondeur et la sincérité des propos de Jean Carbonnier alliées aux sollicitations respectueuses mais exigeantes de son interlocuteur permettent de comprendre comment son intelligence aiguë des sciences sociales lui a permis de prendre constamment distance avec le droit pour mieux le comprendre.
    Nul mieux qu?André-Jean Arnaud, qui a manifesté une capacité particulière à se libérer des orthodoxies, ne pouvait nous convaincre que la pensée de Jean Carbonnier a constitué une contribution essentielle à la compréhension des développements actuels et futurs de la connaissance sur le droit.

  • L'outre-mer français offre un terrain d'observation privilégié de la rencontre des civilisations.
    Les principes qui fondent classiquement notre conception de l'Etat-nation s'y trouvent mis à l'épreuve, de même que notre conception de la citoyenneté. Malgré la difficulté à intégrer la problématique posée par l'autochtonie, l'Etat français a parfois été contraint de sacrifier à cette logique qui bouscule nos principes : ainsi en Nouvelle-Calédonie, à côté du Peuple Français, existe un « Peuple Kanak ».
    Cet effort de remise en cause se poursuit au niveau du droit privé, au travers du statut des terres comme du statut personnel. En définissant un statut des « terres coutumières » qui en fait non plus des biens mais un capital social et culturel, le législateur français a donné corps à l'idée d'un « patrimoine trans-générationnel » qu'évoquent tous ceux qui se préoccupent de la responsabilité des générations présentes à l'égard des générations futures, de développement durable, de maintien de la « socio-biodiversité ».
    Au travers du statut personnel, le « laboratoire juridique néocalédonien » remet en question notre conception ethnocentrée du modèle familial, et de l'intérêt de l'enfant. Il montre qu'il est possible de concevoir un autre monde commun respectueux des identités individuelles et collectives. Et parce qu'il s'agit d'envisager des solutions qui rejettent toute idée de rupture, mais au contraire favorisent les passerelles d'un monde à l'autre, cet ouvrage souligne que le Droit (étatique) ne peut rester prétendument « neutre » c'est-à-dire sourd à la dimension culturelle.
    Car dans les esprits comme dans les coeurs, il a un concurrent de taille : « la coutume », qui souvent se mue en symbole d'une revendication politique. Les sociétés nées du choc colonial, outre-mer comme en Afrique francophone, sont des exemples vivants de pluralisme. Et si elles procèdent à des emprunts, c'est généralement pour conforter leurs propres logiques culturelles. Le processus d'acculturation ne joue pas à sens unique.
    La résilience des ordres juridiques infra-étatiques montre que ces sociétés s'adaptent en développant leur propre modernité. Elles imposent en retour à l'Etat comme à son Droit des torsions dont ils ne sortiront pas indemnes.

  • Titre: Les pouvoirs du droit Theme1: Droit - Théorie / Sociologie / Histoire / Philosophie / Histoire du droit - Sociologie / Linguistique Theme2: Droit - Sciences politiques Résumé: Les études sociopolitiques du droit sont assez fréquentes aux États-Unis, au moins depuis le début du XXe siècle.
    Nous assistons aujourd'hui à une expansion de ces études en Amérique latine et en Europe,y compris en France, alors que ce pays a été le plus grand défenseur du formalisme juridique.
    Toutefois, celle-ci se développe uniquement dans des « niches disciplinaires », différentes selon les pays.
    Alors qu'en France ces nouvelles études ont surtout fleuri dans les départements et les instituts de sociologie et de science politique, aux États-Unis et en Amérique latine, elles ont surtout prospéré dans certaines facultés de droit.
    Cet ouvrage vise à comparer les visions sociopolitiques du droit en France, aux États-Unis et en Amérique latine. Cette comparaison est non seulement transnationale mais aussi transdisciplinaire. Ont été ainsi convoquées les perspectives qui prennent comme un élément central la dimension politique du droit, en particulier la sociologie politique du droit, la théorie critique du droit et surtout les études socio-juridiques.
    Ce livre est donc conçu comme un double projet.Tout d'abord, comme une introduction à l'analyse comparée d'études sociopolitiques du droit ;
    Et ensuite comme un instrument pour améliorer le dialogue entre ces disciplines, non seulement au sein de chacun des pays étudiés, mais aussi à l'échelle mondiale.

    Mauricio Garcia-Villegas , Professeur à l'Institut d'Études Politiques et Relations Internationales (IEPRI) de l'Université Nationale de Colombie.

  • Ce livre dessine les contours d'une sociologie de l'austérité susceptible de dévoiler les mécanismes économiques, politiques, culturels et sociaux globaux qui transforment, dans le domaine du travail, l'action publique et l'action individuelle. Inséparable de la sociologie des émotions, celle de l'austérité montre que, si la peur sociale - construction sociale collective - légitime la mise en place des mesures économiques d'exception, celles-ci sont plus à l'aise pour procéder à la déconstruction des droits sociaux. Le modèle économique et politique de l'austérité, qui constitue un « modèle d'attache », relie en permanence l'échelle systémique financière à celles des organisations et des acteurs ordinaires de la vie sociale, désormais placés face à une « politique de réquisition » et « d'appropriation » des biens. Du coup, l'austérité peut être vue comme un modèle économique et politique punitif, mettant en péril la cohésion sociale et la démocratie représentative, elle-même prisonnière des enjeux économiques globaux.
    Ces nouvelles modalités économiques et politiques sont observées à travers deux biais connexes : celui de la reconfiguration de mécanismes de reconnaissance et de redistribution des droits en accord avec les prémisses de l'agenda néolibéral, et celui de l'émergence d'une logique ancrée dans une sorte de « cristallisation » des institutions et des pratiques sociales sous-jacentes à une nouvelle configuration du pouvoir. Désormais méta-étatique, ce pouvoir indifférent à l'éthique se trouve à la base d'une « naturalisation » des inégalités sociales. Il renvoie à une nouvelle forme de domination méta-gouvernamentale : les institutions internationales déterminent et organisent les modes d'agencement entre les acteurs sociaux non élus de la « Troïka » et les acteurs élus démocratiquement aux commandes des gouvernements nationaux. Une progressive déstabilisation normative du droit du travail s'installe partout, créant les conditions de la permanence d'un droit du travail d'exception.

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