Les Presses Du Reel

  • Ce document poétique est basé sur des archives des dossiers de procédure personnelle d'un tribunal militaire en Algérie entre 1954 et 1963. Ces dossiers sont des archives soumises à dérogation que l'auteur, également historien, a été l'un des premiers à consulter. Dans la lignée de la littérature objectiviste, ce livre donne à lire les mots de la justice française en Algérie.

    Voir aussi Émilie Goudal : Des damné(e)s de l'Histoire - Les arts visuels face à la guerre d'Algérie.

  • Un pamphlet poético-humoristique sur la domination masculine dans le monde de la culture : une enquête sur la présence féminine dans les lieux de l'art et de la pensée, où se fabrique les discours sur l'émancipation.
    « Si c'est pour faire des statistiques, je suis mal placée.
    En revanche, je peux effectuer des relevés.
    Piocher ici et là et regarder ce qui s'y passe.
    Dans ma petite sphère privée : comme on le dit de quelqu'un(e) qui est bien éloigné(e) de la grandeur.
    Je lis les journaux, vois des films, lis des livres, vais au théâtre, écoute des concerts et blablabla.
    J'ai une impression funeste. Que les hommes tiennent le haut du pavé. Les femmes le bas.
    /> Dans un petit caniveau étroit qui s'écoule avec lenteur vers un gigantesque égout, je veux dire dégoût, de l'histoire des hommes des êtres humains. »

  • Un long poème vertigineux, virtuellement infini, de Michèle Métail, construit sur le principe de la concaténation et des « ricochets » de compléments de nom : une exploration rigoureuse du langage construite comme une partition, inspirée des techniques de montage de la musique électroacoustique, pour se rapprocher d'une musique verbale.

    2887 ___________________________________________________________________ le poème de l'infini / 2886 ____________________________________________________ l'anniversaire du poème de l'infini / 2885 ________________________________________ l'annuité de l'anniversaire du poème de l'infini / 2884 _______________________ la quarantaine de l'annuité de l'anniversaire du poème de l'infini / 2883 la célébration de la quarantaine de l'annuité de l'anniversaire du poème de l'infini / 2882 la cérémonie de la célébration de la quarantaine de l'annuité de l'anniversaire du poème / 2881 la solennité de la cérémonie de la célébration de la quarantaine de l'annuité de l'anniversaire / 2880 l'occasion de la solennité de la cérémonie de la célébration de la quarantaine de l'annuité / 2879 la voiture de l'occasion de la solennité de la cérémonie de la célébration de la quarantaine / 2878 le conducteur de la voiture de l'occasion de la solennité de la cérémonie de la célébration / 2877 le permis du conducteur de la voiture de l'occasion de la solennité de la cérémonie / 2876 la délivrance du permis du conducteur de la voiture de l'occasion de la solennité / 2875 la préfecture de la délivrance du permis du conducteur de la voiture de l'occasion / 2874 le chef-lieu de la préfecture de la délivrance du permis du conducteur de la voiture / 2873 le canton du chef-lieu de la préfecture de la délivrance du permis du conducteur / 2872 la confédération du canton du chef-lieu de la préfecture de la délivrance du permis / Egalement disponible en édition de tête, accompagnée d'une oeuvre originale.

  • Texte chargé de corps, corps traversés par le temps, mers et terres traversées par les corps. « on apprend, on compte, on regarde ailleurs », plus loin, « au large du monde ». Claude Favre nous livre une poésie faite de relevés et d'emprunts, poésie présente, attentive aux déplacements des hommes et à ceux qui les contraignent. « la vie tombe tous les jours, d'accueillir ce qu'on n'attend pas, ça fend les peurs à plusieurs, s'arracher la bouche pleine de terre, et c'est documenté ».

    La collection PLI, dirigée par Justin Delareux et Jean-Marie Gleize, est une extension autonome d'Al Dante.

    Depuis 2005, Claude Favre publie de nombreux textes dans des revues / papier telles que Action poétique, Aka, Esprit, Nioques, Pli..., puis à partir de 2007 dans les revues numériques Poezibao, Libr-critique, Remue.net, oeuvres ouvertes, Diacritik, Laviemanifeste... préférant le laboratoire que sont les revues à l'édition stricto sensu, n'écrivant pas des livres mais des textes « Petits machins ». Grande adepte de la lecture publique, elle considère cette pratique comme plus propice à la conversation que le geste d'écriture.
    Claude Favre collabore parfois au Cahier critique de poésie du Centre international de poésie Marseille.
    Parmi ses principales publications : Nos langues pour des prunes, Éditions 22 (montée) des poètes, 2006 ; L'Atelier du pneu, éditions 22 (montée des poètes), 2007 ; Laps 15, Le Suc et l'Absunthe, 2006 ; Sang.S, avec des encres de Jacky Essirard, Atelier de Villemorge, 2008 ; Métiers de bouche, ijkl, Ink, 2013 ; Vrac conversations, Éditions de l'Attente, 2013 ; A.R.N._voyou, éd. Revue des Ressources, 2014.

  • L'ensemble des poèmes écrits par Apollinaire entre 1914 et 1918, réunis pour la première fois, méticuleusement retranscris d'après les « manuprimes », eux-mêmes reproduits en annexe.

    Des quelque trois cents poèmes écrits par Apollinaire entre la déclaration de guerre le 31 juillet 1914 et sa propre mort le 9 novembre 1918, seul environ un tiers fut publié de son vivant. Le reste n'a été révélé que tardivement, comme les Poèmes à Lou, ou a été dispersé dans des publications posthumes. Il manquait un ouvrage qui permette d'appréhender l'ensemble de cette création.
    En substituant aux rassemblements plus ou moins arbitraires une simple juxtaposition au jour le jour, les Poèmes en guerre déroulent une histoire quotidienne où chaque destinataire reprend sa place et son rôle dans le drame vécu par le poète. Ainsi apparaissent plus clairement, mais souvent entre les lignes et dans le non-dit, la détresse, l'angoisse de mort et les recours qui permettent au soldat de « tenir » : l'amour, les amitiés, la capacité de résilience grâce à l'écriture poétique, toujours prête à cueillir « le mystère en fleurs ». Celui qu'on a trop souvent dépeint comme un va-t-en guerre ne manque rien de la terrible réalité. Pontife et araignée, il tisse les liens qui le retiennent en haut et en bas, impuissants cependant à le détourner de son destin tragique.
    Claude Debon Professeur émérite à l'université de la Sorbonne Nouvelle, ancienne élève de l'ENS, spécialiste de l'oeuvre de Guillaume Apollinaire, Claude Debon lui a consacré plusieurs ouvrages, dont Claude Debon commente « Calligrammes » (Gallimard, 2004).

  • Cette première traduction française des premiers poèmes de Clemente Padìn (initialement parus dans sa revue poético-politique Los Huevos del Plata en 1966 puis en recueil l'année suivante) permet de découvrir la préhistoire du chantier poétique de Padín, le socle à partir duquel le poète a remis en cause tous les formalismes poétiques, en a sapé les limites et contraintes, pour devenir l'un des acteurs les plus inventifs et critiques de la poésie-action.

  • Un poème-fleuve qui interroge notre être au monde avec une liberté à la fois nouvelle et atemporelle, comme si cette parole nous venait des origines.

    Nous sommes immenses mais nous n'avons jamais été plus loin que le bout de notre nez que nous voyons à peine en ouvrant un oeil et en fermant l'autre, comme si nous étions si loin que pour voir juste une petite partie de notre visage nous devions nous regarder dans une longue-vue, un oeil ouvert et un oeil fermé pour voir une petite partie du jour sous une infinie partie de la nuit.

    Soleil des autres est le second volet d'une trilogie. Soleil Absent était le premier volet, publié en 2020. Soleil la nuit, qui clôturera cette triade, sera publié en 2022.

  • Sortir de la suffocation et du silence, faire émerger du chaos une langue, monstrueuse et irréconciliable, qui ose confronter au monde sa propre singularité... Koma Kapital, en six salves, dit la brutalité de notre société et celle dont peut être capable le monde du travail ; également, de leur capacité, ou à nous formater, ou à nous détruire.

  • Le texte de Julien Ladegaillerie Lacrymogenèse part du corps, est dépouillé par des coupes, des spasmes, des incisions, des coups. Ces coupes et ces coups pourraient être ceux que le corps reçoit, corps et langue mêlés dans l'empêchement. Texte de contradictions et d'enchevêtrements, voix suffocantes, Lacrymogenèse suggère tout autant les conditions de l'enfermement, une écriture tassé dans l'étroitesse de notre époque.

  • Jean-Luc Parant convoque la poésie, celle qui dit que nous sommes, en toute simplicité.
    « C'est quand les yeux sont allés là où le corps ne pouvait plus aller que les yeux ont cessé de grandir avec lui. Si notre corps grandit c'est juste pour que nos mains puissent être assez grandes pour cacher le soleil et que nos yeux puissent atteindre les étoiles sans être éblouis ou aveuglés par leur lumière. ».

    Jean-Luc Parant n'est pas poète pour nos pieds, il est poète pour ce que le soleil n'ose pas, pour ce que le soleil ne veut pas, ne peut pas nous montrer. Quand le soleil collapse, la vie surgit flanquée de tous nos poings.
    Jean-Luc Parant écrit rotativement, et s'il nous écrit que le soleil est absent, c'est pour mieux nous faire comprendre que là, enfin, tout commence au seuil du visible et de l'invisible, au seuil de soi et de l'infini crépusculaire.
    Poète et joueur, c'est à notre choeur qu'il s'adresse, à mi-voie du profane et du sacré. Quarante années passées à scier les barreaux du panoptique instant présent pour retourner les strates de l'existence. D'abord, c'est quoi qui existe, c'est qui, qui existe, hein ?
    Le Verbe toujours recommencé. Jean-Luc Parant fait un sort au vain ordinaire, il le boit dans son calice transsubstantié. Il n'y a pas d'une seule vie pour couronner l'inexistence de sa tautologie : d'âme, la vie rêvée sans vous ne vaut pas son saoul d'espoir.
    Jean-Luc Parant nous fait découvrir l'ivresse du sens dessus-dessous, je le suspecte même de vouloir traverser les espaces quadrillés. Ne serait-il bavard que pour de célestes clochards ivres de voyance ?
    D'après lui, nous ne mourons jamais assez, pour mourir éternellement. Est-ce que mourir un peu suffirait à exister ? Jean-Luc Parant convoque la poésie, celle qui dit que nous sommes, en toute simplicité. Mais c'est beaucoup. Et s'il s'amuse de nous amuser, c'est pour mieux nous amuser, nous, les pas du peu.
    Laurent Cauwet

  • Roman d'Éric Arlix épousant la forme du thriller, Terreur, Saison 1 est une oeuvre dystopique dépeignant une révolution des modes de vie en Europe engendrée par la commercialisation de molécules de nouvelle génération pour lutter contre la dépression...

    Terreur, Saison 1 est un thriller : des individus et des décideurs Européens, de Hénin-Beaumont à Marbella et de Linas-Monthléry à Treblinka, vont être soumis à de nouveaux modes de vie. Certains seront aidés en cela par une molécule de nouvelle génération qui sera mise sur le marché par l'entreprise LIFE, principalement réputée pour avoir révolutionnée le secteur de la dépression mentale et autres troubles psychiques...

  • Un récit poétique en prose à la croisée des genres, difficile à situer tant il se borne à décrire le non lieu dans lequel il se construit.

    « Nous nous contentons de recueillir, presque pieusement, les restes d'une époque qui, nous le sentons bien, a imprimé dans nos organes, dans nos fibres, de manière profonde et durable, son rythme duel. » C'est peut être l'histoire d'un égarement, c'est peut être une histoire d'égaré, c'est peut être le lieu qui nous échappe, auquel il nous est impossible d'échapper. Dans le mirador est un récit en prose difficile à situer tant il se borne à décrire le non lieu dans lequel il se construit. Le texte de François Bizet est à la croisée des genres, le lecteur devient observateur ou visiteur de la condition qui lui est faite. Dans le Mirador pourrait décrire ce qui est situé entre le contenu et le contenant d'un présent friable et fuyant, destructeur et omniprésent... « Le Mirador n'est plus en nous que cette contention partout palpable. Tout en Lui converge impossiblement vers ce point zéro que nous savons être à la fois notre vérité, et l'instant t de notre pulvérisation. » La collection PLI, dirigée par Justin Delareux et Jean-Marie Gleize, est une extension autonome d'Al Dante.

  • Traduit pour la première fois en français, ce texte culte de la poésie contemporaine mexicaine est le fruit d'une longue errance au nord-ouest du Mexique, à la découverte des rites du peyotl chez les Tarahumara. Écrit en 1978, ce long poème porte la trace des expérimentations du courant infra-réaliste, dont Anaya écrivit le premier manifeste en 1975, un texte inédit publié en annexe de cette édition.

    « Les étranges conquistadors (chavochi) parlent des « tarahumara », ils ne savent pas dire rarámuri, pieds coureurs, peuple issu d'où Rayena-Soleil est dévoré par la mer tous les soirs / Les chants Wikaráriame et Nawajíriame sont pour la joie où parlent esprit et corps / chants et danses dans le Tutuguri et dans le Tónari / illuminations, respect avec le Híkuri / noces, farces, rires avec le Batari / Assemblées de tribus pour la justice sociale et individuelle / RÉUNIONS DE RE-CONNAISSANCE / » Híkuri, qui, en langue rarámuri, signifie peyotl, propose une expérience perceptuelle, une quête hallucinatoire, la recherche d'un langage véritable - ne pouvant émerger qu'au contact de cette poésie corporelle et vivante, qu'Artaud avait si bien reconnue comme pulsant dans les rites tarahumara du peyotl. Dans Híkuri, le mot se fait vision. La langue maternelle se brouille, se peuple de langues étrangères. En premier lieu les mots de la langue rarámuri, qu'Anaya a peut-être entendu, enfant, dans la bouche de son grand-père, soldat révolutionnaire indigène de l'armée de Villa. Mais pas seulement. Les noms d'Hölderlin, de Rimbaud, de Pound sont convoqués. La voix de l'aimée, de la mère, du père du poète s'entremêlent, jusqu'à se faire indiscernables. Principe de citation où la notion d'auteur se brouille. Collage ou cut-up. Sans autre cohérence de sens que celle de ce voyage intérieur, à la recherche d'un nom indicible, qui ne saurait s'écrire. D'où la forme la force rhizomatique du poème. À l'éditeur qui lui faisait le reproche, à la fin des années 1970, de n'avoir pas écrit son texte, Anaya avait rétorqué que nul n'aurait pu lui faire de plus belle critique.

  • Une fable originelle en guerre contre les livres fondateurs des monothéismes (inédit de 1963).

    Dès ses premiers gestes, le chantier poétique de Julien Blaine s'affirment dans une recherche inlassable des écritures originelles ; de celles qui furent brûlées, détruites, salies, oubliées, déformées ou ridiculisées par les différents monothéismes. Ainsi, il écoutera et dialoguera avec la nature (les Poëmes soumis à la pluie de 1958) et les animaux (l'interview aux éléphants de 1962...) ; partira à la rencontre des indiens rescapés du génocide US, des Bamilekes rescapés des colonisations allemande puis française... réveillera la Pythie pour qu'elle puisse de nouveau, souveraine, délivrer ses oracles ; ira au fond des grottes du monde, afin de déchiffrer les mystérieux enseignements laissés des aurignaciens aux aziliens ; ravivera des univers oubliés dans la confrontation des mots des Poëmes métaphysiques...
    Le livre, écrit en 1965, est une fable originelle en guerre contre les livres fondateurs des monothéismes (juif, arabe, chrétien), tout d'abord par ce qu'il raconte - de la violence des pulsions de vie et d'un langage qui se creuse et s'invente dans la chair d'une nature dont nous faisons partie -, mais également en combattant la toute-puissance du livre. Car, comme dis Julien Blaine : « Lisez Le Livre (« Je sors de là ») mais ne prenez à votre profit que ce que vous estimez juste et beau. » Entendez : Méfiez vous du livre. Prenez dedans ce dont vous avez besoin, mais n'hésitez pas à le détruire - commencez par celui-ci.
    Publié une première fois en 1965, en version compactée, dans la revue Ailleurs (créée et dirigée par Carmelo Arden Quin), voici enfin, 49 ans plus tard, Le livre dans sa version dépliée en... livre.

    « Leur bible : ramener à la vie des cadavres pour fabriquer une armée redoutable et sanguinaire comme nous pouvons le vérifier au cours de leur 6 millénaires ! »

  • La réédition, dans une nouvelle traduction, de l'un des essais les plus importants de la poésie d'Amérique latine issue des avant-gardes historiques, dans lequel Clemente Padín, l'un des initiateurs et des principaux théoriciens de la poésie action, promoteur inlassable d'une poésie politiquement impliquée, expose sa réflexion sur le langage de l'action.

    L'histoire est-elle un long discours de l'action transformatrice de l'homme sur le monde ? Et dans quelle mesure, chacun à notre façon, arrivons-nous à nous intégrer dans ce « discours » - c'est-à-dire, comment intervenons-nous dans l'histoire ? Et dans quelle mesure transformons-nous le monde par nos actes ?

    Clemente Padìn (né en 1939 à Lascano) est un poète, performer, designer et artiste multimédia uruguayen. Il est également un important théoricien des pratiques poétiques issues des avant-gardes historiques. Dans les années 1960, il est l'un des initiateurs du mail art en Amérique latine, avec ses amis Dámaso Ogaz (Chili - membre du groupe d'avant-garde vénézuelien « Le Toit de la baleine », cf. Attaques n° 2), Guillermo Deisler (Chili) et Antonio Vigo (Argentine). En 1966, il crée la revue Los Huevos del Plata, qui donne le ton d'une poésie résolument moderne se réinventant hors des formalismes de l'époque, et qui s'affiche politique. Il y publie ses premiers poèmes qui, réunis sous le titre Los Horizontes Abiertos, furent publiés en recueil en 1967 (traduits dans la collection Al Dante sous le titre Horizons ouverts). Dès les premiers numéros, on trouve parmi les figures tutélaires Antonin Artaud, Ezra Pound, Vicente Huidobro et Sade. Après quatorze numéros et trois livres, la revue s'arrête en novembre 1969 avec, en citation de couverture : « pour créer un monde, il faut détruire un monde ». Le mois suivant, en décembre, il lance une nouvelle revue : Ovum 10. Ce qui était ébauché dans Los Huevos... se radicalise : la revue s'affiche internationaliste, expérimentale, révolutionnaire et compagnonne des mouvements sociaux. Les sommaires sont le reflet d'un réseau poétique qui se crée en Amérique latine (principalement avec Chili, l'Argentine, le Brésil - et les membres du groupe Poema/Processo : Dias-Pino, Cirne et Alvaro de Sa...) mais aussi avec l'Europe (l'Italie - Accame, Spatola, Sarenco, Perfetti... -, la France - Julien Blaine, Jean-Claude Moineau... - l'Allemagne - avec Jochen Gerz...) et les USA (avec Kostelanetz, Dick Higgins, etc.). Après dix numéros (comme indiqué dans son titre programmatique), la revue cesse de paraître en 1972. Quant à la poésie de Padìn, elle s'oriente vers des pratiques de poésies visuelles, sémiotiques, conceptuelles, performatives, multimedia, contextuelles et environnementales.
    Dès lors il ne cessera de mener une vie d'activiste sur tous les fronts, tant esthétiques que politiques (ce qui lui vaudra, lors de la dictature militaire, deux ans d'emprisonnement, de 1977 à 1979, puis d'être mis en liberté surveillée jusqu'en 1984). Il publie, expose, organise, performe, théorise... sans cesse, toujours aujourd'hui.

  • Document poétique distribué lors de rassemblements politiques.
    Le document original est un livret de 28 pages, format A5 (feuilles A4 pliées en 2 et agrafées), trouvé lors d'un rassemblement en janvier 2019 (contre les prisons) sur une table d'infos, sans nom d'auteur.e, ni aucune indication d'origine. Seule mention en bas de la dernière page : copillage . à diffuser librement...
    Une écriture du quotidien pulvérisée, à la fois en destruction et en composition.

  • Paul-Armand Gette met en lumière la violence de l'acte de censure à travers un hommage à la Diane chasseresse de Jean-Antoine Houdon (1741-1828), dont le sexe apparent fut rebouché lors de son entrée au Musée du Louvre.
    Ce livret, tiré à 300 exemplaires numérotés, est publié à l'occasion de l'exposition éponyme de Paul Armand Gette à la galerie Satellite, en février-mars 2021. Cette exposition est dédiée à l'artiste Jean-Antoine Houdon, auteur de la statue Diane chasseresse « dont le sexe jugé trop naturaliste fut rebouché et comblé par des tiges de bronze puis martelé en 1829 lors de l'entrée de l'oeuvre dans les collections nationales » (PAG). Cette exposition revient sur la violence de cet acte de censure et, plus généralement, sur les résurgences moralistes actuelles, qu'elles soient religieuses ou politiques.

  • Réédition des principales publications d'Angéline Neveu, membre des Enragés de Nanterre puis figure de l'underground poétique français des années 1980. Cet ouvrage regroupe Synthèse (1976), Lyrisme télévisé (1981), Rêve (1982), la retranscription de la cassette audio Je garderai la mémoire de l'oubli (1985), ainsi que des poèmes figurant au sein d'un catalogue hommage intitulé Désir (1985).

    Des hordes sortent dans la rue, c'est Noël / la mort est venue me chercher / les bourgeois se calfeutrent / la violence me désire / elle m'encercle, cercle, rétracté / cercle vicieux, cercle, recyclage c'est peut-être le moment de... / il ne faut pas avoir peur de l'image des autres / c'est aussi la vôtre. / * Liés à notre propre vomi social / nous ne dormirons plus ensemble

  • Recueil de transcriptions de « partitions » composées pour des lectures-performances publiques. Un CD est joint à ce livre, comprenant la lecture par l'auteur, seul ou accompagné de l'actrice Vanda Benes, de la totalité des textes.

    Projet : faire éprouver le poids de langue hétérogène, incentré, troué et dissonant dont est faite la rumeur de fond d'où tout écrit tire le matériau qu'il va formaliser.
    Cette rumeur, c'est « l'expérience » : non pas la vie nue (une « nature » hors langue) - mais le réseau des représentations toujours-déjà verbalisées dans lequel nos vies se déplacent, se déforment et se reforment.

  • La poésie de Jalal El Hakmaoui forme une géographie intime aux contours tripartites, entremêlant arabité radicale, expression française et imaginaires américanisés. Traduit de l'arabe au français par l'auteur.

    « Empire. Mac Donald's. Poésie. Ma langue poétique mineure. Empire. Macdonaldisation. Maroc. Mosquées. Barbus. Diglossie malheureuse. Bilinguisme. Colonisation crime contre l'humanité. Mutations. Doors. Élite. Et puis, mes textes continuent leur chemin du monde (poing levé). Je continue ma guerre linguistique contre les fantômes de l'histoire hégémonique. Ces textes poursuivent des petits récits de blessures du nom propre. Mon nom propre... »

  • Angéline Neveu, seule femme Enragée de Nanterre, se raconte et nous donne un témoignage sur son époque et ses bouleversements - dont mai 68 à travers sa fréquentation de Guy Debord et des situationnistes -, dans laquelle une femme mène ses propres luttes pour obtenir son autonomie par rapport à sa famille, mais aussi par rapport au sexe, aux hommes, au travail.
    Angéline Neveu cite dans son livre la phrase d'Hassan-i-Sabbagh : « Rien n'est vrai, tout est permis », phrase commentée par Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra. Donc expérimenter les limites, à travers la drogue, l'alcool et la sexualité qui se libérait à l'époque, et la remise en cause de l'État dans la lignée du « Contr'un » de La Boétie. Cette expérience des limites se retrouvent dans des formules de son livre comme « Mon amant de toujours fut le Néant ». Un livre donc métaphysique quelque part, recherche de spiritualité, quête de l'absolu, mais surtout un livre réellement vécue, autobiographique mais pas seulement, et qui couvre toute une vie.
    Jacques Donguy Alors / je pris la décision / d'aller / jusqu'au bout / du chemin. / J'ai été / un être mentalement / malade / en contact avec / les forces négatives, / les forces de destruction. / Depuis mes onze ans, / mon amant / de toujours / fut le Néant.

  • Une enquête socio-politico-poétique totale et explosée du milieu poétique, grâce à un dispositif textuel-visuel-sonore.
    ... il y a quelque chose de pourri au royaume de la poésie, les images en plans larges ne sont pas forcément mensongères, l'équilibre que seul révèle le dérapage contrôlé, ON VOUS GAGNERA, VOUS VOUS COUCHEREZ, l'assaut de nos ironies et de nos dissimulations (je marche dans la merde depuis trop de pages), aux récits grégaires des formes ensanglantées, - « moi, quand je mendie, c'est de profil », écrire est en soi un récit ployable en tous sens, écrire c'est être entouré par sa propre pensée comme des lames de rasoir, (une lame réversible, mordue par les choses extérieures, et d'abord par les soubresauts en cisaille, et qui se retourne en coup de couteau), plus il y a de chaos, plus l'homme désire sacrifier sa liberté pour sa sécurité, il nous faudra rouiller aussi, être coupant ne suffira pas, la lourdeur croissante des défis de puissance qu'engagent, les franchissements successifs des seuils de rupture, le délire des uns est devenu la santé mentale des autres, la restauration succède toujours au chambardement, (et il est impossible de remonter le temps), et il est impossible parfois de ne faire autrement qu'acquiescer, (et « pourquoi vouloir toujours vous échapper ? »), une servitude devenue gratification, ici la légitimité ne se conquiert qu'à l'aide d'un passé récusé, ici il y a un show-biz poétique qui vit au-dessus de ses moyens, intellectuels et tout près de ses actifs confidentiels, au prix d'une collusion semi-mafieuse avec l'institution, et certains agents auxiliaires (autant de machines cognitives, parfaitement + objectivement orchestrées), dans une lutte symbolique quasi-constante des poétiques pour l'hégémonie, et, parce que ces poètes sont l'institution faite hommes, qu'ils font corps avec elle, qu'ils lui donnent même corps, qu'ils ont des intérêts très particuliers à défendre, qu'ils manifestent le même grand écart, entre ce qu'ils pensent et ce qu'ils vivent, (seuls les morts ont vu la fin de la guerre)...

  • Défense, illustration, impatience et épluchures de la langue française est un texte faussement simple, fait de matériaux bruts. Il pourrait être lu comme la laisse d'une collision des mondes, leur usure, leurs rebonds. Il n'y a pas de décors, les acteurs ont disparus, les artères s'agrègent, la langue est faite par les invisibles qui la portent et s'en délestent, voix multiples, charge critique poudrée d'ironie et de mélancolie. Recevez cet amas d'épluchures comme le futur engrais de la langue. Vous y trouverez La poursuite du mouvement, Des pénuries ou des émeutes, Bruits de couloir, un rythme continu entre quelques craquelures.

  • La synthèse de la vaste enquête scientifico-poétique menée par Julien Blaine depuis plus de 20 ans pour retrouver la trace, l'empreinte, d'une langue originelle et élémentaire qui remonterait aux racines du verbe, hors de toute révélation divine, permettant d'éclairer 58 ans d'activités poétiques.
    La poésie de Julien Blaine englobe de nombreux domaines du savoir (archéologie, esthétique, science des religions, physique, ethnologie) pour créer une totalité esthétique captivante et révolutionnaire.
    Il a poursuivi, depuis les catalogues d'expositions Du Sorcier de V. au Magicien de M. (galerie Pailhas, 1997) et La Cinquième feuille (Nèpes, 1999), et le corpus des Cahiers de la 5e feuille (huit numéros, de 2001 à 2008), une enquête scientifico-poétique pour retrouver la trace, l'empreinte, d'une langue originelle, d'une langue élémentaire qui remonterait aux racines du verbe, hors de toute révélation divine.
    Cette langue, partout présente et toujours dérobée, il en traque les signes jusque sur les murs des grottes les plus anciennes, celles des Aurignaciens. Observant, collectant et comparant, le poète retrouve partout le même signe originel - un ovale fendu, celui de la vulve, de la feuille, du poisson ou de l'oeil : « Je reconnais les 5 ovales fendus, sources de toutes les écritures et de toutes les spiritualités. Et ce, à travers les vieilles langues (écrites et prononcées) explorées [...] / retrouvées / [...] traduites / [...] abandonnées / [...] considérées comme dessins, gravures, peintures, griffes, graphes, paraphes... ».
    Cette quête de signes soulève le problème de leur compréhension et de leur possible traduction. Ici le poète en révèle le mystère.
    En donnant la parole à ceux qui, comme lui, s'efforcent de comprendre non seulement la langue, mais les conditions même d'existence de la langue, Julien Blaine ne s'est pas absenté de sa poésie, au contraire : il continue de l'écrire, inlassablement, en rassemblant toutes les formes d'écritures, qu'elles soient naturelles, inscrites aux murs des grottes, ou techniques, élaborées sur Internet ; qu'elles soient scientifiques, littéraires ou considérées comme incompréhensibles, voire délirantes. Toutes ces écritures, Julien Blaine les rassemble et les « retraite » dans son propre texte, qui dès lors ne devient pas recueil poétique, mais réservoir des possibles de la langue dans tous ses états.
    Si ce chantier incroyable a été ouvert en 1997, la recherche des langues originelles d'avant les monothéismes est présente dès ses premiers gestes poétiques, comme en témoigne sa première performance en 1962 : Rep éléphant 306, où à travers l'interview des éléphants d'un cirque, il tente de retrouver une parole enfouie au fon fond de nos mémoires.
    Le livre La cinquième feuille - Aux sources du dit et de l'écrit constitue, enfin, la synthèse clarifiée, analysée et rendue lisible de 22 ans d'enquête et de recherche, permettant d'éclairer 58 ans d'activités poétiques.
    Pour « construire» cet ouvrage, Julien Blaine a été accompagné de Gilles Suzanne, qui en signe la préface.
    Gilles Suzanne est maître de conférences en esthétique et sciences de l'art à l'Université d'Aix-Marseille, chercheur au sein du Laboratoire d'Études en Sciences de l'Art (EA3274). Ses travaux à propos de la poésie élémentaire de Julien Blaine l'ont conduit à s'associer à l'Institut Mémoires de l'édition contemporaine, pour lequel il constitue le fonds Julien Blaine.
    Il co-dirige la revue Incertains regards (Université Aix-marseille). Il a dirigé l'ouvrage La poésie à outrance - À propos de la poésie élémentaire de Julien Blaine aux Presses du réel (2015).

    Dès le début des années 1960, Julien Blaine (né en 1942 à Rognac, vit et travaille à Marseille) propose une poésie sémiotique qui, au-delà du mot et de la lettre, se construit à partir de signes de toutes natures. Forcément multiple, il se situe à la fois dans une lignée post-concrète (par son travail de multiplication des champs sémantiques, en faisant se côtoyer dans un même espace des signes - textuels, visuels, objectals - d'horizons différents) et post-fluxus (dans cette attitude d'une poésie comportementale, où est expérimentée à chaque instant la poésie comme partie intégrante du vécu). Mais avant tout, la poésie s'expérimente physiquement : elle est, d'évidence, performative. Ses performances sont nombreuses, qui parfois le mettent physiquement en péril (Chute, en 1983, où il se jette du haut des escaliers de la gare Saint-Charles à Marseille : violence de cette dégringolade incontrôlable, et la réception, brutale, au sol, quelques centaines de marches plus bas... puis Julien Blaine met son doigt sur la bouche et, sous l'oeil d'une caméra complice cachée parmi les badauds médusés, murmure : « chuuuuut ! »). Mise en danger du corps, et mise en danger du poète, qui toujours oscille entre grotesque et tragique, dans une posture des plus fragile, car « le poète aujourd'hui est ridicule ». Performances, livres, affiches, disques, tract, mail-art, objets, films, revues, journaux... sa production est multiple, mêlant éphémère et durable, friable et solide. Pas un outil, un médium qui ne lui échappe. Mais rien qui ne soit achevé, arrêté. Car pour Julien Blaine la poésie est élémentaire, tout ce qu'il produit est fragment, indice d'un travail toujours en cours, document d'un chantier poétique à chaque instant renouvelé. Tous ces « résidus » doivent être lus en soi et en regard de ce qui nous entoure.

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