Le Promeneur

  • « Et je songeais à Maupassant, un vrai Normand, celui-là, à Maupassant pris par l'Algérie, puis par la Côte d'Azur que ne quittait plus son yacht, à Maupassant hivernant dix années de sa vie de Cannes à Monte-Carlo, de Menton à Antibes, Antibes où il mourut pour ainsi dire, puisqu'il n'abandonna la petite jolie ville que lorsque sa raison l'eût abandonné ! Et puis c'était des confidences d'autres hommes du Nord que je me remémorais, des gens des pays de brume ensorcelés par le Midi, et pour ne citer qu'eux, Alexandre Hepp, un Lorrain, un Alsacien même, et René Maizeroy, un Messin, tous les deux charmés par la Gueuse, et je songeais aussi un peu à mon cas... Parti pour l'Italie le 15 mai, et demeuré deux mois à faire la navette entre Marseille et Toulon, avec halte à Aubagne, Carqueiranne et La Garde, prisonnier du fort Saint-Louis à Toulon, comme du fort Saint-Jean à Marseille, promeneur inconscient des allées Lafayette comme des allées de Meilhan, où j'errais, ce soir-là, tout rêveur, en pensant au petit Septentrion... »

  • Etudes

    Thomas Mann

    « Avec Goethe et Nietzsche, Thomas Mann aborde les deux grandes figures allemandes antithétiques qui n'ont cessé de le fasciner, d'autant plus qu'il avait en lui-même de l'un et de l'autre. L'Improvisation sur Goethe est un remarquable portrait biographique et le témoignage d'une compréhension profonde des contradictions secrètes qui font la singularité de ce génie. Les réflexions sur Nietzsche ont la même acuité et la même pertinence.
    Quant aux quelques pages où Thomas Mann explique pourquoi, et dans quel esprit, il a risqué la vaste entreprise des quatre volume de Joseph et ses frères, non seulement elles éclairent avec une sorte d'alacrité ce chef-d'oeuvre, mais elles débouchent sur une profession de foi en l'homme, alors à peine sorti des épreuves de la Seconde Guerre mondiale, où l'on retrouve la hauteur d'esprit du grand romancier. »
    Philippe Jaccottet.

  • En 1971 un nouveau personnage apparut sur la scène universitaire londonienne le Pr Charlotte Bach, qui avait enseigné à l'université de Budapest...
    Elle défendait une nouvelle théorie de la sexualité et de l'évolution, très vite considérée comme une des plus grandes avancées intellectuelles du XXe siècle. Elle devint un objet de culte que l'on n'hésita pas à comparer, dans le Londres des années 60 et 70, à Einstein et à Freud. La vérité était ailleurs. Dans un récit aussi bref et documenté qu'étonnant, Francis Wheen démêle les fils enchevêtrés de la vie d'un personnage insaisissable qui eut le génie de la supercherie.
    Universitaire, aristocrate, homme d'affaires, journaliste, romancier, essayiste, hypnothérapeute, prostituée... Qui était réellement Charlotte Bach?

  • " Sir Thomas Browne est un homme étrange, croyant et sceptique, généreux et modeste, violent et tolérant, fou d'érudition, hanté par l'idée du temps qui passe et de la mort.
    Sa manière de sentir et d'écrire a fait une marque si profonde que sa prose baroque est encore citée à l'égal des poèmes de son contemporain John Donne. Le Discours sur les Urnes funéraires est une méditation sur l'ensevelissement dans les urnes, sur les corps périssables, sur les rapports entre la mort et la gloire. " Dominique Aury

  • Dans une lettre de 1901, georg simmel confie à heinrich rickert une passion parallèle à celle qui anime ses travaux de philosophe et de sociologue : " mon intérêt principal est depuis quelque temps la philosophie de l'art, et je brûle de résumer mes idées à ce propos.
    " marginal en apparence, ce champ moins connu de sa réflexion donnera lieu à une monographie sur rembrandt et à deux longs essais sur michel-ange et rodin. à côté de ces tentatives de synthèse de sa pensée esthétique, simmel a laissé une série d'essais qui sont autant de promenades inattendues sur des terrains qui, pour avoir été refoulés à la périphérie d'une histoire de l'art " académique ", mettent néanmoins en jeu les questions centrales de la perception et du sens de l'art.
    C'est en restant au plus près des phénomènes concrets, en refusant toujours de les réduire à la transparence d'un concept, que simmel parvient, paradoxalement, à rendre sensible le fonctionnement de sa pensée - et de la pensée en général. de proche en proche, à travers la métaphore, l'analogie, l'image, et toujours, pour ainsi dire, à fleur de phénomène, ses essais esthétiques reprennent inlassablement le même questionnement fondamental sur la forme et la matière, le temps et l'espace, la nature de l'idée.

  • Louise de Vilmorin aurait pu être une virtuose de SMS : chez elle, «élégie» s'écrit déjà LEJ, et «les baisers d'hier», LBZIR... L'Alphabet des Aveux trouve son origine dans le plaisir des mots et la liberté d'en user ; qualité qu'elle partageait avec Jean Hugo, autre «collectionneur» de bonheurs d'expression et de rébus bizarres. Utilisant l'allitération et le calligramme, le palindrome et l'holorime, la charade et le rébus, Louise de Vilmorin prend place dans la tradition des Grands Rhétoriqueurs, et des écrivains et poètes qui voient dans le langage moins le véhicule transparent de l'expression, que la source même de la création et d'une jouissance singulière.
    Le goût du jeu n'empêche pas, comme toujours chez elle, la lucidité la plus aiguë et la conscience ombrée de mélancolie (comme dans «Le voyageur en noir»), des équivoques et des impasse du désir.
    Le présent ouvrage [2004] comprend un ensemble de dessins et projets de Jean Hugo pour l'édition originale de L'Alphabet des Aveux, restés jusqu'à ce jour inédits.

  • Rassemblant plus d'une centaine de lettres, de cartes postales, de billets et de télégrammes, la publication de la correspondance que louise de vilmorin a échangée avec jean cocteau apporte un éclairage nouveau sur la relation qu'ils ont entretenue de 1934, moment oú cocteau découvre avec stupéfaction et enthousiasme sainte-unefois, à 1963, date de la disparition du poète.

    " jean, c'est comme un frère ", se plaisait à dire louise de vilmorin. il fut aussi un amoureux éconduit et un découvreur de talent : il la lança dans le monde des lettres en 1934, fut associé au tournage du film tiré du lit à colonnes en 1942, fit partie de la "bande" qu'elle réunit autour d'elle à l'ambassade de grande-bretagne en 1945, séjourna à verrières-le-buisson oú il écrivit la difficulté d'être en 1946, chanta ses louanges dans la revue de paris en 1955 et fut pressenti pour rédiger un essai sur son oeuvre littéraire en 1962.

    " si je l'aime d'un coeur jaloux, écrivit louise en 1955, c'est qu'il m'a, je crois, inventée. ".

  • Le buste sans tete

    Edward Gorey

    Edmond Gravillon et son compagnon, le Bahblagueur, traversent la fin du millénaire dans une étrange contrée, où les transporte une nuée. Ils y croisent entre autres une cantatrice dissonante, un danseur de tango maladroit, une aubergine mystique, une épistolière frustrée et une diva énervée.
    On n'aurait garde d'oublier le Koiksé siffleur, et pressé de disparaître.

  • Le marquis de Fury a été condamné à mort le 12 prairial 1794 après avoir passé 4 années à la maison d'arrêt de la rue de Sèvres. Il aura la tête coupée par la guillotine sur la célèbre place de Grève. Il a été arrêté en janvier 1790 alors qu'il s'approchait du Comté de Nice. Il comptait rejoindre les rives génoises afin de prendre un navire pour Corfou. Il n'a jamais pu réaliser son rêve : rejoindre les îles grecques depuis Paris. Pendant trois années il a été syndic comptable, pensionnaire du Roi, rue Ponceau Saint-Denis à Paris. Il fut fait chevalier de l'Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis. On lui confia des missions délicates dans le monde du jeu : ainsi dès 1769, le prince de Condé le fait venir pour découvrir les « Grecs » - tricheurs professionnels - qui sévissent à ses tables.

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  • Un degré plus bas et voici l'étrangeté : s'apercevoir que le monde est épais, entrevoir à quel point une pierre est étrangère, nous est irréductible, avec quelle intensité la nature, un paysage peut nous nier. Au fond de toute beauté gît quelque-chose d'inhumain et ces collines, la douceur du ciel, ces dessins d'arbres, voici qu'à la minute même, ils perdent le sens illusoire dont nous les revêtions, désormais plus lointains qu'un paradis perdu. L'hostilité primitive du monde, à travers les millénaires, remonte vers nous. Pour une seconde, nous ne le comprenons plus puisque pendant des siècles nous n'avons compris en lui que les figures et les dessins que préalablement nous y mettions, puisque désormais les forces nous manquent pour user de cet artifice. Le monde nous échappe puisqu'il redevient lui-même. Ces décors masqués par l'habitude redeviennent ce qu'ils sont. Ils s'éloignent de nous. De même qu'il est de jours où, sous le visage familier d'une femme, on retrouve comme une étrangère celle qu'on avait aimée il y a des mois ou des années, peut-être allons-nous désirer même ce qui nous rend soudain si seuls. Mais le temps n'est pas encore venu. Une seule chose : cette épaisseur et cette étrangeté du monde, c'est l'absurde.

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  • Texte poétique d'une pièce de théâtre de marionnettes - l'écriture d'un mythe universel qui a amené le Théâtre Blabla à tourner ce spectacle sur quatre continents (Europe, Brésil, Inde, Gabon) ...

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  • Agnès se questionnait pas mal sur ce sujet-là. Elle avait quand même honte, elle l'avait dit à Sophie d'ailleurs. Et puis juste après, elle lui disait qu'elle n'avait pas le sentiment de les avoir abandonnées, les filles ? Qu'est-ce que ça voulait dire, ça ? C'était bien confus dans sa tête. Ce qui était sûr, c'était qu'elle se sentait s'éloigner de certaines de ses amies, de pas mal d'entre elles, en fin de compte. Elles ne comprenaient pas. Il n'y avait peut-être d'ailleurs pas grand chose encore à comprendre ; pour Agnès, c'était bien vague aussi. Elle n'irait pas en Birmanie avec Sophie et Patrick, pas seulement pour cette raison, pour le fait qu'elles n'étaient peut-être plus tout à fait amies, mais aussi parce qu'elle n'était pas sûre de savoir encore trop ce qu'elle cherchait. Un voyage, oui, mais peut-être pas la Birmanie, peut-être pas. un voyage. Peut-être pas comme un voyage : elle ne savait pas trop ce que ça voulait dire, mais c'était ce qui lui venait pour l'instant.

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  • Bloqué dans un appartement de Bombay pendant les trois jours du couvre-feu imposé à une partie de la ville lors des attentats des 26-29 novembre 2008, le narrateur est particulièrement affecté par la tuerie de la gare CST, dont il vient de photographier les voyageurs. Alors que les médias se concentrent sur les prises d'otages dans les cinq-étoiles, il pleure les gens simples qui ont péri à la gare - symboles de toute une catégorie d'Indiens victimes de la nouvelle Inde.
    Tandis que retentissent des explosions sporadiques non loin de sa confortable chambre d'ami, il a tout le loisir de se remémorer ses périples dans le sous-continent, effectués sur fond de mondialisation, favorable aux uns, subie par les autres.

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  • C'est d'où tu tires des commentaires véreux sur autrui...; tu devrais te moucher le nez avant que de prendre garde aux autres...; tes yeux arguent tout droit que ta tête n'est pas cuite, que tu es un épi sans grain, une chandelle sans suif, un potage sans sel, un apothicaire sans sucre, un niau, un fouille-merde, une cervelle composée de têtes de lièvre et de mulet, qui veille en s'endormant sur des quintes fantasieuses, farouches et soupçonneuses...; je veux pourtant te fêter gorgiasement, d'autant que l'estime que je fais de toi vaut mieux qu'une savate... Ce qui me chagrine est la lourde volagerie de ton entendoire...; mais je t'apprête un caveçon pour t'enchevêtrer sans dilatation....



    /> Dirait-on qu'un ladre nourri de la chair du serpent, tel que tu es, qu'un faiseur d'argumens chaponnés., s'oppose aux doctes et exprès témoignages des sens et de la nature qui confirment que le feu d'une maison ou cheminée est extinguible par les souillures féminines du sang lunier ?...

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  • « Lecteur, salut ! Bonjour et santé ! Rencontre. Tout ici est rencontre. Que pouvons-nous espérer de mieux qu'une rencontre? Plusieurs? Au hasard. Flâner, bricoler, brocanter. Trouver ? Dégoter plutôt. Je fouille, farfouille, fouine. Je suis fouine. Au hasard du bazar, bric à brac, bric et broc, tas de briques. Poussières de briques. Or le hasard est ce à quoi je travaille. Sortons donc. Allons faire un tour. Envoyons-nous promener. Marchons. J'ai le souffle court. Ça renouvelle le sang. Par intervalles je respire profondément. Que cherches-tu ? Dès la naissance ne sommes-nous pas poussés à sortir ? Pressés de sortir ? Quel vilain sortilège nous pousserait-il donc à rentrer quelque part sans l'idée d'en sortir ? Sortir mais aussi rentrer en soi-même ? Beau programme ! Encore faut-il qu'il y ait quelqu'un. Si tu rentres en toi-même, tu traverses la cour intérieure et tu sors par la porte de derrière. Il n'y a pas de dedans sans dehors et pas de dehors sans dedans. »

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  • L'Organisation Mondiale des Démocraties propose à monsieur Gidaz, professeur de philosophie dans un lycée de Grandeville, de participer à une
    expédition au Gabon après une guerre ethnique. Un arbitre de boxe, un comédien, une guide, un représentant de France-Petroleum, et une femme
    richissime finançant l'expédition l'accompagnent. L'objectif est d'étudier les organisations politiques adaptées à l'Afrique noire. Monsieur Gidaz est employé pour réaliser un bilan de l'expédition qu'il pense vain.
    Après avoir réalisé un voyage au Gabon, Philip Ségura tente dans ce roman de proposer une critique de la position occidentale face aux problèmes de l'Afrique noire.

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  • Dehors la pluie avait forci, le vent s'y vautrait maintenant. L'oreille d'un musicien aurait pu y entendre vibrer la cloche de bronze de la Capitainerie, celle qui veillait au bout du mole sur les noms des disparus. Joseph s'arrêtait devant chaque fois qu'il passait sur le quai. Dans les premiers temps il avait attribué au hasard ces promenades qui le ramenaient sans férir à la cloche et à tous ces noms d'inconnus, puis il avait tenté de croire qu'il venait là pour voir sortir les ferries qui partaient vers l'Irlande, vers Aran, vers où il n'irait pas, n'irait plus. Un soir il avait entrepris d'apprendre par coeur la liste de ces noms sans visage, dissous dans les flots, avec l'espoir vain de les sauvegarder, les protéger de l'érosion. Il commença de les prononcer d'une voix sourde comme pour protéger cette intimité naissante entre ces hommes et lui. Joseph les appelant, les voyait tous, leur dessinait des traits qui reflétaient - selon lui - la musicalité de leurs patronymes, leurs caractères se faisaient aussi au fil des rencontres.

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