Sciences humaines & sociales

  • Ce numéro souhaite rendre compte des orientations nouvelles de la recherche sur les engagements féminins au Moyen Orient. Trop concentrées sur l'analyse de certaines figures de proue des mondes féministes et des mouvements les plus organisés, les études ont longtemps négligé d'autres formes d'engagements, moins tournées vers les changements sociaux et politiques, moins radicales souvent, moins émancipatrices parfois. Le dévoilement des femmes, leur sortie de l'ombre, ne se fait pas simplement : elles s'organisent par le biais d'une sociabilité moins visible, comme celle des cercles de réflexion ou de prières.

  • Il faut saluer la publication par Le Mouvement social d'un dossier consacré à différents aspects de l'oeuvre de Pierre Laborie disparu en mai 2017. Tout laisse à croire que la pensée de Pierre Laborie continuera à se déployer post-mortem, dans la mesure où elle est susceptible de stimuler et de nourrir quantité de recherches en sciences sociales, et pas seulement en histoire. Chercheuses et chercheurs de toutes disciplines pourront faire leur profit de ses trouvailles en puisant dans sa boîte à outils.
    Avec ce numéro qui vient après la publication posthume d'un recueil de textes, dont certains étaient totalement inédits, Le Mouvement social joue donc pleinement son rôle de passeur intellectuel critique. Il ne s'agit pas ici de célébrer Pierre Laborie dans la veine de ces propos convenus qui accompagnent tout décès. Il s'agit plus modestement de proposer quelques éclairages et clés pour la lecture d'une oeuvre féconde et complexe que tout un chacun sera évidemment libre de critiquer, d'évaluer et de transposer comme bon lui semblera.

  • À l'heure où l'économie sociale - ou sociale et solidaire (ESS) - occupe une place croissante dans notre pays, comme l'a montré la loi Hamon en 2014, le dossier du Mouvement social consacré au mouvement coopératif, l'une des trois branches de l'ESS, vient à son heure.
    Le mouvement coopératif est d'abord une réponse collective à la révolution industrielle. En France, ses trois principales composantes - la coopération agricole, la coopération de consommation et la coopération de production - font leurs premiers pas au milieu du XIXe siècle et se développent une trentaine d'années plus tard. Elles se dotent alors de structures nationales - Société nationale d'encouragement à l'agriculture (1880), Chambre consultative des associations ouvrières de production (1884), Fédération nationale des coopératives de consommation (FNCC, 1912). Partis et syndicats constituent au même moment des organisations analogues. À l'exception de la coopération agricole, la coopération est un mouvement essentiellement urbain. La coopération de consommation ne cesse d'élargir son influence de la Grande Guerre (900 000 coopérateurs, soit 3,5 millions de personnes avec leur famille) jusqu'aux années 1980, où elle regroupe 3 500 000 adhérents. Le bilan de la coopération de production est beaucoup plus modeste, puisque celle-ci passe de 20 000 à 40 000 personnes durant la même période.
    L'histoire du mouvement coopératif est bien plus complexe que ce qu'en retient aujourd'hui sa mémoire. Le socialisme utopique y a son importance, mais il ne doit pas faire oublier celles du catholicisme, du libéralisme et du solidarisme, ce dernier à partir de la fin du XIXe siècle.

  • Ce numéro spécial propose une réflexion originale sur les relations entre « race » et « citoyenneté » aux Amériques. Comment l'espace sociopolitique américain s'organise-t-il ? Construit, du Sud au Nord, sur la base de principes constitutionnels libéraux ou républicains d'un ordre social où les hiérarchies de race et de couleur perdurent, il est aussi ébranlé par l'action des groupes de couleur en faveur de l'égalité. Comment la question de la citoyenneté et de l'égalité civile se pose-t-elle à partir de la « race », c'est-à-dire en relation avec le principe de transmission généalogique de la dignité et de l'indignité à travers les corps ?
    L'espace considéré englobe aussi bien les États-Unis et les Antilles françaises que l'Amérique hispanique et le Brésil, au cours d'une période qui couvre le moment révolutionnaire et les décennies post-révolutionnaires. Ce choix permet d'envisager la mise en application, ou non, des changements constitutionnels. Le moment post-révolutionnaire s'offre comme un laboratoire où s'élabore l'identité des nouveaux citoyens, émancipés par la Révolution : esclaves libérés par le service des armes ou les abolitions, immédiates ou graduelles ; libres de couleur devenus citoyens ; Indiens d'Amérique latine obtenant, dans l'ordre constitutionnel, l'égalité civile et politique.
    La question de la race et de la couleur est posée dans l'horizon d'une égalité en construction sur le plan juridique et politique, et non en rapport avec la condition servile ou les hiérarchies qu'elle porte. Il s'agit d'éprouver l'hypothèse que la race et la couleur ont été des tests fondamentaux des révolutions républicaines et libérales. Il s'agit aussi de voir comment les minorités ont utilisé la constitution et la loi nouvelle comme autant de ressources pour revendiquer leur intégration politique et sociale.
    L'ambition du dossier consiste à rapprocher les expériences historiques des différentes « aires culturelles », à pluraliser la notion de révolution et à réintégrer certains espaces, acteurs et expériences oubliés au coeur de l'histoire de la construction des systèmes démocratiques modernes.
    Numéro sous la direction de Clément Thibaud.

  • Ce numéro porte sur la manière dont des avocats ont assumé, dans des luttes politiques contemporaines des pays démocratiques de l'Occident, la défense de personnes considérées comme des ennemis publics, des terroristes, des traîtres, souvent décrites comme ne méritant pas d'être défendues.

  • Le contrôle social est une figure ancienne mais la sophistication des moyens techniques dévolus à la surveillance, l'identification et le suivi des personnes changent quelque peu la donne. Plus qu'à un raffinement de techniques éprouvées, un saut qualitatif a été opéré avec la biométrie, la vidéosurveillance et la généralisation de fichiers informatisés gardant en mémoire des quantités d'information jusqu'ici parcellisées et peu interconnectées. Le spectre de "Big Brother" est clairement derrière nous, son futur est notre actualité. Mais les développements de l'intelligence informatisée ne servent pas qu'au contrôle et concernent également la mise en place des politiques sociales et la réduction des inégalités. Peut-on trouver un compromis entre savoir et fichage ?

  • Une relecture sexuée des événements qui ont conduit aux indépendances africaines oblige à décentrer le regard vis-à-vis des grands récits nationalistes et à réinterroger les imaginaires politiques de ces décennies. En effet, l'historiographie a trop rapidement qualifié les mobilisations collectives de ces décennies de « mouvements nationalistes », alors qu'il était davantage question d'anticolonialisme, d'accès aux droits, à l'égalité et à l'autonomie. Se faisant, les contributions de ce numéro permettent de faire émerger des histoires occultées par les constructions nationales.

    Sommaire provisoire   Pascale Barthélémy (ENS Lyon) Des luttes connectées ? Les Africaines dans les organisations féminines internationales dans les années 1950, entre enjeux locaux et internationaux.
     Emmanuelle Bouilly (CESSP - Université Paris 1) « Chaque cuisinière doit apprendre à gouverner l'État ». Le projet socialiste senghorien pour l'émancipation de la femme sénégalaise  Pierre-Jean Le Foll-Luciani (CERHIO - Université Rennes 2) « J'aurais aimé être une bombe pour exploser ». Les militantes communistes algériennes entre assignations sexuées et subversion des rôles de genre (1944-1962) Idriss Mamaye (CESSMA - Université Paris 7) La chatouille comme arme politique. Réalité et/ou illusion ? Le mouvement des chatouilleuses et le combat pour Mayotte française (1958-1976) Rose Ndengue (CESSMA - Université Paris 7) Femmes et participation politique au Cameroun oriental colonial (1946-1960) : une position sociale ambivalente Ophélie Rillon (IMAf - Université Paris 1) Quand les femmes du Parti jouent les « gros bras » : militantisme et violences de rue au tournant de l'indépendance du Soudan français/ Mali Nedjib Sidi Moussa (CESSP - Université Paris 1) Les visages de l'émancipation : l'action des syndicalistes messalistes durant la révolution algérienne Charlotte Walker-Said (John Jay College, City University of New York) Le foyer et la charité : la politique conservatrice des Jeunes Chrétiens en Afrique de l'Ouest à la fin de l'Empire français    

  • Le renouveau de l'histoire sociale et de l'histoire ouvrière s'opère souvent à travers un contournement des organisations, de leurs structures et de leurs logiques d'action, au profit d'une histoire plus attentive aux expériences vécues, aux subjectivités et aux politisations informelles.
    Tout l'enjeu des deux articles réunis dans le présent dossier du Mouvement social consiste à démontrer que l'histoire syndicale n'est pas vaine, dès lors qu'elle assume de se confronter à d'autres champs historiographiques (histoire de l'humanitaire, du communisme global, du droit social et de la construction européenne, histoire des migrations) pour repenser son objet.

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  • La question des écritures historiennes a pris ces dernières années des formes renouvelées qui lui donnent une triple acuité. D'une part, le rapport à l'écriture romanesque et, au-delà, à la littérature, a largement monopolisé le débat depuis dix ans, permettant de réelles avancées épistémologiques. D'autre part, le hiatus entre les baisses des ventes d'ouvrages historiens d'un côté, et l'appétit conservé du public pour l'histoire de l'autre, ménage un espace pour des travaux n'ayant rien de scientifique mais qui sont, eux, des succès de librairie et qui ne peuvent, à ce titre, qu'interroger les professionnels de la discipline. Enfin, encore peu visibles et étudiées, quantité d'initiatives fleurissent sous des formes autres que le roman ou même la littérature, en partie portées par les potentialités ouvertes depuis une large décennies par le web et le multimédia. C'est à donner à voir ce champ dynamique, et à maints égards encore exploratoire, que ce numéro est consacré. Comment écrire l'histoire autrement ? Comment reconquérir du public ? Comment, dans ces entreprises de médiation, ne pas renoncer aux pairs ? Jusqu'où peut aller le travail de transmission ? Autant de questions que ce numéro abordera en quatre axes : Incursions littéraires. Explorations audiovisuelles. Innovations académiques ? Expérimentations numériques.

  • Les écritures de l'histoire :
    - Iaroslav Goloubinov: La guerre civile de 1918-1921, un champ de bataille mémorielle dans la Russie contemporaine.
    - Bella Ostromooukhova: Investissements de l'histoire par des maisons d'édition indépendantes dans la Russie poutinienne.

    La fabrique de lieux communs :
    - Nathalie Moine: Des choeurs de l'Armée rouge aux choeurs du monastère Sretinskij, transmission de la liturgie orthodoxe et construction de la culture chorale soviétique de la Révolution à nos jours.
    - Julie Deschepper: Mémoires plurielles et patrimoines dissonants, l'héritage architecturale soviétique dans la Russie poutinienne.

    Des mémoires feuilletées :
    - Walter Sperling: Réinventer une «petite Union soviétique» dans le Caucase.
    - Arthur Clech : Une subjectivité homosexuelle dans une URSS multinationale, ou comment dire du commun et des différences à l'époque soviétique tardive.

    Usages militants de l'histoire :
    - A. Arkhipova, M. Volkova, D. Doronin, A. Kirziouk, D. Radtchenko, A. Titkov, E. Iougaï: L'histoire comme justification et comme accusation dans les manifestations de rues.
    - L. Coumel: « Mousquetaires » contre « braconniers ». Le mouvement vert étudiant, matrice de l'environnementalisme russe (1960-2015).

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  • En saisissant les conflits armés au prisme de leurs enjeux sanitaires, ce numéro spécial participe à l'actualité historiographique de la réflexion sur la guerre que suscite le centenaire de 1914-1918. Il propose plusieurs pas de côté par rapport aux courants les plus représentés de l'histoire sociale et culturelle qui prend le conflit pour objet.
    D'une part, il place la Grande Guerre dans une moyenne durée ancrée dans les années 1850, inaugurant les conflits « modernes » que caractérisent l'affrontement de combattants nombreux, les effets de la révolution industrielle sur la puissance militaire et les formes nouvelles de violence qui en sont issues. Le désastre sanitaire de la guerre de Crimée (1853-1856), qui constitue jusqu'en 1914 la référence, comme anti-modèle, pour les nations qui y ont pris part, est fondateur pour la réorganisation des services de santé militaires et de la chaîne de soins, mais aussi pour les savoirs sanitaires en matière de « care » et de statistique. La période envisagée voit ainsi s'opérer un basculement entre des guerres où la mortalité des troupes a très majoritairement pour origine les maladies - le constat en est établi en Crimée - et les guerres industrielles du début du xxe siècle. En Mandchourie, dans les Balkans ou sur le territoire français de 1914, la puissance de feu devient la cause majeure de mortalité, tandis que les grandes épidémies sont jugulées, à la faveur de la prophylaxie pastorienne - encore la maladie demeure-t-elle une cause majeure de mortalité dans les guerres coloniales (Madagascar).
    D'autre part, prendre pour observatoire les interactions entre guerre, santé et médecine permet une réflexion sur la manière dont des moments de crise reconfigurent l'intervention sanitaire, en direction du champ de bataille mais aussi de la société civile. La question sanitaire est perçue comme un risque majeur pour les soldats comme pour les populations civiles : c'est l'idée du « prix pathogénique » de la guerre à payer par les sociétés, des épidémies de variole ou de typhus qui sévissent dans le sillage des troupes durant les années 1860 et 1870, jusqu'à la préemption des ressources médicales au détriment des civils dans la Grande Guerre.

    Sous la direction de Jean-François Chanet, Claire Fredj et Anne Rasmussen.

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  • Le centième anniversaire de l'Organisation internationale du travail (OIT) constitue une occasion bienvenue dans le contexte actuel de globalisation des échanges économiques pour approfondir et faire connaître les recherches en cours sur l'Organisation, tout particulièrement les solutions qui y furent discutées et mises en oeuvre pour promouvoir, globalement, la justice sociale. Ce numéro spécial donne la parole à des historiens et chercheurs en sciences sociales du monde francophone qui ont récemment livré des travaux originaux sur l'OIT. Il regroupe des contributions fondées sur des recherches empiriques novatrices. Il fait le choix d'aborder l'OIT à travers une double entrée : la justice sociale et son universalisation. Ces objectifs centraux de l'organisation sont au coeur de son auto-définition. En 1919, la constitution de l'organisation qui forme la partie XIII du traité de Versailles s'ouvre sur cette proposition : « attendu qu'une paix universelle et durable ne peut être fondée que sur la base de la justice sociale ». En 1944, la déclaration de Philadelphie, vue comme la seconde naissance de l'Organisation, en réaffirme quant à elle de manière claire l'objectif d'universalité : « tous les êtres humains, quels que soient leur race, leur croyance ou leur sexe, ont le droit de poursuivre leur progrès matériel et leur développement spirituel dans la liberté et la dignité, dans la sécurité économique et avec des chances égales ».

    Les auteurs réunis dans ce volume saisissent l'OIT dans sa diversité, comme un espace social ouvert sur le monde. Ils l'étudient comme une plate-forme qui autorise ou favorise les rencontres, parfois conflictuelles, et les synergies entre les acteurs individuels et collectifs qui la constituent. Ils s'intéressent aux relations que ces acteurs entretiennent avec différents espaces géographiques, réseaux et courants intellectuels dans lesquels ils sont inscrits ou dont ils se réclament. L'originalité de ce numéro spécial du Mouvement social, par rapport aux travaux déjà publiés en français, est d'envisager la longue durée de l'existence de l'Organisation, d'insister sur les limites du projet universaliste et enfin, échappant à la focalisation habituelle sur le monde occidental, d'interroger la construction d'une relation centre-périphérie au sein même de l'OIT.

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  • Pourquoi les morts restent-ils, durablement parfois, des acteurs de la vie politique ? Selon quelles règles et quelles formes les lieux de culte que deviennent leurs tombeaux - et les rites qui s'y déploient - suscitent-ils des pratiques militantes ? Ce numéro se veut une contribution à l'étude de la mort comme affaire publique.
    Les trois premiers articles reconstituent diverses modalités de politisation de l'espace du cimetière. À partir du milieu du XIXe siècle, les pouvoirs publics organisent progressivement des « carrés » et cimetières pour les musulmans enterrés en France. La comparaison de la France et de l'Angleterre éclaire les effets de la différenciation des cadres religieux et administratifs entre les deux pays. Plus près de nous, les recompositions partisanes au Liban Sud se reflètent dans l'évolution des pratiques d'inhumation des « martyrs ».
    Un deuxième ensemble d'articles revient sur les appropriations et constructions partisanes au sein des cimetières. Au Père-Lachaise, à Highgate (Londres) ou à Waldheim (Chicago), l'agglomération de tombes de militants ouvriers, souvent libres penseurs, autour des premiers « morts pour la cause » atteste l'essor d'une transcendance nouvelle. Le cas du cimetière de Friedrichsfelde à Berlin, où sont enterrés Wilhelm et Karl Liebknecht ainsi que Rosa Luxemburg, permet d'observer comment se construit un « cimetière socialiste », dans la pierre et par les pratiques commémoratives, en particulier celles qui honorent les spartakistes depuis 1919.
    L'accent est mis enfin sur les cimetières militaires. Ceux de la Grande Guerre révèlent, à une échelle sans précédent, la diversité des politiques étatiques concernant les corps aussi bien que la mémoire des combattants. Le cas des soldats argentins tombés pendant le conflit des Malouines et enterrés en terre britannique confirme que les morts à la guerre restent des vivants dans la politique nationale.

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  • Le premier enjeu de ce numéro est de revenir sur une évidence historique : la présence d'enfants ou, plutôt, de très jeunes gens sur les champs de bataille est loin d'être une spécificité de notre temps, a fortiori du continent africain. Sans remonter jusqu'aux Spartiates ou aux pages médiévaux, dans un raccourci chronologique qui confinerait à l'anachronisme, l'ère contemporaine offre de nombreux exemples d'engagement de très jeunes gens dans des conflits armés. Des écoles d'enfants de troupes ou d'élèves-marins existent, à partir du XIXe siècle, dans la plupart des pays occidentaux.
    Les articles réunis dans ce numéro s'attachent davantage aux engagements illicites, c'est-à-dire ceux qui sont contractés en marge des formes légales de mobilisation, voire à l'encontre des instructions explicites des états-majors.
    L'enjeu de ce dossier est d'étudier, à travers des exemples variés, une réflexion commune, l'impact des guerres mondiales sur les adolescents et sur les représentations que les acteurs sociaux en ont.

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  • Plutôt que d'étudier soit les artistes et leur environnement, soit les publics ou les commanditaires, nous avons choisi de nous intéresser aux activités intermédiaires qui les mettent en relation, c'est-à-dire aux agents de comédiens, aux galeristes, aux programmateurs de concerts, aux collectifs d'artistes ou aux promoteurs de foires du livre. Le choix d'observer les professions artistiques par l'intermédiation permet de renouveler l'étude des mobilisations collectives dans les mondes de l'art, objet de ce numéro.

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  • Comment former ces adultes que sont les syndicalistes ? Rolande Trempé et Marie-Noëlle Thibault avaient répondu en historiennes à cette question dans notre n°100. C'est aujourd'hui tout un numéro spécial pluridisciplinaire qui traite des trois âges de la formation syndicale en France.
    L'âge de l'éducation ouvrière dure du XIXe siècle aux années 1950. Puis le terme de formation syndicale s'impose pour délimiter un domaine spécifique, l'enseignement du syndicalisme, distinct des autres activités syndicales et des autres pratiques éducatives. Il combine une offre de savoirs élaborés par les organisations et une demande des militants, l'une et l'autre encadrées par les grandes centrales. Depuis le début des années 1980, en un temps d'élévation de la qualification des responsables, de renouvellement générationnel, mais aussi de baisse d'effectifs, de transformation de la société et de mondialisation de l'économie, la formation syndicale s'éloigne de la philosophie de l'éducation populaire et réduit la fonction d'élaboration politique globale pour tenter de diffuser les droits des salariés, de retrouver une cohésion et de gérer les parcours des permanents. Partout les modèles de formation centralisés rencontrent difficultés et critiques, mais les oppositions internes peinent à leur trouver une alternative.
    À travers la diversité des organisations (CGT, CFDT-CFDT, FEN, FO, CGC) et des temps forts de l'histoire sociale de la France, la question est posée des contenus et des fonctions de la culture syndicale, entre conceptions des enseignants et des intellectuels des partis politiques et de l'État, et aspirations des femmes et des hommes, salariés ou chômeurs, qui s'engagent.

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  • Ce numéro varié s'ouvre sur un dossier consacré au « monde du contact » entre les diverses composantes de la société coloniale algérienne de l'entre-deux guerres. Dans ses textes se croisent les regards de chercheurs européens et algériens, historiens et anthropologues. Les traductions locales des mobilisations du Front populaire à Oran dessinent entre milieux musulmans et colons européens des circulations inédites et éphémères autour d'un projet de réforme de la société coloniale. Les limites de ce rapprochement sont éclairées par le foisonnement associatif des milieux réformateurs musulmans et les perceptions de la colonisation par une société villageoise restée à l'écart de la présence européenne. À Alger, dans les années 1930, s'observe un glissement du réformisme avant tout culturel et religieux vers l'aspiration nationaliste à l'indépendance, glissement qui se reflète dans l'occupation de l'espace urbain et pénètre de nouvelles couches sociales. Considérés a priori comme voués au mimétisme par rapport aux normes et aux usages de la presse métropolitaine, les journalistes « indigènes », fortement politisés, jouent le rôle d'éveilleurs d'une « opinion publique musulmane ». Quand aux Béni-Boudouane, ils doivent à la colonisation la formalisation de leur existence en tant que tribu, mais ils ont surtout connu de la présence française son issue guerrière.
    Cette problématique des fractures à retardement de la société coloniale est prolongée par l'article de Françoise Blum sur la révolution malgache de 1972. Le rejet du néo-colonialisme a beaucoup contribué au renversement du régime alors en place dans la Grande Île, perçu en particulier par la jeunesse étudiante comme trop dépendant à l'égard de la France.
    En complément, Leyla Dakhli se penche sur les transformations des sources du travail historique à la lumière des récents événements de Tunisie. Elle s'interroge notamment sur le statut et l'exploitation des matériaux issus du web pour écrire l'histoire des mobilisations sociales.

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  • Ce numéro varié est organisé autour de trois thématiques. Trois historiens espagnols étudient un versant peu connu de la société et de la politique en Espagne : l'ancrage du réformisme. Ils l'inscrivent dans le contexte européen. Dans son éditorial, Jorge Uria dresse le tableau des transferts culturels et politiques entre l'Espagne et la France au long du XIXe siècle. Florencia Peyrou souligne l'ampleur méconnue des échos des révolutions de 1848 dans la péninsule Ibérique, à travers les relations entre mouvement libéral et courants radicaux. Jorge Muniz-Sanchez se penche sur l'implantation durable d'un syndicalisme gestionnaire chez les mineurs de charbon des Asturies au début du XXe siècle, en soulignant ses sources étrangères, notamment françaises. Un second ensemble d'articles se penchent sur les formes et les significations changeantes de la solidarité. Anastasassios Anastassiadis décrypte les pratiques de bienfaisance au sein de la diaspora grecque à partir du XVIIIe siècle. Prises en charge en Grèce même par un discours religieux puis nationaliste, elles légitiment peu à peu l'idée d'un Etat-Providence, en même temps qu'en histoire elles sont appliquées à la lecture de l'Antiquité. Martha Gilson montre comment les oeuvres caritatives protestantes françaises nées au XIXe siècle se transforment au cours du XXe siècle en associations militantes professionnalisées et pluralistes. Marie-Bénédicte Vincent analyse l'engagement de l'association Peuple et Culture dans la zone d'occupation française en Allemagne à partir de 1945, et s'intéresse aux transformations des modes d'éducation populaire en terrain étranger puis à leurs effets en retour sur la France, ainsi qu'aux échanges entre les deux pays dans les années 1960. L'article de Thomas Le Roux, enfin, pose la question des changements du regard français sur l'usure au travail, thème que Le Mouvement Social avait mis au premier plan dans un célèbre numéro spécial. Il souligne la façon dont divers médecins parisiens ouvrent le débat sur les maladies des artisans, puis dont, au contraire et en deux temps, le discours hygiéniste, à partir de la Révolution, a escamoté la question de la souffrance des corps ouvriers au profit d'un accompagnement de l'industrialisation.

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  • Un dossier manuscrit de conférences sur le syndicalisme français, préparées entre l'été 1919 et l'été 1920, était conservé dans l'appartement de Lucien Febvre.
    Grâce à son fils Henri Febvre, ce numéro offre une édition critique de ces textes où se reflète la sensibilité du jeune historien, à peine démobilisé, au mouvement social contemporain. Pour lui, les positions du syndicalisme révolutionnaire français expriment la conscience d'une classe qui entend obtenir elle-même son émancipation. Elles reflètent l'irréductibilité de la condition ouvrière, les spécificités de formes d'organisation, d'une pratique d'action et d'une expérience de l'histoire.
    La revendication d'autonomie de la CGT par rapport au Parti socialiste est le signe de la concurrence plutôt que de la complémentarité entre deux conceptions de la révolution : quand l'une passe par la mainmise sur l'Etat central, l'autre suppose de créer ici et maintenant, dans la société capitaliste, l'embryon de la société future. En contrepoint, de jeunes chercheurs réfléchissent sur la façon dont des institutions diverses, voire concurrentes, ont pu faire des efforts convergents pour plier aux nécessités du contrôle social des pratiques urbaines caractérisées par la mobilité : le commerce ambulant à Bruxelles au XIXe siècle étudié par Anneke Geyzen, la sociabilité observée par Julien Sorez autour de la pratique du football en région parisienne dans l'entre-deux-guerres.
    La publication d'un important inédit de Lucien Febvre est aussi l'occasion de nourrir notre rubrique "Controverse". François Buron et Raphaëlle Branche dialoguent sur les problèmes de sources et de méthode que pose la démonstration de l'activation d'imaginaires collectifs anciens, dont l'historienne a voulu étudier les ressorts dans son livre L'embuscade de Palestro, Algérie 1956.

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  • Trois thématiques se succèdent dans ce numéro varié.
    La première s'attache à réviser des idées reçues sur les militants et les intellectuels, de la floraison des « années 68 » aux étiolements des années 1980. Contre l'image d'un engagement décalé et spécifi que, la prosopographie des militants de 1968 en Suisse montre aussi son caractère protéiforme, son ancrage local et ses recompositions dans la durée. L'analyse socio-historique de la prétendue « fin des intellectuels » en France entre 1975 et 1985 dévoile, derrière la transformation des rapports entre champs intellectuel, politique et journalistique, les ressorts de fabrication de cette « crise » et les redéfinitions contemporaines de l'espace de valorisation intellectuelle.
    Sont ensuite abordés dans leur double dimension religieuse et politique les conflits intérieurs en URSS et dans la République populaire de Chine. Juliette Cadiot observe dans le Tatarstan des années 1920 et 1930 l'action du régime soviétique face à l'emprise de la religion, tandis qu'Isabelle Thireau et Hua Linshan s'attachent à saisir, à travers les « déboires du pasteur Lin », le fonctionnement du dispositif d'adresse directe accessible aux populations et le traitement de leurs plaintes et dénonciations par les pouvoirs publics.
    Le numéro éclaire en dernier lieu trois aspects du peuplement et de l'habitat urbains dans la France du XXe siècle : la mobilité des locataires et la recomposition des hiérarchies sociales dans les immeubles de centre-ville, à partir d'une étude sérielle du cas lyonnais, de la fin du XIXe siècle aux années 1960, la démo- cratisation du crédit immobilier dans l'accès à la propriété individuelle et enfi n la diffi cultéà renouveler une recherche urbaine militante d'inspiration chrétienne dans les années 1970.

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  • Ce numéro varié s'inscrit dans une actualité de la recherche sur l'histoire des organisations internationales et phénomènes transnationaux au XXe siècle. Un premier dossier est consacré aux politiques sociales et au droit, un autre ensemble aux politiques internationales en temps de guerre ou d'après-guerre.

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  • L'alimentation, bien au-delà de sa dimension biologique évidente, permet en effet d'aborder des questions aussi bien culturelles qu'économiques, sociales que politiques. Ce numéro dirigé par Stéphane Gacon interroge les formes et les enjeux de l'alimentation au travail dans les sociétés industrielles à partir de sept contributions proposant une approche comparée de ces questions, entre le milieu du XIXe siècle et les années 1980.

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  • Tout le monde en France croit savoir ce que sont la science ou les universités.
    Pourtant bien souvent il s'agit d'idées fausses ou s'appliquant à un passé révolu. Ce numéro met donc quelques-uns des principaux dossiers cartes sur table. Il montre comment dans les régions, au plan national, à l'international la science et les universités se sont transformées. Il cerne les alliances et les conflits auxquels ces changements ont donné lieu. Il en évoque aussi les impacts et les limites.
    Il situe les étudiants, les universitaires, les chercheurs et autres personnels face aux nouvelles missions qui leur sont peu à peu assignées. Il offre un texte inédit sur les manifestations de 1968. Faisant appel à la fois à des historiens et à des spécialistes d'autres sciences sociales, il tente une histoire sociale de l'intervention des différents acteurs internes et externes et un bilan des transformations effectuées.
    C'est la première fois, en France, qu'une revue d'histoire consacre en France un numéro entier à la recherche et à l'enseignement supérieur de 1945 à aujourd'hui.

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