Sciences humaines & sociales

  • Le banquet grec, lié à la cité, associe, sous le patronage de Dionysos, le plaisir et la loi.
    On voit se constituer, dans ce lieu pourtant privé, des discours publics : l'élégie, le dialogue philosophique et, notamment, le banquet socratique. Dans la Rome impériale, les banquets sont des dénominations trompeuses pour ces festins et ces spectacles que le pouvoir et la richesse offrent au peuple. Plaisir de consommation d'un côté, plaisir de domination de l'autre : telle est la part du festin.
    Mais seul le Banquet, légué par les Grecs, paraît honorable aux Romains. Le Festin quant à lui est toujours représenté comme parodie ou échec du Banquet. Ainsi de Pétrone : mais le Festin de Trimalchion est sans doute le seul texte où Rome passe aux aveux. Affranchi monstrueux, Trimalchion est un fantasme culturel représentant la non-citoyenneté absolue, le corps réduit à lui-même face à la richesse, dans une impossibilité de jouissance conviviale.
    Le Festin de Trimalchion est lu par Florence Dupont dans son rapport avec le Banquet de Platon. De Rome à la Grèce, quelle est la fonction et la signification de ce que l'on appelle l'imitation ? Le tourment de Rome fut d'avoir hérité de représentations inadéquates, mais de vouloir fonder sa légitimité sur cet héritage.

  • De 1880 à 1940, le mouvement ouvrier juif fut une force généralement décisive dans la vie et l'évolution des communautés juives européennes.
    Nathan weinstock, en une vaste fresque, en a restitué la diversité des organisations, partis, syndicats et journaux. sa connaissance du yiddish, langue dans laquelle pour l'essentiel s'exprimaient les revendications des artisans et des travailleurs, lui a permis d'exhumer des textes qui sont autant de facettes d'une foisonnante activité ouvrière. dans l'empire russe d'avant 1914, la prépondérance du bund, le grand parti socialiste juif, et sa farouche autonomie face aux bolcheviks et aux mencheviks ne sauraient faire oublier les autres organisations : les poaley-tsiyon, les territorialistes et les sejmistes.
    Ni occulter que les débats au sein du mouvement ouvrier juif ne reflétaient pas seulement des querelles théoriques, mais répondaient à des urgences pratiques : que faire face à la vague d'antisémitisme populaire et de répression policière qui déferlait dans l'empire jusqu'à la veille de la grande guerre ?.

  • Chantée par les poètes, notamment Victor Hugo (Viro Major), Louise Michel elle-même n'a cessé d'écrire des poèmes sa vie durant.
    Ce volume - le plus complet qui soit retraçant son oeuvre poétique - rassemble cent deux poèmes, dont ceux du seul recueil publié de son vivant, A travers la vie, d'autres retrouvés dans des revues oubliées, et enfin des inédits. Des années de jeunesse empreintes de romantisme à l'exil en Nouvelle-Calédonie, l'oeuvre poétique de Louise Michel retrace la trame de toute une vie, les luttes révolutionnaires et, au-dessus de tout, la Commune.
    Chaque grand événement qui l'a fait vibrer trouve ici sa résonance lyrique.

  • Publié en 1993, cet essai réagissait à une investigation frauduleuse sur Jean Moulin, premier président du Conseil national de la Résistance, mort sous la torture en juillet 1943. Ce journalisme à scandale affirmait alors que Jean Moulin, héros national inhumé au Panthéon, avait été un agent soviétique dès le début des années trente. De nombreux intellectuels ont répondu à cette accusation absurde. Mais cette affaire soulève d´autres questions que Pierre Vidal-Naquet analyse ici : peut-on, et surtout, a-t-on le droit de critiquer nos héros nationaux ? Quel sens confère-t-on au Panthéon ? Pourquoi la critique du « mythe Jean Moulin » par la résurrection d´un autre mythe - celui de Jean Moulin communiste - a-t-elle eu un impact aussi fort ? Remontant à l'Antiquité et à la création du Panthéon sous la Révolution française pour retracer la longue histoire qui va des héros aux saints, l'auteur décrit le processus de construction du mythe. Et il explique la démarche erronée qui transforme Jean Moulin en « homme du Parti communiste », mythe créé dès 1950 par Henri Frenay.

  • Le grand politologue allemand wolfgang abendroth a présenté dans cet ouvrage une réflexion globale, restée classique, sur le processus de développement historique du mouvement ouvrier.
    Pour lui, ce mouvement transpose et poursuit les principes des révolutions bourgeoises des xviie et xviiie siècles en angleterre, en france et aux etats-unis, qui ont défini des structures sociales et un ordre politique. il a continué à les faire évoluer en rapport avec les changements opérés par la révolution industrielle. le mouvement ouvrier a connu plusieurs stades. aux etats-unis et en europe occidentale, il a acquis pour la classe sociale qu'il représente un bien-être matériel.
    En europe orientale, même s'il a aboli les classes sociales, il a connu une longue phase de despotisme.

  • Mongo beti, écrivain camerounais, est connu pour ses romans, notamment ceux des années 1950 (ville cruelle, sous le pseudonyme d'eza boto, le pauvre christ de bomba), qui ont joué un rôle important dans la prise de conscience du colonialisme et clans la lutte contre celui-ci.
    Publié en 1972 par les éditions françois maspero, main basse sur le cameroun était un réquisitoire contre les crimes du président ahidjo, dictateur du cameroun par la grâce du néocolonialisme français. son but fut largement atteint, semble-t-il, puisque le livre fut interdit, saisi, l'éditeur poursuivi et l'auteur l'objet de multiples pressions et menaces. sa réédition, en 1977, dans une version revue, était toujours d'une actualité brûlante à l'heure de l'intervention française au zaïre.
    Mongo beti montre en effet que les anciennes colonies d'afrique occidentale française et d'afrique équatoriale française, formellement indépendantes depuis les années 1960, n'en sont pas moins restées étroitement contrôlées par la france. un document historique majeur, indispensable pour comprendre les évolutions ultérieures de la " françafrique ".

  • A l'aide des innombrables relations et chroniques rédigées par les pères de la Compagnie de jésus, Ludovico Antonio Muratori, cet intellectuel admiré de Voltaire et de Chateaubriand, fit découvrir le Paraguay à tout un siècle.
    Avec cet ouvrage, publié en 1743, il s'impose en historien de l'entreprise et des méthodes de colonisation des jésuites, différentes de celles en vigueur dans le reste de l'Amérique latine. Le Paraguay, aux XVIIe et XVIIIe siècles, rayonne en effet d'une dimension puissamment utopique : dans cette " utopie réalisée ", règne la " communauté des biens ". Mais le Paraguay des jésuites, parvenus à constituer un Etat puissant, économiquement indépendant, apparaît exceptionnel à d'autres égards.
    Ouvrage d'histoire et d'anthropologie politiques, ce texte rapporte la confrontation des philosophes et des " sauvages ", qui est aussi celle entre la société " sans Etat " des Guarani et l'Etat autoritaire imposé par les jésuites. Il nous éclaire sur cette colonisation fondée sur un " système politique théocratique qui survécut grâce à une économie agraire communautaire et une politique sociale de type totalitaire ".

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