La Decouverte

  • Mémoires

    Louise Michel

    Si, après la Commune de 1871, les anarchistes ont fait l'objet d'une haine indescriptible, Louise Michel, du fait qu'elle était une femme, a connu cette haine multipliée d'une façon délirante.
    Dans ses Mémoires, elle raconte son enfance campagnarde, ses débuts d'institutrice avant 1870 et sa lutte pour élever les enfants des quartiers pauvres. Aux premières lignes sous la Commune de 1871, le tribunal militaire versaillais la condamne à la déportation à vie en Nouvelle-Calédonie où elle sympathise avec les Canaques. Graciée, elle mène à son retour une vie de militante et d'agitatrice révolutionnaire et se déclare " anarchiste ".
    Amie des frères Reclus, de Kropotkine, elle sillonne alors inlassablement la France et l'Europe et retourne souvent en prison. En 1883, elle est condamnée à six ans de réclusion criminelle pour avoir dirigé une manifestation de chômeurs. Ces Mémoires, qui servent à l'histoire de leur temps, sont aussi un document sur la misère et les luttes du peuple, écrit par une femme qui a voulu les vivre et les partager toutes.

  • Dans ce livre, initialement publié en 1974, félix guattari présentait le fruit de quinze années de réflexion sur les incidences de la psychanalyse, aussi bien dans le champ psychiatrique que dans le champ politique.

    Un thème central traverse ces textes : la promotion d'une méthode d'analyse institutionnelle, qui devra dépasser chacune des strates séparées constituant les sciences sociales et les sciences humaines. pour guattari, la problématique de la révolution est nécessairement liée à celle d'un remaniement radical des conceptions et des méthodes qui ont cours dans le champ de l'analyse. c'est donc un principe de transversalité qui doit rapprocher et unifier la fonction de l'analyste et celle du militant.

  • Le banquet grec, lié à la cité, associe, sous le patronage de Dionysos, le plaisir et la loi.
    On voit se constituer, dans ce lieu pourtant privé, des discours publics : l'élégie, le dialogue philosophique et, notamment, le banquet socratique. Dans la Rome impériale, les banquets sont des dénominations trompeuses pour ces festins et ces spectacles que le pouvoir et la richesse offrent au peuple. Plaisir de consommation d'un côté, plaisir de domination de l'autre : telle est la part du festin.
    Mais seul le Banquet, légué par les Grecs, paraît honorable aux Romains. Le Festin quant à lui est toujours représenté comme parodie ou échec du Banquet. Ainsi de Pétrone : mais le Festin de Trimalchion est sans doute le seul texte où Rome passe aux aveux. Affranchi monstrueux, Trimalchion est un fantasme culturel représentant la non-citoyenneté absolue, le corps réduit à lui-même face à la richesse, dans une impossibilité de jouissance conviviale.
    Le Festin de Trimalchion est lu par Florence Dupont dans son rapport avec le Banquet de Platon. De Rome à la Grèce, quelle est la fonction et la signification de ce que l'on appelle l'imitation ? Le tourment de Rome fut d'avoir hérité de représentations inadéquates, mais de vouloir fonder sa légitimité sur cet héritage.

  • De 1880 à 1940, le mouvement ouvrier juif fut une force généralement décisive dans la vie et l'évolution des communautés juives européennes.
    Nathan weinstock, en une vaste fresque, en a restitué la diversité des organisations, partis, syndicats et journaux. sa connaissance du yiddish, langue dans laquelle pour l'essentiel s'exprimaient les revendications des artisans et des travailleurs, lui a permis d'exhumer des textes qui sont autant de facettes d'une foisonnante activité ouvrière.
    L'europe occidentale, nous expose une première partie, fut le creuset des organisations ouvrières juives : les travailleurs s'organisaient à londres bien avant vilna ou varsovie.
    Et, aux deux extrémités du continent - à salonique et à amsterdam -, on voit surgir aussi une classe ouvrière juive autochtone qui ne doit rien à l'émigration russo-polonaise.
    Nathan weinstock, dans une seconde partie, présente les mouvements ouvriers juifs dans l'europe de 1914 à 1945, période chargée de conflits leur imposant de nombreuses transformations organisationnelles, idéologiques et politiques.

  • Paru en 1989, ce petit texte pédagogique qui présentait le travail de pensée accompli par la Revue du MAUSS, a peu à peu pris des allures de livre culte et exercé une influence souterraine sur des pans importants de la sociologie, de l'anthropologie, de la science économique ou de la philosophie morale et politique.
    C'est que l'objectif premier du MAUSS - " Montrer que l'obstacle principal sur lequel bute la pensée moderne est celui de l'économisme, [...] que c'est lui qui souffle l'essentiel des réponses et qui limite abusivement le champ du possible et du concevable " - est devenu chaque jour plus actuel. Aujourd'hui, nous y sommes en plein. Ce n'est plus seulement la pensée qui se dissout dans l'économisme, c'est le rapport social lui-même qui se dilue dans le marché.
    D'où la nécessité urgente de chercher des ressources théoriques et pratiques qui permettent de sauvegarder l'essentiel, la civilité ordinaire et le goût de ce qui fait sens par soi-même, à commencer par celui de la démocratie. Épuisé depuis plusieurs années, ce livre est réédité avec un avant-propos et une postface inédits qui permettent également d'introduire le lecteur aux analyses ultérieures du MAUSS sur la genèse de l'utilitarisme (et donc de l'économisme) et sur le paradigme du don.

  • Ce livre est le témoignage précieux d'un des rares spectateurs qui, voyant naître et s'étendre le nazisme au jour le jour, en comprit immédiatement tout le sens, toute la portée, toute l'horreur.
    De 1932 à 1933, avant et après l'installation d'hitler au pouvoir, daniel guérin accomplit deux voyages à travers l'allemagne. prenant conscience de l'ampleur du drame qui se jouait, il décida de rédiger ce témoignage, dans l'espoir malheureusement vain d'alerter le public français. cette description sur le vif, publiée en divers articles dans la presse de l'époque, forme la matière de la peste brune, le premier tome de ses écrits sur le fascisme (réédités sous ce titre en 1965).
    Convaincu que seule une analyse en profondeur du phénomène fasciste permettrait d'en révéler la véritable nature, il entreprit en 1935 un travail de synthèse, fascisme et grand capital (publié en 1936, et republié en 1965 comme second tome de sur le fascisme), qui, par la clarté logique de son exposé, la rigueur de sa documentation et - l'histoire l'a prouvé - la justesse de ses vues, devait devenir un classique.

  • Chantée par les poètes, notamment Victor Hugo (Viro Major), Louise Michel elle-même n'a cessé d'écrire des poèmes sa vie durant.
    Ce volume - le plus complet qui soit retraçant son oeuvre poétique - rassemble cent deux poèmes, dont ceux du seul recueil publié de son vivant, A travers la vie, d'autres retrouvés dans des revues oubliées, et enfin des inédits. Des années de jeunesse empreintes de romantisme à l'exil en Nouvelle-Calédonie, l'oeuvre poétique de Louise Michel retrace la trame de toute une vie, les luttes révolutionnaires et, au-dessus de tout, la Commune.
    Chaque grand événement qui l'a fait vibrer trouve ici sa résonance lyrique.

  • Publié en 1993, cet essai réagissait à une investigation frauduleuse sur Jean Moulin, premier président du Conseil national de la Résistance, mort sous la torture en juillet 1943. Ce journalisme à scandale affirmait alors que Jean Moulin, héros national inhumé au Panthéon, avait été un agent soviétique dès le début des années trente. De nombreux intellectuels ont répondu à cette accusation absurde. Mais cette affaire soulève d´autres questions que Pierre Vidal-Naquet analyse ici : peut-on, et surtout, a-t-on le droit de critiquer nos héros nationaux ? Quel sens confère-t-on au Panthéon ? Pourquoi la critique du « mythe Jean Moulin » par la résurrection d´un autre mythe - celui de Jean Moulin communiste - a-t-elle eu un impact aussi fort ? Remontant à l'Antiquité et à la création du Panthéon sous la Révolution française pour retracer la longue histoire qui va des héros aux saints, l'auteur décrit le processus de construction du mythe. Et il explique la démarche erronée qui transforme Jean Moulin en « homme du Parti communiste », mythe créé dès 1950 par Henri Frenay.

  • Le grand politologue allemand wolfgang abendroth a présenté dans cet ouvrage une réflexion globale, restée classique, sur le processus de développement historique du mouvement ouvrier.
    Pour lui, ce mouvement transpose et poursuit les principes des révolutions bourgeoises des xviie et xviiie siècles en angleterre, en france et aux etats-unis, qui ont défini des structures sociales et un ordre politique. il a continué à les faire évoluer en rapport avec les changements opérés par la révolution industrielle. le mouvement ouvrier a connu plusieurs stades. aux etats-unis et en europe occidentale, il a acquis pour la classe sociale qu'il représente un bien-être matériel.
    En europe orientale, même s'il a aboli les classes sociales, il a connu une longue phase de despotisme.

  • De 1880 à 1940, le mouvement ouvrier juif fut une force généralement décisive dans la vie et l'évolution des communautés juives européennes.
    Nathan weinstock, en une vaste fresque, en a restitué la diversité des organisations, partis, syndicats et journaux. sa connaissance du yiddish, langue dans laquelle pour l'essentiel s'exprimaient les revendications des artisans et des travailleurs, lui a permis d'exhumer des textes qui sont autant de facettes d'une foisonnante activité ouvrière. dans l'empire russe d'avant 1914, la prépondérance du bund, le grand parti socialiste juif, et sa farouche autonomie face aux bolcheviks et aux mencheviks ne sauraient faire oublier les autres organisations : les poaley-tsiyon, les territorialistes et les sejmistes.
    Ni occulter que les débats au sein du mouvement ouvrier juif ne reflétaient pas seulement des querelles théoriques, mais répondaient à des urgences pratiques : que faire face à la vague d'antisémitisme populaire et de répression policière qui déferlait dans l'empire jusqu'à la veille de la grande guerre ?.

  • « Le présent livre se propose de décrire et d'analyser les cultes païens que pratiquaient encore au début de ce siècle les montagnards de la Géorgie orientale. L'entreprise est conçue comme une introduction à la connaissance de l'archaïque culture géorgienne, ce dernier terme devant être compris dans sa plus large acception : l'ensemble des "inventions" au moyen desquelles un groupe humain déterminé exprime les qualités définissant son génie spécifique ».
    Cette monographie du paganisme géorgien " tel qu'il se présentait au début de ce siècle, à la veille de sa mort ", est un modèle de l'analyse structurale. Placée sous le triple patronage théorique d'Émile Benveniste, de Claude Lévi-Strauss et de Georges Dumézil, cette analyse rigoureuse dévoile peu à peu la trame d'une civilisation pure de toute influence occidentale.
    Économie insolite, où les ors acquis par le travail et le pillage s'entassent dans des caches aussitôt oubliées, société prisonnière de sa propre perfection, où le jeu des règles voue les clans à n'échanger que des morts ou des femmes, où la passion se révèle indiscernable de la coutume, c'est une philosophie radicalement différente qui nous est décrite dans cet ouvrage magistral qui illustre la puissance interprétative du structuralisme.

  • Au tournant du siècle, alors que la Révolution russe s'apprête à éclater, deux courants s'affrontent au sein du socialisme en Allemagne, là précisément où Marx avait prédit la révolution prolétarienne.
    Le premier courant, dit " réformiste ", est incarné par Eduard Bernstein ; le second, " orthodoxe ", est représenté par Rosa Luxemburg et les spartakistes. A l'" opportunisme " bernsteinien qui prône une adhésion au pouvoir établi, Rosa Luxemburg répond par l'intransigeance des idéaux marxistes auxquels l'apogée du mouvement révolutionnaire russe en 1905 semble pour un temps donner raison.
    Ces deux textes retracent la controverse qui passionna les débats marxistes du début du siècle.
    Documents de référence à l'analyse du socialisme européen, ils décrivent à chaud les événements et le climat politique de la Russie révolutionnaire.

  • En apparence, rien n'est plus " naturel " que les systèmes de mesure du temps : le décompte des jours à partir de l'an 1 de l'ère chrétienne, l'année de 365 jours en douze mois, la semaine de sept jours...
    Et pourtant... Pourquoi le calendrier révolutionnaire de 1793 ne parvint-il pas à s'imposer ? Pourquoi les bolcheviks russes échouèrent-ils à instaurer la semaine de cinq jours ? En tentant de répondre à ces questions, l'auteur propose une enquête passionnante sur les querelles temporelles qui agitèrent les grandes religions au cours des siècles : la fixation de l'origine de l'" ère vulgaire ", l'établissement de la date de Pâques, le découpage de la semaine.
    Pour Ali Magoudi, s'il n'existe pas d'ordonnancement laïc du temps, si tous les systèmes de " comput temporel " se rattachent in fine à la religion, c'est parce que les mots pour " dire le temps " constituent une institution politique fondamentale intimement liée aux dogmes symboliques.

  • Lluis montagut était catalan.
    Son histoire, terrible et exemplaire, est celle de centaines de milliers d'espagnols. rien ne le destinait à être un porte-parole, si ce n'est justement sa conviction d'être un homme simple parmi tant d'autres et de devoir témoigner. il s'agit du récit quotidien d'une réalité assumée avec une lucidité, une tranquillité et souvent un humour qui sont bien plus que l'héroïsme. la réalité de ce qu'a pu être pour un homme du peuple, avant toute option politique, la république espagnole, revit dans ce livre.
    Mobilisé en 1938, lluis montagut décrit l'armée républicaine, mélange incroyable de soldats de l'an ii, de commissaires politiques lucides et généreux et d'officiers valeureux ou défaitistes. évacué en france en 1939, il a connu l'horreur des camps de concentration français, l'invasion et l'occupation allemandes, les brimades vichyssoises à l'encontre des exilés, la lutte contre le nazisme. ftp, il a fait partie de la brigade de combattants républicains espagnols qui, en 1945, la france libérée, sont partis pour traverser les pyrénées et libérer leur propre pays.

  • Mongo beti, écrivain camerounais, est connu pour ses romans, notamment ceux des années 1950 (ville cruelle, sous le pseudonyme d'eza boto, le pauvre christ de bomba), qui ont joué un rôle important dans la prise de conscience du colonialisme et clans la lutte contre celui-ci.
    Publié en 1972 par les éditions françois maspero, main basse sur le cameroun était un réquisitoire contre les crimes du président ahidjo, dictateur du cameroun par la grâce du néocolonialisme français. son but fut largement atteint, semble-t-il, puisque le livre fut interdit, saisi, l'éditeur poursuivi et l'auteur l'objet de multiples pressions et menaces. sa réédition, en 1977, dans une version revue, était toujours d'une actualité brûlante à l'heure de l'intervention française au zaïre.
    Mongo beti montre en effet que les anciennes colonies d'afrique occidentale française et d'afrique équatoriale française, formellement indépendantes depuis les années 1960, n'en sont pas moins restées étroitement contrôlées par la france. un document historique majeur, indispensable pour comprendre les évolutions ultérieures de la " françafrique ".

  • C'est à une relecture originale et stimulante de la pensée économique que François Fourquet nous invite dans ce livre.
    Son hypothèse est que l'analyse de la valeur, au coeur de l'économie, doit dépasser l'étude du comportement d'un Homo oeconomicus plus ou moins fictif. Elle exige une approche plus large, non académique, prenant en compte la volonté de puissance des acteurs collectifs, et en particulier des Etats, considérés à l'échelle du monde où ils s'affrontent pour conquérir l'hégémonie. Peur vérifier cette hypothèse, l'auteur nous propose une plongée dam l'âge classique (XVIe-XVIIIe siècles), qui a vu naître l'économie politique : il nous monte d'une façon très vivante l'histoire du couple " richesse et puissance ", en déployant, à l'instar de Fernand Braudel, les différentes temporalités (économique, politique, culturelle...) dans l'espace géographique du monde.
    Cette " généalogie de la valeur " est donc à la fois une histoire du monde et une histoire de la manière dont les économistes ont perçu ce monde, et créé la science économique. Elle propose une vue neuve de l'histoire du " capitalisme " et de ses rapports avec l'Etat.

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