L'herne

  • Si l'essentiel de l'oeuvre de Marcel Proust est déjà publié et connu, la publication de ce Cahier permet du moins, si ce n'est d'accroître nos connaissances, de maintenir cette oeuvre en vie et de lui garantir une forme d'immortalité. On trouvera dans ce volume quelques inédits et quelques lettres et poèmes mais surtout un grand nombre de documents ou témoignages peu connus, peu accessibles ou même oubliés : les cahiers de brouillon de Proust, le premier texte écrit sur Céleste Albaret, une nouvelle inconnue de Stephen Hudson qui date de 1924,...
    Les contributions originales de chercheurs incontournables comme Nathalie Mauriac-Dyer, Pyra Wise, Isabelle Serça, Mireille Naturel, Luc Fraisse, Antoine Compagnon ou Jean-Marc Quaranta, apportent un nouvel éclairage sur l'étude de l'oeuvre et des auteurs prestigieux tels Pierre Bergounioux, Gérard Macé, Jacques Réda, témoignent de ce que Proust leur a apporté. À chaque fois, Proust est différent. Cinquante masques pour un seul visage.
    Le Cahier s'attache aussi à décrire certains aspects négligés de l'oeuvre, comme les figurants analysés par Michel Schneider, le marquis de Palancy présenté par Michel Crépu, les opinions politiques de Proust au fil des années, lui qui a eu dans sa famille trois ministres, dont l'un a eu des funérailles nationales, et dont les parents étaient liés au président de la République.

  • L'originalité de l'oeuvre de Jean Malaurie s'appuie sur sa double nature d'écrivain et de scientifique de très haut niveau. Il est sans aucun doute le meilleur spécialiste et l'écrivain français le plus lu sur l'Arctique. Auteur du récit Les Derniers Rois de Thulé (1955), Jean Malaurie est par ailleurs le fondateur et directeur jusqu'à une date très récente de la prestigieuse collection "Terre Humaine" (aux éditions Plon), l'un des fleurons de l'édition française avec des titres aussi importants que Les Derniers Rois de Thulé, Tristes Tropiques de Claude Lévi-Strauss ou encore Le Cheval d'Orgueil de Per-Jakez Hélias.
    Ce Cahier souhaite mieux faire connaître, au-delà du cercle étroit des spécialistes, l'oeuvre monumentale de Jean Malaurie, qui se développe sur plus de soixante-dix ans, en soulignant la diversité d'un travail pluridisciplinaire. Dans ce volume, géographes, philosophes, ethnographes, anthropologues et écrivains multiplient les éclairages, tentant de mettre en évidence les différentes facettes d'une vie qui s'est voulue engagée et libre de toute appartenance idéologique et les problématiques d'une oeuvre protéiforme et passionnée.
    A côté de ces auteurs, des textes et documents inédits ou rares de Jean Malaurie (extrait du récit de voyage Hoggar, un texte sur son père, extrait de la correspondance avec Lévi-Strauss, lettres aux auteurs de la collection "Terre Humaine" , échanges épistolaires avec ses correspondants groenlandais et inuit, extraits des carnets de terrain abondamment illustrés) soulignent l'oeuvre du géomorphologue et de l'anthropologue, qui a contribué à renouveler le regard que nous portons sur les peuples premiers et les civilisations traditionnelles.
    Ce Cahier sera aussi l'occasion de découvrir, à travers un inédit, un aspect peu connu de l'auteur qui se révèle être un magnifique et bouleversant pastelliste.

  • On croit connaître Thomas Bernhard : romancier, dramaturge, imprécateur, immense écrivain du refus, du « contre ». Mais depuis sa mort en février 1989, de nouvelles approches de l'homme et de l'oeuvre se sont ouvertes grâce aux archives, et à l'édition des oeuvres complètes, contenant non seulement l'oeuvre en prose et le théâtre, mais aussi les premiers textes journalistiques, les poèmes et les entretiens. S'y ajoute la publication de la correspondance avec son éditeur S. Unseld, directeur de la maison Suhrkamp, qui révèle l'épistolier Bernhard. Tout ce corpus confirme que le rayonnement de son écriture et de sa posture n'a cessé de croître. La publication de ce Cahier, offre la possibilité d'explorer ces nouvelles pistes, d'éclairer la genèse de cette écriture et de prendre la mesure de son importance dans le monde actuel.

  • À sa mort en 1870, Alexandre Dumas est l'un des écrivains les plus célèbres de son siècle. Cent-cinquante ans après, sa gloire n'a pas terni et ses oeuvres, traduites dans le monde entier, font de lui l'un des auteurs français les plus lus. Menant tambour battant une existence digne d'un roman, Alexandre Dumas appartient à la génération romantique qui rêva de changer le monde. Ses voyages, sa correspondance, ses échanges avec les artistes de son temps témoignent d'une énergie hors normes. Pour Dumas, la création littéraire est d'abord animée par sa passion pour le théâtre, bientôt suivie d'un engouement pour le genre romanesque, où il excelle. Maître du suspens et des rebondissements, Dumas porte aussi un regard critique sur son oeuvre et reste jusqu'à la fin fidèle au romantisme de sa jeunesse.
    Ce cahier consacré à Dumas invite à lire des inédits et des textes rares de l'auteur. Écrivains et chercheurs apportent également leur regard sur une oeuvre qu'on ne finit pas de redécouvrir, et dont l'originalité tient tout ensemble à son caractère novateur, savant et accessible. Histoire, imagination, critique littéraire, stratégies auctoriales, tempérament d'artiste : tous ces aspects de la création dumasienne sont abordés dans ce cahier par les amateurs et les spécialistes de Dumas l'enchanteur.

  • L'oeuvre variée de Jean Giono, d'une richesse inouïe, d'une grande complexité et d'une immense culture, en fait l'une des plus importantes du xxe siècle. Le Cahier de L'Herne permet de réévaluer l'image de ce grand écrivain, encore trop souvent encombrée de clichés, et de célébrer l'oeuvre de ce très grand poète, extraordinairement sensible à la vivante présence du monde naturel et donnant à entendre, par la puissance de sa parole poétique, « le chant du monde ». C'est sur « les grands chemins » de Jean Giono que ce volume convie ses lecteurs en faisant dialoguer les textes et les documents de tous ordres : carnets de travail, brouillons, manuscrits, photographies privées et officielles, peintures, correspondances, dédicaces et textes inédits (« Une rêverie de Marceau », lettres à Gide, Dabit, Poulaille ou Henri Pollès, lettres de Saint-Pol Roux). Aux textes rares et méconnus de Giono révélant son sens de l'humour et du fantastique, succèdent les études des meilleurs spécialistes de l'oeuvre gionienne.

  • Ce Cahier est l'exploration de ce que Christian Bobin appela dès ses vingt ans Les différentes régions du ciel, et qui n'est autre qu'une sorte de chemin buissonnier contournant les croyances et les incroyances du monde. Les nombreux textes de Christian Bobin réunis dans ce volume démontrent la puissance de son écriture lumineuse qui ne cesse de conquérir un public fervent, et touche comme seule touche l'écriture des poètes.
    Écrivains (Sylvie Germain, Jacques Réda, Dominique Pagnier, Yves Leclair...), poètes (Alain Borer, Jean-Philippe de Tonnac, Pierre Bettencourt,...), philosophes (André Comte-Sponville...), universitaires (Serge Linarès, Bertrand Degott), artistes (Olivier Py, Franck Olivar...), compositeurs de musique (Benoît Menut, Olivier Bogé), journalistes (Jérôme Garcin) ou lecteurs anonymes, offrent au lecteur une polyphonie de textes et de réflexions où seront débattues les idées reçues qui depuis quarante ans déforment l'oeuvre de ce penseur libre.

  • Edgar Morin a pu passer pour une sorte d' amateur de génie. Après une jeunesse héroïque dans la Résistance, il se fit tour à tour sociologue, anthropologue, épistémologue, cinéaste, diariste. Sans être jamais exclusivement l' un ou l'autre. Mais avec le temps, avec le recul des années, son oeuvre apparaît de plus en plus clairement dans sa rigoureuse cohérence. On mesure combien sa « méthode », placée sous les auspices de la complexité, était à l'oeuvre dès les commencements, dès L'Homme et la mort, publié en 1950. Que ses divers travaux depuis plus de soixante ans forment un ensemble remarquablement construit, avec ses ébauches, ses perspectives, ses détours, ses passerelles et son couronnement, la fameuse Méthode. D'où se dégage une vision de l'homme prise dans le tout de l'homme et du monde, qui le rapproche des plus grands. Il est sans conteste un penseur majeur. Le Cahier de l'Herne que nous lui consacrons s'est attaché à mettre en évidence, à la fois la diversité et la cohérence de cette oeuvre. En même temps que son rayonnement international. Car s'il fut un peu boudé en France, ce qui n'est plus le cas, il fut très tôt considéré à l'étranger, en particulier dans l' Europe du Sud (Italie, Espagne et Portugal) et dans toute l' Amérique latine, comme l'un des représentants les plus éminents de la pensée française contemporaine. Ce Cahier est donc, d'une certaine façon, un hommage à Edgar Morin et nous le publions pour fêter son 95ème anniversaire. L'Herne ne pouvait, en effet, que consacrer un Cahier à Edgar Morin, qui a dépoussiéré le vieil humanisme étriqué, sans pour autant céder aux sirènes de la déconstruction. Car son humanisme se veut planétaire, et comporte une prise de conscience de la « Terre-patrie » comme communauté de destin, d' origine et de perdition.

  • L'oeuvre de Pierre Bergounioux est des plus singulières. Par ses objets, sa manière, sa langue, les vues que l'auteur s'emploie à soutenir avec énergie, le ton qui sont les siens. Pierre Bergounioux s'est voulu le témoin de la mutation qui vit, en moins d'un demi-siècle, les campagnes de l'Europe occidentale se vider de leur population. Un témoin non moins attentif qu'impliqué. Son oeuvre entretisse à petits points les fils de la découverte des mondes proches, du soi, des mondes extérieurs successifs à quoi contraint le passage du temps, la ruée des bouleversements technologiques,...

  • Quand Paul Celan (1920-1970) s'établit à Paris à l'été 1948 ses poèmes ne sont connus que d'une poignée de gens ; à sa mort, en avril 1970, son nom est associé à l'une des oeuvres poétiques les plus importantes de la littérature allemande. Pourtant, aborder cette oeuvre, a fortiori pour un lecteur francophone, n'a rien d'évident : si les poèmes relèvent bien d'une écriture qui réclame pour elle une "obscurité congénitale" la critique a aussi pu contribuer à en obscurcir le sens.
    Il faut donc sans cesse reprendre le travail de lecture d'après les coordonnées que Celan a fixées, en partant de ce qu'il appelle "l'accent aigu de l'actualité", inséparable de "l'accent grave de l'histoire" et de "l'accent circonflexe de l'éternité". Appuyé sur de nombreux documents inédits (lettres, traductions et notes privées) qui éclairent sa vie et ses choix poétiques, ce volume donne accès à un "autre" Celan qui se situe tant dans une tradition dont il discute la pertinence que dans une époque qu'il guette avec une acuité implacable, attrapant dans son écriture les mots, les textes et les personnes de son temps.
    Juif, Celan a ancré son écriture dans l'événement de l'extermination des siens pour en faire une arme critique et analytique, esthétique aussi. Grâce aux contributions de spécialistes de l'oeuvre, cette entreprise est placée dans un réseau de discussions critiques qui l'éclairent depuis des positions multiples : linguistique, traductologique, philosophique et biographique mais aussi historique et poétique, etc.

  • Sans renier pour autant son statut d´icône féministe, L'Herne a voulu restituer à Simone de Beauvoir toute sa dimension d´écrivain. Ce Cahier tente d´éclairer les différents genres dans lesquels son talent s´est exercé et souligne un travail d´écriture souvent méconnu.

    La publication d´extraits de romans de jeunesse inédits, la découverte de manuscrits dont l´analyse permet de relire autrement romans, nouvelles et autobiographies, révèlent la constance d`une vocation et le souci obstiné de la solution littéraire adéquate. Refusant les excès du tout biographique, ce Cahier offre néanmoins aux lecteurs des correspondances inédites, qui font le point sur les relations inventives que Simone de Beauvoir noua avec ses amours et ses amis. Des entretiens témoignent du désir qu´elle eut toujours de s´expliquer sur son oeuvre et sur sa vie, et de nombreux articles, publiés dans des revues ou quotidiens américains et français, illustrent ses engagements.

    Ce Cahier rend compte des recherches, notamment anglo-saxonnes, qui ont sorti Simone de Beauvoir de l´ombre sartrienne et lui ont conféré une stature de philosophe à part entière. Nous avons souhaité élargir notre étude aux adaptations cinématographiques et théâtrales que ses romans et ses essais ont suscitées.

    Le rayonnement de Simone de Beauvoir se mesure également à l´abondance des lettres de lecteurs qu´elle reçut et dont nous publions des échantillons, en privilégiant les correspondances d´écrivains. Ce dialogue se poursuit, non sans débats, avec les écrivaines des générations suivantes.

  • Les Cahiers de L'Herne entreprennent de saluer en Pierre Michon l'absolue singularité d'une voix et d'une écriture qui n'en finit pas de surprendre et d'enchanter un lectorat toujours plus vaste depuis l'apparition, en 1984, de son premier ouvrage, Vies minuscules. Les livres de Pierre Michon, denses et tendus dans leur beauté paradoxale, à la fois sauvage et classique, naturelle et travaillée, ont depuis longtemps conquis une place de premier plan auprès des écrivains, des lettrés et dans les milieux de la critique savante. Il est alors naturel de solliciter dans ce volume les plus grands noms de la critique universitaire - Jean-Pierre Richard, Henri Mitterrand ou Philippe Berthier - tout en s'ouvrant à d'autres disciplines de la pensée et de la création : l'Histoire (Patrick Boucheron, François Hartog), histoire de l'art et anthropologie, géographie (Jean-Louis Tissier), la musique et arts plastiques (Henri Cueco), l'art théâtral (Denis Podalydès), sans oublier la question de la traduction (Élizabeth Deshays).
    Ce Cahier est aussi l'occasion de convoquer autour de l'oeuvre de Michon, les textes et témoignages de grands critiques et écrivains comme Pietro Citati, Maurice Nadeau ou Jacques Réda, et d'autres contemporains (Goffette, Bergounioux, Echenoz ou Olivier Rolin) ou auteurs plus jeunes (Marie-Hélène Lafon, Maylis de Kerangal) qui disent ici le pouvoir fécondant de cette écriture éblouissante et rare. S'intéressant aussi à l'atelier littéraire, le présent Cahier donne à lire nombre d'inédits ou textes rares de Michon : premiers écrits mais aussi variantes, passages supprimés, chapitres retranchés, toutes « victimes » de l'exigence de l'auteur qui opte pour le fragment fulgurant et l'inachèvement.
    Ainsi ce Cahier de L'Herne participe-t-il puissamment du rayonnement de l'oeuvre dense, lumineuse et féconde de cet immense écrivain aussi rare et secret qu'exigeant - donnant toute sa véracité à cette remarque que l'entreprise vient de susciter chez Jean-Pierre Richard à propos de notre auteur : « Son silence si têtu, il faudrait alors l'entendre comme une sorte de paradoxale, et réversible, insémination... ».

  • Resté inédit du vivant de Huysmans, le manuscrit de ces Rêveries est tout à fait étonnant. Le mot « Rêveries » dans le titre, que Huysmans a préféré au mot « Propos » dans une première rédaction, paraît à la limite de l'antiphrase lorsqu'on lit le texte de cette diatribe contre l'Église de France, ou plus exactement contre le catholicisme à la française.
    Les Rêveries d'un croyant grincheux sont l'un des tout derniers textes de Huysmans. L'affaire Loisy, à laquelle ces Rêveries font référence, permet de le dater, avec une certaine probabilité, de l'année 1904. Comme l'écrit Huysmans à son amie Mme Huc le 17 décembre 1903, Alfred Loisy ne croyait pas à la Résurrection et contestait les sacrements. Il avait été démis de ses enseignements à l'Institut catholique de Paris en janvier 1903 et Rome, après de longs atermoiements, avait fini, en décembre, par mettre à l'Index cinq de ses ouvrages. Ce qu'en dit Huysmans semble suivre cette décision.

  • Intéressant les uns, agaçant les autres, l'oeuvre et la personne de Michel Houellebecq se caractérisent par une forme très particulière de résistance, qui vient entre autres de ce qu'elles déjouent nos systèmes habituels de coordonnées et qu'elles multiplient les contradictions. Situer Michel Houellebecq implique peut-être de se demander d'abord où il n'est pas. Écrivain polygraphe, explorant tous les genres (roman, poésie, essai - le présent Cahier révèle qu'il s'est même, jadis, essayé au théâtre), il multiplie aussi les échappées hors du domaine littéraire : au cinéma, en musique - ses textes ayant suscité des adaptations (d'Iggy Pop à Carla Bruni en passant par Jean-Louis Aubert), et dans l'art également - comme artiste à part entière ou comme objet d'inspiration. Omniprésent dans les médias à chacune de ses parutions, journaliste à ses heures, capable de tribunes politiques ravageuses, il est sans doute aussi le seul écrivain à pouvoir assurer la Une d'un grand quotidien pour la sortie d'un recueil de poésie (Libération, lors de la sortie de Configuration du dernier rivage).

  • Michel Onfray défend une vision du monde athée, hédoniste, libertaire et matérialiste au travers d'une variété de genres et de formes, du traité au journal en passant par le recueil poétique et la pièce de théâtre, le haïku de trois vers, l'« hexalogie » en six tomes (Brève encyclopédie du monde, trois tomes parus, trois à paraître) ou bien encore la monumentale série en douze tomes de la Contre-histoire de la philosophie (plus de six mille pages à elle seule), sans oublier des chroniques satiriques de l'actualité politique initiée au moment de la présidentielle de 2017 et du début du quinquennat d'Emmanuel Macron (La Cour des miracles et Zéro de conduite). Ce Cahier propose une approche de la pensée d'Onfray, devenue incontournable, à partir de contributions sur les engagements et les thèmes qui structurent son travail depuis maintenant trente ans et tente également d'apporter un nouvel éclairage sur la personnalité du philosophe ; par des textes inédits, des portraits réalisés par Jacques Pasquier, Gérard Fromanger ou Valério Adami, des témoignages d'amis et de proches, ou encore des correspondances inédites avec Michel Dusapin et Lucien Jerphagnon.

  • Victor Segalen est un écrivain singulier. Trois livres seulement sont parus de son vivant mais son oeuvre est foisonnante dévoilant une audace, et une qualité d'écriture si particulière. Le centenaire de sa mort nous donne l'occasion de rééditer ce Cahier de l'Herne, en le remodelant pour tenir compte des publications récentes. En faisant appel, non seulement aux spécialistes reconnus, mais aussi à de jeunes chercheurs ou à des essayistes venus d'autres territoires, ce volume révèle la personnalité complexe et insolite de l'écrivain. Il échangea de nombreuses lettres avec un cercle restreint d'amis, peintres, musiciens, poètes, philosophes et notamment Paul Claudel, qui sont reprises ici.
    C'est autant la personnalité de Victor Segalen que son oeuvre qui nous concernent aujourd'hui : une mort insolite qui transforme un événement biographique en scène poétique ; un voyageur qui traverse la Chine dans des conditions si aventureuses qu'elles font rêver ; des dons pour la peinture, la musique, la faculté d'absorber les connaissances des milieux qu'il fréquente : ses découvertes archéologiques, les photos qu'il rapporte de son expédition à travers la Chine, son ouvrage sur la Grande Statuaire le placent dans une lignée de savants. Le voyageur est poète, musicien, archéologue.

  • S´adressant à la fois aux amateurs et aux chercheurs, ce Cahier comporte des inédits de l´auteur et des textes rares, des études approfondies par des spécialistes, des articles critiques, des entretiens, des témoignages et une volumineuse correspondance. Il offre l´occasion de revenir sur les aspects marquants d´une oeuvre littéraire remarquablement cohérente mais aussi de révéler sa diversité en arpentant des territoires encore peu explorés.

  • Cahier dirigé par Daniel Bougnoux et François L'Yvonnet.

    François Jullien est tout à la fois philosophe, helléniste et sinologue. Trois compétences qui ne témoignent pas seulement d'une intense curiosité et d'une vaste culture, mais plus essentiellement de l'originalité d'une démarche intellectuelle.
    La Chine est pour lui l'occasion d'un détour, l'occasion de se défaire des points de vue unilatéraux, d'opérer un décentrement. C'est le prix à payer pour se rendre disponible, pour donner toute sa mesure à la « croissance du divers », selon l'expression de Victor Segalen. Il faut faire l'épreuve du dépaysement de la pensée, créer du dissensus et donc faire dissidence. Cela conduit François Jullien à interroger nos propres catégories de pensée, celles qui nous viennent de l'Antiquité, principalement des Grecs, celles qui fondent notre tradition philosophique, qui nourrissent notre métaphysique. Il veut sonder, à la manière de Hegel préfaçant la Phénoménologie de l'esprit, ce qui bien qu'entrevu et parfois « bien connu » n'a pas été reconnu, ou poursuivi dans notre tradition venue de l'Antiquité. Il a donc voulu déclore d'autres voies, ranimer des possibles de la pensée, cultivés ailleurs et laissés chez nous en friche, ou tombés en déshérence. Cette relance de la philosophie exigeant un dehors, la Chine lui sert de point d'appui pour faire levier.
    Le Cahier de l'Herne qui lui est consacré cherche à rendre compte de toutes les facettes de cette pensée et de son influence aussi bien en France qu'à l'étranger (rappelons qu'il est le philosophe français actuellement le plus traduit dans le monde).

  • Ce volume souhaite proposer, au travers d'une mosaïque de points de vue, la complexité de la pensée de Françoise Héritier, dont nous n'avons de cesse de mesurer l'importance et l'ampleur.

    Les travaux de Françoise Héritier ont apporté un éclairage tout particulier sur la pensée féministe et le champs de la domination masculine, mais aussi sur l'histoire coloniale, la littérature anarchiste, la philosophie politique et finalement, sur toute l'histoire humaine. En creusant au plus profond de nos cultures communes, Françoise évitait la réduction de ces cultures à une pensée abstraite et théorique. Elle savait avant tout, prendre la mesure de l'être humain constitué de sens, d'émotions, de subjectivité, et s'attardait sur la rugosité d'un mot, d'une couleur, d'une perception ou le goût d'une confiture qui ont tout autant leur importance. Elle partageait dans ces derniers livres cette « légèreté », cette « grâce dans le simple fait d'exister » qu'elle revendiquait sans honte. Ce « sel de la vie », « trésor caché en nous » où l'amour des mots devenait aussi l'amour de l'autre.

    Les contributions réunies dans ce Cahier écrites par des journalistes (Jean Birnbaum, Laure Adler, Nicolas Truong), des historiens (Yann Potin, Jérôme Wilgaux), des psychanalystes (Aldo Naouri, Danièle Brun), et bien sûr des anthropologues et des ethnologues (Marc Augé, Philippe Descola, Jean Jamin), témoignent du retentissement de sa pensée dans de nombreux champs d'études. Ce Cahier contribue en effet à rendre accessible cette « pensée en mouvement » qu'a été, pendant plusieurs décennies, l'activité intellectuelle de la grande anthropologue, lui permettant de remonter aux principes profonds qui fondent l'identité humaine.

  • Curzio Malaparte est l'un des plus grands écrivains italien du xxe siècle, ses livres Kaputt et La Peau sont considérés comme des chefs-d'oeuvre de la littérature mondiale. Prisonnier d'une réception ambivalente et polémique, Malaparte mérite qu'un regard objectif éclaire désormais son oeuvre à travers laquelle, tantôt protagoniste ou témoin, tantôt observateur ou critique impitoyable, il a redonné vie aux événements traumatiques de la première moitié du XX ème siècle : les deux guerres mondiales, les totalitarismes européens, la libération et l'Europe de l'après-guerre.
    La mosaïque proposée ici met en relief des moments emblématiques de sa vie et de son écriture qui permettent d'accéder à des recoins secrets, souvent ignorés, de sa personne comme de son oeuvre. À travers les perceptions qu'en ont eu aussi bien ses contemporains que les écrivains et chercheurs d'aujourd'hui : tels que Benjamin Crémieux, Giuseppe Ungaretti, Gabriele D'Annunzio, Frédéric Vitoux, Dominique Fernandez, René de Ceccatty, Elio Vittorini, un Malaparte méconnu et passionnant se profile en filigrane.
    De nombreux et précieux textes inédits sont proposés ici pour donner à découvrir l'homme dans son intimité.

  • Etudes et témoignages sur l'auteur russe, éclairant sa personnalité et son oeuvre, mais aussi, plus largement, le problème de la situation de l'écrivain dans la société soviétique du XXe siècle. Ces hommages de lecteurs fervents et d'historiens de la littérature éclairent également un aspect un peu ignoré d'A. Soljénitsyne, ses dons de poète, de dramaturge et de polémiste

  • S'adressant à la fois aux amateurs et aux chercheurs, ce Cahier comporte des inédits de l'auteur et des textes rares, des études approfondies par des spécialistes, des articles critiques, des entretiens, des témoignages et de la correspondance. Il offre l'occasion de revenir sur les aspects marquants d'une oeuvre littéraire caractérisée par une remarquable diversité, dont il arpente les différents territoires : le ludique et le romanesque, l'interrogation du quotidien, l'exploration autobiographique - l'idée générale étant de donner une vue d'ensemble de l'oeuvre perecquienne sans répéter le discours critique qui lui est déjà consacré.

    Richement illustré d'un cahier iconographique et de nombreux fac-similés in texto, ce Cahier contient un grand nombre de documents, pour la plupart inédits. Il permettra de découvrir de nombreux textes de Georges Perec, dont certains éclairent la formation de l'écrivain : textes de jeunesse, mais aussi premiers écrits critiques qui ont forgé sa plume et sa conception de la littérature, et ne sont pas connus du grand public (recensions pour la Nouvelle NRF, pour la revue Partisans, etc.). Il contient des petits textes ludiques très drôles, qui préfigurent l'engagement oulipien de Perec, mais aussi des esquisses de projets témoignant de la prégnance chez lui de l'interrogation autobiographique (« L'Âge », « Lieux où j'ai dormi », etc.). Les contributions des critiques, écrivains et universitaires reviennent quant à elles sur ces thématiques centrales de l'oeuvre de Perec, mais aussi sur des aspects moins connus, tel le rapport de l'écrivain à la radio ou à l'art contemporain, la place chez lui de l'écriture poétique (qu'elle soit ou non contrainte, comme en témoigne la publication de poèmes rares ou inédits), ou sa proximité avec les recherches actuelles en sciences sociales. On y trouve également des comptes rendus critiques importants, parus au moment de la sortie de certaines de ses oeuvres (W ou le souvenir d'enfance, Espèces d'espaces,...) dans des revues comme Esprit, Les Temps modernes et La Quinzaine littéraire, et jamais réédités depuis. Dans son ensemble, ce Cahier contribue à penser la place décisive prise par Perec dans l'histoire littéraire du XXe siècle.

  • Depuis la parution de son premier recueil de nouvelles, By the North Gate (1963), Joyce Carol Oates s'est imposée dans le paysage littéraire américain comme l'un des écrivains les plus prolifiques. À la fois classique (solidement ancrée dans le paysage littéraire américain depuis plusieurs décennies et régulièrement citée parmi les finalistes du prix Nobel de littérature, par exemple) et iconoclaste (sa présence volubile sur twitter, sa plume acerbe, ses connaissances pointues sur la boxe en font quelqu'un d'indéniablement à part), elle reste à ce jour fascinante. Ce volume des Cahiers de l'Herne constitue la première monographie française sur cette figure de la littérature américaine contemporaine devenue incontournable.
    Cet ouvrage, première étude critique de l'oeuvre de Oates en France, est donc nécessaire. Pour rendre hommage à son ambition balzacienne de faire entrer toute l'Amérique dans son oeuvre, pour rendre compte des chemins déjà tracés dans cette oeuvre labyrinthique par les spécialistes, et pour essayer de lever une part du mystère dont Joyce Carol Oates semble étonnamment toujours auréolée. Le Cahier est constitué d'un faisceau de regards français, britanniques et américains sur l'écrivain : regards universitaires sur son oeuvre protéiforme et ses ramifications à la scène ou à l'écran, regards plus intimes de son biographe, ses collègues, amis, anciens étudiants, regards croisés d'auteurs et de traducteurs, regards de chercheurs découvrant les coulisses de son travail et partageant avec nous ses manuscrits et pages de brouillon annotées.
    Des textes inédits de Oates, des extraits de correspondance avec sa grand-mère ou avec son collègue et ami Russell Banks, ainsi que des photos de l'écrivain entourée de sa famille et ses amis complètent ces portraits et permettront au lectorat français d'embrasser du regard l'impitoyable diagnostic porté par l'auteur sur l'homo americanus ainsi que l'incroyable générosité, drôlerie, et inventivité de cet écrivain inclassable.

  • Si John le Carré est salué par tant d'écrivains comme l'un de leurs pairs, c'est bien parce qu'il ne se laisse pas enfermer dans un cadre univoque. Loin de se cantonner à une architecture binaire dans laquelle tout serait noir ou blanc, il aime explorer les zones d'ombre et la grisaille. L'entre-deux psychologique et métaphorique l'intéresse plus que le manichéisme idéologique.
    Sa production littéraire elle-même est bien plus protéiforme que ne pourrait le laisser croire sa réputation. Il ne se réduit pas à l'étiquette « romancier de la guerre froide » - et la fin de la guerre froide n'a pas sonné le glas de l'écrivain ; bien au contraire, elle lui a permis d'étendre son terrain de jeu thématique et géographique pour mieux se recentrer sur l'humain -, pas plus qu'à celle, plus englobante, de « romancier d'espionnage ». Mais la simple étiquette de « romancier », même, ne suffit pas à décrire son oeuvre foisonnante. John le Carré a publié vingt-quatre romans, certes, mais il a également écrit une pièce de théâtre et des mémoires. Et ce ne sont pas seulement des livres qu'il a signés de sa plume, mais plus d'une centaine de textes courts : contes, nouvelles, préfaces, articles journalistiques, tribunes, billets d'humeur, discours, et même textes autofictionnels bien avant que ce genre n'acquière ses lettres de noblesse. Premier ouvrage en français consacré à John le Carré, le présent volume rassemble nombre de ces textes, inédits en français à ce jour, qui permettent de constater que le Carré a plus d'une corde à son arc.

  • Aucune réflexion d'ampleur n'a encore été menée en France autour de l'oeuvre d'Orhan Pamuk. C'est pourtant l'une des voix les plus singulières de Turquie, qui n'hésite pas à s'exprimer sur la situation politique de son pays, plus que jamais sous les feux de l'actualité. Pour autant, nous n'avons pas souhaité présenter Pamuk sous l'angle privilégié de l'engagement. Ses positions courageuses sont connues et reconnues. L'oeuvre si particulière de Pamuk, si ancrée dans son Istanbul natal, résonne de multiples échos. C'est pourquoi les textes qui composent ce Cahier émanent de cultures et d'horizons divers : écrivains, critiques littéraires, historiens de l'art, traducteurs, architectes, sociologues, philosophes, géographes... Écrivain hors norme, Orhan Pamuk est aussi exceptionnel par l'éventail de son audience.

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