L'amourier

  • Quolibets

    Daniel Biga

    Daniel Biga, nous le savons, depuis ses premiers livres, pour dire la poésie, parle de «poévie». Chantre des jeux de langue et de la musicalité des mots, il en cultive avec brio la polysémie.
    Jamais peut-être la lutte amoureuse dans la langue contre elle-même, Daniel Biga ne l'avait menée aussi radicalement que dans ce livre. Il y brise les mots, joue des sonorités, heurte les significations, les démultiplie. Dans ce détournement, se crée la langue-Biga. Elle combat le cliché en jouant des clichés, en les parodiant, en les sapant.
    Avec la mort qui rôde, le silence qui menace, c'est la vie qui va, c'est la vie qui gagne. QUODLIBETs ne parle pas du monde mais de ce monde dans lequel vit, aime, souffre, vieillit Daniel Biga et c'est alors l'autre monde qui se lève. Daniel Biga écrit selon des motifs personnels sur l'existence générale.

  • La poésie n'est pas étrangère à la vie - la poésie nous attend au coin de la rue. Elle peut nous sauter dessus n'importe quand, écrit Jorge Luis Borges. Phrase que Werner Lambersy a choisi de mettre en exergue de son livre pour soutenir son propos expliqué ainsi dans un récent entretien : «Un coup de vent a écarté le rideau de la conscience, de la connaissance et même de l'émotion pour laisser passer un rayon de soleil qui réchauffe la chambre (forte) de l'âme. C'est pourtant furtif, sans durée, et noter cet événement essentiel reste du seul pouvoir bien faible du miroir de l'écriture. Il se joue dans cet entre-deux improbable de l'éternité quelque chose qui n'est pas de moi, ni à moi, mais cependant moi tout entier. »

  • Ceux du lointain, sujets des poèmes de ce recueil, sont les migrants. L'auteur est allée à leur rencontre, et témoigne par ce livre avec pour seul outil, la poésie.
    Au delà de tout engagement factuel qui témoignerait de notre compréhension du quotidien, de son urgence, Patricia Cottron-Daubigné nous donne à entendre qu'il est un autre engagement qui étend la vie : celui contenu dans les mots qui terminent ce livre, nous écrirons. Injonction qu'elle se fait à elle-même, en tissant auparavant des liens avec l'Histoire, dans le temps et dans l'espace. Ainsi sont convoqués les dieux et héros grecs et romains de Virgile, de son Énéide, long poème de l'exil.
    Ces poèmes portent l'exigence d'une évidence, qui a toujours besoin d'être répétée, l'Autre, l'étrange étranger est notre semblable, et l'hospitalité, l'humaine manière d'être un humain.
    Patricia

  • Ensemble des sept volumes de cette suite publiée à L'Amourier, ce nouveau recueil est augmenté d'un avant-dire et d'un texte de fin Plus une nuit. Sept livres s'ouvrent, oeuvrent dans les marges du livre de la Genèse ; ni imitations, ni commentaires, plutôt questions, questions de la création face au silence. Dire comment ce livre-là,- explique l'auteur - se lit jour après jour, comme poème et objet de pensée.Un lent dépli du temps - plus de dix ans d'écriture -, un lent dépli de la langue, font émerger de ces huit textes réunis par L'Amourier comme un murmure et sans doute aussi, in fine, une grande paix dont témoigne le 7ème titre, Le repos.

  • La poésie d'Alain Freixe interroge encore une fois le chemin que prend notre Humanité. Les titres des quatre parties centrales de ce recueil peuvent se lire comme une seule phrase qui exposerait la dramaturgie de l'ensemble : «derrière les étangs», «derrière les cols», «derrière les jours», «l'imprenable toujours».
    Cette phrase témoignerait d'un échec, que semble pourtant démentir le titre de la dernière et sixième partie : Comme on tombe amoureux, qui redonne au poème, malgré tout, son pouvoir et sa légitimité à affirmer du sens. Mais quel sens ? Relancer la parole, lui donner sa chance d'être fidèle à la vie, de témoigner de ces moments de grâce où le monde a signifié sa présence, et donc, tresser un lien qui tienne debout le poème et le dresse «contre» les forces négatives, le temps que s'accomplissent les menaces d'un désert où grandissent froids et dangers. Contre le désert, un combat entre le dedans et le dehors.

  • Vers les riveraines est un livre dont la composition fait alterner textes en prose et textes en vers, donc des rythmes et des phrasés différents. Il poursuit la marche entamée par ses précédents recueils depuis Comme des pas qui s'éloignent publié en 1999.
    Les abords, les passages, les lisières de territoires secrets s'ouvrent à l'écriture d'Alain Freixe, creusent le souvenir, éveillent l'imagination. Vers. l'idée est toujours celle d'un mouvement.
    Depuis Les échappées réfractaires qui ouvrent l'ouvrage pour dire la résistance aux très hautes / fortes lumières, celles aveuglantes qui portent / trouent le monde vers ces Jours noirs qui le terminent sans le fermer, spirale de parfum et de musique, couleur noire de l'inattendu. Ainsi les riveraines sont-elles un des noms possibles pour ces choses qui ne se donnent pas à voir et se voient pourtant.
    Lueurs à entendre dans le tremblé des rives comme un chant profond qui émerge du silence.

  • Visage roman, un titre étrange pour un recueil de poèmes ! Il m'est apparu, les textes écrits, le livre construit, qu'il s'agissait bien de cela, un roman avec la polysémie attachée à ce mot. Un visage offre tous ses possibles narratifs, tous ses possibles fantasmés, dans ce qu'on appelle le coup de foudre. Il les ouvre à la première rencontre, propose comme dans un roman, l'aventure d'une vie, à partir d'un visage, ce que l'on rêve, et l'histoire qui s'écrit installe dans la durée, sa fragilité, et sa perte.
    Mais je suis poète, la poésie est ma langue de vie et d'écriture et c'est elle qui dit au mieux (si l'on réussit) l'intensité, la pointe aiguë de vivre et de souffrir. C'est elle, la poésie, qui donne à l'instant de la rencontre par exemple, sa nécessité absolue sans laquelle il vaudrait mieux passer à autre chose, ou rien.
    D'amour il n'est - il ne peut être - question que de cela dans le recueil de Patricia Cottron-Daubigné, qui fait jaillir, par des mots dévorés de chair, une ode singulière, où le visage et le dos d'un homme, synecdoques de l'amour, exhalent une sensualité rare et de couleur rouge, celle de la langue dans la bouche avant que le dos n'occupe tout le paysage.

  • Ces textes se sont invités à mes marches en solitaire, écrit Michel Diaz dans son avant-propos. Marches entreprises sans contrainte, mais dans une inattendue et urgente nécessité, et qui, de soi à soi, finalement, se révèle être un lent retour. Avec un autre visage.
    Les marches de Michel Diaz l'arrachent toujours à ce qu'il y a d'orienté, de connu dans les déplacements, dans les simples promenades. L'auteur dit être pris, en marchant, dans un rythme qui ouvre l'air à l'espace. Alors émanent dans le souffle les fulgurances de l'imprévisible, les tremblements du corps, le lancinement d'anciennes douleurs refoulées dans les soutes de la mémoire. Il faudra s'enfoncer dans de longs silences pour qu'une parole, inaudible rumeur, advienne en poésie...

  • Rienzi Cruz est marqué par la Beat generation. Une poésie qui ouvre des sentiers et des routes, une poésie de grands vents aux rythmes éclatés.

    Égrenés au fil d'une vie d'errance, expression à la fois sauvage et maîtrisée de bifurcations subies ou choisies, de passions comme d'amours domestiques, de récits de l'expérience quotidienne relevés par la magie de l'écriture, les poèmes de Rienzi Crusz, «Homme-Soleil» dans ses bottes de neige, donnent à entendre une musique fluide et syncopée de tonalités mêlées, à la fois simple et savante, grave, passionnée, riche en images syncrétiques, « tempérée » souvent par l'humour.
    Dans la fusion des continents s'accomplit donc la création poétique, au coeur de variations saisonnières, sensorielles et exotiques.

  • 95 sizains et 2 proses dont une inaugurale pose l'enjeu de ce livre : écrire le jour, ses odeurs, ses lueurs, ses rumeurs. Ce qui s'approche, s'éloigne et le lieu même de cet enjeu : le poème comme une fenêtre. Un petit rectangle de mots qui donne sur ce qu'on ne sait pas.

  • Canicule de la mer, Rocher de fièvre, Hiéroglyphes, Désert au bord de la lumière, Nuage traversant le silence, sont des titres indicateurs. Ils désignent, à travers temps et lieux, la géographie d'une quête dont la soif est à jamais renouvelée. Par leur longueur et leur attachement au sentir, ils nous rappellent les Odes de la poésie arabe préislamique. Le poète y creuse une langue, celle de la poésie, qui porte en elle-même le sceau du lieu païen, lieu de jouissance, connaissance et transe.

  • Après le Supplément de Diderot, Gérard Cartier revient à Bougainville et à son voyage d'exploration scientifique autour du monde.
    Il nous invite à un voyage à travers la création vers la vérité pratique, ce but de l'esprit qui était aussi celui de la poésie pour Éluard via Lautréamont. Dans cette confrontation à la géographie, à l'histoire, aux sciences, il s'y dit beaucoup de notre temps.
    Poésie aux vers démaillés qu'un souffle épique traverse et porte - mais sans emphase - avec juste ce qu'il faut de savoir, de références et d'espoirs.

  • À bord d'un navire, au jour le jour et dans la solitude de la passerelle, l'auteur écrit son journal de veille où se mêlent écrits intimes et poésie.
    Le récit, journal de bord, fait passerelle entre les départs et les retours, entre les doutes, les désirs et les manques. Il souligne la tendresse qui s'amarre en lui de l'être aimée, ce qui débarque en même temps à l'intérieur : une tension qui danse avec les extrêmes. Le navire fatigue et le corps aussi. Dans le noir de la passerelle, il épaule la vague, les lignes tremblantes... Les coups de ballasts réduisent l'allure. L'état de mer le contraint à renoncer à l'accostage. Navire et corps n'en finissent pas de se confondre au silence muet qui s'écrit dans la marge et qui tente de préserver ce qui reste de tendresse.

  • Le titre du recueil de poèmes est éloquent. Car vient un moment où autour de nous la mort râtelle. Vient un moment où s'approche la fin, la dernière.
    Écrire avant la nuit, "avant d'éteindre" dit Marcel Migozzi. Écrire pour accompagner ceux qui sont morts, partis, perdus ; ceux qui s'avancent vers cette disparition. La vie qui émane et s'en va de ces heures froides, Marcel Migozzi la peint avec sobriété et lucidité. Au contraire de la froideur, c'est une chaleur qui se dégage, mais retenue, toujours ajustée à son propos, comme un parfum. Le ton de Marcel Migozzi est fraternel, avec juste ce qu'il faut de distance pour goûter cette saveur mortelle où notre condition humaine nous conduit. Marcel Migozzi, une écriture amie.

  • En 2002 paraissait à L'Amourier, des mêmes auteurs, Pas une semaine sans Madame.
    À deux mains, se dessinait, tout au long du texte, le visage féminin et inaccessible, et sans doute inaccessible parce que féminin, d'une présence évidente, à la poursuite de laquelle deux poètes se lancent : femme, altérité, origine, monde, poésie, poésie enfin, qui ne cessent de s'offrir à la dérobée. Pendant 9 ans, s'est poursuivi leur dialogue dont est né ce nouveau recueil de courtes proses.

    On n'en aura jamais fini, chacun le sait, avec cette traque-là.
    Or ce qui me touche, dans ce nouveau livre, Madame des villes, des champs et des forêts, c'est de voir comment il accomplit la nature de l'échange inauguré il y a neuf ans, où chacun, interrogeant ou écoutant l'autre, questionnait en même temps sa propre différence. Le vrai dialogue, c'est : plus je serai moi-même, plus je serai à toi. Et plus alors, unis dans notre différence, nous pourrons être à notre faim commune, poursuivant ce qui nous inspire et qui nous manque, que nous manquons aussi, par belle nécessité, dans le geste qui nous porte vers son altérité. (extraits de la préface de Jean-Marie Barnaud)

  • A un jour de la source est une invitation à remonter le cours, à s'approcher de l'origine, à suivre dans une quête jamais assouvie, l'auteure de ce beau livre articulé en quatre chants interrogeant le mystère d'être de ce monde. Le dernier chant Perdue, choisie, conduit à la rencontre amoureuse et ses désirs, ses chimères, ses fêlures, dans une "force assoiffée des mots qui consolent des cris". L'ensemble du recueil manifeste une conscience aux aguets, une inquiétude, un engagement malgré la désillusion, osant se risquer dans l'inconfort des contradictions.

    Si elle aime les mots et les voix, Françoise Oriot accorde la plus grande importance au rythme, l'oreille jugeant de l'accomplissement du poème.

  • Ce recueil de poésie, épuisé dans sa collection initiale «Grammages», est réédité dans la collection «Fonds poésie» dans une facture plus sobre et à prix modique.
    Avant la nuit croise des textes sur l'art, l'acte de peindre, ou d'écrire. Tous évoquant des peintres ou poètes aux pratiques différentes, attendant ce «miracle, qu'est, dans l'art ou dans la passion, l'aspiration la plus profonde de la vie» et dont Georges Bataille disait qu'elle concernait ce «désir d'être émerveillé », désir propre à l'homme. Désir de présence, claire, brûlante et renversante.
    Entre présence et déroute, entre les reprises, les tombées, les relances, les pertes. Entre quelque chose venu du fond et qui remonte jusqu'à nous et quelque chose qui s'en va, rapide sur «le plissé de l'air».
    Tel est le seul lieu habitable, du moins le seul qui ne se berce d'aucune illusion ; le seul aussi qui ouvre un avenir.

  • Livre atypique mêlants récits et prose en poèmes dans une ensemble heurté et cependant cohérent. Une mémoire originelle et familiale y est convoquée, et avec elle, les morts que l'auteur fait revivre pour leur donner voix.

    Avec cette Quête du nom, Alain Guillard part de loi. Des représentations du monde et des "lois" de la famille, il remonte une présence à soi qui ne se fait jour que dans l'écriture, au travers de sa nuit. Une identité brisée se reconstruit sous le regard du lecteur à partir du corps et de la langue.

    L'auteur interroge sans concession les manques des figures essentielles qui l'ont entouré : père, mère et frère, résidant en banlieue parisienne où l'humiliation subie, entre usines et bistrots, nourrit un vide... si difficile à dire... que la violence se retourne contre soi.
    Pardonner n'est pas oublier, mais admettre le temps...

  • Restes

    Quentin Biasiolo

    Premier titre d'un jeune auteur, ce livre, plus qu'un recueil de poèmes, est un vrai livre de poésie.
    Quentin Biasiolo fait preuve ici d'un souci - heureusement sensible - de l'assemblage, de la composition, du lien qui sert à coudre ensemble et articuler cet ensemble de 56 poèmes en prose.

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