Littérature générale

  • Depuis toujours la littérature nous a conté des rencontres amoureuses, issues de la plume d'écrivains dont beaucoup, dans la période qui va du Moyen Age au siècle des Lumières, avaient reçu une formation juridique. Il n'est donc pas étonnant que leurs textes se ressentent de l'écriture judiciaire ou qu'ils renvoient des échos, aux résonances variées, des questionnements juridiques et des dispositions du droit, notamment matrimonial, qu'il soit canonique ou royal.
    Les études réunies dans ce volume montrent de quelles manières les amours littéraires ont pu être déterminées par des questions de droit ou par les modes de raisonnement et d'écriture du juriste, allant éventuellement jusqu'à une véritable esthétique du judiciaire.

  • L'exotisme, tant littéraire qu'artistique, est parfois soupçonné d'être le simple refuge de l'idéalisation des civilisations différentes, colorant les mondes étrangers pour mieux en nier la spécificité. Pourtant, en une période d'extraordinaire intensification des échanges entre les diverses régions du monde, à un moment où s'instaurent de nouveaux rapports au passé colonial et où l'on peut parler de « world fiction », voire de « république mondiale des lettres », la littérature et les représentations exotiques sont devenues très importantes et connaissent un regain d'intérêt critique. Désormais, il est rare en effet qu'une oeuvre romanesque un peu ambitieuse ne se confronte à la question du voyage et de la rencontre des autres cultures et qu'elle ne s'intéresse chemin faisant, fût-ce pour les combattre ou en jouer, aux images de l'exotisme. Par la vitalité de ses formes, passées et contemporaines, l'exotisme s'est toujours affirmé comme un lieu de transformation des lettres et des arts. Ce volume s'intéresse à quelques-uns de ces apanages, situés tant à l'âge colonial qu'à l'ère post-coloniale. Si la littérature hispanique et latino-américaine est privilégiée, on n'en oublie nullement d'autres aires culturelles, notamment les Caraïbes et l'Extrême-Orient. L'exotisme est ici étudié dans ses formes passées ou contemporaines, selon certains espaces, certaines figures rêvées qui ont naguère dominé les représentations des autres cultures. Chemin faisant s'affirment ainsi des continuités littéraires et esthétiques, mais aussi l'importance d'un Victor Segalen, qui fixait, dès le tournant du XIXe siècle, un programme, malheureusement inachevé, de réhabilitation de l'exotisme ouvrant à une « esthétique du Divers ». C'est cette complexité exotique, dépouillée des clichés et des préjugés touristiques ordinaires, que les contributions de ce volume invitent à considérer dans quelques textes littéraires remarquables.
    Jean-Marc Moura

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  • Au Moyen Âge, le droit (coutumier - omniprésent -, canonique et droit royal) occupe une place de premier rang. Si, depuis quelques années, les historiens se sont penchés assidûment sur la place de la violence et sur les modes de règlements des conflits, les littéraires médiévistes n'ont pas encore, dans leurs recherches, consacré à cet aspect suffisamment de travaux alors même qu'il apparaît que, dès les premiers textes en langue vulgaire, les questions juridiques sont au centre des préoccupations des écrivains.

    Dans chaque affrontement ou tension se pose la question de la régulation des conflits, d'une certaine forme de droit de la violence : vendetta, justice féodale ou royale, coutume, etc. Le châtiment se définit généralement en regard de trois entités : la justice de Dieu, le pouvoir royal et sa justice, l'individu et le groupe dont il fait partie. Dans la fiction, ces trois grands domaines sont les cadres majeurs de la mise en scène du crime et du châtiment, ainsi que de leur légitimation contradictoire.

    La fiction est également conditionnée par une réflexion politique, reposant sur une conception contemporaine, inscrite dans la réalité historique du pouvoir et de l'exercice de la justice. C'est donc dans cet espace, de l'histoire à la fiction et de la fiction à l'histoire, qu'est ici posée la question du « crime épique » et de son traitement.

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  • Les Voeux du Paon de Jacques de Longuyon (1312) ont joui d'un très grand succès à la fin du Moyen Age, en France, en Angleterre, dans le duché de Brabant, en Espagne et en Italie. Les continuations, les réécritures et les imitations qu'ils ont suscitées dans les littératures de plusieurs aires culturelles se conjoignent à une influence sur la réalité historique et l'imaginaire chevaleresque, à travers l'appropriation par l'aristocratie princière du rituel des voeux sur un oiseau et la belle postérité littéraire et artistique des Neuf Preux. Jacques de Longuyon et ses continuateurs contribuent aussi à la création d'une figure médiévale spécifique d'Alexandre le Grand, et inventent à ses côtés de nouveaux personnages, qui n'ont de passé ni littéraire ni historique, et leur permettent d'exercer pleinement leur liberté de créateurs de fictions. Le présent ouvrage a l'ambition d'approfondir l'étude des innovations littéraires qu'offre cette oeuvre du XIVe siècle encore très peu explorée par la critique et d'analyser quelques-unes des manifestations de son rayonnement.

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  • Dans le paysage de la littérature française contemporaine, Annie Ernaux occupe une place de tout premier plan, par son abondante production d'abord; parce qu'elle a été récompensée par de nombreux prix et scientifiquement commentée ensuite; parce qu'elle réalise ce paradoxe d'être tantôt encensée ou calomniée - en raison de sa trop grande popularité; enfin, par son étrange revendication de « rester », selon ses propres termes, « d'une certaine façon, au-dessous de la littérature ».
    Les diverses contributions ici rassemblées l'ont été à l'occasion d'une journée Ernaux, à l'université de Liège: elles furent produites peu après la parution des Années. Elles esquissent quelques lignes de force dessinant, chez l'auteur, un imaginaire entre dépossession et accumulation saturante; elles ne cessent d'interroger, de livre en livre, le passage du passé, son affleurement dans des moments ressuscités, qui semblent conjuguer insignifiance des faits relatés et intensité vibrante des évocations du « jamais plus »; elles pointent, enfin, la force agissante, structurante et destructrice du social dans ce que nous pensions intime ou personnel.

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