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  • En avril 1454, le roi Charles VII ordonne la rédaction officielle des coutumes, sous son autorité royale.
    En se posant ainsi comme un bon législateur, réorganisateur du droit du royaume, Charles VII s'inscrit dans une longue tradition, au moins symbolique, qui veut que le roi soit garant de la justice et du droit, d'un point de vue moral comme juridique, qu'il soit donc une "fontaine de justice". Les modèles sont fournis par l'histoire, profane ou biblique, imaginaire ou réelle : Saint Louis ne fut pas seulement l'image d'un souverain rendant la justice devant son peuple ; il fut aussi législateur, promulguant de nombreuses ordonnances et patronnant des ouvrages à caractère éminemment juridique.
    Mais c'est sans doute avec Philippe IV le Bel et la montée en puissance des légistes qu'un tournant fut pris en France dans la conscience forte que le roi était par excellence, sous le regard de Dieu; le dispensateur de la justice, l'organisateur du droit. La justice devient ainsi l'une des grandes prérogatives royales, phénomène que favorisent l'uniformisation progressive des pratiques juridiques et du droit et l'affirmation toujours plus forte du pouvoir royal.
    C'est donc la figure du roi "fontaine de justice", et plus largement les relations entre justice et pouvoir royal, qui sont étudiées ici, d'un point de vue tant historique que juridique et littéraire, dans les sources documentaires, les textes théoriques et politiques, la littérature, au Moyen Age et à la Renaissance.

  • Les hiérarchies sociales, d'une part, les assemblées représentatives, d'autre part, ou encore le genre littéraire des « états du monde » ont été étudiés, pour eux-mêmes. Mais, peu de travaux considèrent la profonde unité qui existe entre ces structures sociales, ces institutions politiques et ces formes esthétiques. Cet ouvrage collectif fait dialoguer les différentes disciplines (histoire sociale et politique, droit, littérature) autour de la notion d'état, dans sa cohérence et sa polysémie : à la fois situation sociale (condition, rang sans se restreindre aux trois ordres, voire office ou charge), assemblée des états (au sens large, englobant les états généraux, les assemblées provinciales ou encore les assemblées de notables) et inventaire (« états du monde », farces et soties, dialogues ou traités politiques, satyres ménippées.). Il s'agit, en outre, sans occulter les transformations politiques, sociales et esthétiques, de souligner la cohérence de la période pour ce qui concerne cet objet d'étude.

    L'assemblée des états correspond-elle à un temps spécifique de la publicisation ? Comment rend-on compte, dans la littérature au sens large, des états comme événement politique ou comme hiérarchie sociale ? En quoi la littérature se nourrit-elle des représentations sociales en ordres ? Les renforce-t-elle en retour ? Les fait-elle évoluer ? Peut-on voir se mettre en place de grands genres autour des pratiques de communication dans et autour des états (cahiers de doléances, remontrances, théâtre ou disposition de l'assemblée) ? Quels sont les débats autour des états, de leur nombre, de leurs pouvoirs, de leurs relations au roi, au Parlement, aux sujets représentés ? Ce sont autant de questions abordées dans cet ouvrage qui propose à la fois des analyses transversales ou pluriséculaires (Gisela Naegle, Jonathan Dumont, Estelle Doudet et Charlotte Bouteille Meister, Pascal Debailly) et des études monographiques courtes (Myriam Yardeni, Hélène Duccini).

    Martial Martin est maître de conférences en Sciences de l'information et de la communication à l'IUT de Troyes (Université de Reims).

  • Depuis toujours la littérature nous a conté des rencontres amoureuses, issues de la plume d'écrivains dont beaucoup, dans la période qui va du Moyen Age au siècle des Lumières, avaient reçu une formation juridique. Il n'est donc pas étonnant que leurs textes se ressentent de l'écriture judiciaire ou qu'ils renvoient des échos, aux résonances variées, des questionnements juridiques et des dispositions du droit, notamment matrimonial, qu'il soit canonique ou royal.
    Les études réunies dans ce volume montrent de quelles manières les amours littéraires ont pu être déterminées par des questions de droit ou par les modes de raisonnement et d'écriture du juriste, allant éventuellement jusqu'à une véritable esthétique du judiciaire.

  • L'exotisme, tant littéraire qu'artistique, est parfois soupçonné d'être le simple refuge de l'idéalisation des civilisations différentes, colorant les mondes étrangers pour mieux en nier la spécificité. Pourtant, en une période d'extraordinaire intensification des échanges entre les diverses régions du monde, à un moment où s'instaurent de nouveaux rapports au passé colonial et où l'on peut parler de « world fiction », voire de « république mondiale des lettres », la littérature et les représentations exotiques sont devenues très importantes et connaissent un regain d'intérêt critique. Désormais, il est rare en effet qu'une oeuvre romanesque un peu ambitieuse ne se confronte à la question du voyage et de la rencontre des autres cultures et qu'elle ne s'intéresse chemin faisant, fût-ce pour les combattre ou en jouer, aux images de l'exotisme. Par la vitalité de ses formes, passées et contemporaines, l'exotisme s'est toujours affirmé comme un lieu de transformation des lettres et des arts. Ce volume s'intéresse à quelques-uns de ces apanages, situés tant à l'âge colonial qu'à l'ère post-coloniale. Si la littérature hispanique et latino-américaine est privilégiée, on n'en oublie nullement d'autres aires culturelles, notamment les Caraïbes et l'Extrême-Orient. L'exotisme est ici étudié dans ses formes passées ou contemporaines, selon certains espaces, certaines figures rêvées qui ont naguère dominé les représentations des autres cultures. Chemin faisant s'affirment ainsi des continuités littéraires et esthétiques, mais aussi l'importance d'un Victor Segalen, qui fixait, dès le tournant du XIXe siècle, un programme, malheureusement inachevé, de réhabilitation de l'exotisme ouvrant à une « esthétique du Divers ». C'est cette complexité exotique, dépouillée des clichés et des préjugés touristiques ordinaires, que les contributions de ce volume invitent à considérer dans quelques textes littéraires remarquables.
    Jean-Marc Moura

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  • Pendant une soixantaine d'années, Bourges est le cadre d'un phénomène spectaculaire : de l'arrivée d'Alciat, en 1529, à la mort de Cujas, en 1590, l'enseignement qui y est donné par les plus grands humanistes du temps fait affluer de partout en Europe des auteurs remarquables et des étudiants destinés à devenir célèbres (parmi lesquels Calvin, Le Caron ou Du Fail), consacrant la ville et son université comme un des plus importants foyers de culture du XVIe siècle. Rabelais ne s'y trompe d'ailleurs pas et y fait étudier Pantagruel « bien long temps » en la faculté des lois.
    L'émergence et le déploiement d'une nouvelle pratique du droit (initiée par le commentaire d'Alciat du De verborum significatione consacré à l'étude du droit, non tel qu'il est prescrit, mais tel qu'il se dit) influencent plus largement les études littéraires et la littérature elle-même puisque, pour le droit comme pour les lettres, ce sont les questions du commentaire, de l'interprétation et de l'explication des textes qui sont au coeur de cette innovation pédagogique.

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  • Combien de Renaissances...? Une seule - celle qui débute à la fin du XIVe siècle en Italie et touche la France au XVIe siècle -, autrement dit " la " Renaissance ? Ou bien celle-ci fut-elle précédée de Renaissances médiévales, en particulier à l'époque carolingienne et au XIIe siècle ?.
    Plus généralement, peut-on affirmer l'unicité de la Renaissance, doit-on au contraire envisager l'existence d'une pluralité de Renaissances à travers les époques et les cultures, ou encore faut-il mettre en question le concept même de Renaissance, aussi confortable que trompeur en regard d'une réalité nécessairement plus complexe ? Ce livre se donne comme objectif de croiser les points de vue de spécialistes du Moyen Age et de la Renaissance sur ces questions, en particulier par la confrontation de leur perception à celle des contemporains des époques concernées.
    A travers l'interrogation sur la légitimité et la pertinence de la notion de Renaissance(s), sur la réalité et l'idée qu'elle recouvre, sur le mot, sa majuscule et son pluriel, ce sont des enjeux essentiels qui se font jour. De manière implicite, la réflexion porte sur les racines de l'Europe moderne chrétiennes, ou humanistes, ou les deux à la fois - mais aussi sur l'existence ou non d'un processus de civilisation unique dont la Renaissance serait un moment essentiel, et donc sur les questions du relativisme culturel et de l'universalité.

  • Au Moyen Âge, le droit (coutumier - omniprésent -, canonique et droit royal) occupe une place de premier rang. Si, depuis quelques années, les historiens se sont penchés assidûment sur la place de la violence et sur les modes de règlements des conflits, les littéraires médiévistes n'ont pas encore, dans leurs recherches, consacré à cet aspect suffisamment de travaux alors même qu'il apparaît que, dès les premiers textes en langue vulgaire, les questions juridiques sont au centre des préoccupations des écrivains.

    Dans chaque affrontement ou tension se pose la question de la régulation des conflits, d'une certaine forme de droit de la violence : vendetta, justice féodale ou royale, coutume, etc. Le châtiment se définit généralement en regard de trois entités : la justice de Dieu, le pouvoir royal et sa justice, l'individu et le groupe dont il fait partie. Dans la fiction, ces trois grands domaines sont les cadres majeurs de la mise en scène du crime et du châtiment, ainsi que de leur légitimation contradictoire.

    La fiction est également conditionnée par une réflexion politique, reposant sur une conception contemporaine, inscrite dans la réalité historique du pouvoir et de l'exercice de la justice. C'est donc dans cet espace, de l'histoire à la fiction et de la fiction à l'histoire, qu'est ici posée la question du « crime épique » et de son traitement.

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  • Les Voeux du Paon de Jacques de Longuyon (1312) ont joui d'un très grand succès à la fin du Moyen Age, en France, en Angleterre, dans le duché de Brabant, en Espagne et en Italie. Les continuations, les réécritures et les imitations qu'ils ont suscitées dans les littératures de plusieurs aires culturelles se conjoignent à une influence sur la réalité historique et l'imaginaire chevaleresque, à travers l'appropriation par l'aristocratie princière du rituel des voeux sur un oiseau et la belle postérité littéraire et artistique des Neuf Preux. Jacques de Longuyon et ses continuateurs contribuent aussi à la création d'une figure médiévale spécifique d'Alexandre le Grand, et inventent à ses côtés de nouveaux personnages, qui n'ont de passé ni littéraire ni historique, et leur permettent d'exercer pleinement leur liberté de créateurs de fictions. Le présent ouvrage a l'ambition d'approfondir l'étude des innovations littéraires qu'offre cette oeuvre du XIVe siècle encore très peu explorée par la critique et d'analyser quelques-unes des manifestations de son rayonnement.

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  • Dans le paysage de la littérature française contemporaine, Annie Ernaux occupe une place de tout premier plan, par son abondante production d'abord; parce qu'elle a été récompensée par de nombreux prix et scientifiquement commentée ensuite; parce qu'elle réalise ce paradoxe d'être tantôt encensée ou calomniée - en raison de sa trop grande popularité; enfin, par son étrange revendication de « rester », selon ses propres termes, « d'une certaine façon, au-dessous de la littérature ».
    Les diverses contributions ici rassemblées l'ont été à l'occasion d'une journée Ernaux, à l'université de Liège: elles furent produites peu après la parution des Années. Elles esquissent quelques lignes de force dessinant, chez l'auteur, un imaginaire entre dépossession et accumulation saturante; elles ne cessent d'interroger, de livre en livre, le passage du passé, son affleurement dans des moments ressuscités, qui semblent conjuguer insignifiance des faits relatés et intensité vibrante des évocations du « jamais plus »; elles pointent, enfin, la force agissante, structurante et destructrice du social dans ce que nous pensions intime ou personnel.

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