Jacques Andre

  • S'il semble aisé d'interroger le placebo, ausculter les phénomènes nocebo apparaît de prime abord comme une mission impossible : interroger nocebo ne risque-t-il pas de redonner quelque vigueur à la pensée magique dans une biomédecine rationnelle ? Dans l'impossibilité de séparer psychisme et corporéité tout en relevant leurs inextricables relations, ne revèle-t-il pas une métaphysique anachronique? Les différents éclairages (historique, littéraire, médical, pharmacologique, philosophique, psychologique) de cet ouvrage permettent de souligner ombres et lumières du pharmakon (remède et poison), ainsi que les relations entre effets réels et subjectifs, des phases de mise au point à celles d'utilisation du médicament en pratique médicale, et ses inéluctables conséquences. Quelquefois dangereusement aux marges des savoirs reconnus, ce livre est un ensemble d'essais pour tenter de cerner l'insaisissable. Treize chapitres sont regroupés en trois parties : Corps à corps : les mots, la mort, les maux, pour les approches historiques et épistémologiques, la seconde En finir avec l'effet nocebo en biomédecine ? explore les aspects pharmacologiques et médicaux ; les contributions de la dernière partie, D'autres regards, d'autres perspectives, renouent avec les approches phénoménologiques. Faut-il voir dans le nocebo une maladie d'emprunt ? Toujours en souffrance, dépossédé de sa maladie par les efforts thérapeutiques notamment ceux de la biomédecine, l'individu tenterait une nouvelle subjectivation. Faut-il percevoir le phénomène nocebo comme symptôme d'une attente répudiée et ainsi maltraitée ? Ne nous force-t-il pas à reconsidérer le paradigme de la rupture radicale classique, à nous situer par delà nature et culture?

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  • Les monstres suscitent la peur et, chez ceux qui osent y réfléchir, la controverse au sujet de leur génération.
    Pour Aristote, le monstre est contre nature au sens général de ce qui va contre les règles générales de la nature ; l'époque classique, au contraire, y voit un prodige de Dieu. Comme l'atteste son étymologie - monstrum - le monstre se montre et c'est en cela qu'il suscite l'étonnement et l'interrogation au sujet de sa nature. Alors, est-il véritablement contre-nature ou est-il d'une autre nature ? Le statut du monstre s'inscrit désormais dans le problème de l'ordre et du désordre.
    Le XIXe siècle tentera de ramener le monstre à l'ordre, en hiérarchisant à partir du normal la petite déviance pour aller jusqu'à la monstruosité la plus avérée. C'est aux travaux d'Étienne et d'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire que nous devons cette grande classification des monstruosités. Cependant, une telle méthode reste-t-elle suffisante pour ramener le monstre du désordre à l'ordre ? Il faudra attendre les travaux d'Étienne Wolff, avec la production expérimentale des monstruosités, pour comprendre que le monstre doit s'appréhender comme du normal empêché ou dévié.

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