Invenit

  • Entouré de ses deux frères, le Mince et le Puissant, un jeune enfant vit dans une maison avec son doudou Félix qui l'aide et le rassure. Dans une ambiance lourde que l'enfant ressent sans bien la comprendre, Félix se disloque petit à petit et l'enfant en cache les morceaux partout dans l'habitation. Les adieux précipités du Puissant, l'abandon contraint de la maison avec le Mince qui disparaît bientôt lui aussi, plongent l'enfant dans la peur. Transporté dans un campement au delà du fleuve et entouré de gens qu'il ne connaît pas, c'est à un pacte qu'il devra son salut : le partage et la consommation avec une panthère des morceaux épars de Félix.
    À partir d'un ensemble de trois momies de chat de l'Égypte gréco-romaine, Olivia Rosenthal compose un récit énigmatique où se réactualisent les mythes égyptiens ; le lecteur y retrouvera quelques-uns des thèmes qui nourrissent l'oeuvre de l'auteure : l'abandon, la peur et les mécanismes mis en jeu dans l'enfance pour survivre en milieu hostile.

  • S63

    Jean-Bernard Pouy

    La braderie, la brocante, ou le vide grenier, appelez cela comme vous le voulez, est sans doute l'activité du dimanche par excellence. Le narrateur, critique d'art dans un hebdomadaire féminin, s'adonne régulièrement à ce qu'il voit comme un « sport ». Après avoir donné au lecteur de précieux conseils pour dénicher la perle rare et ne pas s'ennuyer dans une braderie, le narrateur nous confie sa passion : dénicher les « excréments de l'art ». Sous ce nom oxymorique se cachent les chefs d'oeuvres insoupçonnés auxquels personne ne prête attention dans les brocantes. Un jour, il se rend en Bretagne et tombe sur un tableau, qui pourrait avoir été peint par Van Hoogstraten, pour la modique somme de vingt euros. Malgré l'incompréhension de son épouse pour ces toiles, celles-ci s'amoncellent dans leur garage.
    Un ami restaurateur pense que le tableau pourrait être l'oeuvre de Vermeer et le convainc de faire de plus amples recherches. Le narrateur finit par gratter lui-même la couche de peinture qui permettrait d'aboutir à la réponse définitive. Mais, la surprise est immense quand il découvre un téléphone, la copie conforme du vieux S63 qui trône au beau milieu du garage. Décidé à percer le mystère de ce tableau, le narrateur se rend à nouveau en Bretagne, auprès du vendeur. Il apprend qu'il appartenait à un marquis. Il se rend alors au manoir de celui-ci afin d'en savoir plus. C'est en réalité un ancêtre du manoir, Jégu Maodanez de Kerampuil, qui en est l'auteur, un fou qui se serait jeté de la tour. Le marquis l'invite alors à observer un tableau du même artiste. Il voit cette fois-ci un autobus. En se rendant au musée de Quimper, afin de voir ses autres tableaux, il remarque un hélicoptère. La folie s'emparet- elle de lui, qui entend même le S63 sonner, ou la folie du peintre était-elle en réalité un don de prémonition ? Un jour, il a une révélation : la mort c'est l'art. Mais, il s'interroge encore : quel est le rapport entre l'art, la mort, un S63, un autobus et un hélicoptère ?

  • En cheveux

    Emmanuelle Pagano

    Un châle, à première vue vêtement banal mais qui devient unique quand il est constitué de fils de Pinna Nobilis, une grande nacre de la Méditerranée. Ce châle qui a marqué son enfance, la narratrice le retrouve dans un musée, non pas exposé mais protégé parce que trop fragile. Des souvenirs lui reviennent lorsqu'elle revoit l'objet. Que se cache-t-il derrière ce châle ? Une histoire familiale, ou plutôt un conflit familial, en pleine Italie fasciste. Par métaphore, les fils tissés du châle évoquent les liens tissés, ou décousus, au coeur de cette famille italienne. Entre récit au présent et analepses, le lecteur découvre l'histoire de la narratrice, de son père et de ses rapports avec ses soeurs Nella et Bice. Jamais mariées et inséparables, elles forment un couple à leur manière malgré leur caractère opposé. Un brin sauvage, Nella est une forte tête qui défend son statut de femme et qui s'habille comme un garçon, peu importe que cela déplaise à son grand frère, chef fasciste attaché aux apparences et aux mondanités. Entre le frêre et la soeur s'instaure une réelle complicité, un amour fraternel inégalable, avant que Nella ne devienne une femme et que la haine ne remplace l'amour. Bice, quant à elle, est une jeune femme sociable aimant les mondanités. Les deux soeurs passent leur temps à cacher tous les objets de valeur qu'elles trouvent, comme pour s'assurer l'héritage qu'elles n'auront jamais, de par leur condition de femme. C'est ce châle même que Nella cache de la vue de son frère, pour assurer l'héritage de la narratrice. Et ce châle se retrouve finalement au musée, plié et protégé dans une boîte spéciale, comme il l'était dans la malle de sa tante Nella. Dans un récit sensuel, incarné, Emmanuelle Pagano nous plonge dans un morceau d'histoire qu'elle déplie comme une étoffe et qui exhale amour et haine.

  • L'auteur interroge l'origine de ce fossile, le sens de la vie et de la mort, dans un récit où le thème de la disparition de l'enfant, si cher à l'auteur, est prépondérant. Quelle est l'histoire de cet enfant, Homo Sapiens du Néandertalien, découvert en juin 1933 par Claudius Côte dans le Quina, actuelle Charente ? L'auteur se met à la place du visiteur et tente de déceler les mystères de cette « horreur minuscule ». Avec surprise, le lecteur s'aperçoit que l'auteur met en doute la légende du panneau où il est inscrit « l'un des plus anciens hommes modernes français ». Il va même jusqu'à désacraliser l'objet qui est présenté. Comment ce « débris d'ossement sur lequel deux dents sont plantées » pourrait être notre ancêtre à tous ? Comment pourrait-on s'attendrir devant lui ? Ce sont autant de questions auxquelles il essaie de répondre. En tentant de faire des liens entre le passé et le présent, entre ce fossile et la société actuelle, il en vient à l'idée que le musée est un immense reliquaire dont les objets sont là pour fixer l'éphémère, ce qui a été mais qui n'est plus.
    L'objet est ensuite l'occasion pour l'auteur de faire jaillir les souvenirs d'enfance, une époque lointaine passée à jouer à la chasse aux fossiles. Un simple caillou a quelque chose de magique pour l'enfant, qui fait de la chasse aux fossiles une chasse au trésor.
    A cette époque, il voulait être archéologue, suivre les traces d'Heinrich Schliemann. Il voulait faire confiance à la fiction pour que la réalité se manifeste ensuite. Il ne voulait pas être archéologue pour retrouver mais pour faire advenir.
    S'il tente encore de raconter, d'imaginer l'histoire de cet enfant il se montre vite impuissant. Il n'a qu'une seule certitude : il est notre ancêtre à tous dans la mesure où il nous rappelle notre mort. Ce fossile serait là pour nous rappeler notre vanité, dans une atmosphère très pascalienne. L'auteur nous dit que nous finirons tous par disparaître, il ne faut pas s'émouvoir devant ce fossile, qui est seulement là pour témoigner de ce qui n'est plu mais qui a été : seule la présence de l'absence demeure.

  • Cinquante ans après la fermeture du bagne, un journaliste se rend en Guyane pour enquêter sur l'histoire de Pierre, un illuminé dont on dit qu'il charmait les papillons bleus, assis en tailleur sur une ammonite, jusqu'à sa disparition mystérieuse. Un récit où les corps et les hommes questionnent leur rapport au merveilleux.

  • Maggie Campbell doit sa vie sauve à Hound dog. Recueillie par une tribu Ojibwa, elle devient l'épouse de son sauveur. De leur union naît Kima. A New York, en 2001, John Moon est laveur de carreaux. Il participe à un braquage et se fait accuser à tort du meurtre du bijoutier. Afin de payer son avocate, il n'a qu'un vieux sac Ojibwa brodé de perles.

  • Le musée des Confluences de Lyon a choisi de faire appel à Bernard Plossu, célèbre photographe spécialisé dans les voyages, pour mettre en avant ses collections. Plossu a travaillé non pas en studio, mais directement dans le musée encore en préparation. L'oeil acéré de l'artiste a permis de créer des parallèles entre ces objets que tout oppose, sauf leur emplacement parmi les réserves du Centre d'études et de restauration du musée des Confluences. À la seule lumière des néons, Plossu semble réanimer ces objets qui quitteront les réserves pour s'exposer au grand public. Cédric Lesec parle d' « abouchement », de mise en « bouche à bouche » d'objets qui, naturellement, ne seraient pas tentés de le faire.
    D'un angle, d'une forme, Plossu tire des photographies où réel et imaginaire se mêlent, donnant vie à ces collections surprenantes.

  • Dans ce poème composé de plusieurs morceaux (comme pour représenter la fragmentation de la météorite qu'il décrit), la forme résolument moderne, caractérisée par une grande liberté formelle, contraste avec l'objet ancien observé.
    Science et littérature se mêlent ici avec joie. Une voix s'élève pour expliquer de manière poétique un fait scientifique. De facto, la science, dont les faits sont parfois difficiles à comprendre, devient accessible grâce aux mots et images soigneusement choisis par le poète. Elle va jusqu'à interroger le manque d'enseignement de la science dans un cri d'énervement. Dans un vocabulaire tantôt simple, tantôt érudit, elle joue avec les mots comme elle joue avec la science.
    Les morceaux de météorite deviennent alors « des diamants » ou « le collier d'une déesse en colère ». Les références historiques ou culturelles sont très abondantes dans le poème, de Copernic à Tintin, en passant par Eluard dont elle rappelle le célèbre vers « La terre est bleue comme une orange ». Dans un premier temps bousculé par l'audace dont fait preuve l'auteur, le lecteur n'en sera que charmé davantage, et verra l'objet sous un oeil rafraîchi.

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