Langue française

  • Cet ouvrage s'inscrit dans le champ de l'histoire des représentations. Il examine du point de vue de l'histoire du cinéma ce qui reste de l'imaginaire médiéval dans les films et les stéréotypes que le cinéma a imposés à l'imaginaire collectif comme représentations du Moyen Âge.

    Les créations imaginaires et les figures historiques, héritées ou créées par le cinéma, se sont mêlées dans les films. On a classé ces représentations en deux ensembles définis par la forme dominante de l'énonciation : la « scène mythique » et la « scène historique ». Une synthèse récapitule les motifs transversaux qui reviennent d'un film à l'autre, proposant les bases d'une iconographie du film moyenâgeux.

    Ce livre s'adresse aussi bien aux médiévistes désireux de voir comment l'époque qu'ils étudient continue d'alimenter l'imaginaire de nos contemporains, qu'aux historiens du cinéma, ces films ayant joué un rôle clé dans l'élaboration de certaines formes d'expression filmique.

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  • La peste noire sévit à Florence. Nous sommes en 1348, dix jeunes gens et jeunes femmes, une brigata, se rencontrent par hasard dans l'Église de santa Maria Novella à Florence qu'ils décident de fuir pour se réfugier à la campagne et se consacrer à l'activité narrative. Le Décaméron débute par un constat d'échec. L'épidémie ne détruit pas seulement les corps, mais la société tout entière anéantie par la rupture de toutes formes d'équilibre. Cet ouvrage consacré au Livre des cent nouvelles se propose d'établir une corrélation entre les deux phénomènes, la fin d'une civilisation et le départ vers un horizon de création. Le Décaméron sera replacé dans son cadre historique (déclin du monde communal miné par la dénaturation des institutions, les faillites bancaires et les luttes entre factions), littéraire (émergence de sciences nouvelles au service des exigences d'une bourgeoisie marchande industrieuse, mais cultivant aussi le plaisir d'une lecture divertissante), philosophique, enfin (le monde de la certitude thomiste, de la systématisation s'efface au profit de l'incertitude d'un ockhamisme déstructurant). Reflet de l'ambiguïté d'un monde inquiet, le Décaméron n'est pas qu'une simple oeuvre de divertissement et de consolation écrite pour les femmes, mais une contribution, à travers la création d'un nouvel ars narrandi, à la définition d'un nouvel ars vivendi, fondement de toute refondation possible d'une société pérenne où l'homme, artisan de son destin, peut actualiser toutes les potentialités de sa nature, et affirmer sa centralité et sa dignité qui constituent le fondement même de l'umanesimo civile.

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  • Ce volume est l'occasion pour les amis, les élèves et les collègues de Dominique Boutet de lui rendre hommage et de souligner l'impact d'une recherche qui s'étend sur quatre décennies et touche à un nombre de domaines impressionnant.

    Son oeuvre critique est aussi cohérente que diverse : si elle couvre des genres et des thèmes variés, elle ne cesse jamais d'interroger les logiques profondes qui animent la production littéraire médiévale et de chercher à comprendre les conditions de sa constitution, au croisement des critères externes et internes. L'idéologie, moteur décisif dans l'émergence du fait littéraire médiéval, y est à l'honneur, non que les textes soient une simple caisse de résonance pour la société, mais parce qu'ils sont le moyen pour celle-ci de s'exprimer de manière singulière, contradictoire et polyphonique.

    Les auteurs de ce volume se sont montrés fidèles à cette exigence en explorant quatre grands domaines de prédilection de Dominique Boutet : la figure royale et ses significations, la chanson de geste sous toutes ses formes, l'intersection entre formes littéraires, conscience historique et conscience de soi, et les poétiques de l'ambiguïté et de l'entre-deux.

    Études réunies par S. Douchet, M.-P. Halary, S. Lefèvre, P. Moran et J.-R. Valette.

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  • Dispersé dans un grand nombre de manuscrits et de fragments, Ségurant ou le Chevalier au Dragon est demeuré inconnu jusqu'à nos jours. Sa plus ancienne version a sans doute été composée en Italie, en français, entre 1240 et 1279 ; ses prolongements et ses réécritures s'échelonnent jusqu'au XVe siècle. Son protagoniste, Ségurant, nouveau héros à la cour du roi Arthur, se lance à la poursuite d'un dragon illusoire avant de disparaître de la mémoire littéraire. La présente étude expose la reconstitution philologique de cet ensemble narratif oublié à partir de l'étude détaillée de tous les manuscrits qui le conservent et en suggère une interprétation en l'inscrivant dans un arc chronologique allant des mythes scandinaves et germaniques jusqu'aux récits de chevalerie de la Renaissance de plusieurs pays européens.

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  • Cléomadès d'Adenet le Roi et Méliacin de Girart d'Amiens constituent ensemble une énigme de l'histoire littéraire du Moyen Âge. Nés d'un même conte oriental, ils forment deux romans distincts, exactement contemporains. En cherchant à percer ce mystère de la gémellité des textes, l'ouvrage explore des aspects encore mal connus du roman médiéval : le rôle du mécénat littéraire à la cour de France à la fin du XIIIe siècle, la dimension à la fois ludique et politique d'une écriture de l'émulation, les modalités de l'appropriation culturelle d'un matériau oriental atypique, les contours esthétiques mouvants du roman d'aventures en vers à l'orée de son déclin, les méandres de la postérité médiévale et post-médiévale de deux textes aussi singuliers qu'indissociables.

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  • Marie de France compose vers 1180, dans l'Angleterre normande des Plantagenêts, le premier recueil de fables en français, une oeuvre exceptionnelle par la richesse de son contenu.

    Le lecteur y trouve mêlés de la manière la plus étonnante aussi bien les classiques du genre que des fabliaux dépeignant les ruses de femmes adultères, aussi bien des aventures animalières proches du Roman du Renart que des apologues philosophiques atypiques, où l'on croise sorcière, dragon et lutin.

    Le présent ouvrage est la première monographie à s'intéresser à cette oeuvre dans son entier et à en détailler l'origine, les techniques et l'organisation.

    L'enquête menée sur les histoires des nombreux genres qui y sont rassemblés, de l'imitation de l'Antiquité aux emprunts à la littérature arabe, puis sur les coulisses du travail poétique et politique effectué par l'auteur permet de restituer à ce recueil unique sa position centrale dans la Renaissance du XIIe siècle et son statut d'oeuvre fondatrice de la littérature française.

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  • La construction de la réalite historique chez Jean Froissart ; l'historien et sa matière Nouv.

    Jean Froissart est un des chroniqueurs les plus célèbres du Moyen Âge, admiré généralement pour l'excellence littéraire de son oeuvre, moins pour l'exactitude des informations qu'il apporte. Vera Soukupová montre comment Froissart, préoccupé dès le début de sa carrière par les questions de l'impartialité et de la crédibilité de son propos, met en place des méthodes diverses et variées pour construire et asseoir l'autorité de son écriture. La réalité historique que Jean Froissart recrée dans ses Chroniques est authentifiée par un système référentiel de plus en plus complexe, renvoyant le lecteur aux sources, mais aussi à l'opération même de recherche des informations avec, au centre, la figure du chroniqueur, tout cela en vue d'authentifier le récit passionnant des grands événements qui ont ébranlé les royaumes occidentaux pendant presque tout le XIVe siècle.

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  • Le manuscrit BnF fr. 840 contient les oeuvres complètes d'Eustache Deschamps (v. 1340-1404), réunies à sa mort par le copiste Raoul Tainguy ; 35 autres manuscrits n'en ont transmis qu'une petite partie. La présentation des 1 500 pièces par Tainguy, selon une logique formelle et thématique imparfaite et sans organisation chronologique ou narrative, correspond à l'écriture discontinue de l'auteur. La variabilité des formes fixes, mais non figées, fait écho à une ouverture thématique théorisée dans L'Art de dictier : désormais l'inspiration lyrique ne se réduit plus au sentiment amoureux. Nos études statistiques sur le lai, le virelai, le rondeau et la ballade jusqu'au début du XVIe siècle dévoilent les normes implicites et les choix métriques propres à chaque auteur afin de cerner la particularité de Deschamps, notamment face à ses contemporains Guillaume de Machaut, Jean Froissart et Christine de Pizan. Les variations formelles servent son discours moral, qui révèle la cacophonie d'un monde pécheur et attachant.

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  • Le premier cycle de la croisade engendre une écriture qui lance l'histoire de la communauté franque en Terre sainte. Dans les chansons d'Antioche, de Jérusalem et des Chétifs, considérer les corps des protagonistes, leur apparence, leur mode d'expression, leurs besoins et appétits, leur destinée enfin, permet de rencontrer cette idéologie en mouvement. Les représentations organisent une discrimination des populations qui sort parfois de l'opposition manichéenne entre chevaliers croisés et Sarrasins. Le regard porté sur le corps des Tafurs, une troupe de gueux en marge des Francs, nuance l'antagonisme épique habituel et conduit à reconsidérer les enjeux idéologiques et génériques des oeuvres.

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  • Lorsqu'un roman d'initiation chevaleresque écrit au XIIIe siècle devient le coffret d'une anthologie d'auteur, véritable école de morale et de courtoisie pour le novice et le lecteur, le résultat est un inextricable labyrinthe de textes. Tel est ce roman école qui enseigne les codes chevaleresques et où les règles de l'amour courtois renvoient, à l'instar d'autres oeuvres, au modèle d'un dispositif optique, réactivation du miroir de Narcisse. Le présent ouvrage tire l'un après l'autre, à la manière d'une enquête policière, tous les fils d'Ariane - construction de sens, mise en page, lettrines - qui conduisent aux principes d'organisation mûrement réfléchis du recueil manuscrit BnF fr. 24301. Cet écrin entremêle fiction et didactique : le personnage romanesque d'une mère pédagogue qui instruit son fils chevalier pose le paradigme de toutes les figures éducatives du XIIIe siècle. Paradigme de première importance car s'y dissimule le compilateur dans la posture de l'orateur retrouvant les principes rhétoriques prônés par Aristote et Quintilien. De prime abord hétéroclite, le recueil trouvera son dernier mot grâce à la connaissance, par le public, des traditions littéraires que notre ouvrage convoque et étudie. Pas à pas, on assiste à l'élaboration d'une leçon destinée à l'éducation du souverain, construction d'un vaste miroir des princes que le codex entier reprend à son compte. Ainsi, le recueil manuscrit BnF fr. 24301 contient les oeuvres didactiques et fictionnelles de Robert de Blois, mais au-delà de cet auteur particulier, il se fait bibliothèque et miroir de la production littéraire de son temps.


    Milena Mikhaïlova-Makarius est maître de conférences HDR à l'Université de Limoges. Auteur du Présent de Marie (Paris, Diderot, 1996), elle a publié l'ouvrage collectif Mouvances et jointures. Du manuscrit au texte médiéval (Orléans, Paradigme, 2005).

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  • La littrature anglaise de la fin du Moyen ge fait une large place au thme du voyage. Rcits d'exploration du monde (Mandeville's Travels, Saint Brendan ou encore Kyng Alisaunder), de dcouverte de l'Au-del (Saint Patrick et The Vision of Tundale) et d'aventures chevaleresques (Sir Orfeo, Sir Degarre et Floris and Blauncheflour) prtendent tous, des degrs divers, reprsenter la ralit du monde. Ils dessinent une gographie de la terre marque par la proximit entre les vivants et les morts et la prgnance du merveilleux. Toutefois, la visite ne dbouche pas sur une prise de possession de l'espace : l'ailleurs pntre le voyageur et se saisit de lui. Le voyage se rvle alors visite d'un espace intrieur : parcours psychologique individuel, le trajet claire aussi l'image qu'une socit toute entire se fait d'elle-mme. L'altrit engage donc une rflexion sur l'identit dont l'un des enjeux essentiels, aux yeux des auteurs, s'avre le progrs de l'me vers Dieu.


    Ancienne lve de l'cole Normale Suprieure de Lyon et agrge d'anglais, Fanny Moghaddassi est actuellement matre de confrence l'Universit de Strasbourg.

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  • Lion de Bourges est un long poème épique du XIVe siècle, qui conte les aventures extraordinaires et parfois merveilleuses d'une famille noble constamment affrontée aux coups du destin et aux intrigues des traîtres. Séparé tout jeune de ses parents, le héros éponyme devra lutter longtemps pour retrouver son identité, réunir sa famille, récupérer son fief, avant de disparaître enfin, mystérieusement, au royaume de Féerie. Et par bien des points la destinée de ses enfants est tout à fait comparable. La perpétuelle errance des personnages, leur quête toujours inaccomplie révèlent ainsi une vision très sombre de l'humanité. Mais, face aux coups du sort, l'opiniâtre résistance de Lion et des siens illustre un modèle d'héroïsme dont ce livre a pour but de mettre en évidence la cohérence et de montrer l'originalité.

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  • Bâtard conquérant, né de la rencontre entre le vulgaire et le savant, le roman est l'héritier d'une généalogie impossible, toujours à réinventer. Le genre s'est pourtant développé dans un contexte bien particulier et dans une période relativement brève, dès la deuxième moitié du XIIe siècle, alors que le nom de la langue vernaculaire, opposée au latin, en vient de plus en plus souvent à désigner une certaine forme d'écriture narrative dont les caractéristiques vont s'affirmer au cours du siècle suivant. Ce genre, qui s'est imposé comme une forme narrative dominante dès le Moyen Âge et qui - phénomène unique - s'est maintenu dans la nouvelle typologie des genres modernes, s'est d'abord défini à l'aune du latin et de la culture classique, puis redéfini dans le contexte particulier d'une Europe polyglotte. En partant du mot roman et du sens que lui donnaient les auteurs médiévaux jusqu'à la matérialisation de la chose dans l'histoire du livre médiéval, la réflexion sur cette nouvelle forme narrative permet d'interroger aussi bien le problème de la théorie des genres dans le contexte particulier de la « littérature » médiévale que la question des dominantes esthétiques de la première écriture romanesque. Loin d'être un genre sans histoire qui évoluerait de manière linéaire depuis sa naissance médiévale jusqu'à la maturité romantique, le roman se caractérise plutôt par sa dimension fondamentalement autocritique, voire constitutivement antiromanesque. Le romancier serait donc, d'aussi loin qu'il se manifeste, à la fois créateur et destructeur, habité par une méfiance tenace à l'égard de cette langue sans passé qui donne son nom au genre de l'avenir.

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  • Dans la première moitié du XIVe siècle, Nicolas de Vérone composa en franco-italien - un langage littéraire, mixte et artificiel, propre aux écrivains du nord-est de l'Italie - trois poèmes en forme de chansons de geste, mais dont les sujets étaient fort différents : une épopée dans la tradition carolingienne, La Prise de Pampelune, qui conte les exploits légendaires de Charlemagne et de Roland en Espagne, une Pharsale, qui présente les derniers moments de la guerre civile romaine entre César et Pompée, et une Passion.
    L'objet de ce livre est de dégager ce qui fait l'unité et l'originalité de cette oeuvre, sous l'apparente diversité des textes qui la constituent. Chacun d'entre eux est porteur d'une forme particulière de vérité - vérité épique, vérité historique, vérité religieuse -, mais ils illustrent tous une identique conception de l'idéal humain proposé par le poète à son public : un héroïsme renouvelé qui associe à la traditionnelle prouesse épique un souci permanent de sagesse et de modération, et aussi - même dans la Passion - une remarquable réticence devant toutes les manifestations du surnaturel chrétien et des autres formes de merveilleux. Nicolas de Vérone réinterprète ainsi de manière personnelle la tradition héritée des trouvères français, et l'écriture épique est mise au service d'une vision nouvelle du monde et de l'homme : la transcendance n'est plus explicite, l'individu acquiert une conscience de lui-même et une complexité inhabituelles, et l'ordre du monde repose sur un projet politique bien éloigné des vieilles conceptions féodales. Ce qui donne à l'oeuvre de Nicolas sa cohérence profonde, ce n'est pas seulement le choix d'un langage et d'une technique poétique consciemment définis par leur origine française et leur altérité, c'est surtout une forme d'humanisme assez caractéristique de l'épopée franco-italienne du Trecento, mais qui, chez ce poète, se singularise de façon très remarquable par une particulière tonalité stoïcienne. L'étude de cette oeuvre conduit donc à rendre justice à un écrivain dont l'originalité et l'importance ont été trop souvent mal perçues, et à porter un regard nouveau sur la littérature épique du XIVe siècle et sur ses rapports avec la culture savante contemporaine.

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  • Tout au long de la période médiévale, les théologiens cherchent à imposer les principes et dogmes de l'Eglise chrétienne à une société empreinte de pratiques superstitieuses et de survivances de rites païens. Ulrich de Pottenstein, clerc autrichien du XVe siècle, nous rapporte un témoignage de ces croyances hétérodoxes (observation des signes ou du temps, divination, magie) au travers de son commentaire du premier commandement rédigé en langue allemande, une des oeuvres catéchétiques majeures de cette période.
    Membre de l'école théologique de Vienne, ce clerc, en se référant notamment aux Pères de l'Eglise (Saint Augustin, Saint Thomas), dresse une liste de superstitions, connues de tous au Moyen Age mais dont le sens peut échapper au lecteur d'aujourd'hui, comme par exemple lorsqu'il est question de personnages surnaturels comme Percht ou de chaussures déposées dans l'arbre du Bilwiz.
    Cet ouvrage propose une analyse de ce texte en rappelant le contexte historique et religieux prévalant lors de sa rédaction, en présentant les différentes sources utilisées dans ce travail d'édification religieuse de la société laïque et enfin, en détaillant les différentes superstitions rapportées par l'auteur et en les comparant à celles mentionnées par ses contemporains.

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  • Depuis l'Odyssée d'Homère (chant XIX) on a distingué les songes vrais qui sortent des Enfers par la porte de corne des songes illusoires qui traversent la porte d'ivoire. Cet essai se propose d'apporter quelques pistes explicatives à l'extraordinaire succès qu'a connu le récit de songe comme lieu de fable et de vérité, à travers l'étude d'une centaine d'exemples pris dans quatre grands champs de la littérature romanesque des XIIe et XIIIe siècles : les romans antiques, le roman courtois versifié, le cycle romanesque en prose du Lancelot Graal et le Roman de la Rose. Dans une perspective à la fois historique et systématique, qui emprunte ses outils d'analyse aux théories antiques du songe, aux spéculations théologiques médiévales et aux sciences humaines (linguistique, anthropologie historique et psychanalyse), sont étudiées les mutations poétiques et herméneutiques qui affectent le récit de songe. Des évolutions linguistiques et formelles se dessinent en effet dans l'emploi des termes qui désignent l'expérience onirique, dans le passage du songe-fragment inclus dans la trame romanesque au songecadre englobant la fiction tout entière. Chargé par la tradition antique et biblique d'une fonction oraculaire qui oriente sa vérité vers l'avenir et le salut, le songe poétisé symbolise aussi le passé du rêveur, son origine, ses relations familiales et amoureuses. Au fil de tous ces récits médiévaux, si séduisants par leur mélange déroutant de naïveté et de complexité, le songe devient peu à peu l'expression d'un merveilleux intérieur à l'homme, d'un mystère intime et familier que Freud nommera " l'inquiétante étrangeté ".



    Mireille Demaules est Professeur de langue et de littérature médiévales à l'Université d'Artois (pôle d'Arras).

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  • Présentée comme une manifestation naturelle de la générosité, mais moins désintéressée qu'elle ne se donne à voir, la largesse des nobles, du souverain aux chevaliers sans fortune, a peu de chose à voir avec la morale et répond en réalité à des visées économiques, sociales ou politiques souvent inavouables. La générosité, sous la forme du don amical et de la dépense ostentatoire, a donc ses ruses, que la littérature perçoit fort bien et qu'elle s'emploie à mettre en scène avec une liberté d'esprit que sa prétendue soumission à l'idéologie aristocratique ne laissait pas espérer. Fondée sur les acquis de l'anthropologie sociale, l'étude porte sur des textes épiques et romanesques qui font apparaître les enjeux multiples d'une libéralité aristocratique qui peut être parfois ruineuse mais qui s'avère le plus souvent particulièrement fructueuse.

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  • La notion d'énigme, appliquée à la littérature arthurienne, est à la fois complexe et protéiforme. Figure de discours, devinaille ou échange problématique, elle marque dans le champ romanesque l'émergence d'un nouveau type de héros et de personnage à la subjectivité naissante. Elle apparaît surtout comme une illusion, un effet d'énigme qui devient un facteur poétique essentiel, dén onçant l'apparente clôture des textes pour mieux en révéler la nature fictionnelle à travers, notamment, les paradigmes énigmatiques du Graal et de l'identité.

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  • Sous le titre de Guiron le Courtois, on désigne une nébuleuse de textes en prose largement inédits, dont les rédactions s'échelonnent entre les années 1235-1240 et le début du XVIe siècle ; cette oeuvre se présente comme une suite rétrospective du Lancelot-Graal et du Tristan en prose. Au terme de la version de base de Guiron le Courtois, le copiste du manuscrit de Paris, BnF, fr. 350 s'adresse à des lecteurs supposés considérer son livre " ensemble ou par pièces " : la formule pose la question de l'unité de l'oeuvre. De fait, cette version apparaît comme la juxtaposition de deux pièces majeures, que l'on peut intituler, du nom de leur héros, Roman de Meliadus et Roman de Guiron. Au cours des siècles, les remanieurs ont augmenté ces deux romans de suites, de ligatures et de commencements. Selon quelles cohérences ces différentes pièces trouvent-elles à s'articuler ? À partir de l'étude d'une vingtaine de manuscrits, cet ouvrage traite la question d'un triple point de vue codicologique, narratologique et idéologique. Grâce aux apports de l'anthropologie et de l'histoire, il tente de resituer les pièces de Guiron le Courtois dans leurs rapports, apaisés ou conflictuels, à d'autres productions sociales et discursives de la période médiévale. L'enjeu est de montrer que le texte littéraire a toute sa légitimité dans une histoire culturelle des représentations.


    Agrégée de Lettres Classique et docteur de l'Université Paris IV Sorbonne en Études Médiévales, Sophie Albert poursuit des recherches sur le roman arthurien en prose des XIIIe-XVe siècles.

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  • Aux xive et xve siècles, l'autobiographie en langue vernaculaire trouve en l'allégorie narrative un mode d'exposition privilégié. Le je, songeur et narrateur, y occupe une place centrale, foyer d'une rétrospection proprement subjective et réflexive. Cette alliance passagère de l'écriture de soi et de l'allégorie suscite des tensions que cristallisent les deux Pèlerinage de vie humaine de Guillaume de Deguileville (1330 et 1355) : l'indécision permanente qui entoure le statut du sujet rhétorique dans la seconde rédaction, entre figure individuelle et générique, brouille la visée du texte et les catégories formelles de l'allégorie.
    En s'emparant du modèle narratif et éthique du pèlerinage de vie humaine, des auteurs laïcs (Thomas de Saluces, Philippe de Mézières, Jean de Courcy, Olivier de la Marche, Octovien de Saint-Gelais), expérimentent à leur tour les rapports ambigus et paradoxaux que le je - écrivant entretient avec la figure du pèlerin. L'autobiographie allégorique n'aura finalement trouvé son équilibre qu'avec Christine de Pizan, dans ce dispositif dialogique hérité de Boèce où l'expérience personnelle s'articule à une Philosophie générale de l'Homme.
    Il ne s'agit pas ici de reproduire le scénario d'une « émergence du sujet médiéval » entre 1300 et 1500 : ce serait sous-estimer tout à la fois les persistances de la topique et la force d'attraction et de déportement à laquelle le récit expose le je - narrateur. Dans ces romans allégoriques que sont le Chevalier errant de Thomas de Saluces et le Séjour d'Honneur d'Octovien de Saint-Gelais, la première personne s'aventure aussi, sous le manteau du pèlerin de vie humaine, sur les voies de la fiction.

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  • Spécialiste des Passions dramatiques d'expression française jouées tout au long du second Moyen Âge, Jean-Pierre Bordier s'est plus largement intéressé aux formes théâtrales cultivées en Europe durant les Xe-XVIe siècles. Pour donner à lire ces jeux par personnages bien plus divers que ne le laisserait attendre leur commune imprégnation de la doctrine chrétienne, Jean-Pierre Bordier s'est fait tour à tour philologue, linguiste, anthropologue, littéraire, historien. Et à ces approches diverses d'un même champ d'étude, il a joint une constante et fructueuse ouverture à d'autres registres d'expression (récits courtois, littérature hagiographique, poésie satirique, écriture allégorique...).

    Cette variété éclairante se retrouve dans l'hommage que lui rendent ici une trentaine d'anciens élèves, collègues et amis. Le théâtre des XIIe-XVIIe siècles a la part belle mais non l'exclusivité. Aux contributions centrées sur le théâtre proprement dit, s'ajoutent en effet celles qui, autour de la notion de théâtralité, s'intéressent à la présence d'une « qualité théâtrale » dans des textes variés. Sans rompre totalement avec un apparentement au théâtre, un troisième volet explore d'autres voies de la révélation, privilégiant la « littérarité » comme signe et manifestation du sens.

    Études réunies par Catherine Croizy-Naquet, Stéphanie Le Briz-Orgeur et Jean-René Valette.

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  • Les trois poèmes qui constituent le noyau du cycle de la croisade rapportent les hauts faits de l'ost Deu, parti pour conquérir Jérusalem à la fin du X1e siècle, ainsi que les exploits des "Chétifs", retenus prisonniers par les Turcs. Pour la première fois, l'action d'une épopée romane se déroule dans sa quasi-totalité en terre orientale, dans un espace aux multiples résonances : Terre sainte, espace de pèlerinage et source de la spiritualité chrétienne, mais aussi terre estrange, occupée par des "païens", et seuil de ces contrées légendaires dont les images nourrissent à cette époque les rêves de l'Occident, suscitant émerveillement et suspicion. En suivant les croisés en Orient, le poète compose une oeuvre originale et donne à la chanson de geste, en cette fin du XIIe siècle, l'occasion de se renouveler.

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