Lettres et langues

  • Dans le roman médiéval, la qualité esthétique est partout : elle est assignée aux demoiselles comme aux chevaliers, aux décors comme aux lieux d'apparition du Graal. Cette étude, qui envisage la beauté comme une question (est-il même pertinent de postuler une catégorie beauté ?), porte sur plusieurs romans du début du XIIIe siècle : le Perlesvaus, le Lancelot propre, la Queste del Saint Graal, le Bel Inconnu de Renaud de Beaujeu, Meraugis de Portlesguez de Raoul de Houdenc et le Roman de la Rose de Guillaume de Lorris. Il s'agit de déterminer si la représentation du beau ressortit à une conception unifiée.

    L'enquête associe à l'examen du corpus celui d'oeuvres vernaculaires du XIIe siècle ; elle y associe également l'observation de deux champs discursifs qui portent sur des réalisations singulières de la valeur esthétique : les arts poétiques et plusieurs textes théologiques. Il ressort que, sans être pour autant l'équivalent roman de la pulchritudo, la « beauté romanesque » est à la fois une res, dotée de caractéristiques sensibles relativement stables, et un signum, ouvert sur un aliud aliquid.

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  • La peste noire sévit à Florence. Nous sommes en 1348, dix jeunes gens et jeunes femmes, une brigata, se rencontrent par hasard dans l'Église de santa Maria Novella à Florence qu'ils décident de fuir pour se réfugier à la campagne et se consacrer à l'activité narrative. Le Décaméron débute par un constat d'échec. L'épidémie ne détruit pas seulement les corps, mais la société tout entière anéantie par la rupture de toutes formes d'équilibre. Cet ouvrage consacré au Livre des cent nouvelles se propose d'établir une corrélation entre les deux phénomènes, la fin d'une civilisation et le départ vers un horizon de création. Le Décaméron sera replacé dans son cadre historique (déclin du monde communal miné par la dénaturation des institutions, les faillites bancaires et les luttes entre factions), littéraire (émergence de sciences nouvelles au service des exigences d'une bourgeoisie marchande industrieuse, mais cultivant aussi le plaisir d'une lecture divertissante), philosophique, enfin (le monde de la certitude thomiste, de la systématisation s'efface au profit de l'incertitude d'un ockhamisme déstructurant). Reflet de l'ambiguïté d'un monde inquiet, le Décaméron n'est pas qu'une simple oeuvre de divertissement et de consolation écrite pour les femmes, mais une contribution, à travers la création d'un nouvel ars narrandi, à la définition d'un nouvel ars vivendi, fondement de toute refondation possible d'une société pérenne où l'homme, artisan de son destin, peut actualiser toutes les potentialités de sa nature, et affirmer sa centralité et sa dignité qui constituent le fondement même de l'umanesimo civile.

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  • Ce volume est l'occasion pour les amis, les élèves et les collègues de Dominique Boutet de lui rendre hommage et de souligner l'impact d'une recherche qui s'étend sur quatre décennies et touche à un nombre de domaines impressionnant.

    Son oeuvre critique est aussi cohérente que diverse : si elle couvre des genres et des thèmes variés, elle ne cesse jamais d'interroger les logiques profondes qui animent la production littéraire médiévale et de chercher à comprendre les conditions de sa constitution, au croisement des critères externes et internes. L'idéologie, moteur décisif dans l'émergence du fait littéraire médiéval, y est à l'honneur, non que les textes soient une simple caisse de résonance pour la société, mais parce qu'ils sont le moyen pour celle-ci de s'exprimer de manière singulière, contradictoire et polyphonique.

    Les auteurs de ce volume se sont montrés fidèles à cette exigence en explorant quatre grands domaines de prédilection de Dominique Boutet : la figure royale et ses significations, la chanson de geste sous toutes ses formes, l'intersection entre formes littéraires, conscience historique et conscience de soi, et les poétiques de l'ambiguïté et de l'entre-deux.

    Études réunies par S. Douchet, M.-P. Halary, S. Lefèvre, P. Moran et J.-R. Valette.

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  • Dispersé dans un grand nombre de manuscrits et de fragments, Ségurant ou le Chevalier au Dragon est demeuré inconnu jusqu'à nos jours. Sa plus ancienne version a sans doute été composée en Italie, en français, entre 1240 et 1279 ; ses prolongements et ses réécritures s'échelonnent jusqu'au XVe siècle. Son protagoniste, Ségurant, nouveau héros à la cour du roi Arthur, se lance à la poursuite d'un dragon illusoire avant de disparaître de la mémoire littéraire. La présente étude expose la reconstitution philologique de cet ensemble narratif oublié à partir de l'étude détaillée de tous les manuscrits qui le conservent et en suggère une interprétation en l'inscrivant dans un arc chronologique allant des mythes scandinaves et germaniques jusqu'aux récits de chevalerie de la Renaissance de plusieurs pays européens.

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  • Cléomadès d'Adenet le Roi et Méliacin de Girart d'Amiens constituent ensemble une énigme de l'histoire littéraire du Moyen Âge. Nés d'un même conte oriental, ils forment deux romans distincts, exactement contemporains. En cherchant à percer ce mystère de la gémellité des textes, l'ouvrage explore des aspects encore mal connus du roman médiéval : le rôle du mécénat littéraire à la cour de France à la fin du XIIIe siècle, la dimension à la fois ludique et politique d'une écriture de l'émulation, les modalités de l'appropriation culturelle d'un matériau oriental atypique, les contours esthétiques mouvants du roman d'aventures en vers à l'orée de son déclin, les méandres de la postérité médiévale et post-médiévale de deux textes aussi singuliers qu'indissociables.

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  • Marie de France compose vers 1180, dans l'Angleterre normande des Plantagenêts, le premier recueil de fables en français, une oeuvre exceptionnelle par la richesse de son contenu.

    Le lecteur y trouve mêlés de la manière la plus étonnante aussi bien les classiques du genre que des fabliaux dépeignant les ruses de femmes adultères, aussi bien des aventures animalières proches du Roman du Renart que des apologues philosophiques atypiques, où l'on croise sorcière, dragon et lutin.

    Le présent ouvrage est la première monographie à s'intéresser à cette oeuvre dans son entier et à en détailler l'origine, les techniques et l'organisation.

    L'enquête menée sur les histoires des nombreux genres qui y sont rassemblés, de l'imitation de l'Antiquité aux emprunts à la littérature arabe, puis sur les coulisses du travail poétique et politique effectué par l'auteur permet de restituer à ce recueil unique sa position centrale dans la Renaissance du XIIe siècle et son statut d'oeuvre fondatrice de la littérature française.

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  • Le manuscrit BnF fr. 840 contient les oeuvres complètes d'Eustache Deschamps (v. 1340-1404), réunies à sa mort par le copiste Raoul Tainguy ; 35 autres manuscrits n'en ont transmis qu'une petite partie. La présentation des 1 500 pièces par Tainguy, selon une logique formelle et thématique imparfaite et sans organisation chronologique ou narrative, correspond à l'écriture discontinue de l'auteur. La variabilité des formes fixes, mais non figées, fait écho à une ouverture thématique théorisée dans L'Art de dictier : désormais l'inspiration lyrique ne se réduit plus au sentiment amoureux. Nos études statistiques sur le lai, le virelai, le rondeau et la ballade jusqu'au début du XVIe siècle dévoilent les normes implicites et les choix métriques propres à chaque auteur afin de cerner la particularité de Deschamps, notamment face à ses contemporains Guillaume de Machaut, Jean Froissart et Christine de Pizan. Les variations formelles servent son discours moral, qui révèle la cacophonie d'un monde pécheur et attachant.

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  • Bâtard conquérant, né de la rencontre entre le vulgaire et le savant, le roman est l'héritier d'une généalogie impossible, toujours à réinventer. Le genre s'est pourtant développé dans un contexte bien particulier et dans une période relativement brève, dès la deuxième moitié du XIIe siècle, alors que le nom de la langue vernaculaire, opposée au latin, en vient de plus en plus souvent à désigner une certaine forme d'écriture narrative dont les caractéristiques vont s'affirmer au cours du siècle suivant. Ce genre, qui s'est imposé comme une forme narrative dominante dès le Moyen Âge et qui - phénomène unique - s'est maintenu dans la nouvelle typologie des genres modernes, s'est d'abord défini à l'aune du latin et de la culture classique, puis redéfini dans le contexte particulier d'une Europe polyglotte. En partant du mot roman et du sens que lui donnaient les auteurs médiévaux jusqu'à la matérialisation de la chose dans l'histoire du livre médiéval, la réflexion sur cette nouvelle forme narrative permet d'interroger aussi bien le problème de la théorie des genres dans le contexte particulier de la « littérature » médiévale que la question des dominantes esthétiques de la première écriture romanesque. Loin d'être un genre sans histoire qui évoluerait de manière linéaire depuis sa naissance médiévale jusqu'à la maturité romantique, le roman se caractérise plutôt par sa dimension fondamentalement autocritique, voire constitutivement antiromanesque. Le romancier serait donc, d'aussi loin qu'il se manifeste, à la fois créateur et destructeur, habité par une méfiance tenace à l'égard de cette langue sans passé qui donne son nom au genre de l'avenir.

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  • Spécialiste des Passions dramatiques d'expression française jouées tout au long du second Moyen Âge, Jean-Pierre Bordier s'est plus largement intéressé aux formes théâtrales cultivées en Europe durant les Xe-XVIe siècles. Pour donner à lire ces jeux par personnages bien plus divers que ne le laisserait attendre leur commune imprégnation de la doctrine chrétienne, Jean-Pierre Bordier s'est fait tour à tour philologue, linguiste, anthropologue, littéraire, historien. Et à ces approches diverses d'un même champ d'étude, il a joint une constante et fructueuse ouverture à d'autres registres d'expression (récits courtois, littérature hagiographique, poésie satirique, écriture allégorique...).

    Cette variété éclairante se retrouve dans l'hommage que lui rendent ici une trentaine d'anciens élèves, collègues et amis. Le théâtre des XIIe-XVIIe siècles a la part belle mais non l'exclusivité. Aux contributions centrées sur le théâtre proprement dit, s'ajoutent en effet celles qui, autour de la notion de théâtralité, s'intéressent à la présence d'une « qualité théâtrale » dans des textes variés. Sans rompre totalement avec un apparentement au théâtre, un troisième volet explore d'autres voies de la révélation, privilégiant la « littérarité » comme signe et manifestation du sens.

    Études réunies par Catherine Croizy-Naquet, Stéphanie Le Briz-Orgeur et Jean-René Valette.

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  • Le présent recueil réunit 26 articles publiés en une trentaine d'années, deux inédits et trois compte-rendus dont le centre d'intérêt est le premier roman français, le Roman de Thèbes, avec des excursus vers les autres romans d'Antiquité, notammentle Roman d'Eneas, et la récriture que représente la section Thèbes de l'Histoire Ancienne jusqu'à César.
    Sont abordés ici les problèmes de la translation et de l'adaptation, ainsi que les rapports entre histoire et roman, la réception de l'Antiquité, le syncrétisme ; l'esthétique est prise en considération avec le baroque et le maniérisme. Pour les sources, non seulement Stace et ses gloses, mais Ovide et Virgile sont ici exploités. Pour la technique littéraire, sont en visagés en particulier les prologues, les monologues, la description et les portraits, et la versification avec la répétition par inversion. L'ouvrage comporte des études de personnages comme Amphiaraüs, Adraste, Capanée, Étéocle, Tydée et d'autre part Jocaste, Argie, Déiphile, Salamandre. On y trouvera enfin des considérations philologiques sur l'étymologie d'anachronisme, les mot s vitre, nu, et l'onomastique.

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  • Avec une nouvelle édition des textes latins d'après le ms. Troyes Bibl. mun. 802, par Eric Hicks

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  • Actes du colloque de Perpignan du 17 au 19 octobre 2013. Sous la direction de Paul Bretel, Michel Adroher et Aymat Catafau.

    La dévotion à la Mère de Dieu a produit dans tous les domaines de l'art et de la pensée des monuments qui comptent parmi les plus beaux et les plus émouvants des derniers siècles du Moyen Âge. Les journées d'études organisées en octobre 2013, sur les représentations de la Vierge dans les arts et les littératures du Moyen Âge, furent expressément placées sous le signe de la pluridisciplinarité ; elles ont réuni des chercheurs venus d'horizons divers. Historiens, historiens de l'art, spécialistes des littératures française, anglaise, occitane, catalane se sont employés à défricher des champs encore peu visités et à approfondir de nouvelles thématiques. Le manteau protecteur de la Vierge du Bon Secours, que l'iconographie médiévale présente volontiers grand ouvert au genre humain, invitait à rassembler sous ses plis fédérateurs la diversité des perspectives suscitées.

    Le thème de cet ouvrage, La Vierge dans et les arts et les littératures du Moyen Âge, est ambitieux et cohérent dans sa diversité même. L'étude des représentations littéraires ou artistiques de la belle Dame y est nourrie et éclairée par l'histoire de la spiritualité et du dogme marials.

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  • Depuis la redécouverte de la poésie provençale du Moyen Âge par le romantisme, la poésie du Nord de la France, séparée de son modèle provençal de plus d'un demi-siècle et née sous des auspices sociologiques très différents de ceux du Midi, a toujours été sujette à une certaine dépréciation. Les jugements portés sur la soi-disant École Sicilienne, influencés surtout par la lyrique provençale, mais aussi par celle du Nord, ont souffert de préjugés semblables. Pareillement, la Seconde Rhétorique du Moyen Âge tardif semblait être destinée à jouer un rôle inférieur en comparaison de la grande poésie lyrique italienne de l'époque. C'est que, contrairement à cette dernière qui s'est ouverte à la 'modernité', la lyrique française est restée fidèle à la tradition rhétorique et courtoise. Les études rassemblées ici, fruit d'une trentaine d'années de réflexion sur ce sujet, se proposent de cerner la spécificité historique et générique et de faire valoir l'originalité tout autre des deux grandes époques du lyrisme français du Moyen Âge en ancien et en moyen français, en insistant surtout sur la nouvelle fonction sociale de la poésie courtoise et post-courtoise du Nord de la France.

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  • La poésie fait le souverain ! Penser la fonction politique du texte poétique au XIIIe siècle dans les territoires occitans confrontés à la croisade albigeoise, telle est la fonction assumée par le continuateur anonyme de la gesta letrada de Guilhem de Tudela. Située dans le champ de la littérature médiévale, cette étude bénéficie des apports interdisciplinaires de la théologie chrétienne, ainsi que de l'histoire politique et militaire. L'exégèse menée ici permet au lecteur de comprendre le jeu argumentatif de l'auteur : dans le champ du religieux comme du politique, le poème façonne une réalité nouvelle. Les comtes de Toulouse et leurs soutiens ne sont plus que de bons défenseurs de l'orthodoxie, protecteurs des populations et garants des traditions. Ils soutiennent des valeurs séculaires honnies de l'alliance formée par les clercs et les Français. L'Anonyme insiste sur un attachement à la terre qui vaut lien du sang entre les Méridionaux, leur seigneur raimondin et les territoires placés sous la garde d'un Dieu protecteur. L'argumentation repose sur deux postulats : la trahison du suzerain français et de ses barons, associés à un clergé menteur de faux prédicateurs. Le discours politique se fonde sur les aspects religieux de l'argumentation, car l'auteur a bien compris que seule la démonstration de la catholicité des Raimondins pouvait assurer le succès de l'entreprise de reconquête : il élabore l'idéologie d'une contre-croisade.

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  • Les fictions épiques et romanesques des XIIe et XIIIe siècles peignent un univers largement guerrier, invitant le lecteur à porter un regard différent sur un phénomène que les récits modernes ont révélé sous son jour le plus absurde et rejeté aux rives de l'inénarrable. La littérature médiévale tient en effet sur la guerre un discours complexe, qui appelle à réfléchir sur la manière dont elle rationalise et interprète la violence collective. C'est à quoi s'attache ce livre, qui articule une réflexion poétique et l'analyse des représentations idéelles. Il éclaire ainsi la multiplicité des points de vue sur la guerre, son étrange labilité narrative, ainsi que son rapport à l'ordre du monde et à celui de la destinée. Le sens que donnent à l'action guerrière des oeuvres majoritairement adressées à une élite laïque se comprend en les replaçant dans un dialogue avec les vues cléricales contemporaines et en tenant compte des spécificités des formes littéraires, de leur écriture de l'Histoire, et de la façon dont elles organisent le temps.

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  • En quoi la Table Ronde est-elle redevable à cette somme de l'Antiquité chrétienne qu'est La Cité de Dieu de saint Augustin? On a souvent relevé la dimension eschatologique de l'histoire arthurienne et souligné le paradoxe, voire le blasphème qui consiste à ancrer une histoire profane dans la matière évangélique. Or ce que fait Augustin dans son opus magnum en offre un modèle : rassembler Histoire sainte et histoire profane dans un même récit montrant la Providence à l'oeuvre pour conduire les hommes au salut. Histoire et essai théologique à la fois, La Cité de Dieu permet de penser l'autorité des Écritures et celle de l'historien, la destinée des héros païens, la possibilité d'un tragique chrétien - que le Moyen Âge littéraire exprime par le terme de mescheance - ou encore la lutte des deux cités, celle de Dieu et celle des hommes, inextricablement mêlées ici-bas.

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  • Ecrite par un moine irlandais en 1149, reprise au siècle suivant par Vincent de Beauvais dans son Speculum historiale puis par l'auteur anonyme du Speculum morale, la Vision de Tondale a connu un succès extraordinaire jusqu'à la fin du Moyen Âge. Le présent ouvrage propose une analyse comparée des trois rédactions latines ainsi qu'un classement et une étude de toutes les traductions françaises dont une partie - cinq sur onze - demeurent inédites. L'analyse de la Visio Tungdali latine fait ressortir une tension entre le respect d'une tradition littéraire bien enracinée - celle des voyages de l'âme dans l'au-delà - et les innovations insérées par l'auteur, comme la laïcisation du protagoniste et la dramatisation du voyage qui se charge d'une dimension pénitentielle. Les versions françaises, elles, se prêtent à différents modes et niveaux de lecture. Dans le contexte de la prédication, la Vision est utilisée en tant que récit exemplaire ; dans celui de la dévotion privée, elle constitue le support pour la méditation sur les peines d'enfer ; dans le milieu laïque et courtois, le récit s'offre à une réception esthétique, voire politique, où l'expérience du grant seigneur Tondale se trouve assimilée à une aventure chevaleresque transposée dans l'au-delà. En dehors de l'histoire littéraire, la Vision de Tondale constitue aussi un témoignage précieux pour l'histoire de la pensée eschatologique et notamment pour la genèse du Purgatoire.

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  • Fruit d'une tradition collective et d'un génie individuel, tel est le style de celui que l'on considère traditionnellement comme l'un des premiers grands écrivains de langue française et l'inventeur du roman. Dans une perspective de stylistique historique, ce qui pouvait constituer le socle rhétorique de l'écriture de Chrétien de Troyes est minutieusement examiné selon une méthode comparative appuyée sur les arts poétiques de la fin du XIIe siècle et du début du XIIIe siècle. L'écriture des seuils, qui initient une réflexion spéculaire sur l'écriture, les structures de la fiction, qui cherchent à installer l'effet de réel en privilégiant ce qui donne de la profondeur et traduit la complexité, le choix d'une représentation multiple et parfois mystérieuse de la réalité, soutenue par l'hétérogénéité des points de vue et les procédés du dialogisme, la nécessité enfin d'une composition d'autant plus solide et rigoureuse que l'oeuvre est fondée sur la disparate et « faite de morceaux » caractérisent notamment l'originalité du nouveau roman. En dépit d'une stéréotypie contrecarrant le désir d'analyse, l'impression reçue est celle d'une grande modernité ; elle vient sans doute de ce que nous avons tendance aujourd'hui à apprécier le genre romanesque selon une perspective essentiellement narratologique, qui néglige l'aspect esthétique : au Moyen Âge, sous la plume de Chrétien de Troyes, le roman était aussi poème... Le maître champenois l'élabore en collectant ce qui n'était que sporadique ou timide jusque-là, en faisant entrer en résonance des données qui viennent des chansons de geste, des chroniques et surtout de la triade des protoromans antiques. Il poursuit progressivement, au fil de son oeuvre, le travail de transformation initié : c'est un synthétiseur de génie et un créateur original. Il permet ainsi à l'oeuvre de prendre, d'un tenant, de la hauteur, tout en s'embellissant de multiples ornements et en faisant jouer la lumière du sens : sous sa plume, le roman s'édifie à l'instar des cathédrales gothiques qui voient le jour à son époque.

    Réimpression de l'édition reliée de 2007.

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