Essai littéraire

  • Lion de Bourges est un long poème épique du XIVe siècle, qui conte les aventures extraordinaires et parfois merveilleuses d'une famille noble constamment affrontée aux coups du destin et aux intrigues des traîtres. Séparé tout jeune de ses parents, le héros éponyme devra lutter longtemps pour retrouver son identité, réunir sa famille, récupérer son fief, avant de disparaître enfin, mystérieusement, au royaume de Féerie. Et par bien des points la destinée de ses enfants est tout à fait comparable. La perpétuelle errance des personnages, leur quête toujours inaccomplie révèlent ainsi une vision très sombre de l'humanité. Mais, face aux coups du sort, l'opiniâtre résistance de Lion et des siens illustre un modèle d'héroïsme dont ce livre a pour but de mettre en évidence la cohérence et de montrer l'originalité.

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  • Le premier cycle de la croisade engendre une écriture qui lance l'histoire de la communauté franque en Terre sainte. Dans les chansons d'Antioche, de Jérusalem et des Chétifs, considérer les corps des protagonistes, leur apparence, leur mode d'expression, leurs besoins et appétits, leur destinée enfin, permet de rencontrer cette idéologie en mouvement. Les représentations organisent une discrimination des populations qui sort parfois de l'opposition manichéenne entre chevaliers croisés et Sarrasins. Le regard porté sur le corps des Tafurs, une troupe de gueux en marge des Francs, nuance l'antagonisme épique habituel et conduit à reconsidérer les enjeux idéologiques et génériques des oeuvres.

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  • Dans la première moitié du XIVe siècle, Nicolas de Vérone composa en franco-italien - un langage littéraire, mixte et artificiel, propre aux écrivains du nord-est de l'Italie - trois poèmes en forme de chansons de geste, mais dont les sujets étaient fort différents : une épopée dans la tradition carolingienne, La Prise de Pampelune, qui conte les exploits légendaires de Charlemagne et de Roland en Espagne, une Pharsale, qui présente les derniers moments de la guerre civile romaine entre César et Pompée, et une Passion.
    L'objet de ce livre est de dégager ce qui fait l'unité et l'originalité de cette oeuvre, sous l'apparente diversité des textes qui la constituent. Chacun d'entre eux est porteur d'une forme particulière de vérité - vérité épique, vérité historique, vérité religieuse -, mais ils illustrent tous une identique conception de l'idéal humain proposé par le poète à son public : un héroïsme renouvelé qui associe à la traditionnelle prouesse épique un souci permanent de sagesse et de modération, et aussi - même dans la Passion - une remarquable réticence devant toutes les manifestations du surnaturel chrétien et des autres formes de merveilleux. Nicolas de Vérone réinterprète ainsi de manière personnelle la tradition héritée des trouvères français, et l'écriture épique est mise au service d'une vision nouvelle du monde et de l'homme : la transcendance n'est plus explicite, l'individu acquiert une conscience de lui-même et une complexité inhabituelles, et l'ordre du monde repose sur un projet politique bien éloigné des vieilles conceptions féodales. Ce qui donne à l'oeuvre de Nicolas sa cohérence profonde, ce n'est pas seulement le choix d'un langage et d'une technique poétique consciemment définis par leur origine française et leur altérité, c'est surtout une forme d'humanisme assez caractéristique de l'épopée franco-italienne du Trecento, mais qui, chez ce poète, se singularise de façon très remarquable par une particulière tonalité stoïcienne. L'étude de cette oeuvre conduit donc à rendre justice à un écrivain dont l'originalité et l'importance ont été trop souvent mal perçues, et à porter un regard nouveau sur la littérature épique du XIVe siècle et sur ses rapports avec la culture savante contemporaine.

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  • Présentée comme une manifestation naturelle de la générosité, mais moins désintéressée qu'elle ne se donne à voir, la largesse des nobles, du souverain aux chevaliers sans fortune, a peu de chose à voir avec la morale et répond en réalité à des visées économiques, sociales ou politiques souvent inavouables. La générosité, sous la forme du don amical et de la dépense ostentatoire, a donc ses ruses, que la littérature perçoit fort bien et qu'elle s'emploie à mettre en scène avec une liberté d'esprit que sa prétendue soumission à l'idéologie aristocratique ne laissait pas espérer. Fondée sur les acquis de l'anthropologie sociale, l'étude porte sur des textes épiques et romanesques qui font apparaître les enjeux multiples d'une libéralité aristocratique qui peut être parfois ruineuse mais qui s'avère le plus souvent particulièrement fructueuse.

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  • Lorsqu'un roman d'initiation chevaleresque écrit au XIIIe siècle devient le coffret d'une anthologie d'auteur, véritable école de morale et de courtoisie pour le novice et le lecteur, le résultat est un inextricable labyrinthe de textes. Tel est ce roman école qui enseigne les codes chevaleresques et où les règles de l'amour courtois renvoient, à l'instar d'autres oeuvres, au modèle d'un dispositif optique, réactivation du miroir de Narcisse. Le présent ouvrage tire l'un après l'autre, à la manière d'une enquête policière, tous les fils d'Ariane - construction de sens, mise en page, lettrines - qui conduisent aux principes d'organisation mûrement réfléchis du recueil manuscrit BnF fr. 24301. Cet écrin entremêle fiction et didactique : le personnage romanesque d'une mère pédagogue qui instruit son fils chevalier pose le paradigme de toutes les figures éducatives du XIIIe siècle. Paradigme de première importance car s'y dissimule le compilateur dans la posture de l'orateur retrouvant les principes rhétoriques prônés par Aristote et Quintilien. De prime abord hétéroclite, le recueil trouvera son dernier mot grâce à la connaissance, par le public, des traditions littéraires que notre ouvrage convoque et étudie. Pas à pas, on assiste à l'élaboration d'une leçon destinée à l'éducation du souverain, construction d'un vaste miroir des princes que le codex entier reprend à son compte. Ainsi, le recueil manuscrit BnF fr. 24301 contient les oeuvres didactiques et fictionnelles de Robert de Blois, mais au-delà de cet auteur particulier, il se fait bibliothèque et miroir de la production littéraire de son temps.


    Milena Mikhaïlova-Makarius est maître de conférences HDR à l'Université de Limoges. Auteur du Présent de Marie (Paris, Diderot, 1996), elle a publié l'ouvrage collectif Mouvances et jointures. Du manuscrit au texte médiéval (Orléans, Paradigme, 2005).

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  • Tout au long de la période médiévale, les théologiens cherchent à imposer les principes et dogmes de l'Eglise chrétienne à une société empreinte de pratiques superstitieuses et de survivances de rites païens. Ulrich de Pottenstein, clerc autrichien du XVe siècle, nous rapporte un témoignage de ces croyances hétérodoxes (observation des signes ou du temps, divination, magie) au travers de son commentaire du premier commandement rédigé en langue allemande, une des oeuvres catéchétiques majeures de cette période.
    Membre de l'école théologique de Vienne, ce clerc, en se référant notamment aux Pères de l'Eglise (Saint Augustin, Saint Thomas), dresse une liste de superstitions, connues de tous au Moyen Age mais dont le sens peut échapper au lecteur d'aujourd'hui, comme par exemple lorsqu'il est question de personnages surnaturels comme Percht ou de chaussures déposées dans l'arbre du Bilwiz.
    Cet ouvrage propose une analyse de ce texte en rappelant le contexte historique et religieux prévalant lors de sa rédaction, en présentant les différentes sources utilisées dans ce travail d'édification religieuse de la société laïque et enfin, en détaillant les différentes superstitions rapportées par l'auteur et en les comparant à celles mentionnées par ses contemporains.

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  • Depuis l'Odyssée d'Homère (chant XIX) on a distingué les songes vrais qui sortent des Enfers par la porte de corne des songes illusoires qui traversent la porte d'ivoire. Cet essai se propose d'apporter quelques pistes explicatives à l'extraordinaire succès qu'a connu le récit de songe comme lieu de fable et de vérité, à travers l'étude d'une centaine d'exemples pris dans quatre grands champs de la littérature romanesque des XIIe et XIIIe siècles : les romans antiques, le roman courtois versifié, le cycle romanesque en prose du Lancelot Graal et le Roman de la Rose. Dans une perspective à la fois historique et systématique, qui emprunte ses outils d'analyse aux théories antiques du songe, aux spéculations théologiques médiévales et aux sciences humaines (linguistique, anthropologie historique et psychanalyse), sont étudiées les mutations poétiques et herméneutiques qui affectent le récit de songe. Des évolutions linguistiques et formelles se dessinent en effet dans l'emploi des termes qui désignent l'expérience onirique, dans le passage du songe-fragment inclus dans la trame romanesque au songecadre englobant la fiction tout entière. Chargé par la tradition antique et biblique d'une fonction oraculaire qui oriente sa vérité vers l'avenir et le salut, le songe poétisé symbolise aussi le passé du rêveur, son origine, ses relations familiales et amoureuses. Au fil de tous ces récits médiévaux, si séduisants par leur mélange déroutant de naïveté et de complexité, le songe devient peu à peu l'expression d'un merveilleux intérieur à l'homme, d'un mystère intime et familier que Freud nommera " l'inquiétante étrangeté ".



    Mireille Demaules est Professeur de langue et de littérature médiévales à l'Université d'Artois (pôle d'Arras).

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  • La littrature anglaise de la fin du Moyen ge fait une large place au thme du voyage. Rcits d'exploration du monde (Mandeville's Travels, Saint Brendan ou encore Kyng Alisaunder), de dcouverte de l'Au-del (Saint Patrick et The Vision of Tundale) et d'aventures chevaleresques (Sir Orfeo, Sir Degarre et Floris and Blauncheflour) prtendent tous, des degrs divers, reprsenter la ralit du monde. Ils dessinent une gographie de la terre marque par la proximit entre les vivants et les morts et la prgnance du merveilleux. Toutefois, la visite ne dbouche pas sur une prise de possession de l'espace : l'ailleurs pntre le voyageur et se saisit de lui. Le voyage se rvle alors visite d'un espace intrieur : parcours psychologique individuel, le trajet claire aussi l'image qu'une socit toute entire se fait d'elle-mme. L'altrit engage donc une rflexion sur l'identit dont l'un des enjeux essentiels, aux yeux des auteurs, s'avre le progrs de l'me vers Dieu.


    Ancienne lve de l'cole Normale Suprieure de Lyon et agrge d'anglais, Fanny Moghaddassi est actuellement matre de confrence l'Universit de Strasbourg.

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  • La notion d'énigme, appliquée à la littérature arthurienne, est à la fois complexe et protéiforme. Figure de discours, devinaille ou échange problématique, elle marque dans le champ romanesque l'émergence d'un nouveau type de héros et de personnage à la subjectivité naissante. Elle apparaît surtout comme une illusion, un effet d'énigme qui devient un facteur poétique essentiel, dén onçant l'apparente clôture des textes pour mieux en révéler la nature fictionnelle à travers, notamment, les paradigmes énigmatiques du Graal et de l'identité.

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  • Aux xive et xve siècles, l'autobiographie en langue vernaculaire trouve en l'allégorie narrative un mode d'exposition privilégié. Le je, songeur et narrateur, y occupe une place centrale, foyer d'une rétrospection proprement subjective et réflexive. Cette alliance passagère de l'écriture de soi et de l'allégorie suscite des tensions que cristallisent les deux Pèlerinage de vie humaine de Guillaume de Deguileville (1330 et 1355) : l'indécision permanente qui entoure le statut du sujet rhétorique dans la seconde rédaction, entre figure individuelle et générique, brouille la visée du texte et les catégories formelles de l'allégorie.
    En s'emparant du modèle narratif et éthique du pèlerinage de vie humaine, des auteurs laïcs (Thomas de Saluces, Philippe de Mézières, Jean de Courcy, Olivier de la Marche, Octovien de Saint-Gelais), expérimentent à leur tour les rapports ambigus et paradoxaux que le je - écrivant entretient avec la figure du pèlerin. L'autobiographie allégorique n'aura finalement trouvé son équilibre qu'avec Christine de Pizan, dans ce dispositif dialogique hérité de Boèce où l'expérience personnelle s'articule à une Philosophie générale de l'Homme.
    Il ne s'agit pas ici de reproduire le scénario d'une « émergence du sujet médiéval » entre 1300 et 1500 : ce serait sous-estimer tout à la fois les persistances de la topique et la force d'attraction et de déportement à laquelle le récit expose le je - narrateur. Dans ces romans allégoriques que sont le Chevalier errant de Thomas de Saluces et le Séjour d'Honneur d'Octovien de Saint-Gelais, la première personne s'aventure aussi, sous le manteau du pèlerin de vie humaine, sur les voies de la fiction.

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  • Les trois poèmes qui constituent le noyau du cycle de la croisade rapportent les hauts faits de l'ost Deu, parti pour conquérir Jérusalem à la fin du X1e siècle, ainsi que les exploits des "Chétifs", retenus prisonniers par les Turcs. Pour la première fois, l'action d'une épopée romane se déroule dans sa quasi-totalité en terre orientale, dans un espace aux multiples résonances : Terre sainte, espace de pèlerinage et source de la spiritualité chrétienne, mais aussi terre estrange, occupée par des "païens", et seuil de ces contrées légendaires dont les images nourrissent à cette époque les rêves de l'Occident, suscitant émerveillement et suspicion. En suivant les croisés en Orient, le poète compose une oeuvre originale et donne à la chanson de geste, en cette fin du XIIe siècle, l'occasion de se renouveler.

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  • Cet ouvrage a pour objet l'image de l'autre dans les textes français et arabes des XIIe et XIIIe siècles traitant de la première croisade (1095-1099). Le contact direct entre Orientaux et Occidentaux en Terre Sainte contribue en effet à modifier la perception de l'altérité. Les auteurs des deux camps ont alors des attitudes assez semblables : ils sont partagés entre curiosité envers l'ennemi, goût pour les attaques idéologiques et inclination à la rhétorique de guerre sainte. Après une évocation des conditions de production des oeuvres, cette étude aborde la découverte de l'autre, la polémique religieuse, l'autosacralisation et les altérations de l'altérité. Elle fait aussi la part belle à un développement occidental spécifique : la création d'une figure fictive appelée à une certaine postérité, l'ennemi historique métamorphosé en converti prosélyte.

  • En dépit des nombreux travaux qui lui ont été consacrés, le Tristan en prose garde l'image d'un texte désorganisé. Tout d'abord, le Tristan s'inscrit dans la continuité générique du Lancelot en prose par l'emploi de l'entrelacement, cette technique d'agencement du récit systématisée par le roman modèle ; mais le prosateur du Tristan, piètre technicien, n'a pas su s'en servir efficacement, l'entrelacement du Tristan ne fonctionne pas et ne permet en rien de canaliser le flot bouillonnant des aventures, d'imposer au foisonnement narratif, consubstantiel au roman en prose, une forme organisatrice. En second lieu, le Tristan, roman bavard, a multiplié les aventures afin de singer son volumineux aîné, sans se soucier outre mesure de leur intérêt, de leur signification ou de leur progression : aucun principe directeur n'organise leur vaste succession. Enfin, le prosateur du Tristan, en mal d'inspiration ou pour donner à son roman une allure cyclique, a intégré en son sein les influences les plus diverses, et parfois le texte entier d'autres textes. En lui s'entrecroisent, sous la forme de réminiscences discrètes ou de transcriptions intégrales, des sources disparates. On en conclut que le Tristan est un ensemble hétéroclite de récits parfois allogènes, amassés au hasard de l'écriture, et qui ne signifie rien. Ce travail, fondé sur la version longue du roman, s'attache à la destruction successive de ces trois fondements de la déconsidération structurelle du Tristan en prose.


    Damien de Carné, agrégé de Lettres classiques et docteur ès Lettres, est maître de conférences à l'Université de Nancy 2.

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  • La chanson de geste Renaut de Montauban jouit du rare privilège de n'avoir jamais cessé d'être adaptée, remodelée puis publiée depuis le Moyen Âge jusqu'à nos jours. Le sens d'un texte se trouvant nécessairement éclairé par l'histoire de sa réception, on se propose, pour mieux révéler rétrospectivement toutes les facettes de l'épopée primitive, d'étudier les réécritures tant romanesques que dramaturgiques d'une oeuvre connue, depuis le XVe siècle, sous le titre des Quatre Fils Aymon. L'objectif de cette étude est donc double : il s'agit d'abord de décrire les différentes modalités de l'évolution du texte d'origine en dégageant ainsi le noyau stable de ses réécritures, mais aussi, sur cette base, de saisir les raisons de l'exceptionnelle pérennité de ce vieux récit épique.

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