Honore Champion

  • Entre 1687 et 1740, l'Europe découvre pour la première fois une somme importante de textes chinois traduits directement en français, par les missionnaires jésuites résidant en Chine. « S'instruire de la Chine par la Chine même » est leur idéal affiché. Vu de Chine, pourtant, c'est une tout autre histoire, riche en contradictions et en surprises, qui entoure la genèse de ces traductions. Entre l'étude de la langue, les batailles d'idées philosophiques et les enquêtes sur les sciences et les arts, entre les textes lus et le monde vu, l'ouvrage de Wu Huiyi révèle les multiples facettes de l'expérience missionnaire du XVIIIe siècle qui est à l'origine d'un profond renouveau des connaissances sur la Chine en Europe.

  • Cette étude porte sur l'histoire de la traduction et de la réception de Stendhal en Chine depuis les années 1920. Il s'agit de mettre en relief, par une approche comparatiste, les images nuancées du romancier et les caractéristiques de la réception de ses oeuvres dans les différentes époques. En effet, les études sur Stendhal en Chine sont étroitement liées au contexte social et politique de la société chinoise. Le Rouge et le Noir, roman étranger qui connaît le plus de traductions chinoises, est considéré tantôt comme un chef-d'oeuvre de la littérature réaliste, tantôt comme une « herbe vénéneuse » contre le Parti communiste. La réception de Stendhal en Chine reflète, dans une certaine mesure, celle de toute la littérature occidentale. L'auteur a essayé de mettre en évidence les facteurs essentiels à la réception de Stendhal en Chine et les transformations des oeuvres du romancier face à l'épreuve d'une culture et d'une société étrangères.

  • Francisco Pacheco (ou Francisco Pérez del Río, Sanlúcar de Barrameda, 1564 - Séville, 1644) est un peintre maniériste réputé pour avoir été le maître et le beau-père de Diego Velázquez de Silva. Artiste savant d'excellent niveau et dessinateur de talent, il demeure l'auteur d'un des trois traités de peinture du Siècle d'Or espagnol : L'Art de la Peinture, rédigé de 1619-20 à 1638. Jusqu'ici partiellement traduit en français, ce texte s'avère un véritable pensum, source incontournable de références tant dans le domaine artistique que pour l'histoire des mentalités. Injustement dénigré, Pacheco révèle par sa grande honnêteté intellectuelle et morale toute la portée de son analyse de l'art de peindre, parfois d'une brûlante actualité.

    D'après une des rares éditions originale (Séville 1649). Traduction, présentation et notes par Jean-Louis Augé.

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  • Ford Madox Ford, écrivain volontiers dit « impressionniste », et ses textes pensés à partir du visuel pour faire voir, invitent naturellement un examen de l'écriture à l'aune de la peinture. Cependant, la prose critique de Ford révèle une pensée esthétique originale et singulière. Mue par un principe d'association et accumulation brisant les cadres établis pour fusionner une multitude d'arts et esthétiques, cette pensée définit une forme qui s'adapte au réel afin d'en structurer l'informe et d'en offrir une expérience au lecteur. Ford engage cette forme polymorphe dans son oeuvre romanesque pour produire son impression de la vie moderne et être l'« historien de son propre temps ». C'est cette forme, les arts et esthétiques qu'elle rallie, leurs interactions avec les textes et récits, qui est analysée afin d'explorer l'intermédialité de la prose et ses effets.

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  • À la fois point d'origine fantasmé et horizon idéal, l'Antiquité classique revisitée par la jeune nation américaine offre à celle-ci un ensemble de modèles politiques, esthétiques et philosophiques censé garantir sa pérennité et attester son exceptionnalisme. Sous la plume de Melville, l'apparente homogénéité de ce bel édifice néoclassique devient un espace trouble et troublant qu'aucun dispositif ne peut constituer en lieu stable. Si les mondes gréco-romains ne prennent jamais la forme d'une langue familière chez l'écrivain, son oeuvre redonne en revanche à l'Antiquité son altérité et remet en question une filiation avec les Anciens allègrement revendiquée par les États-Unis. Loin de se constituer en grand récit des origines, l'Antiquité melvillienne se meut en une confrontation à un corpus et des espaces résolument autres. Échappant à la loi du propre, elle s'écrit à rebours de l'Amérique.

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  • Sous la direction de Ghislaine Fournès et Frédéric Prot.

    Cet ouvrage portant sur l'Espagne médiévale et moderne interroge la notion d'idée reçue sur laquelle pèse un discrédit, et questionne les stéréotypes, sorte de figures figées de l'altérité. Diverses modalités d'expression des idées reçues sont ainsi mises à jour, ce qui permet aux auteurs d'analyser leur statut et leur fonction dans la littérature, dans les arts et les sciences. L'idée reçue, au-delà de sa valeur d'opinion assimilée, héritée et donc « pré-jugée » par la force de la convention, de la tradition ou de l'autorité, conditionne le consensus culturel et social et la représentation cohésive du groupe, tant elle infiltre le langage et même le savoir ; défaire les vérités admises réclame le courage de heurter les fausses autorités et un principe de consentement général. Si pour le Moyen Âge il s'agit de faire du neuf avec du vieux tout en respectant, ou en contournant par des stratégies adaptées, des schémas de pensée et des procédés d'écriture communs, pour l'époque classique, au contraire, l'idée reçue est souvent débattue - en fonction des circonstances culturelles, philosophiques et politiques -, voire renversée, favorisant ainsi l'apparition de nouveaux modes de pensée.

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  • En contrepoint de la définition communément admise du modernisme comme esthétique de l'inachèvement, Wallace Stevens, une poétique du fini identifie un double mouvement de rejet de la clôture et de revendication du fini, qui passe par un surinvestissement chez Stevens de la matérialité du livre achevé. Après avoir abordé les premiers recueils à travers leur « condition textuelle » - ce qui permet d'observer un à un les derniers gestes du poète dans son travail de finition - l'ouvrage explore non plus la fin dans l'oeuvre, mais la fin de l'oeuvre : à la question Comment finir ? se substitue alors cette autre question, faussement simple, Où commence la fin ? Loin d'être une catégorie essentialisable, la poésie tardive apparaît dès lors comme une construction théâtralisée, un genre codifié en dialogue avec les grands maîtres du « style tardif » (Shakespeare, Yeats, Picasso) qui conduit à la nécessaire réévaluation du concept de dernière période dans les arts.

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  • Lié depuis toujours aux arcanes du pouvoir étatique, à la clandestinité des amours interdites, aux silences embarrassés des histoires familiales ou à la dimension hermétique du langage poétique, le phénomène du secret est omniprésent dans les cultures et les littératures des mondes hispanophones.

    On le retrouve dans les traités médiévaux sur le bon gouvernement, dans les liens équivoques unissant le roi à son confesseur, dans « la nuit et le brouillard » de certaines dictatures modernes, dans le langage de la passion amoureuse, drapé dans le voile très catholique des señoras à l'époque des Habsbourg d'Espagne, dans la complexité des rapports sexuels entre hommes à l'intérieur des prisons cubaines, dans l'oeuvre de Benito Pérez Galdós où sont décrites les affres de familles espagnoles désireuses de dissimuler la perte de leur statut social, dans la mémoire défaillante d'un fils qui rejette les agissements inavouables de son père, dans le mystère d'un nom de plume, dans les stratégies narratives de certains écrivains argentins, dans le sort occulté des « disparus » canariens à l'époque franquiste ou encore dans les trésors lexicaux cachés au sein des dictionnaires du Siècle d'Or.

    Les auteurs de cet ouvrage abordent en profondeur tous ces aspects du secret. En choisissant d'étudier des textes et des documents d'époques très différentes, ils apportent par ce biais un nouvel éclairage sur les cultures et les littératures hispaniques dans leur diversité.

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  • La légendaire mission d'ambassadeur de Paul Claudel au Japon constitue l'exception culturelle dans une carrière diplomatique qui fut non sans paradoxe celle d'un « commercial ». Tandis que l'écrivain s'adonne à des actions de collaboration avec des artistes japonais de premier plan, le diplomate prend une part décisive à la fondation de deux institutions culturelles pérennes, la Maison franco-japonaise (Tokyo, 1924) et l'Institut franco-japonais du Kansai (Kyoto, 1927). Prononçant en 1992 la conférence inaugurale de la Villa Kujoyama, édifiée sur le site originel de l'Institut de Kyoto, Michel Serres ne manquera pas de placer la fondation de cette Médicis d'Extrême-Asie sous les auspices du grand ambassadeur.

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  • Ôoka fut un spécialiste de Stendhal avant de devenir l'un des grands écrivains japonais d'après-guerre. Depuis sa première lecture de La Chartreuse de Parme en 1933 jusqu'à sa mort en 1988, il ne cessa d'approfondir sa recherche sur la vie et l'oeuvre de Stendhal. Mon Stendhal est un recueil des articles qu'il a publiés sur ce sujet dans les magazines littéraires de l'époque. Chacun éclaire un aspect singulier de la vie et de l'oeuvre de Stendhal, souvent au prisme d'un critique français (Taine, Balzac, Thibaudet, etc.) ou japonais (Ueda Bin, Mori Ôgai, Tanizaki Jun'ichirô, et bien d'autres auteurs qui ont contribué à la réception de Stendhal au Japon à partir de 1900). Interrogeant le point de vue de chacun, Ôoka écrit pour ainsi dire une histoire de la réception de Stendhal en France et au Japon. En même temps, il développe et approfondit une question qui intéresse tous les lecteurs de littérature : quelle est la nature de l'amour que suscite en nous la lecture d'une oeuvre littéraire ?

    À travers le prisme de ce témoignage, le lecteur pourra appréhender l'évolution de la critique et de la pensée littéraires au Japon tout au long du XXe siècle. Il pourra découvrir en filigrane les fondements de la pensée romanesque d'Ôoka Shôhei, et même, en retournant le miroir, interroger son propre rapport à la littérature sous l'angle singulier de l'amour qu'il porte lui-même à ses auteurs d'élection.

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  • À la façon d'une enquête, ce livre se propose de faire découvrir au public français les chemins que prend le poème américain au XXe siècle, depuis les « motz el son » des troubadours qu'invoquait Ezra Pound, pour trouver un équilibre précaire, de la guerre du Vietnam jusqu'au 11 septembre 2001, entre chant et parole. De Larry Eigner à John Taggart, en passant par Robert Creeley, Robert Duncan, Denise Levertov, Jerome Rothenberg et Armand Schwerner, mais aussi Michael Heller, Theodore Enslin ou Robert Lax, sans oublier Cid Corman, David Ignatow, Harvey Shapiro, ou encore Hugh Seidman, on y parcourt un formidable archipel d'oeuvres singulières, dont le point commun se révèle être leur rapport à l'héritage « objectiviste », incarnation du modernisme à partir duquel ils se situent.

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  • Cet ouvrage propose une lecture approfondie des recueils de sonnets du poète élisabéthain Michael Drayton (1563-1630) publiés de 1594 à 1619, qui donnent à voir toute la complexité de la réception de l'héritage italien outre-Manche. Par un travail poétique de questionnement de ses modèles, le poète anglais met en contraste dans Ideas Mirrour (1594) et Idea (1599-1619) différentes conceptions du corps, de l'amour, de l'écriture, au fil d'un éclatement progressif du recueil. Cette fragmentation ne se trouve subsumée en dernier recours que par un moi ondoyant et foncièrement instable. Les recueils de Drayton participent ainsi de cette Renaissance tardive qu'est le maniérisme.

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  • Prédicateur de renom dans l'Espagne de Charles Quint, le docteur Constantino de la Fuente (1505 ?-1559) fut une figure marquante de l'irénisme chrétien dans la première moitié du XVIe siècle. Remarqué pour la beauté de ses prêches et célébré pour ses ouvrages de doctrine religieuse, il fut choisi par l'entourage de l'Empereur pour être le chapelain du prince Philippe ; mais le destin de ce chanoine de la cathédrale de Séville s'est soudainement assombri à compter de son emprisonnement dans les geôles inquisitoriales en 1558 et de sa condamnation comme hérétique luthérien. La destruction programmée de toute documentation le concernant, conformément à la sentence du tribunal de la foi, et la disparition des pièces de son procès ont rendu délicate la compréhension du parcours original de ce converso ouvert aux questionnements confessionnels les plus audacieux dans un XVIe siècle tourmenté par les querelles religieuses. Toutefois, l'analyse de son oeuvre comme l'étude des réseaux constitués autour de lui permettent de replacer cette personnalité singulière dans l'entre-deux confessionnel en Castille, à une époque où les premières sessions du concile de Trente avaient irrémédiablement balayé l'espoir d'une réunion oecuménique de tous les chrétiens.

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  • Quel temps fait-il dans la littérature et les arts du monde anglophone ? Les essais ici rassemblés constituent les actes du colloque organisé en 2016 à l'Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3 sur un sujet, qui en période de réchauffement climatique, est brûlant d'actualité. Du Moyen Âge à notre époque, de Chaucer en allant jusqu'à la « cli-fi », la fiction sur le changement climatique la plus contemporaine, en passant par l'éruption du volcan Tambora en 1816, qui a bouleversé durablement le paysage des lettres et des arts anglais, les auteurs n'ont pas seulement voulu cartographier une météorologie donnée, mais dégager des strates de « météosensibilité » (Alain Corbin) qui touchent au plus profond du rapport de l'homme à la nature et au monde.

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  • L'Autre sans visage tente un parcours de la poésie élégiaque américaine d'Emily Dickinson à Wallace Stevens. L'étude porte sur l'articulation entre sujet poétique du deuil et figures de l'Autre dont la mort dessine en creux la place structurale. L'Autre disparu est ici la métaphore d'une énigme, celle de l'inachèvement du deuil, qui a pour corrélat l'inscription d'une subjec tivité située à la lisière entre définition modale et générique de l'élégie. Depuis ce lieu a-topique, le poète interroge l'Autre comme compromis de singularité et de réitérabilité, code élégiaque appelant à une réécriture américaine du genre, et désir inconscient passé au crible du fantasme.

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  • La présence, jusque-là inexpliquée, d'intermèdes entre les actes de la tragédie Érophili du Crétois Georges Chortatsis, datée des dernières années du XVIe siècle, imprime à cette oeuvre une nette orientation contre-réformiste. On y constate également une fidèle, mais originale, application des théories théâtrales formulées au XVIe siècle par le Ferrarais Giambattista Giraldi dans son Discorso et dans sa tragédie Orbecche. La tragédie de Chortatsis, enfin, est imprégnée des influences du théâtre sénéquien et de la pensée stoïcienne, éléments qui, s'ajoutant à l'emploi de l'idiome crétois en tant que langue littéraire et à une mise en scène déjà baroque sur bien des points, font de la tragédie de Chortatsis une représentante à part entière de la littérature tragique de la Renaissance européenne tardive.

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  • La question du regard et de ses modalités au théâtre revêt aujourd'hui une actualité nouvelle face aux diverses expérimentations multimédiales contemporaines, qui multiplient les images sur les scènes européennes. Le présent ouvrage aborde le sujet en tirant un fil de la fin du XIXe siècle jusqu'à nos jours, afin de réinscrire ce théâtre dans une histoire culturelle de la perception, à la croisée des études théâtrales et des études visuelles. Le propos s'appuie sur des analyses précises, à partir de la pièce « La Boîte de Pandore. Une tragédie-monstre » de Frank Wedekind (1894), ainsi que de ses mises en scène par Peter Zadek (1988) et par Michael Thalheimer (2004). Il s'agirait de la sorte de revisiter la « crise » du drame et la naissance de la mise en scène modernes en les envisageant comme autant de manifestations d'un changement de paradigme, marqué par l'avènement d'une logique de l'image, qui insisterait sur la part du corps dans le regard et sur la matérialité du sensible, sur la présence plutôt que sur la représentation.

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  • Si les deux grands modèles du jardin à la française et du jardin anglais constituent les sources inépuisables de la réflexion sur ce sujet, le jardin allemand continue d'être très peu connu en France. Cet ouvrage fait ressortir ses caractéristiques propres en mettant l'accent à la fois sur l'histoire politique des jardins allemands de la fin du XVIIIe au XXIe siècle, sur leur place dans la vie quotidienne et leur importance dans les formes d'expression de la culture germanophone.

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  • De toutes les formes de la culture japonaise, le théâtre nô est certainement celle qui a le plus frappé les esprits des voyageurs et intellectuels occidentaux. Dès le début du XXe siècle, de nombreux ouvrages sont publiés en anglais et en français, qui tentent de décrire et de comprendre une forme dramatique totalement étrangère aux habitudes occidentales. Dans le nô, contrairement à ce qui se passe dans la tragédie occidentale, le tragique s'est déjà accompli, parfois très longtemps avant les événements que nous montre la pièce, et l'on ne dévoile au spectateur que le songe d'un voyageur, inspiré par l'esprit du lieu et par des signes qui ne sont peut-être que le produit de son imagination. À l'occasion d'un colloque qui s'est tenu à l'Université de Cergy-Pontoise, des chercheurs français et japonais, spécialistes du nô ou des liens entre littérature occidentale et extrême-orient, ont travaillé sur l'émergence au Japon de cette forme dramatique, notamment sous l'inflexion des théories de Zeami, sur sa réception et réécriture ou adaptation par des écrivains occidentaux, au premier rang desquels Paul Claudel.

    Catherine Mayaux, Professeur de littérature française et francophone à l'Université de Cergy-Pontoise, est spécialiste de littérature des XXe et XXIe siècles et travaille notamment sur les liens entre littérature et Extrême-Orient. Elle a publié et dirigé de nombreux ouvrages sur Saint-John Perse, Claudel, Michaux, Henry Bauchau et le roman européen. Elle a créé avec Myriam Watthee-Delmotte la Revue Internationale L'Écriture à l'écoute consacrée à Henry Bauchau, participé à la refonte dans la Bibliothèque de la Pléiade des oeuvres théâtrales de Paul Claudel et co-dirige avec Pierre Glaudes l'édition savante des OEuvres et les Hommes de Barbey d'Aurevilly aux Belles Lettres (6 volumes publiés).

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  • Les oeuvres de John Dos Passos [1896-1970] sont souvent étudiées à l'aune - ou à l'ombre - de son parcours politique. L'enjeu de cet ouvrage est de revenir sur ce lien entre fiction et politique, en partant non plus des positions politiques de l'auteur mais des oeuvres elles-mêmes, pour analyser si et en quoi la fiction peut se faire politique. Des romans de jeunesse aux oeuvres de la maturité [notamment Manhattan Transfer et la trilogie USA], Dos Passos remplace la «destinée manifeste » de l'Amérique par le portrait des «deux nations » qui la composent et cherche à défaire le genre du roman de sa dimension providentielle. En déconstruisant l'intrigue, le protagoniste et la temporalité, il inscrit sa critique au coeur même de l'écriture et fait émerger, par la fiction, le non-dit du politique.

    Alice Béja est docteur en littérature américaine. Rédactrice en chef de la revue Esprit, elle a traduit en français un texte de John Dos Passos sur Sacco et Vanzetti (Devant la chaise électrique, Gallimard, 2009) et un roman prolétarien de Grace Lumpkin (Notre règne arrivera, Aux Forges de Vulcain, 2012).

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  • Qui a peur de Lady Macbeth ? Depuis sa parution en 1865 à Saint-Pétersbourg, la nouvelle de Nikolaï Leskov Lady Macbeth du district de Mtsensk, qui relate les aventures criminelles de Katerina Lvovna Izmaïlova, une femme de marchand possédée par la passion sexuelle, n'a cessé de provoquer fascination et effroi chez ses lecteurs. Au XXe siècle, elle a été fréquemment transposée dans les arts visuels et musicaux. À travers ses adaptations par Boris Koustodiev, Dmitri Chostakovitch, Andrzej Wajda ou Valeri Todorovski, le texte de Leskov a connu des fortunes diverses qui sont autant de témoignages sur la façon dont la culture russe - et plus généralement slave - a abordé la sexualité féminine.

    Lady Macbeth du district de Mtsensk, c'est la nature contre la culture, l'allégorie d'un féminin avant tout instinctif et pulsionnel qui met en danger l'ordre masculin rationnel; c'est l'aboutissement d'un héritage d'héroïnes qui, de Salomé à Mélisande, en passant par Médée, Clytemnestre ou Méduse, circulent entre mythe et Histoire. Femme fatale, femme-tueuse, femme-animal, femme possédée et, enfin, femme morte et désirée comme telle, la Lady Macbeth de Leskov et de ses adaptateurs matérialise puissamment le passage du romantisme à la modernité et la menace que cette dernière peut faire peser sur l'art normatif. Dans le contexte russe de son élaboration, puis soviétique de son adaptation, la figure de Katerina Lvovna montre également toutes les limites d'un autre mythe : celui de la femme émancipée sous les régimes autoritaires.

    Catherine Géry est professeure de littérature russe à l'Institut des Langues et Civilisations Orientales (INALCO) et co-directrice de la revue Slovo. Elle est spécialiste de l'oeuvre de Nikolaï Leskov à qui elle a consacré de nombreux travaux et des traductions qui ont été couronnées en 2003 par le Prix Halpérine-Kaminsky «découverte ».

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  • Dans le sillage du tournant géographique qui touche les sciences de l'homme et de la société depuis les années 1980, le présent ouvrage analyse la « géographie imaginée » de l'Orient indien (Inde et Ceylan) telle que les récits de voyageurs germanophones la restituent entre 1880 et 1930. Il mobilise les outils de la géocritique pour faire dialoguer deux types de récits de voyage, d'inspiration littéraire et ethnographique, et mettre au jour leurs points de convergence et la part de fiction inhérente à la représentation d'un espace à la fois géographique et culturel. L'intégration dans le corpus de textes oubliés ou peu connus permet de donner du champ et de la profondeur à l'étude tout en révélant l'importance de la destination Inde dans la construction de l'imaginaire culturel germanique. L'ouvrage pose en outre la question de la possibilité et du sens du voyage en Inde à une époque où celui-ci devient pour ainsi dire standardisé, favorisant l'uniformisation croissante du monde, mais en même temps la différenciation des expériences de l'altérité. Il intéressera non seulement les germanistes et les indianistes, mais également les spécialistes d'histoire culturelle et (post)coloniale, d'histoire des représentations et de littérature (comparée) et, bien sûr, tous les amoureux de l'Inde.

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  • La synesthésie, comme principe esthétique et philosophique, a profondément guidé la création de la Renaissance anglaise, dans des domaines aussi différents que la danse, la poésie, la musique et le théâtre, en suscitant non seulement des oeuvres jouant avec la transposition d'art, mais aussi les premières tentatives d'art total. Cet ouvrage propose à la fois des analyses de créations synesthésiques et tente de cerner l'origine et le développement de cette esthétique.

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