Honore Champion

  • La collection d'articles qu'a réunie Jane H. M. Taylor témoigne de la dynamique des recherches en littérature médiévale tardive depuis un demi-siècle, et de la remise en valeur d'une littérature longtemps parente pauvre des études universitaires, grâce à des démarches critiques diverses : le structuralisme des années 1970 pour étudier le Perceforest, alors quasiment inconnu ; une approche anthropologique pour le Roman de Mélusine ; la réception pour Jehan de Saintré à travers les miniatures, et celle des oeuvres de Boccace à travers leur traduction ; la sociologie d'un Pierre Bourdieu ou d'un Michel de Certeau pour éclairer la poésie lyrique. Jane H. M. Taylor a tenu à faire connaître ainsi non seulement les « grands » - les Villon, les Charles d'Orléans - mais aussi les ouvrages alors presque inconnus : Le Chevalier des Dames, Le Jardin de Plaisance. L'ouvrage retrace un parcours placé sous le signe de l'exploration et de l'innovation.

  • Les récits arthuriens étaient de véritables best-sellers qui réunissaient tous les ingrédients des grands romans d'aventures : exploits, amour, violence et voyages. Au XXIe siècle, ce genre relève de la paralittérature car il place le plaisir du lecteur avant la recherche esthétique. Or le roman d'aventures arthurien ne fait jamais le sacrifice de l'érudition à la « jubilation » du texte. Comment expliquer cet étonnant mélange de populisme et d'élitisme ? L'analyse suit le périple de cinq chevaliers du XIIe siècle, Érec, Lancelot, Yvain, Guinglain et Yder, jusqu'au point où tout bascule : l'accident de parcours qui, en inversant le sens de la lecture, transforme le sens de l'aventure.

    Sur commande
  • Contemporains des cathédrales gothiques, les romans arthuriens en prose sont des fictions labyrinthiques. Cycliques, ils se déploient en prenant modèle sur le vivant (forêts, branches, entrelacs), transformant romanciers et copistes en jardiniers d'écriture. D'un manuscrit à l'autre, la rosace cyclique s'ouvre : le jardinier copiste taille, greffe, innove ou reproduit, il acclimate. Ce livre étudie les procédés de « manuscriture » des ateliers romanesques, à partir du corpus des Suites du Merlin en prose : dernière branche rapportée au sein du Lancelot-Graal, la Suite dite « Vulgate » du Merlin contrecarre en effet toute tentative de clôture. Elle paraît elle-même plurielle ; dans la tradition manuscrite, elle est concurrencée par d'autres alternatives, qui proposent plusieurs mondes arthuriens possibles, des lignes de suite. Toutes sont placées sous la figure tutélaire de Merlin, le prophète « rassembleur de temps », personnage d'écrivain voué à disparaître. Les liens de parentés poétiques et textuels de ces textes multiples révèlent des usages romanesques, des pratiques de lecture et d'écriture collaboratives : un art, médiéval, d'inlassablement donner suite et de multiplier les mondes dans la mémoire des lecteurs et des lectrices, au Moyen Âge et aujourd'hui.

    Sur commande
  • Les articles réunis dans le présent volume couvrent quelque vingt-cinq ans de réflexion autour de la satire, la parodie et l'engagement littéraire. Revus et mis à jour, ils sont une invitation à se pencher sur les frontières floues, grâce auxquelles émergent des registres d'expression à la fois apparentés et différents, prêts à se combiner ou se contaminer. En étudiant - de la louange au blâme en passant par l'enseignement - les facettes de l'écriture politique entre Moyen Âge et Renaissance, l'ouvrage tente de situer le geste fondateur des écrivains qui, sous Charles VI, sont descendus dans l'arène politique, cherchant à influencer le cours des événements. Dans quelles conditions la parole engagée a-t-elle pu émerger et se revendiquer comme telle ?... Quels discours, dans le champ littéraire médiéval, ont préparé le terrain à un registre d'écriture qui avait de beaux jours devant lui, du Ronsard des Discours aux formes que prend l'engagement sur la Toile ?... C'est à une traversée de la littérature entre Moyen Âge et Renaissance qu'est invité le lecteur, car les clercs ont coulé dans les moules les plus variés le message adressé, au-delà du prince, à la noblesse et parfois à la nation : le songe allégorique, l'épître (humaniste), le traité, le roman, le théâtre et le lyrisme ont retenu tour à tour notre attention.

    Sur commande
  • À l'aube du XVe siècle, dans le domaine de la littérature de dévotion en langue française, s'épanouit un motif constitué en genre, celui du « jardin spirituel ». Né de la rencontre d'une piété qui valorise l'exercice de la méditation affective et de l'expression courtoise allégorique qui fleurit dans les milieux curiaux, il se transmet en s'amplifiant et en s'altérant jusque dans le premier tiers du XVIe siècle. C'est de ce motif que le présent ouvrage retrace l'histoire, à travers trois confrontations esthétiques jalonnant la période (Pierre d'Ailly et Jean Gerson, René d'Anjou et Jean Henry, Gabrielle de Bourbon et Jean Thenaud). Issu du Roman de la Rose, le jardin y est le principe d'un parcours méthodique dont l'aboutissement programmé constitue en même temps le point de fuite du discours. Traversée par un élan lyrique figuré par l'envol de l'âme, qui lui évite de « s'engluer » dans la description didactique, l'allégorie du jardin spirituel représente un moment discursif original, à mi-chemin entre le traité et le chant.

    Sur commande
  • Cet ouvrage rassemble vingt-cinq articles de l'auteur portant sur la matière et les traditions de l'écriture épique du Moyen Âge français, pour mettre en valeur les évolutions et les transformations qui se dessinent, du XIIe à la fin du XIVe siècle, dans les rapports entre la chanson de geste et l'historiographie. Il interroge en particulier les interactions entre vérité poétique, fiction romanesque et vérité historique, interactions qui aboutissent à l'intégration de la matière épique carolingienne (la « matière de France ») à une écriture historique, en vers ou en prose, sensible aux prestiges et aux potentialités idéologiques d'une fiction que l'on s'efforce de faire passer pour de l'histoire authentique.

    Il envisage successivement divers aspects de la poétique des chansons de geste, de leur univers entre tradition et mutations, de la place de l'idéologie dans la création épique, pour se terminer avec les transformations que subissent leur matière et leur écriture dans des textes historiographiques comme la Chronique de Turpin, la Chronique rimée de Philippe Mousket, ou le Myreur des histors et la Geste de Liège de Jean d'Outremeuse.

    Sur commande
  • Les études réunies dans ce volume, plutôt que de s'arrêter à l'apparence d'indifférence au temps parfois dénoncée chez les auteurs de chansons de geste, ou de plaquer sans nuances sur les oeuvres le concept préétabli de temporalité cyclique, visent à dégager des textes eux-mêmes les structures temporelles qui en gouvernent l'organisation narrative. Trois perspectives sont ainsi envisagées. La première porte sur la nature du temps - essentiellement celui de l'origine chrétienne de l'Occident féodal, de Charles Martel à Louis le Pieux - où se déroule l'action épique et sur ses relations avec l'Antiquité païenne qui le précède et l'époque de la composition et de la performance qui lui fait suite. La seconde concerne, à hauteur de personnages, le temps de la vie et de l'action. La troisième enfin s'intéresse aux outils discursifs utilisés pour exprimer la temporalité. Ainsi se révèle une exploitation très cohérente de la dimension temporelle au service du récit et de la performance qu'il implique, mais aussi de ce récit lui-même dans la construction d'une mémoire collective.

    Sur commande
  • Les narrateurs du Bel Inconnu de Renaut de Beaujeu, de Florimont d'Aimon de Varennes et de Partonopeu de Blois posent leur voix dès le prologue à travers un dialogue avec les dédicataires dont la lecture ou l'écoute actualisent le processus. Un transfert à la fois énonciatif et scriptural parachève cette élaboration, offrant la possibilité aux auteurs de se couler dans la fonction du narrateur et de devenir les conteurs et les maîtres d'une narration qu'ils organisent à leur guise. Mais surtout, ils combinent leur « je » conteur à leur « je » amoureux dont les interruptions au caractère plus intime permettent la réalisation. Le récit subsume ainsi le discours lyrique, le fait sien, l'espace romanesque devenant le lieu d'une mutation lors de laquelle les narrateurs se projettent dans les personnages eux-mêmes, conçus comme des outils au service du « je ». Nous assistons donc à une narration plus intériorisée et à la manifestation d'un narrateur-auteur qui, en tant que sujet empirique, se sert de la fiction comme d'un véritable espace d'expérimentation.

    Sur commande
  • Cet ouvrage est un tableau complet, inédit, de l'épopée en langue allemande qui montre à quel point celle-ci, tout comme les autres genres littéraires, dépend de la littérature française. Hormis le théâtre qui remonte comme le théâtre médiéval français à des textes latins, la littérature médiévale en pays de langue allemande dans son ensemble est en effet, jusqu'à la Nef des Fous de Sebastian Brandt (Narrenschiff) à la fin du XVe siècle, sous l'influence de la France : l'épopée est un témoin de l'unité de la culture littéraire dans l'Europe occidentale chrétienne au Moyen Âge par-delà toutes les frontières linguistiques.

    Sur commande
  • L'analyse comparative du premier roman arthurien allemand, Erec, composé par Hartmann von Aue à la fin du XIIe siècle, et de sa source française, Érec et Énide de Chrétien de Troyes, permet de mettre en évidence l'intention particulière de l'adaptateur allemand. La question de l'amour ainsi que celle de la bonne ou de la mauvaise parole, qui se trouvaient au centre du roman français, sont neutralisées par Hartmann. Celui-ci retrace le parcours d'un jeune roi qui, après s'être égaré sur le chemin de la colère qui aveugle et rend injuste, redevient exemplaire et fait preuve d'altruisme et de miséricorde. Par bien des aspects l'adaptation allemande épouse la vocation d'un Miroir des princes. Hartmann s'est donc sciemment éloigné de sa source pour aborder une problématique différente de celle de l'hypotexte.

    Par ailleurs, une étude minutieuse de l'arrière-plan idéologique et historique du roman allemand met en exergue la conception que les contemporains de Hartmann ont de la bonne royauté et de la chevalerie chrétienne.

    Sur commande
  • La légende de Tristan et Iseut est certainement, à côté de celles du Graal, du roi Arthur et de sa Table Ronde, une des plus importantes du monde occidental et ce du Moyen Âge jusqu'à nos jours. Elle renferme des virtualités révolutionnaires remettant en question l'existence même de la société féodale. Pris d'une passion ardente et oubliant toute raison, les deux amants de Cornouailles dont elle raconte le tragique amour transgressent toutes les normes de la vie en société et défient l'ordre divin. Les grandes lignes de l'action sont les mêmes dans toutes les versions qui toutes s'achèvent par la mort des deux héros ; les différences ne concernent que l'interprétation et aussi la forme choisie (romans en vers ou en prose, récits brefs, pièces de théâtre, chants de maître, livrets d'opéra ou d'oratorio). C'est en France et au XIIe siècle que la légende de Tristan trouve sa réalisation littéraire et devient le mythe européen de l'amour passionné, qui dépasse toutes les contraintes sociales, morales et religieuses et triomphe même dans la mort. Nombreuses sont les réalisations du thème de Tristan en langue allemande. Cet ouvrage présente tous les textes de langue allemande, confrontés avec leurs sources et replacés dans un contexte européen. Ces sources sont françaises (tant pour Eilhart von Oberg que pour Gottfried de Strasbourg), puis allemandes pour Ulrich von Türheim, Heinrich von Freiberg, Tristan le Moine, fragment bas-francique, Tristrant en prose, Hans Sachs. Sont évoqués également tapisseries et fresques murales. Cependant les réécritures de la matière tristanienne ne se limitent pas au Moyen Âge. Est analysée dans un second temps la mise en oeuvre du mythe à l'époque moderne et contemporaine.

    Sur commande
  • Précieux témoignages sur les sensibilités et les croyances religieuses, avec, pour étymon spirituel, une interrogation eschatologique, les contes édifiants accueillent des modèles de vertu et des pécheurs appartenant aux trois ordres de la société médiévale, mais aussi des exclus et des marginaux.
    L'auteur du présent recueil se promène inlassablement à travers La Vie des Pères et les Miracles d'Adgar ou de Gautier de Coinci, mais aussi autour et alentour dans des oeuvres animées par l'exigence de l'exemplarité et la volonté d'édification.
    Rassemblées sous trois rubriques organiquement liées (Moines, ermites et chevaliers ; Pérégrinations ; Thématiques et motifs), ces études s'emboîtent et se complètent pour offrir une vision globale et unifiée de cette littérature à la fois humble et riche, et, en raison des enjeux, toujours actuelle.

    Sur commande
  • Le Tristan en prose, roman du XIIIe siècle, présente le personnage du chevalier errant comme le modèle à suivre. Cependant, il introduit également un nombre considérable de personnages de rois dont les caractéristiques et les fonctions son dégagées dans cette étude. Les personnages royaux appartiennent aux " matières " les plus diverses de la littérature médiévale et apparaissent dans le Tristan en prose en accomplissant parfois de nouveaux rôles. Mais à cause de cette multiplication, on ne peut se référer à une seule et unique représentation du roi dans ce roman. En effet, le roman introduit des personnages surprenants qui mettent en question le rôle même du roi, et d'autres qui ne font que le confirmer. Ainsi, Arthur redevient un roi plutôt actif. Tandis que Marc se présente comme le symbole de l'esthétique de la réécriture à lui seul, autrement dit de ce qui représente l'innovation du Tristan.

    Sur commande
  • La promotion de l'amour au rang de valeur est l'un des aspects fondamentaux de la civilisation dite courtoise. Or il se trouve que la viabilit de la relation amoureuse dans les rcits tristaniens du XIIe sicle est tributaire de la ruse. L'intrt de la tradition tristanienne consiste en partie intgrer la ruse dans les modalits du vcu amoureux et illustrer de ce fait le caractre indissociable de la ruse et de l'amour. Cependant, la fonction de la ruse comme garant de la viabilit d'un amour interdit et comme principe gnrateur de rcits est double d'une dimension idologico-potique qui uvre l'exaltation du dsir : le stratagme n'est pas seulement un moyen qui rend possible la rencontre amoureuse, il est souvent le support d'une vision de l'amour et de sa reprsentation emblmatique et participe pleinement de la potique mdivale du discours amoureux. Cette dimension fait toute la diffrence entre la ruse tristanienne et les stratagmes des amants des Fabliaux o la vitalit du dsir faisant corps avec ce principe dynamique qu'est la ruse ne fait pas pour autant de l'amour une vertu civilisatrice. Par ailleurs, l'intrt du corpus tristanien rside, comme l'atteste la distinction tablie entre "version commune" et " version courtoise", dans son inscription problmatique dans la tendance courtoise. Cet aspect problmatique est apprhend ici sous l'angle de la ruse. La polmique qui se fait jour dans la littrature critique propos de la conformit de telle ou telle situation l'idal courtois est confronte ainsi celle qui se donne lire en filigrane dans les diffrentes versions de l'histoire et notamment dans les situations de ruse qui deviennent le support d'une vision polyphonique de l'amour courtois. La mobilit inhrente la ruse comme posture mentale rejoint les mouvances d'un art d'aimer qui rsiste sa traduction en termes de loi et de code.
    Insaf Machta est Matre Assistant la Facult des Sciences Humaines et Sociales de Tunis. Elle y enseigne la littrature franaise du Moyen ge.

    Sur commande
  • Au commencement était la main, un fragment, la partie d'un tout. L'imaginaire s'en saisit parfois pour raconter l'histoire de la Relève du Temps, l'alternance de la naissance et de la mort à travers la dynamique du sacrifice. Cette problématique constitue la trame souterraine structurant bien des oeuvres à travers l'immémoriale et implacable logique du " si le grain ne meurt. ". Un grand nombre de récits peuvent être déchiffrés grâce à cette clef qui donne sens à toutes ces mains insolites jonchant en particulier dans la littérature médiévale les textes : mains coupées en guise de punition ou dans le duel en prélude à la décapitation, mains rongées par la lèpre ou offertes en tribut, mains magiques enfin, ou desséchées par quelque péché secret ou la seule vieillesse. Et non loin de ces mains, de ces manchots l'on trouve volontiers des poissons, des oiseaux, des eunuques et des vierges, des marraines et des marâtres, des mannequins et des ymaiges, de drôles de pousses de gibet aussi, et beaucoup de jumeaux. Une oeuvre emblématique, La Manekine de Philippe de Rémi, fournira le cadre narratif ainsi que les principaux motifs récurrents autour de la thématique de la mutilation : des traversées de grands océans, des accusations calomnieuses, de grandes disettes et de mélancoliques pêcheurs, mais également des Pâques radieuses. La métonymie engendre le double : amputation et génération forment un couple imprévu pour dire la guérison nécessaire du temps à travers la métaphore de la maternité et de la royauté à restaurer. Une main est coupée, un mannequin est brûlé, un sacrifice est donné au vieux bonhomme Temps pour le refaire jouvenceau, tandis que la Manekine, Reine mehaigniée, est enfin guérie et couronnée.

    Sur commande
  • Cette étude, où chaque proverbe cité est traduit, analyse une quinzaine de recueils en considérant chacun d'eux comme une oeuvre à part entière. L'originalité d'une collection apparaît dans le choix des proverbes, dans leur ordre, et surtout dans les commentaires en latin ou en français qui les accompagnent. On peut distinguer trois principaux types de recueils. Certains sont de courtes listes que l'on traduit en latin dans les écoles. D'autres, les plus célèbres, tel Les proverbes au vilain, sont faits de strophes de vers terminées chacune par un proverbe, et le poète peut y exprimer sa façon de sentir et de penser. Enfin il existe des listes de plusieurs centaines de proverbes, avec ou sans commentaires, grossies de proverbes nouveaux émanant de milieux urbains ou princiers. Dans l'ensemble, le cadre et les acteurs figurant dans les proverbes changent davantage que la vision du monde, où dominent la résignation devant le destin et la modestie des ambitions. Les recueils tardifs témoignent d'un intérêt nouveau pour le travail et les activités urbaines. Les formules ironiques visant les femmes ou le clergé semblent passer de mode. Mais le vilain, qui pourtant joue le rôle de conservateur des proverbes, reste le stéréotype de la bassesse, comme dans d'autres genres littéraires.

    Sur commande
  • Quatre romans méconnus font découvrir Byzance sous un angle beaucoup plus familier. Ils renvoient pourtant une image inversée de la société byzantine, où l'amour-passion qui unit les héros et les entraîne dans un voyage initiatique ne constitue pas le pilier du couple familial. Le christianisme, fondement de cette société, s'en trouve presque totalement évacué au profit du polythéi sme grec antique, tout comme le cadre spatio-temporel de la réalité. Plongée dans l'imaginaire donc même si quelques traces du "vécu" contemporain affleurent, ces romans s'inspirent pour leur thématique de romans grecs de l'époque impériale, mais leurs modèles sont aussi byzantins (hagiographie et épopée) et leurs sources, inévitablement, surtout antiques. Sans héritiers, ils laiss ent place au XIVe siècle à des romans courtois fortement occidentalisés qui n'ont plus de byzantin que le nom.

    Sur commande
  • Dans Éthique et Esthétique du récit de voyage à la fin du Moyen Âge, Nicole Chareyron sonde environ deux cent récits de voyage et s'intéresse à l'auteur, à celui qui construit le discours et se met en scène comme acteur ou héros sur le théâtre du monde traversé. Ce volume s'inscrit donc dans la recherche sur " l'écriture du moi " et sur le genre même du récit de voyage, dont il est si difficile de déterminer les contours. C'est là une contribution tout à fait neuve et originale sur les signes identitaires des voyageurs si souvent masqués derrière leur récit.

    Sur commande
  • Le pied, en particulier le pied qui cloche, est le siège d'un imaginaire très riche. La littérature fourmille de boiteux, de béquillards et de paralytiques, d'unijambistes et d'échassiers de toutes sortes. La boiterie est infirmité physique et mentale aussi : le péché originel ne marque-t-il pas toute la descendance de la Femme par une morsure au talon ? Apollon est appelé loxias non pas à cause d'un défaut ambulatoire, mais en raison de l'ambiguïté de ses oracles. Le Christ, en guérissant un paralytique, lui remet en même temps ses péchés.

    La boiterie est rupture de symétrie : le boiteux, le borgne et le manchot sont cousins. La boiterie renvoie à l'unilatéralité, au bi-parti, à toutes ces figures antiques qui ont perdu une sandale dans quelque enfer, à toutes les Cendrillon, Pédauque et Mélusine du Monde, aux diables boiteux et à tous les equipedes. Le " lieu " du boiteux est la frontière, cette ligne où deux univers opposés se touchent, ce seuil qu'il faut enjamber au prix d'un déséquilibre.

    C'est parfois un dieu courroucé, une mère dépitée, un père désemparé qui sont à l'origine de la claudication, comme dans le cas d'Héphaïstos ou encore d'Oedipe (" Pied enflé "), lequel doit sa vie au fait d'avoir su répondre à une question au coeur de laquelle se trouve encore le pied. Le génie analogique du Moyen Âge fera fusionner Oedipe avec Judas, actualisant ainsi un autre atavisme à l'oeuvre depuis Jacob, Saül et Salomon et jusqu'au juif errant, errant comme l'a été son premier ancêtre, Caïn ; les deux doivent boiter durement à force de marcher. Il se trouve que la tradition a fait de l'un un forgeron et de l'autre un cordonnier. Des forgerons antiques aux savetiers du Moyen Âge, en passant par les celtiques Trébuchet, tout part du pied, tout ramène au pied et nous parle d'enjeux d'une poétique gravité dont les enfants, qui jouent à cloche-pied à sauter de l'Enfer au Paradis, gardent jusqu'à nos jours la mémoire.

    Sur commande
  • Le " martyre d'amour " n'est pas seulement un thème, emprunté à la lyrique courtoise par le roman en vers de la seconde moitié du douzième à la fin du treizième siècle, exprimant la souffrance amoureuse d'un amant. Il est aussi le lieu à partir duquel la mélancolie amoureuse d'un poète est transformée en création poétique. Dès la seconde moitié du douzième siècle, l'introduction de l'amour dans le roman en vers, celle du " je " du romancier amant, et celle enfin de refrains ou de couplets de chansons courtoises, le transforment en profondeur. Le roman en vers, en même temps qu'il devient " roman du moi ", est l'objet d'une véritable expérimentation poétique. La fonction naturellement descriptive du roman souligne la souffrance amoureuse de son nouvel amant, le romancier, et permet aussi de dégager les mécanismes qui transforment cette souffrance en " roman ". De surcroît, le roman en vers n'ayant pour structure que sa propre histoire, l'amour d'un " je " présent dans ses vers le contraint à la recherche d'un temps préservant avec l'immortalité de l'oeuvre, celle du romancier. Entre la mort et la vie, entre le cri et les phrases banalisant ce cri, entre la présence d'un " je " narrant et l'histoire d'un " je " narré, entre la lettre et la voix, entre la confidence intime et l'universelle poésie, le roman en vers en proie au " martyre d'amour ", et devenu " roman du moi ", pâtit d'apories apparemment insolubles. Apparemment seulement, car l'expérience amoureuse du romancier le transforme en un " art d'aimer et de dire l'amour " par lequel le " grand chant courtois " est remplacé, pour un peu de temps encore, par le " grand roman d'amour courtois " en vers.

    Sur commande
  • Cette étude envisage dans sa première partie les liens complexes qui unissent les Voeux du paon, interpolation du Roman d'Alexandre d'Alexandre de Paris écrite au début du XIVe siècle, avec la tradition alexandrine sur laquelle ils s'adossent. A partir d'une réflexion sur l'oubli et le pardon, l'auteur médiéval pense sa propre pratique littéraire et parvient à écrire m algré ce qui a déjà été écrit. La seconde partie de cet ouvrage est consacrée à la réorientation courtoise opérée par un poème atypique au sein de la matière consacrée à Alexandre. Il s'agit d'étudier comment la courtoisie, à la fois désintéressement et idéalisation, donne à la plupart des actions des Voeux du paon, qu'elles soient guerrières ou amoureuses, l'apparence d'un j eu. L'esprit ludique et insouciant qui souffle sur l'oeuvre courtoise fait de cette dernière un précieux remède à la mélancolie.

    Sur commande
  • Ces Nouvelles études sur l'Ovide moralisé poursuivent l'exploration de ce témoin de l'âge gothique. L'auteur oriente la fable ovidienne qu'il traduit pour l'accorder à la vérité chrétienne. Il fustige les péchés, escamote la théorie de la métempsycose, élimine les aspects surnaturels et arbitraires du phénomène de métamorphose, recherche l'harmonie contre le désordre, rejette la poésie lyrique pour valoriser la "philosophie". Il établit une forte cohérence entre la fable et son interprétation, et témoigne du savoir scientifique et médical de son époque. Sa conception de la Création est conforme à celle de saint Bonaventure et la notion de " subtilité" permet de définir son art. Le moraliste avait une conscience claire de son projet et une parfaite maîtrise des moyens poétiques pour le réaliser.

    Sur commande
empty