Lettres et langues

  • «mon Faust»

    Paul Valéry

    Le personnage de faust et celui de son affreux compère ont droit à toutes les réincarnations.

    (. ) or, un certain jour de 1940, je me suis surpris me parlant à deux voix et me suis laissé aller à écrire ce qui venait. j'ai donc ébauché très vivement, et - je l'avoue - sans plan, sans souci d'actions ni de dimensions, les actes que voici de deux pièces très différentes, si ce sont là des pièces. dans une arrière-pensée, je me trouvais vaguement le dessein d'un iiie faust qui pourrait comprendre un nombre indéterminé d'ouvrages plus ou moins faits pour le théâtre : drames, comédies, tragédies, féeries selon l'occasion : vers ou prose, selon l'humeur, productions parallèles, indépendantes, mais qui, je le savais, n'existeraient jamais.
    Mais c'est ainsi que de scène en scène, d'acte en acte, se sont composés ces trois quarts de lust et ces deux tiers du solitaire qui sont réunis dans ce volume.

  • Longtemps, la critique d'art fut considérée, dans l'oeuvre de baudelaire, comme d'importance secondaire.
    Aux éblouissements de l'inspiration poétique, ne pouvait-on pas opposer la nature essentiellement alimentaire d'un labeur que le poète, sa correspondance faisant foi, définissait comme " avant tout un remplissage de colonnes " ?
    Or, dans ces écrits sur la peinture et la musique, se déploie, en réalité, une pensée esthétique autonome, émergent une réflexion propre et un goût singulier. avec les " salons " notamment s'élabore chez baudelaire le rapport spécifique qu'entretiennent perception, souvenir et expérience esthétique.
    C'est ici que naissent ces correspondances sans lesquelles il n'est, pour baudelaire, de poésie possible. c'est ici que s'impose la nécessité de dire une même expérience esthétique - allégorique ou concrète, d'image ou de sens. seule la lecture des écrits du critique conduit à l'intelligence de l'oeuvre du poète. esthétique et poétique se rejoignent pour célébrer le culte baudelairien des images.

  • Charles-augustin sainte-beuve commença à vingt ans sa carrière de critique au globe, le 10 octobre 1824.
    Le 13 octobre 1869, une opération manquée interrompit son " office de vigie " et priva flaubert du lecteur espéré : " j'avais fait " l'education sentimentale en partie pour sainte-beuve. il est mort sans en connaître une ligne. " a défaut d'un sainte-beuve intégral, nous présentons ici un sainte-beuve chronologique, avec une proportion plus généreuse pour la littérature de son temps et pour les textes de ses débuts - meilleure façon de faire sentir ce qui a maintenu, par-delà les faiblesses ou les désastres intimes, l'autorité de ce lecteur auprès des deux ou trois générations littéraires qui ont écrit, comme flaubert, " en partie pour lui ".

    Le lecteur découvrira un sainte-beuve politique méconnu, qui s'exprime, par exemple, avec flamme dans un hommage aux sergents de la rochelle exécutés par louis xviii pour complot libéral, un sainte-beuve élaborant sa méthode critique, du " pierre corneille " de 1829 au dialogue avec la " physiologie des écrivains et des artistes " d'emile deschanel en 1864, jusqu'à cette formule d'épilogue : " le goût seul ne dispense pas des méthodes armées et précises ", un saint-beuve ethnologue et sociologue du monde littéraire de son temps, enfin un sainte-beuve dressant ses portraits d'écrivains et partageant les combats de la génération romantique dont il s'est fait en apparence le censeur.

  • Après tout, rappelons une évidence : il est faux que les oeuvres littéraires ou artistiques soient attendues, justifiées, normalement produites en leur temps pour la satisfaction ultérieure de l'historien, des musées ou des professeurs.
    Au commencement est la violence, l'effraction, souvent le scandale. chaque nom, ici, représente une réalité qui n'aurait pas dû avoir lieu, une exception qui ne confirme aucune règle.
    Ces noms ? des écrivains, d'abord. lucrèce, montaigne, cervantes, saint-simon, sade, dostoïevski, proust, joyce, faulkner. des artistes ensuite : raphaël, watteau, picasso, webern, bach. puis viennent des réflexions ou des insolences plus générales : sur des lieux privilégiés, la fiction la théologie, freud.
    Et enfin : quelle est la condition, aujourd'hui, d'un écrivain français dont la littérature est comme la respiration même ? " ecrire, dit kafka, c'est bondir hors du rang des meurtriers. " le sujet de theorie des exceptions ? l'histoire contrastée et passionnée de ce bond.

  • Le destin singulier d'un racine est que ce poète va en même temps accepter, assimiler, illustrer l'immense trésor d'acquisitions du plus grand siècle littéraire et ne ressembler à personne; observer les formes d'art consacrées, et créer un tragique nouveau; être le metteur en oeuvre final, le représentant le plus éclatant, le délégué à la postérité de l'esthétique classique; et aussi, être racine.

  • Publier un livre, nous dit michel tournier, c'est procéder à un lâcher de vampires.
    Car un livre est un oiseau sec, exsangue, avide de chaleur humaine, et, lorsqu'il s'envole, c'est à la recherche d'un lecteur, être de chair et de sang, sur lequel il pourra se poser afin de se gonfler de sa vie et de ses rêves. ainsi le livre devient ce qu'il a vocation d'être : une oeuvre vivante. une cinquantaine de livres sont donc venus se poser sur le lecteur tournier, lequel, ayant une plume à la main, a essayé de décrire les fruits imaginaires que ces semences produisaient dans sa tête.
    Il en résulte une suite de brefs essais, qui vont de charles perrault à jean-paul sartre et de novalis à günter grass, oú la joie d'écrire s'ajoute au bonheur de lire.

    Indisponible
  • Les grands poètes sont souvent aussi de grands critiques. Paul Claudel a médité sur l'oeuvre d'art et en particulier sur la poésie.
    Ce volume comprend un choix de ses essais les plus célèbres consacrés aux poètes et au poème. Claudel nous parle de Mallarmé, de Dante, de Hugo, de tous ceux qu'il a aimés et qui l'ont marqué. Enfin deux de ses textes fondamentaux : les réflexions sur le vers français et sur l'inspiration poétique.

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