Gallimard

  • « Je me suis trouvé un jour au théâtre, dans une salle, puis sur la scène : je m'en étonne encore moi-même. Cet étonnement ne me gêne pas, il me plaît et me satisfait. Le plus estimable, le plus heureux dans la vie est de s'étonner. » Louis Jouvet (1887-1951) se tourne vers le théâtre autour de ses vingt ans, jouant des mélodrames ou de petits rôles avant de rencontrer Jacques Copeau, qui en fait son plus proche collaborateur au Vieux-Colombier. Ensuite, à la Comédie des Champs-Élysées puis à l'Athénée, il montera Jules Romains, Marcel Achard, Jean Cocteau et surtout Jean Giraudoux, développant une remarquable science de la mise en scène, qu'il mettra aussi au service de Molière. Professeur au Conservatoire, il se passionnera pour l'enseignement et la réflexion sur son métier.
    Enfin, au cinéma, il jouera dans une trentaine de films, dont plusieurs deviendront des classiques : Knock, La Kermesse héroïque, Drôle de drame, Hôtel du Nord, Entrée des artistes, Quai des Orfèvres.
    C'est donc le récit d'une aventure artistique exceptionnelle que nous propose cette biographie.

  • « Dans la vie, l'essentiel est de porter sur tout des jugements a priori. Il apparaît en effet que les masses ont tort, et les individus toujours raison. Il faut se garder d'en déduire des règles de conduite ; elles ne doivent pas avoir besoin d'être formulées pour qu'on les suive. Il y a seulement deux choses : c'est l'amour, de toutes les façons, avec des jolies filles, et la musique de La Nouvelle-Orléans ou de Duke Ellington. »
    Ingénieur, trompettiste de jazz, acteur, chanteur, parolier, pasticheur de romans noirs américains, critique, auteur de nouvelles et de pièces de théâtre, Boris Vian (1920-1959) ne fut jamais reconnu de son vivant pour ce qu'il était avant tout : un grand romancier au style exubérant, mêlant l'absurde à l'émotion, le paradoxe à la fantaisie. Auteur blessé de L'Écume des jours, il meurt à trente-neuf ans, le 23 juin 1959.

  • Comment faire entendre sa voix en ce XVIIIe siècle qui grouille de paroles alors que grandit le silence divin ? Quel langage trouver pour avoir le sentiment d'être soi ? Comment exister à ce moment où la politique devient un théâtre de l'idéal mais aussi de la cruauté ?
    Comment, en somme, faire en sorte que « si la femme a le droit de montrer sur l'échafaud », elle puisse aussi avoir le droit de « monter à la tribune » ? Voici quelques-unes des questions auxquelles tentent de répondre cette biographie de Marie Gouze, dite Olympe de Gouges (1748-1793), auteur d'une oeuvre essentielle comprenant pièces de théâtre et écrits politiques dont la célèbre Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.

  • Gertrude Stein, née le 3 février 1874 en Pennsylvanie, morte le 27 juillet 1946 à l'hôpital américain de Neuilly. Ces 2 dates, ces deux lieux, encadrent une vie passée de chaque côté de l'Atlantique, passée entre 2 siècles. D'où vient-elle ? La dernière d'une fratrie juive américaine dans une famille de commerçants aisés, d'origine allemande. Le passage d'un continent à l'autre est inscrit dans les gènes... et tout au long de sa vie, Gertrude ira de l'un à l'autre. Qui est-elle ? Tout d'abord, une insatiable curieuse qui aime s'instruire et se familiariser avec ce que la vie intellectuelle produit de nouveau : le « flux de conscience » qu'elle découvre à l'université auprès de son professeur William James, frère d'Henry, les travaux de Charcot sur l'hypnose et l'hystérie, les grands opéras de Wagner... Une admiratrice et un mentor, ce qui la conduira à être une collectionneuse fameuse, de Picasso tout au long de sa vie, mais aussi de Cézanne, de Renoir, de Picabia, de Juan Gris, de Matisse... tout ce qui a compté en peinture dans la première partie du XX e siècle s'est retrouvé sur les murs de Gertrude. Un écrivain, bien sûr, qui a trouvé de nouvelles formes, un rythme d'écriture singulier, des oeuvres souvent difficiles qui lui ont valu une reconnaissance tardive mais bien réelle, en Amérique où elle fait une tournée triomphale de conférences en 1935 et en France. Une amoureuse moderne, qui après avoir eu des difficultés à se définir comme homosexuelle, a ensuite pratiqué une forme de militantisme tranquille : elle a vécu une vie maritale avec Alice Toklas, rue de Fleurus à Paris comme dans le petit village de l'Ain où elles ont acheté une maison, sans rien cacher de leurs liens. Enfin, une européenne de coeur, elle qui a tant aimé Paris, bien sûr, la province française qu'elle a traversée au volant de ses différentes voitures (des Ford, exclusivement) qu'elle a aimé baptiser (Tatie, Govida...) et dans lesquelles un bagage signé Hermès accueillait les chiens qui ont les ont accompagnées, notamment le caniche Basket et le chihuahua Pépé... Elle a autant aimé l'Angleterre, l'Italie et l'Espagne, le pays de Pablo dont elle dit : « Il est naturel qu'un Espagnol ait exprimé en peinture l'âme du XX e siècle où rien ne s'accorde, ni la sphère avec le cube, ni le paysage avec les maisons, ni la grande quantité avec la petite. L'Amérique et l'Espagne ont cela en commun, c'est pourquoi l'Espagne a découvert l'Amérique et l'Amérique l'Espagne. » On pourra regretter, et le travail de Philippe Blanchon ne le passe pas sous silence, son manque de sens politique qui lui a fait notamment rapprocher Hitler et Roosevelt...

  • 'La vie dans sa forme optimale est un grand triangle. À un angle se trouve la personne humaine, à l'autre angle se trouve l'autre personne, et au sommet se trouve Dieu. Si ces trois dimensions ne s'enchaînent pas, travaillant harmonieusement ensemble dans une seule vie, alors cette vie est incomplète.' Assassiné le 4 avril 1968, sur le balcon du Lorraine Motel à Memphis dans le Tennessee, Martin Luther King (1929-1968) est un homme multiple. Penseur, poète, disciple de Gandhi appliquant la philosophie de la non-violence dans sa lutte pour les droits civiques des Américains noirs, il a su franchir la 'ligne des couleurs' pour s'attaquer à la question plus générale de la pauvreté. Prix Nobel de la paix en 1964, le célèbre pasteur baptiste aux dons d'orateur hors du commun nous a laissé une voix qui, aujourd'hui encore, nous invite à ne pas abandonner nos rêves. Ce livre est l'histoire d'un homme qui pensait que 'la justice est toujours debout à côté de l'amour'.

  • «Puissant Alcinoos, très remarquable parmi tous les hommes, Oui, cela est beau, écouter un chanteur Comme celui-ci, pareil aux dieux par la voix».

    Qui est Homère? A-t-il seulement existé? Il y a ses poèmes, l'Iliade et l'Odyssée, composés sous une première forme en Grèce d'Asie Mineure au VIIIe siècle avant J.-C. Mais lui? Les Anciens, qui croyaient en son existence, ont multiplié les récits sur sa vie, sa naissance (de père inconnu, ou est-ce un fleuve, ou Apollon?), son apprentissage, sa cécité, ses voyages, sa gloire et aussi ses faiblesses : il meurt de ne pas avoir su résoudre une énigme enfantine qui portait sur des poux. Un mythe s'est créé, très tôt, étonnant, enjoué et magnifique. Le livre en suit les lignes en partant de l'idée que ce mythe qui parle d'un artiste sans patrie, mutilé mais créateur de merveilles, comme le dieu Héphaïstos, nous en apprend beaucoup sur le choc poétique et religieux qu'a provoqué l'apparition des poèmes homériques. Non pas un auteur, mais un événement révolutionnaire.

  • "Le peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre". Surtout connu pour avoir été le Premier ministre du Royaume-Uni durant la Seconde Guerre mondiale, puis de 1951 à 1955, sir Winston (1874-1965) fut un homme aux multiples facettes. Ministre du Commerce, secrétaire du Home Office, Premier Lord de l'Amirauté, ministre de l'Armement, secrétaire d'Etat à la Guerre et secrétaire d'Etat à l'Air, chancelier de l'Echiquier, il occupa de nombreux postes politiques et ministériels.
    Mais il fut aussi officier dans l'armée britannique, correspondant de guerre, peintre, journaliste, historien, et obtint même le prix Nobel de littérature. Cette biographie alerte dresse un portrait sans concession d'un homme qui prétendait que la guerre était presque aussi dangereuse que la politique : "Pendant la guerre vous pouvez être tué une seule fois seulement, en politique plusieurs".

  • «L'âme humaine [...] est comparable à ces créatures fabuleuses - la Chimère, Scylla ou Cerbère - qui unissent en un seul corps les formes de plusieurs espèces d'êtres vivants.» Platon (env. 428-347 av. J.-C.) fait aujourd'hui figure de mythe. Fondateur de nombreux concepts dont nous sommes les héritiers, il apparaît comme le père de la philosophie moderne. Mais quel homme fut-il? Remarquable par son physique athlétique et son esprit brillant, cet enfant de l'aristocratie athénienne se destinait à la politique ou aux arts. Sa rencontre avec Socrate bouleverse le cours de son existence. Rejetant dès lors la futilité de ses premiers penchants et condamnant les excès de la vie politique, il se voue corps et âme à la quête de la vérité.

    De son oeuvre, il nous reste vingt-huit écrits, qui ont traversé vingt-cinq siècles. De son vécu, bien peu de chose. L'entreprise de Bernard Fauconnier soulève la question des sources : faute de pouvoir apporter une réponse ferme et limpide, l'auteur tente de retracer la ligne d'une vie qui, à bien des égards, fut exemplaire.

  • Aussi romanesque que ses oeuvres, la vie de Francis Scott Key Fitzgerald (1896-1940), enfant d'une famille modeste du Minnesota qui devint le chef de file de la Génération perdue, a des allures de tourbillon. C'est pour les yeux vifs et moqueurs de la jeune Zelda Sayre, au charme exubérant, qu'il écrit Loin du Paradis. Portrait de l'ère du jazz, le roman connaît un succès éblouissant qui porte aux nues le couple mythique.
    Suivront quatre romans - dont le célèbre Gatsby le Magnifique - et une trentaine de nouvelles.

    Il flotte dans l'existence des Fitzgerald un air de fête permanente, défrayant la chronique et fascinant le monde entier. Avec leur fille Scottie, ils semblent former le tableau idéal - ils ont tout : la gloire, l'amour, l'argent.

    Mieux que personne, ils surent incarner une Amérique jeune, libérée et créatrice. Mais, entre les verres de gin, la folie de Zelda et le déclin littéraire, l'envers du décor - aussi somptueux soit-il - est amer.

  • Marguerite Duras (1914-1996) a fasciné autant qu'elle a irrité. Auteur d'une oeuvre abondante qui s'exprima dans le roman, le théâtre, le cinéma, elle marqua de son empreinte la littérature mondiale du XX e siècle. De Moderato cantabile à L'Amant, en passant par Détruire dit-elle ou India Song, voire ses articles dans la presse, elle reste un écrivain profondément engagé dans son temps. De l'enfance rebelle en Indochine à l'isolement des dernières années dans sa maison de Neauphle-le-Château, ce livre retrace la vie de cet écrivain hors du commun qui n'hésitait pas à énoncer : « Si je l'ai écrit, c'est que ça a existé. ».

  • « Une si dévorante soif de voir, de connaître, d'apprendre.» Les soeurs Brontë... Ce pluriel, depuis un siècle et demi, fascine. Quand Emily écrit Les Hauts de Hurlevents, Anne publie La Recluse de Wildfell Hall, et Charlotte Jane Eyre. La première meurt à trente ans, en 1848 ;
    La seconde à vingt-neuf, un an plus tard ; la troisième à trente-neuf, en 1855. Sans oublier Branwell, le frère écrivain maudit, qui disparaît lui aussi prématurément, miné par l'alcool et la tuberculose. Tous quatre étaient orphelins de mère. Quelle probabilité il y avait-il pour que tous ces talents aussi originaux poussent ainsi à l'ombre du presbytère de Haworth? Faute de pouvoir éclaircir totalement ce mystère, Jean- Pierre Ohl tente d'en dessiner les contours, et de comprendre ce qui, aujourd'hui encore, rend si proche de nous les enfants du pasteur Patrick Brontë.

  • L'extraordinaire histoire vraie d'une amitié inattendue, à la fin du règne marquant de la Reine Victoria. Quand Abdul Karim, un jeune employé, voyage d'Inde pour participer au jubilé de la reine Victoria, il est surpris de se voir accorder les faveurs de la Reine en personne. Alors que la reine s'interroge sur les contraintes inhérentes à son long règne, les deux personnages vont former une improbable alliance, faisant preuve d'une grande loyauté mutuelle que la famille de la Reine ainsi que son entourage proche vont tout faire pour détruire. A mesure que l'amitié s'approfondit, la Reine retrouve sa joie et son humanité et réalise à travers un regard neuf que le monde est en profonde mutation.

  • Casanova

    Maxime Rovere

    « Cultiver les plaisirs de mes sens fut, dans toute ma vie, ma principale affaire ; je n'en ai jamais eu de plus importante ». Il n'a pas fallu longtemps, un siècle tout au plus, pour que GiacomoCasanova (1725-1798) prenne sa place au Panthéon des mythes. Fils d'une modeste famille de comédiens, il est devenu, à la faveur de ses Mémoires, Histoire de ma vie, une figure de référence dans l'art de la séduction. Mais qu'était-il vraiment ? Un agent secret, un aventurier cosmopolite, escroc à ses heures ? Pour aborder Casanova, il faut se garder d'appliquer à son histoire les catégories issues des deux siècles qui nous séparent de lui. Le dépouillant de ses attributs de surmâle, Maxime Rovere en fait un éternel amoureux joueur de cartes invétéré, mais aussi un voyageur insatiable, un homme de lettres éperdu de projets, un grand amateur de vins et un incomparable gastronome, en somme le chantre d'une liberté nouvelle, praticien volontaire d'unephilosophie joyeuse et hédoniste.

  • Colette

    Madeleine Lazard

    Colette (1873-1954) qui signa d'abord " Gabrielle Colette ", puis " Colette Willy ", puis " Colette Jouvenel ", puis " Colette ", qui aurait pu signer " Colette Goudeket " et ne le fit jamais, a été l'un des écrivains les plus célèbres et les plus admirés de son temps. Elle a séduit les publics les plus simples comme les plus raffinés. Auteur de nombreux romans et nouvelles, elle fut aussi mime, danseuse nue, actrice, journaliste, rédactrice de journaux à scandale, conférencière, esthéticienne. Sa vie privée, une fois débarrassée de ses légendes, de ses maris, de ses amants et de ses amantes, vaut bien un roman : celui d'une " écrivaine " éprise avant tout de liberté.

  • George Orwell (1903-1950), de son vrai nom Eric Arthur Blair, est l'auteur d'une oeuvre très marquée par ses engagements politiques. Après avoir lutté contre l'Empire britannique en Birmanie, pour la justice sociale aux côtés des classes laborieuses de Londres et de Paris, puis participé à la guerre d'Espagne dans les rangs du P.O.U.M., il se consacre à une oeuvre littéraire écrite, «directement ou indirectement, contre le totalitarisme et pour le socialisme démocratique». Témoin lucide de son temps, auteur notamment de La Ferme des animaux et de 1984, il meurt à quarante-six ans, et demande dans son testament qu'aucune biographie ne retrace sa vie.

  • "Ne crie pas que tu donneras ta vie pour tes principes, pour la vérité ; mais tâche de ne jamais mentir". L'histoire retient d'Alexandra David-Néel (1868-1969) qu'elle est la première européenne à séjourner à Lhassa au Tibet. Jennifer Lesieur rappelle qu'elle fut aussi chanteuse d'opéra, franc-maçonne, journaliste, et qu'elle écrivit une quarantaine de livres dont Voyage d'une parisienne à Lhassa et La Lampe de sagesse.
    Orientaliste érudite, elle vécut toute sa vie dans la lumière du bouddhisme parce que, disait-elle "il est basé sur la possibilité de se libérer par soi-même de la souffrance". Du Sikkim à Kalimpong, de Lachen au Tibet, en passant par le Japon, la Corée, la Chine, la Mongolie nous suivons pas à pas cette exploratrice audacieuse, féministe convaincue, jusqu'à Digne, petite ville de Haute-Provence, où elle s'éteint à presque 101 ans, dans la "douceur sereine d'une inébranlable paix".

  • Sade

    Stéphanie Genand

    Donatien Alphonse François de Sade (1740-1814) passa vingt-sept de sa vie en prison ou en asile d'aliénés. Ecrivain, romancier, philosophe, homme politique, on ne retint longtemps de lui qu'un cortège de rumeurs et une liste d'ouvrages clandestins pour la plupart introuvables. Entrée depuis 1990 dans la Pléiade, son oeuvre est aujourd'hui en livre de poche, et tout un chacun peut lire Les Cent Vingt journées de Sodome, La Philosophie dans le boudoir ou La Nouvelle Justine ou les malheurs de la vertu. Mais Sade n'en reste pas moins un objet constant d'études et de questionnements. En 1818, un chirurgien, nourri de phrénologie, avait examiné son crâne. Entre surprise et déception, il en avait conclu que ce dernier « était en tous points semblable à celui d'un père de l'Église ». Sade ne serait-il donc qu'un homme ? Telle est la question.

  • "Je porte en moi la mélancolie des races barbares, avec ses instincts de migrations et ses dégoûts innés de la vie, qui leur faisait quitter leur pays, pour se quitter eux-mêmes." Flaubert Peut-on lâcher son siècle ? Le détester, oui, lui préférer une Antiquité imaginaire, certes, mais Flaubert est entraîné dans les tourbillons du temps. Son oeuvre portera cette double marque : le rêve carthaginois d'un monde flamboyant à jamais disparu et la peinture vengeresse du siècle de Monsieur Prudhomme et du pharmacien Homais. Michel Winock porte un regard d'historien sur cette vie tout entière vouée à la littérature.

    Son dégoût proclamé de la vie, Flaubert ne l'a transcendé ni par l'expérience amoureuse, ni par la foi en Dieu, ni par quelque idéal politique, mais par la religion de l'Art, dont il fut un pèlerin absolu.

  • Visionnaire de génie, séducteur invétéré, esprit mordant, léonard de vinci (1452-1519) veut tout connaître du monde.
    De la physique à la botanique, de la géologie à l'anatomie, en passant par l'astronomie, la musique, les mathématiques, l'architecture, la sculpture, le dessin, la peinture, rien ne doit échapper à son insatiable curiosité. pourtant, si l'on excepte son goût pour l'organisation de fêtes spectaculaires, nombre de ses travaux restèrent à l'état d'ébauches. ainsi, à peine une douzaine de tableaux peuvent-ils lui être attribués avec certitude.
    Et si ce n'étaient les milliers de pages de ses fameux carnets, l'emploi du temps de l'inépuisable inventeur resterait une énigme que sophie chauveau tente ici de percer. en toile de fond : l'italie de la renaissance.

  • Lapérouse

    Anne Pons

    « Mon histoire est un roman. » En ce siècle des Lumières où la science commande et où les nouveaux instruments de mesure rendent plus sûrs les voyages au long cours, Jean-François de Galaup, comte de La Pérouse (1741-1788 ?), entré dans la marine à quinze ans, consacre sa vie à la navigation. Commencée sur les côtes françaises, son épopée s'échève une trentaine d'années plus tard, au large des îles Salomon. Auparavant, il aura navigué de l'île de France aux Indes, participé à la guerre d'Indépendance américaine et aux combats contre les Britanniques aux Antilles. S'appuyant sur la lecture de son Journal de bord, ses lettres, ses notes, ses comptes rendus, ses Mémoires, et les recherches les plus contemporaines, Anne Pons tente de percer le mystère de l'homme qui ne semble avoir vécu que pour tourner autour du monde. Louis XVI, qui avait commandé la fatale expédition, ne saura jamais que ses marins avaient péri, ni Lapérouse que son roi était mort décapité.

  • « Nous ne pouvons pas construire un monde meilleur sans améliorer les individus. Dans ce but, chacun de nous doit travailler à son propre perfectionnement, tout en acceptant dans la vie générale de l'Humanité sa part de responsabilités. » La légende n'a voulu retenir de Marie Curie (1867-1934) que l'image d'une travailleuse acharnée et brillante, pionnière dans le domaine de la radioactivité, et prix Nobel à deux reprises. Mais ne fut-elle pas aussi une mère attentive, une épouse dévouée, une amante passionnée, une femme perdue en un temps qui lui refusa la reconnaissance qu'elle méritait ? Dans cette France de la Belle Époque où Mirbeau affirme que le rôle unique de la femme consiste à « perpétuer la race », Marya Salomea Sklodowska, la Polonaise, fut traitée d'« étrangère », d'« intellectuelle athée », de « femme émancipée ». Quand elle meurt en juillet 1934, « usée par un travail écrasant, seule et sans défense », comme l'écrit sa fille Ève, son enterrement ne donne lieu à aucune cérémonie ni discours officiel.

  • "Si je ne suis pas moi, qui le sera ?" Henry David Thoreau (1817-1862) est né et mort à Concord, un village du Massachusetts. Fils d'un modeste artisan, il poursuivit ses études à Harvard, étudia le grec et le latin, et plutôt que de tenter une carrière, revint au foyer paternel. Ses premiers textes, écrits sous le parrainage d'Emerson et de Hawthorne, le situent dans la mouvance transcendantaliste. Passionné par les antiquités pré-colombiennes, le mysticisme contemplatif venu de l'Inde, s'insurgeant contre la puissance montante des financiers, opposé aux lois esclavagistes, pionnier de l'écologie et de l'anarchisme, il se disait "un homme avant d'être un Américain". Ses deux textes les plus célèbres sont Walden ou La Vie dans les bois, et La Désobéissance civile, pamphlet qui influença la désobéissance passive de Gandhi.

  • Klimt

    Serge Sanchez

    Figure centrale de la Sécession viennoise, Gustav Klimt (1862-1918) est le peintre emblématique de la Vienne fin de siècle, celle de Sigmund Freud, Gustav Mahler et Arthur Schnitzler, tous fondateurs de la modernité européenne. Il fit exploser les normes académiques et permit à l'art autrichien de s'ouvrir à l'impressionnisme et au symbolisme. Il fut aussi l'ami et le protecteur des jeunes expressionnistes Oskar Kokoschka et Egon Schiele. Ornemaniste de génie, portraitiste renommé de la haute société et paysagiste introverti, Klimt, enfin, ne cessa de représenter les métamorphoses de la femme. À la fois classique et scandaleux, il restera comme le peintre des grands mystères de la sexualité et de la mort. Son Baiser vient se placer au premier rang des oeuvres les plus célèbres de l'histoire de l'art.

  • Van Gogh

    David Haziot

    « Actuellement, je suis pris par les arbres fruitiers en fleur. Je ne suis aucun système de touche. Je tape sur la toile à coups irréguliers, que je laisse tels quels. Des empâtements, des endroits de toile couverts par-ci, par-là, des coins laissés totalement inachevés, des reprises, des brutalités ; enfin le résultat est assez inquiétant et agaçant pour que ça ne fasse pas le bonheur des gens à idées arrêtées d'avance sur la technique. »

    C'est après avoir abandonné la prédication à l'âge de vingt-six ans que Vincent Van Gogh décide de consacrer sa vie à l'art. Dès lors, il suit avec obstination son chemin solitaire vers cette libération du trait qui va lui permettre de rendre l'émotion dans sa brutalité. Il se fixe un but : peindre comme on écrit. Cette vie, au fond méconnue, qui fut aussi le roman bouleversant de deux frères, Vincent et Théo, prend fin quand Van Gogh (1853-1890) en plein mois de juillet, alors qu'il peint au milieu d'un champ de blé, se tire une balle de revolver dans la poitrine.

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