Gallimard

  • En 1859, dans L'Origine des espèces, le naturaliste anglais Charles Darwin expose publiquement sa théorie de la descendance modifiée des êtres vivants par le moyen de la sélection naturelle : les espèces ne sont pas fixes, mais varient et se transforment suivant la loi du triomphe des formes les plus adaptées. C'est une révolution : l'idée du Créateur s'effondre, et avec elle tout plan « providentiel » de la nature. L'Angleterre victorienne s'enflamme, pour ou contre. En 1871, avec La Filiation de l'Homme, Darwin inscrit l'Homme dans la série animale. Ce dernier venu possède un ancêtre commun avec les Singes de l'Ancien Monde, dont il a perfectionné les instincts sociaux et les facultés rationnelles en tirant un avantage social de comportements antisélectifs : l'éducation, le droit, les conduites solidaires et altruistes, la protection des faibles et des déshérités. Philosophe et épistémologue, Patrick Tort éclaire la vie et l'oeuvre du principal fondateur de la science de l'évolution, qui fut aussi un penseur de la paix, et un éminent généalogiste de la morale.

  • Premier analyste de son oeuvre, Matisse s'est tu, obstinément, sur lui- même. Ses souvenirs, dit-il, ne le représentent pas moralement. Sa biographie s'arrête à la porte de l'atelier, où le temps s'efface au cadran de la création et cède la place aux murs empourprés, à la clarté phos- phorescente des tableaux. Mais qu'on y prenne garde, les grands aplats des rouges et des bleus, les mouvements d'une ligne désancrée et la lumière éblouissante d'une image dessinée à même la couleur, toutes ces inventions, si semblables au bonheur, ne forment pas des lieux idéaux ou sacrés mais les espaces d'un travail ininterrompu à travers lequel Matisse cherchera toute sa vie l'allégement dans la somptuosité.
    Xavier Girard nous entraîne dans cet univers dense et clair.

  • Signac ; au temps d'harmonie Nouv.

    Au Temps d'Harmonie est le titre donné par Paul Signac à une grande composition de 1895 dont le thème est celui d'un âge d'or du XXe siècle. Mais ce mot «harmonie» caractérise aussi son art tout entier. Impressionniste à vingt ans, avec Claude Monet pour modèle, Signac, convaincu de l'efficacité de la méthode de son ami Georges Seurat, devient en 1886 néo-impressionniste, et le théoricien du mouvement. Peintre, écrivain, marin, anarchiste, Signac ne cesse dès lors d'affirmer avec force ses convictions, soucieux, avant tout, d'offrir par sa peinture, comme le montre Anne Distel, «de belles lignes, de belles couleurs, sans souci de mode, d'anecdote ou de littérature».

  • «Au fond quand on parle d'art abstrait, on dit toujours que c'est de la musique. Quand on veut en dire du bien on parle musique. Tout devient musique [...]. Je crois que c'est pour ça que je n'aime pas la musique.» Pablo Picasso.

    Contrairement à cette déclaration volontiers provocatrice, l'observation de l'oeuvre de Picasso dévoile un intérêt considérable pour l'imaginaire musical : des premières scènes de vie gitane aux joueurs de flûte des années 1970, en passant par les saltimbanques musiciens, les Guitares cubistes, les collaborations avec les Ballets russes, les poèmes sonores de l'artiste ou les bacchanales qui colorent après-guerre un nombre infini de toiles, d'oeuvres graphiques, de céramiques et de sculptures, tout son oeuvre est traversé par la musique.

  • L'oeuvre de Sartre, prolifique, protéiforme, foisonnante, inachevée, est peut-être l'une des plus marquantes du XXe siècle. Philosophe, romancier, dramaturge, critique, journaliste, directeur de revue... Sartre a touché à tous les genres et avec brio (La Nausée, Huis Clos, Les Chemins de la Liberté, Les Mots, etc.). Sa revue, Les Temps Modernes, lancée en 1945, autour de l'existentialisme et de la littérature engagée, devint le carrefour de tous les affrontements culturels et politiques. Ses interventions politiques pour l'indépendance de l'Algérie, ses conflits avec le général de Gaulle et ses prises de position en faveur du tiers-monde lui valurent la reconnaissance de tous les pays qui tentaient de se dégager du colonialisme. Sa relation si originale avec Simone de Beauvoir, son refus du prix Nobel de littérature en 1964, et ses attitudes d'héritier subversif font de lui, dans la tradition française des Voltaire, Hugo et Zola, l'intellectuel français capital de notre époque.
    Pour le centenaire de sa naissance, la biographe de Sartre, Annie Cohen-Solal, propose une nouvelle lecture de son oeuvre : Sartre, un penseur pour le XXIe siècle.

  • Héritier du Garde-meuble de la Couronne et des manufactures royales, le Mobilier national crée, conserve et restaure des dizaines de milliers de meubles et d'objets, destinés à l'ameublement et au décor des édifices publics en France et à l'étranger. Trois cents artisans d'art oeuvrent en son sein, à Paris et en région. Les manufactures des Gobelins et de Beauvais sont vouées à la tapisserie, la manufacture de la Savonnerie au tapis, les ateliers du Puy-en-Velay et d'Alençon à la dentelle, l'Atelier de recherche et de création (ARC) au design, tandis que sept ateliers de restauration se répartissent les différentes spécialités du bois, du métal et du textile.
    Haut lieu de notre patrimoine, le Mobilier national est aussi un acteur majeur de la création contemporaine et de la promotion des métiers d'art à la française

  • « Je lisais, au dos de mes bouquins : "... plusieurs vies bien remplies... aviateur, diplomate, écrivain..." Rien, zéro, des brindilles au vent, et le goût de l'absolu aux lèvres. Toutes mes vies officielles, en quelque sorte, répertoriées, étaient doublées, triplées par bien d'autres, plus secrètes » (Vie et Mort d'Émile Ajar). Dans « la communion avec la joie d'exister » plutôt que dans l'acceptation des « explications définitives » de l'homme ou de la vie, ne se laissant pas enfermer dans une seule image, une seule légende, ni même une seule vie, invitant par une prodigieuse puissance créatrice ses lecteurs à le suivre dans sa « conquête » d'une liberté « hors de l'oeuvre », d'une « liberté vécue », Romain Gary l'enchanteur, l'auteur des Racines du ciel, de La Promesse de l'aube ou de La Vie devant soi, est l'un des rares pionniers modernes de l'aventure humaine universelle. Jean-François Hangouët nous accompagne dans sa traversée des frontières.

  • Quand Albert Camus meurt dans un accident d'auto, le 4 janvier 1960, il n'a que quarante-six ans. Il avait, deux ans plus tôt, reçu le prix Nobel. Il laisse, inachevé, un récit à peine romancé de sa vie, Le Premier Homme. Le « premier homme », c'était son père, pionnier de la colonisation française en Algérie avant d'être tué à la guerre de 1914; c'est aussi le narrateur, né pauvre et sans racines sur une terre où tout reste toujours à inventer. Grâce aux beautés du rivage méditerranéen, Camus a découvert dès son enfance les vraies richesses, celles qui inspiraient l'idéal des Grecs de l'Antiquité ; il y a puisé la conviction que le sentiment du tragique est indissociable de l'aspiration à un bonheur qu'il sait, à l'image du soleil de midi, toujours précaire.
    Son ambition était de renouer avec l'inspiration d'Eschyle pour devenir un grand dramaturge, témoin du tragique de son siècle.
    Sa vie entière fut vouée au théâtre. Plus que ses pièces, pourtant, ses romans l'ont imposé comme un écrivain majeur de son temps. Le héros de L'Étranger, condamné à mort pour avoir refusé les mensonges de la société, ceux de La Peste, engagés contre un mal né à la fois de l'absurdité de la condition humaine et des crimes du totalitarisme, ou le « juge-pénitent » de La Chute, qui désespère de lui-même afin d'enlever à ses contemporains leurs raisons d'espérer, tous témoignent de la « terrible époque ». Face à l'absurde, Camus ne voit de grandeur pour l'homme que dans la révolte.
    Mais la révolte est confisquée par des professionnels de la révolution, qui asservissent les hommes au nom de l'improbable paradis d'une société sans classes. « Mon royaume tout entier est de ce monde » : à la différence des chrétiens et des penseurs marxistes, Camus croit à l'urgence du bonheur. Contre les injustices du colonialisme, du communisme ou du franquisme, il a, en marge de son oeuvre littéraire, bâti une oeuvre de chroniqueur. Créateur de mythes, il est aussi, par sa plume, un des principaux acteurs de son temps. Au fil de sa vie se lisent les luttes en faveur de la démocratie, les querelles autour de la guerre froide et, pour finir, la tragédie de la guerre d'Algérie.

  • « Le caractère, c'est d'abord de négliger d'être outragé ou abandonné par les siens. Les gens croient que je ne sais pas ce que veut dire perdre la fraternité. Croient-ils que je n'ai pas assez connu le goût de poison du mépris ? Mais il faut accepter de tout perdre. Sinon quoi ? Le risque non plus ne se divise pas. » Tout au long du XXe siècle, de Gaulle a eu rendez-vous avec l'Histoire. Général rebelle en 1940, chef du gouvernement provisoire en 1944, stratège de la légitimité nationale en 1958, président, enfin, il a fait de la Ve République le régime constitutionnel que la France attendait depuis 1789.
    Odile Rudelle retrace le destin exceptionnel d'un homme qui incarna la France durant de longues décennies.

  • Lorsque Toulouse-Lautrec découvrit Montmartre, Aristide Bruant chantait au Mirliton ; le Moulin Rouge, après le Moulin de la Galette, ouvrait ses portes aux danseurs, la Goulue et Valentin le Désossé y tenaient la vedette. Spectateur passionné, Lautrec devint l'ami des stars et, par ses affiches, l'artisan de leur gloire. Claire et José Frèches nous entraînent sur les pas de ce jeune aristocrate d'Albi que la maladie avait rendu différent. À la nature et au paysage du Sud-Ouest, aux subtiles nuances des ciels, il préféra vite Paris et les cabarets, les feux de la rampe et les lumières de la nuit qui font les femmes plus belles.

  • " Représenter l'invisible ", tel est le rêve de Léonard, le grand maître de la Renaissance, l'artiste de la science et de la technologie, de la pittura mentale, du dessin analytique pénétrant les phénomènes de l'univers. Pour le comprendre, il fallait une biographie nouvelle, par-delà le mythe et le mystère, la légende et la rhétorique, une plongée dans les innombrables manuscrits autographes et les documents originaux ; il fallait une interprétation originale de cette oeuvre interdisciplinaire, universelle et plus que jamais actuelle. Alessandro Vezzosi, un des plus grands connaisseurs de Léonard, nous accompagne dans cette aventure, et nous fait découvrir le vrai léonard, une hydre aux mille têtes...

    Les oeuvres attribuées en toute certitude à Léonard, de l'Adoration des Mages à la Joconde, les oeuvres d'atelier, les oeuvres d'école, les copies, les dessins, réunis en codex ou sur feuilles isolées, les projets d'ingénieur et d'architecte, les cartes et les manuscrits, couverts d'écriture en miroir. En tout, plus de 230 illustrations.

  • Au VIe siècle av. J.-C., un prince originaire du nord de l'Inde quitte parents et fortune pour tenter de trouver une réponse à l'universelle énigme de la souffrance et de la mort. Siddhârta Gautama va devenir l'«Éveillé» : le Bouddha, le Bienheureux qui apporte la Bonne Loi à des millions d'êtres humains. Son enseignement montre que, par l'abstention de tout péché et la pratique de la méditation, les adeptes parviendront à la juste connaissance qui les conduira au nirvâna, état de sérénité suprême. Il sera l'initiateur d'une religion qui, depuis deux mille cinq cents ans, s'adapte aux populations, aux régions, aux cultures et aux climats.
    Entre l'histoire et la légende, Jean Boisselier, indianiste et historien de l'art, déroule la vie de Celui qui voulut libérer les hommes et dont la doctrine éclaire aujourd'hui près de la moitié de l'humanité.

  • Jean Giono est né en Provence, à Manosque, où il a passé presque toute sa vie. Si son imaginaire prend sa source et s'inscrit dans les paysages arides de cette région, Giono n'est pas pour autant un auteur «provençal». C'est le romancier de la vie, de la terre, des sensations, du bonheur et de l'ennui, des passions humaines les plus pures, et les plus sombres aussi.
    Henri Godard retrace la vie d'un conteur-né, charmeur et plein d'humour, et évoque l'extraordinaire puissance d'invention d'une oeuvre tout entière dédiée au romanesque. Sous des allures de classique, Jean Giono est un auteur résolument moderne qui a su renouveler la fiction et faire du roman un divertissement de roi.

  • En 1802, à 26 ans, Joseph Mallord William Turner est le plus jeune artiste jamais élu à la Royal Academy. Peintre et aquarelliste prolifique, son succès lui assure une indépendance et une liberté dont il va user tout au long de sa vie. Si ses tableaux mêlent d'abord les grands thèmes historiques aux visions inspirées de Claude Lorrain, ses recherches sur la lumière l'entraînent rapidement vers une dissolution inattendue des formes. Toujours en quête de lumières nouvelles, Turner n'a de cesse de parcourir la Grande-Bretagne, mais aussi l'Europe, des Alpes aux rives du Rhin, de Calais à Rome, de Nantes à Venise. Sa mort en 1851 va révéler, en même temps qu'une vie privée jalousement tenue secrète, un étonnant testament dans lequel l'artiste lègue à la nation anglaise sa fortune et plus de trente mille dessins, aquarelles et peintures pour créer un musée qui lui soit entièrement dédié.
    Olivier Meslay nous invite à suivre l'élaboration de cette peinture incandescente qui fait de l'oeuvre de Turner, entre romantisme et impressionnisme, l'un des plus remarquables apports de l'Angleterre à l'histoire de l'art européen.

  • « Les choses les plus réelles sont celles que j'ai inventées », confiait Federico Fellini. Au cours d'une carrière riche de chefs-d'oeuvre, Les Vitelloni, La Strada, La Dolce Vita, Huit et demi, Satyricon, Amarcord, Casanova, Et vogue le navire, La Voix de la lune, Fellini a créé l'un des univers les plus fascinants du cinéma. Un monde fantastique qui n'appartient qu'à lui, où le passé, le présent et le futur, les souvenirs, le réel et l'imaginaire sont inextricablement mêlés, où la condition humaine apparaît dans toute sa force grotesque et tragique, lubrique et spirituelle. Jean A. Gili retrace le parcours de ce magicien du réel, et nous entraîne dans les arcanes de la création fellinienne. De l'écriture du scénario à la postproduction, l'aventure du film se révèle une expérience totale, préméditée et improvisée, au gré de la fantaisie du créateur. Une fête perpétuelle où l'on croise, parmi une multitude d'anonymes, des collaborateurs fidèles, Tullio Pinelli, Giuseppe Rotunno, Dante Ferretti, Nino Rota, et des visages familiers, Giulietta Masina, Marcello Mastroianni, Anita Ekberg...

  • Après avoir été l'animateur d'un cirque de figurines miniatures et dessiné dans l'espace avec du fil de fer, Calder a inventé l'une des expressions les plus neuves et les plus audacieuses de la sculpture du xxe siècle : le mobile.
    Des formes abstraites en suspension décrivent dans l'espace la danse des planètes ou évoquent la faune et la flore naturelles. Ces constructions aériennes trouvent bientôt un pendant de poids avec les stabiles, géants de métal posés au sol. Avec eux, Calder est devenu l'un des principaux créateurs d'art public et monumental du siècle. Dépassant le mythe tenace de l'artiste-enfant et du génial bricoleur, Arnauld Pierre montre l'importance historique des inventions de Calder, dont il retrace la genèse et qu'il situe à leur véritable place : une des toutes premières.

  • « Ma peinture porte en elle le message de la douleur. » Frida Kahlo - née en 1907 près de Mexico - a fait très tôt l'apprentissage de la souffrance : poliomyélite à 6 ans ; terrible accident d'autobus à 18 ans qui lui brise la colonne vertébrale... La jeune et indomptable Frida rencontre Diego Rivera, le grand muraliste, dans un Mexique en pleine effervescence politique et culturelle. Ils formeront un couple légendaire, profondément attaché aux cultures populaires indiennes, soudé jusqu'au bout dans la lutte communiste et dans une ambition artistique qui survivra à toutes les épreuves conjugales. Amie de Léon Trotski, admirée des surréalistes, photographiée par les plus grands, Frida a peint essentiellement des autoportraits, dont Les Deux Frida, La Colonne brisée, et aussi de singulières natures mortes. Christina Burrus retrace le destin exceptionnel de cette artiste dont l'oeuvre, mélange de cruauté et d'humour, de candeur et d'insolence, est à l'image de la femme libre, belle et courageuse qui masquait sa souffrance derrière de grands éclats de rire communicatifs.

  • « Je voudrais être illustre et inconnu », disait Edgar Degas. Illustre, il l'est, par ses danseuses, ses jockeys, ses femmes au bain. Inconnu, également, tant ces thèmes occultent le reste de l'oeuvre, peintures d'histoire, portraits, paysages, tant l'oeuvre a dévoré la vie privée. Sur une carrière de soixante ans dont Henri Loyrette restitue la richesse et la cohérence, on découvre alors l'insatiable curiosité technique, la constante recherche d'expressions nouvelles, l'évidente continuité de la ligne mélodique.

  • Un baiser à l'Hôtel de Ville, des gamins turbulents, des ouvriers à l'usine, des gens du monde, des anonymes, des portraits de Picasso, de Tati...
    Robert Doisneau (1912-1994) est surtout connu pour ses photographies gaies, spontanées, poétiques de Paris et de sa banlieue. Mais ses soixante ans de vie de photographe vont bien au-delà, avec près de 500000 images produites. On a pu qualifier le regard de Robert Doisneau de reportage humaniste, réalisme poétique, humour tendre..., mais au fond, aucune catégorie n'est parvenue à définir la richesse et la diversité de son oeuvre.
    Une piste cependant : il s'est situé lui-même comme un "pêcheur d'images" par opposition aux photographes "chasseurs". En effet, pour Quentin Bajac, le style de Doisneau, c'est avant tout la recherche d'une certaine simplicité, d'une immédiateté et d'une économie de moyens : une volonté de ne pas se disperser, pour demeurer toujours en alerte, léger, mobile et à l'affût du monde. De ses dessins de jeunesse à ses agendas personnels, des reportages sur la libération de Paris aux soirées mondaines pour Vogue, des illustrations pour La Vie Ouvrière aux commandes de Life, des tatoués aux enfants de banlieue, des rues de Paris aux cygnes de Palm Springs, 120 documents pour aborder l'oeuvre de Doisneau.

  • Un peintre, un homme, un génie. Picasso fut un homme pour qui peindre voulait dire voir, et qui mieux que personne « vit » son siècle. Visionnaire, oui. Engagé corps et biens dans son absolu. Homme public dont l'existence tumultueuse fascina toujours les foules, il était aussi un personnage farouche, secret, imprévisible. Des premiers pigeons crayonnés de Málaga aux périodes bleue et rose, des folles années montmartroises aux Demoiselles d'Avignon, de l'explosion surréaliste à Guernica, des femmes en pleurs à la femme-fleur, il fut celui qui disait sans relâche : « Je ne cherche pas, je trouve. » Marie-Laure Bernadac et Paule du Bouchet retracent le destin d'un homme qui a marqué le vingtième siècle d'une empreinte de feu.

  • Peintre, sculpteur, dessinateur, graveur, créateur d'objets d'art décoratif, écrivain, Alberto Giacometti n'a cessé d'explorer de nouvelles voies. Depuis ses débuts dans l'atelier de son père jusqu'à sa consécration internationale dans les années 1960, son parcours démontre une détermination farouche à inventer de nouveaux modes de représentation avec les moyens les plus réduits et à partir des motifs les plus traditionnels : le portrait, la nature morte, la figure humaine, le paysage. Sa brève incursion dans le surréalisme conforte sa croyance en une réalité au-delà des apparences, et c'est cette réalité en perpétuelle mutation qu'il cherche sans relâche à restituer. Ses oeuvres en s'accumulant avec le temps façonnent un monde inquiétant et merveilleux, mettant en évidence la cohérence de sa démarche. Dépassant l'imagerie réductrice de l'artiste solitaire et angoissé de l'époque existentialiste, Véronique Wiesinger montre la complexité contradictoire et la qualité expérimentale de l'oeuvre de Giacometti, à jamais contemporaine.

  • «Pour moi, un tableau doit être une chose aimable, joyeuse et jolie», déclarait Auguste Renoir. En plus de cinquante années de carrière et quelques milliers de tableaux, le peintre, qui estimait que la peinture est faite «pour décorer les murs», a révélé la grâce de ses personnages dans la lumière impressionniste. D'abord méconnu et souvent refusé aux salons officiels, mais soutenbu par un petit cercle d'amis et d'admirateurs, il connaît la consécration en entrant au Louvre de son vivant, sans jamais perdre son immense modestie. «Je crois que je commence à y comprendre quelque chose», murmurait-il à sa garde-malade en lui rendant ses pinceaux peu avant sa mort. Anne Distel montre comment Renoir, par les touches de son éclatante palette, a su transfigurer la banalité.

  • Trois terroirs, et une infinité de rivages : Miró aimait la Catalogne et les terres rouges de son pays ; Paris, sa scène à lui, le lieu miraculeux de son avènement, les amis poètes ; Majorque, la terre mère, les pins et les caroubiers devant l'éclat du ciel. Il aborda à toutes les rives de l'art, en explora tous les arrière-pays :
    Fauvisme, cubisme, réalisme «détailliste», peintures oniriques, collages, tableauxpoèmes, livres illustrés, sculptures, céramiques. C'est un cheminement en solitaire, tout en couleurs, à l'écart des mouvements et des théories, que décrivent Joan Punyet Miró et Gloria Lolivier-Rahola. Un cheminement au terme duquel, à quatre-vingt dix ans, travail acharné et magie pure finirent par se confondre, dans l'éblouissement de la couleur.
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  • À partir de 1601, Rubens, un jeune peintre ambitieux formé à Anvers, sillonne l'Europe. Italie, Espagne, France, Angleterre entre autres, il est passé dans toutes les cours et a fréquenté tous les rois jusqu'à se voir confier des missions de diplomate et de négociateur secret. S'il s'est voulu, d'abord et avant tout, le grand illustrateur de l'Histoire antique, des mythes et des textes bibliques, l'artiste, en habile courtisan, a offert aux princes d'Europe des portraits spectaculaires et pénétrants. Cherchant l'équilibre entre son goût du faste et les traditions d'un genre codé, Rubens est, dans l'art du portrait aussi, l'artiste le plus influent de son siècle.

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