Escabelle

  • La moindre brindille ou l'écorce tombée pour les ramener chez elle et chauffer sa maison. Lorsque soudain devant elle se dresse un cavalier. C'est un homme immense perché sur son large cheval. C'est un homme hautain vêtu de chaud velours et de bottes fourrées.
    C'est le seigneur du château, c'est à lui qu'appartiennent toutes les terres et toutes les forêts alentour. Du haut de sa monture le seigneur toise la fillette avec mépris.

  • Quand les corbeaux étaient encore blancs, c'était donc il y a très longtemps, Kwanita ne s'appelait pas encore Né-deux-fois.
    C'était un enfant comme les autres et sa mère et son père étaient contents. Il poussait bien droit, pas de travers comme les saules de la petite rivière. Mais il ne parlait pas. Les hivers passèrent. Kwanita était devenu grand. Et un beau jour, embrassant ses parents, il partit. Il marcha, marcha longtemps sans rencontrer personne. Le premier que Kwanita salua, ce fut l'oiseau. Celui qui voit haut dans le ciel, celui qui voit loin, et dont les ailes, larges, se déploient au-dessus du monde ; celui dont le chant rond et doux vous accompagne.
    Alors Kwanita ouvrit la bouche et sa langue se délia.

  • " - Benjamin, je te laisse 20 euros et tu vas chez le coiffeur, il est hors de question que tu restes avec cette tignasse ! Je soupire, mais bon, j'y vais. Sauf que tout est complet. Je m'apprête à rebrousser chemin, quand je vois, en haut d'un vieil escalier, une enseigne à moitié effacée surmontée d'une paire de ciseaux géante, où il y a écrit en grandes lettres : GERARD COIFFURE. J'entre. Je me tiens debout au milieu du salon, entre le fauteuil rouge et les bacs. C'est tout vieux, tout sombre. Je vais sortir quand arrive un type de derrière un rideau coulissant. Il a la même coupe de cheveux que ma grand-mère. - Bonjour, jeune homme, chante-t-il en s'essuyant la bouche. Que puis-je pour vous ? - Euh, c'est pour mes cheveux ! - Ça tombe bien, je suis coiffeur. "

  • " Ce jour-là, à l'école, nous allions élire la meilleure camarade de la classe.
    Chacune d'entre nous a inscrit un nom sur un papier puis une élève a dessiné au tableau des petites croix à côté des noms qui avaient été plusieurs fois cités. Le choix est alors apparu. C'était moi qui avais obtenu le plus grand nombre de croix. J'étais l'heureuse élue. Et je me suis levée, rouge de fierté. A ce moment-là, la maîtresse m'a regardée, moi qui me tenais là, debout, dans mon petit tablier noir, avec mes cheveux crépus en couronne sur la tête.
    Et sans méchanceté aucune, d'une voix parfaitement neutre et naturelle, elle a annoncé : - Evelyne Gooden ? Oh, non ! Pas toi ! Tu n'es même pas d'origine française ! "

  • " Jiha le passeur était pauvre, très pauvre, pourtant il souriait tout le temps.
    Il avait installé sa barque dans un coin du port de Bagdad, et en échange d'une simple pièce, il faisait traverser les voyageurs. Lorsque quelqu'un n'avait rien, Jiha avait coutume d'offrir la traversée. Aussi, il ne s'enrichissait guère. Il s'en moquait, disant qu'il était l'homme le plus heureux. Il prétendait même qu'il était plus heureux que le grand calife car ce dernier courait éternellement après de nouvelles richesses tandis que lui, Jiha, ne désirait rien de plus que ce qu'il avait.
    Et son sourire, son éternel sourire lui donnait raison. Car le calife était réputé pour son regard fermé et ses yeux en colère. Bien évidemment, tant de bonne humeur agaçait ceux qui ont du fiel dans le coeur... "

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