Economica

  • Le contrat est acte de prévision.
    En s'engageant dans la durée, les parties s'essayent à tout prévoir, pour éviter que leur convention ne subisse les meurtrissures du temps. Pourtant, quel que soit le degré de complétude des stipulations contractuelles, l'imprévu demeure susceptible de frapper en cours d'exécution. Face à l'apparition fortuite d'un obstacle sur la route de l'exécution, les réponses divergent. Si tous conviennent d'exonérer le débiteur de l'obligation devenue impossible, le consensus ne s'opère pas en l'absence d'impossibilité d'exécution.
    Les uns soutiennent que chacun doit supporter le poids de son imprévoyance. Les autres suggèrent d'adapter le contrat à la situation nouvelle. Les derniers proposent d'éteindre le contrat surpris par l'imprévu. Ces divergences tiennent en bonne part à l'absence d'accord sur la notion d'imprévu, trop fréquemment confondue avec une notion voisine : l'incertain. Les deux qualificatifs véhiculent la même idée : ils désignent un événement sur lequel la volonté des parties n'a pas d'emprise.
    Ils doivent pourtant être distingués. Est incertain l'événement dont les parties ont jugé la survenance aléatoire ; est imprévu l'événement auquel les parties n'ont pas songé. La définition de l'imprévu permet de porter un regard nouveau sur la réalité des rapports qu'il entretient avec le contrat. Si le contrat demeure une tentative hardie d'appréhension de l'avenir, il n'en faut pas pour autant confondre spéculation sur l'incertain et acceptation de l'imprévu.
    Aussi n'est-il pas justifié d'analyser tout contrat en un pari sur l'avenir, sorte de contrat aléatoire dans lequel nul ne pourrait se plaindre de la survenance d'un événement imprévu. Lorsqu'il n'a pas été accepté, l'imprévu pose au contrat une singulière difficulté. Il donne naissance à une situation péri-contractuelle, survenue à l'occasion de l'exécution contractuelle, mais extérieure au champ contractuel.
    De ce constat s'évince une alternative simple : soit l'imprévu est ignoré, soit il fait l'objet d'un traitement particulier. Le droit positif opte pour le refoulement de l'imprévu. Par principe, il le tient pour indifférent. Par exception, l'imprévu peut provoquer l'anéantissement du contrat, lorsqu'il présente les caractéristiques de la force majeure. En somme, soit l'événement est à la fois imprévisible, irrésistible et extérieur aux parties, soit il ne mérite aucune sanction.
    Ce traitement de l'imprévu par le seul biais de la force majeure s'avère amplement décevant : la sanction n'intervient qu'une fois la situation irrémédiablement compromise, et ne permet aucune survie du lien contractuel. A ne raisonner qu'en termes d'exonération de responsabilité, la force majeure n'offre aucun remède à l'imprévu.

  • Le droit de rétention, traditionnellement analysé comme une institution unique fondée sur la détention, présente le visage d'un procédé archaïque et brutal, dont le double paradoxe est de n'être pourvu d'aucune cohérence interne et de perturber le système hiérarchisé et organisé des sûretés réelles.
    C'est donc en éprouvant l'analyse unitaire que cette étude tend à remédier à l'absence de rationalisation de la rétention. Le véritable fondement de cette garantie est, non la détention, mais la connexité. Or, le lien de connexité est différent selon que celle-ci est juridique, conventionnelle ou matérielle. Cette découverte conduit à la conclusion que la rétention est la manifestation commune de trois institutions différentes.
    Outre le fait qu'elle permet d'étendre le champ d'application de la rétention aux biens incorporels et de justifier la pratique de la rétention conventionnelle, cette analyse tripartite autorise l'application d'un régime juridique partiellement différent pour chacun des trois droits de rétention identifiés, en particulier quant à leur opposabilité.

  • Les cessions de droits sociaux sont la source d'un intarissable contentieux, au sein duquel les règles du droit des contrats sont largement sollicitées.
    Que l'on songe à la multitude de litiges concernant les vices du consentement, la garantie des vices cachés ou encore la détermination du prix. Un examen approfondi du droit positif permet de montrer que les règles contractuelles classiques sont souvent perverties à l'occasion de leur application à la cession de droits sociaux. A partir des résultats de cette analyse, la recherche d'une harmonie entre les deux termes du sujet peut être envisagée.
    Cette harmonie pourrait être obtenue de deux manières complémentaires, par une application plus rigoureuse du droit des contrats à la cession ou par une évolution de certaines règles contractuelles elles-mêmes. La cession de droits sociaux apparaît ainsi, au fil de l'étude, comme un véritable laboratoire de recherche appliquée en droit des contrats.

  • La propriété, la possession et l'opposabilité sont des notions fondamentales du système juridique français.
    Alors que ces différentes notions sont le plus souvent étudiées séparément, l'objet du présent ouvrage est de les mettre en perspective les unes par rapport aux autres afin de souligner l'interaction qui existe entre elles. En effet, seule une étude comparée de la propriété, de la possession et de l'opposabilité erga omnes permet d'appréhender pleinement ces trois notions, en insistant sur le rôle que chacune d'entre elles joue à l'égard des deux autres.
    Cette étude, par les redéfinitions qu'elle propose et les lignes directrices qu'elle trace, offre des perspectives intéressantes en droit des biens, en droit des sûretés ainsi qu'en droit commercial, et fournit des justifications et précisions quant aux nouveaux champs que ces matières tendent à embrasser. Ainsi, les différents points mis en lumière, tels que la structure complexe du droit de propriété, la nature juridique des différents droits réels sur la chose d'autrui, l'élargissement du concept de possession au sein duquel s'insère notamment un mécanisme purement publicitaire et le rôle prépondérant joué par l'opposabilité erga omnes permettent de mieux appréhender la diversité des objets auxquels s'appliquent la propriété, les droits réels et la possession et de justifier leur extension aux biens incorporels que sont notamment les créances, les valeurs mobilières et autres instruments financiers.
    En outre, l'opposabilité erga omnes, replacée au coeur de la propriété, ainsi que les liens qui l'unissent au phénomène possessoire entendu lato sensu, remettent en cause le principe du transfert solo consensu et redonnent une consistance à l'obligation de donner, ce qui fournit alors un cadre uniforme au régime du transfert de la propriété et assure, par là-même, une pleine sécurité dans les transactions.

  • La revendication par l'Union européenne, depuis la fin du XXe siècle, d'une compétence en matière de droit international privé invite tout particulièrement à s'interroger sur l'étendue d'une telle compétence et sur son articulation avec celle des Etats membres dans la matière considérée. Le traitement de pareille question conduit cependant à s'en poser une autre, plus générale, relative au point de savoir, lorsque des Etats décident de former entre eux une Union d'Etats à vocation intégrative, à quelle entité revient la charge d'organiser la gestion de la confrontation des rapports d'intérêts privés avec la pluralité des ordres juridiques, cela tant sur le plan interétatique qu'international. Récurrent aux Etats-Unis d'Amérique, ce questionnement gagne désormais l'Union européenne et peut être envisagé sous l'angle du fédéralisme. L'incidence de ce dernier sur le droit international privé, qu'il met à l'épreuve, oblige d'ailleurs à modifier la compréhension que l'on a du conflit de lois. La fonction de répartition des compétences qu'on lui prêtait antérieurement resurgit, sans évincer pour autant celle de la régulation d'intérêts privés. La logique du conflit de lois s'en trouve bouleversée et aboutit à l'identification d'une nouvelle catégorie de conflits, de dimension non plus horizontale ou verticale mais diagonale. Protéiformes, ces nouveaux cas de conflits soulèvent alternativement des questions de répartition des compétences ou d'articulation de ces dernières et appellent un règlement tantôt dans la hiérarchie, tantôt par le biais de rattachements spéciaux. Le présent ouvrage se propose donc d'apporter un éclairage nouveau sur les rapports qu'entretiennent le droit international privé et le droit de l'Union européenne, au départ d'une analyse approfondie de l'organisation politique de cette dernière entité.

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  • Au moins depuis le XIIIe siècle pour les immeubles, et à partir de la fin du XIXe siècle pour les meubles, les droits réels sont régis par la loi de situation physique de la chose matérielle qu'ils ont pour objet.
    Cette règle prétorienne, issue de la tradition du " statut réel " et universellement admise à l'étranger, est actuellement contestée à cause des solutions inopportunes qu'elle apporte à de nombreuses situations concrètes de conflit de lois. En raison de l'instabilité du rattachement en matière mobilière, la règle empêche l'élaboration d'un régime sûr et prévisible des droits réels d'origine conventionnelle.
    En raison de l'étanchéité de son domaine, de nombreuses prétentions légitimes à l'extraterritorialité - en matière de trusts, de protection des biens culturels, de faillite - ne peuvent être honorées. Des signes discrets sont donnés, en droit conventionnel et en droit comparé, d'un déclin du principe de territorialité, favorable à l'internationalisation et à la diversification du régime des opérations transfrontalières de droit des biens.
    Cette thèse entend accompagner ce mouvement de spécialisation, par une analyse théorique générale des fondements et du fonctionnement particulier de la règle de droit international privé. Justifiée par la finalité du droit interne et par la position de force de l'Etat de situation pour la réalisation contraignante des droits réels, la règle pourrait sans difficulté évoluer vers un système de référence à l'ordre juridique de situation actuelle de la chose, prioritairement compétent pour assurer la police des droits réels, complété par le jeu de rattachements subsidiaires, notamment à la loi librement choisie par les parties.

  • Lorsqu'au droit au respect de sa vie privée consacré en 1970 viennent s'ajouter, entre autres, le droit des salariés à la négociation collective, le droit au transport, le droit au logement, le droit à la sécurité ou le droit à respirer un air qui ne nuise pas à sa santé, lorsque l'état du droit est contesté au nom d'un droit au mariage ou d'un droit au divorce, il est temps de cesser de traiter comme un simple phénomène de mode la reconnaissance de droits à dans la législation française ou l'invocation de tels droits pour faire changer la loi et de prendre le droit à au sérieux.
    Prendre le droit à au sérieux, c'est tenter de restituer la signification politique, sociale et juridique du phénomène qu'est la multiplication de ces prérogatives dans le discours comme dans les textes. Prendre le droit à au sérieux, c'est tenter d'évaluer la place qui pourrait revenir à ces divers droits au sein du système juridique. En recourant à de nombreuses disciplines, juridiques et extrajuridiques, l'auteur propose une lecture originale de l'essor du droit à et délivre " une brillante leçon, fort argumentée, d'espoir réaliste " (Michelle Gobert, extrait de la préface).

  • La liste des clauses " réputées non écrites " est fort longue et constamment enrichie.
    Du droit de la consommation au droit des assurances, du droit de la copropriété au droit des sociétés, de la procédure civile au droit du bail..., peu nombreux sont les domaines qui échappent à l'édiction, en législation, de clauses réputées non écrites. Le juge aussi contribue à l'extension du domaine de ces clauses lorsqu'il en découvre en dehors de dispositions législatives. En doctrine pourtant, la sanction consistant à réputer non écrite une clause est plus souvent évoquée qu'elle n'est véritablement analysée.
    Elle a été rattachée à ce qui était connu : la théorie des nullités. Une intuition commence toutefois à se faire jour, en jurisprudence et en doctrine, selon laquelle le réputé non écrit pourrait désigner une sanction originale, distincte de la nullité. C'est cette intuition que l'auteur s'attache à vérifier, entreprenant l'étude d'une sanction fréquemment utilisée mais jamais clairement identifiée.

  • L'abus de domination est la pratique par laquelle le détenteur d'une situation de domination l'exploite abusivement. Le droit de la concurrence et le droit des contrats l'appréhendent par le truchement d'autres notions telles que l'abus de position dominante, l'abus de dépendance économique, la lésion, les clauses abusives, la violence économique... En dépit des nombreuses voies mises à la disposition des autorités de concurrence et du juge judiciaire, la lutte menée contre les abus de domination manque parfois son objectif. Cette insuffisance s'explique essentiellement par leur mauvaise répartition au sein de la division des droits. Ainsi, lorsque la sanction vise davantage à rééquilibrer la relation contractuelle qu'à réguler le marché, l'abus devrait être appréhendé, non par le droit de la concurrence, mais par le droit des contrats. Améliorer leur traitement suppose de le réorganiser. Deux abus de domination doivent être distingués, sur le modèle de l'abus de position dominante qui sépare l'abus d'éviction de l'abus d'exploitation. Le premier, appelé « abus sur le marché », est celui qui, en nuisant aux concurrents, restreint la concurrence sur le marché. Pour cette raison, il revient au droit de la concurrence de le sanctionner dans le respect de la logique afférente à cette discipline. Le second, appelé « abus dans le contrat », affecte l'équilibre contractuel, en portant atteinte au contractant placé en situation de dépendance. Sa sanction, parce qu'elle sert le contrat, revient au droit des contrats.

  • Le transfert de propriété des valeurs mobilières soulève des questions théoriques et pratiques importantes. La technique juridique du transfert de propriété, appliquée aux valeurs mobilières, relève en effet de diverses branches du droit, parmi lesquelles le droit civil, le droit des sociétés, mais aussi le droit financier et le droit international, qu'il convient d'articuler afin de déterminer un régime juridique cohérent. Cet ouvrage se propose de montrer que l'élaboration d'un régime unifié du transfert de propriété des valeurs mobilières, et plus largement des titres financiers, est possible. La méthode adoptée consiste à analyser tant le mécanisme du transfert de propriété lorsqu'il est appliqué aux valeurs mobilières, que leur régime de transmission afin d'améliorer l'adaptation de la technique du transfert de propriété à ces objets particuliers. C'est donc à l'analyse des difficultés d'harmonisation des régimes du transfert de propriété des valeurs mobilières qu'il faut procéder, avant de pouvoir envisager les perspectives d'unification autour d'un régime commun. Il ressort en définitive que ce régime s'articule essentiellement autour du rôle conféré à l'inscription en compte qui, assimilée à une mise en possession renouvelée des titres, permet d'élaborer un système de transmission des valeurs mobilières fondé sur la tradition, désormais dématérialisée.

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  • Elaborée pour les besoins du contrat international, la notion de prestation caractéristique est aussi utile au droit des contrats civils et commerciaux.
    Active dans nombre de figures contractuelles, elle y domine toujours le régime de l'acte. Unique prestation principale dans les contrats à titre gratuit et dans les actes neutres, prestation rétribuée dans les contrats de fourniture rémunérée, profitant à chaque partie dans les contrats dits d'intérêt commun, la prestation caractéristique permet, pour chacune de ces catégories, de délimiter le champ d'intervention créatrice du juge, tout en conciliant flexibilité et prévisibilité des solutions.
    Elle est un instrument technique d'articulation des intérêts propres au droit interne et au droit international. Elle contribue ainsi à l'élaboration d'une théorie générale des contrats spéciaux comme à la définition des règles de conflits de lois et de conflits de juridictions.

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  • Le droit du travail agrège des règles d'origine multiple.
    L'articulation de ces diverses règles se manifeste traditionnellement en un dispositif hiérarchique. néanmoins, un nouveau schéma fondé sur un phénomène d'autonomie s'impose peu à peu. le dispositif hiérarchique n'irrigue pas toutes les relations internormatives. il est en outre altéré par un principe d'articulation spécifique à la norme sociale : le principe de faveur. il conserve cependant une importance suffisante pour adapter certains principes d'application de la loi dans le temps.
    Parallèlement, un phénomène d'autonomie émerge, à base de dérogation et de régulation. la première ne remet pas en cause directement le dispositif hiérarchique dans la mesure oú la norme supérieure encadre la norme dérogatoire. la seconde correspond à une forme alternative de création de la règle de droit libérée de la contrainte exercée par les sources supérieures. un constat s'impose : le pluralisme de l'articulation des sources, singulièrement en droit du travail.

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  • A la différence de la plupart des actes juridiques privés, dont la validité est susceptible d'être déterminée par des règles ou décisions d'origine étrangère, les sentences arbitrales invoquées en France sont systématiquement confrontées aux critères de contrôle du droit français.
    Cet état des choses résulte d'une orientation méthodologique très nette : comme les jugements étrangers, les sentences sont justiciables d'une méthode particulière, celle dite des conflits de juridictions, qui conduit à subordonner leur reconnaissance à un certain nombre d'exigences directement posées par l'ordre juridique français. La présente étude met en question le bien-fondé de cette approche.
    Dans un premier temps, l'auteur s'attache à en discerner le fondement, et montre que le refus de mettre en oeuvre les normes étrangères portant sur l'efficacité des sentences ne répond à aucune nécessité. La voie est alors ouverte pour proposer, dans un second temps, une révision des orientations du droit positif.

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  • Actes de l'état civil, actes notariés, célébrations d'un mariage, formalités de publicité ou encore formalités de répudiation ne sont que quelques exemples de ce que la doctrine internationaliste appelle les actes publics.
    C'est dire l'ampleur de la recherche. Consacrée à la fois aux procédures d'élaboration d'un acte public par une autorité française et aux problèmes de réception des actes publics étrangers, l'étude répond à la plupart des questions que pose le droit international privé : ainsi en est-il du rôle du notaire ou de l'officier de l'état civil au regard des règles de conflit de lois, ou bien du choix de la méthode appropriée pour accueillir en France les actes étrangers.
    Il apparaît ainsi que le sens traditionnellement attribué à la règle auctor regit actum, sans être nul, est largement surestimé, les autorités publiques pouvant dans une certaine mesure appliquer une loi étrangère. De l'étude il ressort également que les différentes méthodes de réception (conflit de lois, conflit d'autorités, exequatur, reconnaissance d'efficacité) ne sont pas systématiquement en opposition, mais peuvent tout à fait se combiner pour accueillir les différents effets que produit un même acte public.
    Ouvrage couronné du prix de la Chambre des avoués près la Cour d'appel de Paris, du prix de l'école doctorale Droit-Normandie et honoré d'une subvention de la Chambre des notaires du Calvados et d'une subvention du groupe de recherches et d'études en droit fondamental, international et comparé de l'Université du Havre.

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