Croquant

  • Dynamiques des tournants autoritaires Nouv.

    Russie, Turquie, Brésil, Pologne, Venezuela, Nicaragua... La liste s'allonge des pays vivant un tournant autoritaire. Répression, restriction des libertés publiques et mise sous tutelle de nombreux secteurs sociaux participent d'un durcissement généralisé des modes de gouvernement, qui semble aujourd'hui affecter les démocraties les plus anciennes et les plus solides. L'ambition de cet ouvrage est de renouveler la question de l'autoritarisme, en repérant plutôt les processus qui font évoluer certains régimes de la démocratie vers un exercice brutal ou arbitraire du pouvoir. Les tournants autoritaires sont ici appréhendés sur le registre non de la rupture mais de la reconfiguration : à la temporalité courte du basculement autoritaire (consécutif, par exemple, à un coup d'État), les différents cas historiques ou contemporains présentés substituent la temporalité moyenne d'une recomposition des régimes politiques dans et par laquelle il est possible d'abuser du pouvoir.

  • Ce livre est né d'une rencontre dans le Paris métissé du 20e arrondissement de deux militants qui, à travers leurs expériences et leurs combats souvent communs, ont ressenti comme une nécessité de faire ce livre. Ce n'était pas évident, ni pour la Franco-Algérienne combattante, mère célibataire, travaillant la semaine, militant le soir et le week-end, allant en Algérie chaque mois pour passer quelques jours au sein du Hirak. C'était plus facile matériellement pour le retraité français mais qui ressentait le poids du regard critique des Algériens sur l'écriture de leur histoire par un non-historien étranger - et, qui plus est, issu de la puissance coloniale. Si nous avons décidé de publier ce livre en France et en Algérie, c'est aussi pour briser cette frontière insidieuse hérissée par deux nationalismes qui empêche la coopération entre nos deux peuples liés de manière indéfectible par l'histoire. C'est surtout pour montrer que nous sommes, tous les deux, citoyen-ne-s du monde.

  • Cet essai est le récit d'expériences vécues en tant que médecin hospitalier, enseignant-chercheur à l'université en médecine et en psychologie, femme, mère et citoyenne. A partir de ces expériences, l'autrice montre que le soin est de plus en plus invisible au sein de nos institutions de santé et de protection sociale, qu'il est méprisé et menacé de disparaître. Le soin est pourtant ce souci de la vulnérabilité de notre espèce d'où naissent la culture, l'éducation, la technique et la médecine. La contradiction entre les finalités de nos métiers et la nouvelle organisation technico-financière des pratiques professionnelles engage à reconnaître la dimension politique de nos métiers. Cet essai montre dans le grain le plus ténu de nos pratiques de soin, en médecine comme dans les situations ordinaires de l'existence, l'urgence à réhabiliter le soin, et ce faisant la démocratie comme l'humanisation de l'homme.

  • Longtemps invisible, même après leur entrée massive dans l'activité salariée à partir des années 1960, la participation des femmes aux conflits du travail n'a connu un véritable intérêt de la part du monde militant et du monde universitaire qu'à partir des années 1970 à la faveur d'un renouveau de la lutte au travail dans la suite de mai 1968 et de l'essor du mouvement féministe. Si, depuis, les phases de flux et de reflux de la contestation sociale ont alterné, des luttes récentes rappellent l'actualité et la vivacité des luttes des femmes au travail. De même, la question de l'intégration des femmes dans les organisations syndicales s'est posée de façon de plus en plus nécessaire.
    Traitée différemment selon les syndicats, avec des succès variés qui n'ont pas totalement brisé le « plafond de verre » auquel se heurtent les carrières syndicales des femmes salariées, la « question des femmes » n'en est pas moins devenue aujourd'hui une des priorités des actions syndicales que ce soit dans la lutte contre les discriminations sexuées au travail ou au sein même de l'organisation.
    L'auteur rappelle que cette question n'a pas toujours eu l'évidence d'aujourd'hui, que la conjoncture politique configurait autrement les relations sociales et syndicales et ne plaçait pas encore du mauvais côté des rapports de force les mobilisations populaires pour mieux éclairer les différents dilemmes pratiques qu'affrontent des ouvrières en lutte pour représenter leur « cause » et gagner une légitimité à la défendre. Comment se positionnent-elles face à leur « spécificité sexuée » dans cet espace de lutte ? Y a-t-il un « genre » des conflits du travail et du militantisme syndical et comment se construit-il ? Comment cela se passe-t-il dans des conflits « à hégémonie féminine » ?

  • Louise Michel (1830-1905) est aujourd'hui devenue une figure historique importante : elle est une image de lutte et de révolte, admirée comme une icône de femme libre. Elle a donné son nom à de nombreuses rues et écoles, et elle a même été proposée pour entrer au Panthéon. Mais comment cette combattante de la Commune de Paris, propagandiste anarchiste, déportée et emprisonnée par les gouvernements de la IIIe République, a-t-elle été intégrée dans la mémoire collective nationale ? C'est cette énigme que le livre entend résoudre. De la Commune de Paris à nos jours, il dévoile ce qui a fait de Louise Michel une femme célèbre et analyse sa trajectoire dans les mémoires des XXe et XXIe siècles. Loin d'un processus linéaire, cette figure a fait l'objet d'appropriations multiples, conflictuelles et concurrentielles, qui coexistent encore aujourd'hui.

  • Le présent ouvrage propose une réflexion sur la notion de schibboleth, cette distinction qui départage ce qui est considéré comme « d'ici » et ce qui est « d'ailleurs ». Elle permet de rendre compte de la manière la plus adéquate de la condition psychique et anthropologique d'un sujet issu de parents dissemblables, de cette « condition métisse ». Il s'agit d'explorer la question du métissage en nous inscrivant dans la société contemporaine qui, du fait même des brassages, pose non seulement la question de la tolérance envers l'autre étranger, mais aussi celle de la manière dont l'étranger se reconnaît comme tel, et dont se construit l'identité de chacun à partir de cette situation et, enfin le lien avec cette « inquiétante étrangeté » qu'invoquait Sigmund Freud, cette partie de nous que nous préférons ignorer.

  • Ce livre est le dernier écrit par Jean-Claude Gillet, emporté par la Covid en novembre 2020. En collaboration avec Josette Boisgibault, il y retrace l'évolution qui été celle du PSU dans son époque, celle qui va des combats pour les droits des femmes depuis les années soixante jusqu'aux luttes féministes des années 70 et 80.
    Au travers notamment d'une analyse serrée des publications du PSU publiques et internes tout au long des trente années de son existence (1960/1990), cet ouvrage met en lumière le rôle croissant des femmes dans ce parti et, parallèlement, leur visibilité dans la société, en particulier au tournant des années 70/80. L'émergence au plan national de la personnalité d'Huguette Bouchardeau, devenue secrétaire nationale du parti en 1979 et sa candidate à l'élection présidentielle en 1981, en fut une manifestation tangible.
    On trouvera au fil des pages des témoignages de ces militant·es émaillant les trois décennies décisives qui ont marqué l'émancipation des femmes.

  • Soutien à la lutte de libération algérienne et vietnamienne, immersion dans Mai 68 qui a posé la question de la « rupture révolutionnaire », deux voyages d´« étude » au Chili de l´Unité populaire en 1972 et 1973, ensuite chargé de suivre la question palestinienne (« voyages » en Israël et en Palestine), enfin implication totale dans la bataille non-violente contre les euromissiles en Méditerranée. Tel est le contexte qui m´a amené, progressivement, à m´interroger sur la question de la violence et de la non-violence et bientôt à assumer le choix de la non-violence. Ce choix n´est pas d´abord un choix philosophique, ni issu de lectures spécifiques, il est le produit d´une expérience militante intensément vécue, accompagnée et suivie d´une réflexion politique et théorique. Il s´agit d´un choix qui n´atténue en rien l´objectif d´une transformation d´ensemble de la société, d´un processus de réformes de structures mené par un mouvement démocratique de masse.

  • Que s'est-il passé dans les familles pendant le confinement décrété en France de mars à mai 2020 ? Comment les individus ont-ils vécu cette situation alors exceptionnelle, qui les a contraints à faire coexister en un même lieu diverses activités ordinairement réalisées dans des espaces distincts ? La situation a été décrite à l'aide de statistiques rappelant des conditions de vie différentes : taille du logement, nombre d'enfants au sein du domicile, lieu de vie, etc. Mais si l'on sait que les cadres de vie du confinement ont été différents, on sait moins comment il a été vécu et ce qu'il a impliqué pour les familles et leurs membres. Comment se sont réorganisés travail professionnel et prise en charge des enfants ? Cet ouvrage examine ces questions à travers une enquête par entretiens. Les analyses soulignent combien les expériences du confinement revisitent les difficultés de conciliation travail/famille et éclairent plus largement les inégalités persistantes de classe et de genre.

  • Cet ouvrage propose une critique des discours capitalistes et notamment néolibéraux, ainsi que leur généalogie reposant explicitement sur l'exploitation (en lien avec le colonialisme) et le développement d'un véritable privilège écocide, qui est devenu une norme quotidienne. Il s'agit d'un essai documenté par des recherches en sciences économiques, sciences sociales, sciences politiques et évidemment en sciences climatiques dans toute leur interdisciplinarité ; le spectre est volontairement large pour exposer la dimension systémique du problème. Une critique du concept de liberté est également présente, puisque la liberté est exercée au sein d'une dualité de citoyen. Le concept de "dignité" est également réintroduit au sein d'une discussion philosophique et politique, car il semblerait qu'il permettrait peut-être une opérationnalité sociale juste et équitable des luttes pertinentes qui secouent actuellement nos sociétés.

  • Brexit au Royaume-Uni, élection de Donald Trump aux États-Unis, montée de l´extrême droite en Europe continentale : ces événements récents sont fréquemment présentés comme les conséquences politiques du décrochage des territoires urbains d´ancienne industrie et de ceux, plus ruraux, restés à l´écart des flux de l´économie globale. Les inégalités créées par un développement à deux vitesses avec, d´un côté, des logiques métropolitaines connectées à la globalisation et, de l´autre, une accentuation et une accélération du déclin territorial, s´imposent ainsi actuellement dans le débat public. En prenant appui sur des analyses portant sur des villes françaises, mais également américaines et marocaines, cet ouvrage propose une analyse fine des dynamiques des territoires décroissants, c´est-à-dire ceux qui connaissent un déclin démographique accompagné d´une dévitalisation économique et, bien souvent, d´une paupérisation de leur population. Le livre cherche à éclairer ces processus.

  • La notion de "mépris de classe" est souvent utilisée désigner la disqualification politique ou sociale que subissent certaines fractions de classes dominées : "sans-dents", "salariées illettrées", "fainéants", syndicalistes "voyous"... Au-delà de la dénonciation morale de l'ethnocentrisme de classe du dominant, la sociologie a-t-elle quelque chose à en dire ? A distance du moralisme, le pari de cet ouvrage consiste à évaluer la notion, sur la base d'enquêtes minutieuses.
    Cet ouvrage met en évidence l'ampleur et la variété des formes d'expression contemporaines du mépris de classe, en fonction du contexte considéré et des fractions de classes en présence. C'est bien souvent le monde du travail qui lui donne sens, lorsque des frontières établies sont remises en question et qu'il faut réaffirmer une hiérarchie. De façon générale, c'est lorsqu'un dominant se sent en danger qu'il rompt, par le mépris de classe, avec l'euphémisation usuelle de l'ordre des choses.

  • Dépasser l'entreprise capitaliste : propriété, comptabilité, travail Nouv.

    L'association d'éducation populaire Réseau Salariat promeut l'extension du salaire à la qualification personnelle comme voie de sortie du capitalisme. Elle s'appuie sur des outils et des institutions existant à l'échelle macropolitique (régime général de la Sécurité sociale, statut des fonctionnaires, etc.) pour élaborer et diffuser des propositions concrètes de développement des droits économiques. Son ambition affirmée de généraliser le salaire attaché à la personne (parfois appelé « salaire à vie ») s'appuie sur une redéfinition du travail et du statut de producteur. Son accomplissement supposerait l'instauration d'une copropriété d'usage des moyens de production ainsi qu'une forte socialisation de la valeur économique afin de garantir à toutes et tous une qualification inaliénable et une souveraineté au travail, notamment au sein l'entreprise. À ce jour cependant, l'articulation des perspectives macro-institutionnelles avec le fonctionnement réel de l'entreprise reste embryonnaire.

  • L'ouvrage vise à éclairer la notion « d'intersectionnalité » (également qualifiée de « sainte trinité » genre, « race » et classe) qui polarise aujourd'hui le monde universitaire mais aussi le débat politique en France. S'éloignant des incompréhensibles querelles de chapelle, il utilise une entrée triplement originale : la sociologie des mouvements sociaux, c'est-à-dire la pratique ; l'Amérique Latine, terre des plus puissants de ces mouvements sociaux ; avec une profondeur historique de 40 ans, qui contredit l'idée d'une nouveauté radicale de cette approche mais permet de mieux en saisir l'importance théorique et politique.
    « Lutter » analyse successivement la participation des femmes dans la guérilla salvadorienne des années 80, celle des femmes Indiennes dans le mouvement zapatiste au Mexique depuis 1994, les propositions du mouvement des femmes Noires aux Etats-Unis puis au Brésil, et enfin la synthèse des revendications féministes, anti-racistes et anti-capitalistes qu'ont élaboré certains courants du féminisme latino-américain. L'analyse des liens entre l'appartenance à différents groupes dominés et la subjectivation politique apporte des pistes pour la France : quelles manières de s'organiser plus « inclusives » permettent-elles de définir des intérêts réellement communs et de créer « un monde où tous les mondes aient leur place », selon la belle formule du mouvement zapatiste ?

  • La SNCF à l'épreuve du XXIe siècle : regards croisés sur le rail français Nouv.

    Le chemin de fer fait partie de ces activités qu'on peut sans grand risque qualifier de « fait social total ». Depuis sa naissance il y a près de deux siècles, le transport ferroviaire n'a cessé de mobiliser un grand nombre d'institutions. Objet technique et économique, le chemin de fer est aussi un instrument politique et le support de cultures professionnelles spécifiques. Il n'y a rien d'étonnant dans ces conditions à ce que son organisation fasse l'objet de débats passionnés. Depuis la fin des années 1960, la SNCF a fait l'objet d'une longue série de « réformes ». Celles-ci visaient principalement à faire face au développement de la concurrence des autres modes de transport, à conformer l'entreprise à un nouveau modèle de gestion et plus récemment à la préparer à la libéralisation du marché ferroviaire européens. L'objet de cet ouvrage est de proposer un éclairage pluridisciplinaire des mutations qui touchent la SNCF et le secteur ferroviaire.

  • « C´est pas contre vous hein, c´est juste que la politique. Beurk ». Qu´est devenue la politique pour que cette mise à distance apparaisse à ce point inévitable? Comment le terme «apolitique» s´est-il trouvé brandi et revendiqué comme la garantie positive d´une forme de pureté ? Face à ce phénomène, la gauche est tétanisée. Cette expérience, je l´ai vécue à Corbeil-Essonnes, où Serge Dassault a renversé la micro-société du communisme municipal par un système qui exploitait en premier lieu la rupture entre la gauche et les quartiers populaires. Mon combat contre la corruption a été un chemin initiatique : la démystification de l´ordre symbolique de la gauche a fait apparaître des formes nouvelles d´engagement. J´ai voulu reconstituer les histoires individuelles et collectives de ce paradoxe, les liens plus ou moins rompus, les continuités qui se cachent derrière les ruptures. Et si contre toute attente, la politique s´était peu à peu réinventée comme une culture populaire ?

  • Ce livre veut rendre visible ce qui se passe dans les coulisses d´un grand service public, La Poste, du point de vue de ceux qui y travaillent. Il souhaite ainsi aider à comprendre, au travers et au-delà du cas de La Poste et des facteurs, quels sont les liens entre la dégradation des services publics et la dégradation des conditions de travail et des métiers de ceux qui les font fonctionner et montrer combien les enjeux de la qualité du travail et ceux de la qualité de la vie sociale sont solidaires. En faisant ce détour par les coulisses de la distribution du courrier et des colis, nous souhaitons alimenter la réflexion et le débat citoyens tant sur l´avenir des services publics que sur le sort fait aux travailleurs du secteur public. Si ces deux enjeux sont bien indissociables, alors des convergences entre usagers et salariés sont à la fois nécessaires et possibles.

  • L'agrandissement et l'intensification incessants des exploitations agricoles sont très connus mais leur explication demeure parcellaire. Partant du rapport étroit entre agriculture et capitalisme dans la France contemporaine, nourri par de nombreuses années de recherches et des données inédites, cet ouvrage saisit les mécanismes qui commandent les transformations que connait le monde agricole français en analysant les configurations de pouvoirs qui gouvernent ce procès social. Une telle perspective révèle que le régime d'accumulation - profondément inégalitaire - qui accable les agriculteurs français est porté par différentes forces sociales situées au sein du syndicalisme agricole dominant et des entreprises alimentaires, mais aussi de la haute-fonction publique, des cabinets ministériels et des partis. Faire une telle démonstration, c'est aussi poser les jalons d'une économie politique du capitalisme générale mêlant économie politique hétérodoxe, science politique et sociologie.

  • En 2020, les paysans français auront subi d´importantes pertes de revenu en raison des conséquences cumulées de la pandémie du coronavirus et de la sécheresse estivale. Le coronavirus a perturbé les marchés et fait chuter les prix dans de nombreuses filières. La sécheresse a réduit les rendements céréaliers, tandis que les prix restent anormalement bas du fait de stocks conséquents dans les pays exportateurs. Le manque d´herbe et de fourrage pour l´hiver renchérit durablement les coûts de production de la viande et du lait, sans être pris en compte par les marchés. Pour assurer notre souveraineté alimentaire, l´agriculture doit promouvoir sans attendre des méthodes de production qui préservent la fertilité des sols. Cela passe par l´agro-écologie, l´agroforesterie, la gestion intelligente de l´eau, les circuits courts, une moindre consommation de protéines animales. Cela suppose aussi une meilleure rémunération du travail de paysans. C´est une question de volonté politique.

  • Cet ouvrage collectif répond à une nécessité impérieuse, celle de mettre en lumière les relations tissées entre pays africains et Union européenne dans la dernière décennie. Dans ce secteur marginalisé, y compris dans la sphère altermondialiste, il s´agit de prendre la mesure des passifs occasionnés par des décennies de relations inégales, spécialement dans la zone francophone. Malgré les bouleversements qui ont mis à bas l´empire soviétique ou celui des USA en Amérique latine, ces relations restent régies par l´ordre néocolonial, sous l´égide d´une caste dictatoriale dite françafricaine"", selon la formule du regretté François Xavier Verschave.

  • « La cantine, c'est pas bon ! » Pour trop d'élèves, cette affirmation semble relever du présent de vérité générale et constituer une fatalité. Après des années à travailler sur la question, l'un comme cuisiner en collectivité et l'autre comme sociologue, les auteurs de ce livre ont voulu montrer qu'il peut en être autrement : une autre cantine est possible. Cet ouvrage démonte dix idées reçues entendues régulièrement chez les élèves ou leurs parents, mais aussi dans les médias et parmi nombre de professionnels du secteur. De fait, les grands industriels de l'agro-alimentaires ou de la prestation de service aux collectivités, les gestionnaires de marchés publics et les chefs de production des grandes cuisines centrales à 50 000 « repas » par jour n'ont aucun intérêt à ce que la situation évolue. Ce petit livre, clair et percutant, montre qu'il est possible de bien cuisiner à la cantine, avec de bons produits, locaux, de saison et même « bio », sans élever le prix du repas.

  • Le spontané n'a pas bonne réputation. Il est animal (mouvement incontrôlé, instinctif), il ne veut rien dire (comme l'événement, il est « rupture d'intelligibilité »), ou alors naïf (mouvements « semi-spontanés », autrement dit pseudo- spontanés), infra scientifique (« sociologie spontanée ») ou « purement » idéologique (spontanéisme, luxembourgisme...). Pourtant, chassez le spontané par la porte, il revient par la fenêtre : l'actualité récente déborde de mouvements « spontanés » où les organisations sont débordées, les militants ne semblent pas à l'initiative, sur fond de grande méfiance vis-à-vis des partis et des « corps intermédiaires ». Une des significations explicites, c'est la revendication de plus de démocratie directe et moins de démocratie représentative, qui court depuis Nuit Debout jusqu'aux Gilets jaunes, mais que l'on retrouve aussi dans le mouvement des urgences ou lors des manifestations du Premier Mai, pour ne prendre que la France.
    Mais s'il est relativement facile de comprendre ce contre quoi ces mouvements s'expriment (État, partis, inégalités sociales, néolibéralisme...), il est plus délicat de définir en positif un mouvement dit « spontané ». Notamment parce que, faute d'accumulation de savoirs sur ce point, les pistes à suivre et les synonymes sont nombreux : authenticité, événementiel, réseaux sociaux, sociabilité, (dé)politisation, socialisation primaire, prédispositions, conditions initiales, contexte, médiatisation, répression, dynamique de mobilisation, inadéquation du syndicalisme, militants de la cause spontanée, spontanéisme, contestation, subversion, néolibéralisme, nationalisme, « leadership spontané », volontarisme d'avant garde, extrême droite.... Ces pistes sont non exhaustives et à valeur indicative.

  • La période de confinement n´a masqué les tensions inhérentes à notre système scolaire qu´aux yeux de ceux qui ne voulaient pas voir. Pour certains, les technologies de l´information et de la communication ont fait la preuve de leur nécessité et de leur efficacité, au point de bouleverser les schémas traditionnels, des « super profs » feraient dorénavant de « super cours » diffusés via l´internet, et les enseignant.e.s se contenteraient d´accompagner les élèves en difficulté. Pour d´autres, elles ont révélé leur nocivité, accru les inégalités, tandis que l´une des fonctions essentielles de l´école, séparer, quelques heures par jour, les enfants de leurs parents pour les inscrire dans la communauté de leurs pairs, se manifestait par son absence.

  • Claude Juin a fait la connaissance de Jean lors de son service militaire dans une caserne à Coblence en Allemagne. Tous deux appelés en décembre 1955, ils ont été affectés au même poste de combat en Algérie en mai 1957. Jean s'est rapide- ment montré violent avec les Algériens et a participé à des actes de torture et d'assassinat de suspects ou de combat- tants du FLN qui eurent lieu à la ferme Moll.
    Ne cessant de vouloir analyser la guerre d'Algérie et rompre le silence qui pouvait l'entourer dans les années qui sui- virent sa démobilisation, Claude Juin s'est engagé dans un travail de thèse. Lors de sa soutenance, des questions sur ce qu'était devenu Jean l'ont conduit à le retrouver, et à chercher à comprendre comment il analysait ses actes, soixante aux après la guerre.
    Cet ouvrage est le récit de ces retrouvailles, complété par Muriel Montagut qui analyse ce que peut recouvrir l'explica- tion de Jean qui se retranche derrière « une certaine ambiance d'alors » pour expliquer ses actes. Cette argumentation contraste en effet avec les explications habituellement avancées par les tortionnaires, qui oscillent entre l'expression de regrets et de culpabilité, et à l'opposé, l'absence de remords et le recours à des justifications de l'usage de la torture.
    Dans tous les cas, le lien à l'autre est maintenu puisque autrui est sollicité pour acter la volonté de repentance, ou au contraire pour approuver les fins d'intérêts collectifs avancées pour justifier des actes commis. Ces deux voies per- mettent au sujet tortionnaire de rester intégré dans la communauté humaine malgré des actes dits « inhumains » qui tendraient à les en exclure. Aussi les explications de Jean viennent poser une véritable énigme sociologique : si les tor- tionnaires qui se sentent coupables de leurs actes passés, ceux qui fuient leur responsabilité ou à l'opposé les assument pleinement, cherchent à réinscrire leurs actes par ces différents moyens dans l'ordre moral de la communauté humaine, comment expliquer la position de Jean, qui reconnaît avoir participé à des actes de torture, mais n'exprime ni regret, ni culpabilité, et avance pour seule justification « une certaine ambiance » d'alors ?

empty