Sciences humaines & sociales

  • Les Éditions Contrechamps publient le troisième et dernier volume des écrits du compositeur d'origine hongroise György Ligeti (1923-2006), l'une des personnalités les plus marquantes de la musique de l'après-guerre.
    Après un volume composé par Ligeti lui-même, regroupant neuf essais qui étaient pour lui représentatifs de ses réflexions sur la musique, puis un volume consacré aux textes autobiographiques et aux commentaires sur ses oeuvres, ce dernier volume regroupe les textes plus théoriques et ceux qu'il a consacrés à d'autres compositeurs.
    Les trois volumes couvrent ainsi l'ensemble des textes du compositeur.
    Ce troisième volume comprend les premiers essais écrits en Hongrie avant 1956 et les textes liés à sa participation aux cours de Darmstadt, où sont posées les questions de la composition de timbres et de textures, de la musique électronique, de la spatialisation, des problèmes de l'enseignement et même d'une écriture moderne pour l'orgue. Plusieurs essais datant de sa première période sont consacrés à Bartók, alors que ceux liés à l'époque de Darmstadt sont centrés sur Webern. Ligeti réfléchit par ailleurs sur les techniques de collage chez Mahler et Ives, évoque Hindemith, Cehra, Cage, Vivier et la musique minimaliste américaine, rend hommage à Kurtág ainsi qu'à plusieurs personnalités telles qu'Adorno, Dahlhaus, Arom, Lutoslavski, Rosbaud, Ernest Bour.
    La plupart de ces textes furent à l'origine des conférences ou des émissions de radio. Si les tous premiers ont été rédigés en hongrois, la plus grande partie de ces écrits ont été rédigés en allemand (les textes hongrois ont par ailleurs fait l'objet d'une traduction en allemand sous la supervision de Ligeti lui-même). Ils adoptent tous un style direct et visent, avec sobriété et précision, à cerner des problématiques compositionnelles fondamentales. S'ils sont moins spéculatifs que ceux de Stockhausen, avec lequel Ligeti travailla après sa fuite de Hongrie, ils abordent les problèmes de la composition de façon originale. Sur la question du timbre, par exemple, Ligeti montre dans quelle mesure un changement de paradigme dans la pensée musicale est en jeu. Le compositeur manifeste une totale indépendance d'esprit dans ses approches, loin du dogmatisme qui régna dans les cercles d'avant-garde de l'époque, et il ne néglige jamais de replacer les problèmes contemporains dans la continuité de l'histoire.
    Ces textes sont essentiels pour comprendre non seulement la démarche du compositeur, mais aussi les enjeux de la musique de la seconde moitié du XXe siècle.
    Ils ont été traduits par Catherine Fourcassié, qui a non seulement traduit la quasitotalité des textes des deux volumes précédents, mais avait de plus travaillé sur le premier avec Ligeti lui-même.

  • Dans ce livre qui complète une série d'études menées sur la culture durant l'époque nazie, l'historien Michael Kater suit le parcours de huit compositeurs très différents les uns des autres, auscultant le comportement d'artistes qui avaient déjà, au moment de l'avènement de Hitler en 1933, une réputation dans la sphère musicale allemande et internationale.
    Son étude minutieuse, qui s'appuie sur une documentation en partie inédite, d'une exceptionnelle richesse, suit la trajectoire de personnalités qui choisirent ou bien la collaboration et l'opportunisme, ou bien la résistance et l'exil. Dans la première catégorie, les deux compositeurs postromantiques, Strauss et Pfitzner, s'accommodèrent du pouvoir nazi au nom de la grande tradition germanique ; Hindemith partageait cette position, mais le modernisme qu'il avait incarné sous la République de Weimar suscitait un rejet qui le contraignit finalement à l'exil.
    Orff et Egk saisirent l'occasion de faire carrière et de représenter la nouvelle Allemagne par leurs oeuvres et leur activité. À l'opposé, Schoenberg et Weill, qui étaient juifs, prirent immédiatement le chemin de l'exil. Hartmann, enfin, cessa de composer, restant à l'écart de la vie publique jusqu'à la fin de la guerre. Ces huit destins croisés mettent cruellement en jeu les rapports entre l'esthétique et la politique, sur fond de lutte entre les Anciens et les Modernes.

empty