Littérature traduite

  • « Musique et sentiment » est le titre donné par Charles Rosen (1927-2012) à une série de conférences prononcées à l'Université de Bloomington en 2000 et publiées en 2010, deux ans avant sa disparition. L'auteur y analyse les changements stylistiques intervenus dans l'histoire de la musique entre les époques baroque et moderne, s'attachant à la manière dont les idées musicales se construisent à travers l'interaction entre les données du langage et les formes de représentation. À partir de tout un ensemble d'exemples musicaux, il montre comment le sens musical se constitue, se différencie et se transforme. Pour Charles Rosen, il n'existe pas de contradiction entre forme et expression, entre intelligibilité et émotion. Une leçon précieuse pour les interprètes comme pour les auditeurs.

  • Les Éditions Contrechamps publient le troisième et dernier volume des écrits du compositeur d'origine hongroise György Ligeti (1923-2006), l'une des personnalités les plus marquantes de la musique de l'après-guerre.
    Après un volume composé par Ligeti lui-même, regroupant neuf essais qui étaient pour lui représentatifs de ses réflexions sur la musique, puis un volume consacré aux textes autobiographiques et aux commentaires sur ses oeuvres, ce dernier volume regroupe les textes plus théoriques et ceux qu'il a consacrés à d'autres compositeurs.
    Les trois volumes couvrent ainsi l'ensemble des textes du compositeur.
    Ce troisième volume comprend les premiers essais écrits en Hongrie avant 1956 et les textes liés à sa participation aux cours de Darmstadt, où sont posées les questions de la composition de timbres et de textures, de la musique électronique, de la spatialisation, des problèmes de l'enseignement et même d'une écriture moderne pour l'orgue. Plusieurs essais datant de sa première période sont consacrés à Bartók, alors que ceux liés à l'époque de Darmstadt sont centrés sur Webern. Ligeti réfléchit par ailleurs sur les techniques de collage chez Mahler et Ives, évoque Hindemith, Cehra, Cage, Vivier et la musique minimaliste américaine, rend hommage à Kurtág ainsi qu'à plusieurs personnalités telles qu'Adorno, Dahlhaus, Arom, Lutoslavski, Rosbaud, Ernest Bour.
    La plupart de ces textes furent à l'origine des conférences ou des émissions de radio. Si les tous premiers ont été rédigés en hongrois, la plus grande partie de ces écrits ont été rédigés en allemand (les textes hongrois ont par ailleurs fait l'objet d'une traduction en allemand sous la supervision de Ligeti lui-même). Ils adoptent tous un style direct et visent, avec sobriété et précision, à cerner des problématiques compositionnelles fondamentales. S'ils sont moins spéculatifs que ceux de Stockhausen, avec lequel Ligeti travailla après sa fuite de Hongrie, ils abordent les problèmes de la composition de façon originale. Sur la question du timbre, par exemple, Ligeti montre dans quelle mesure un changement de paradigme dans la pensée musicale est en jeu. Le compositeur manifeste une totale indépendance d'esprit dans ses approches, loin du dogmatisme qui régna dans les cercles d'avant-garde de l'époque, et il ne néglige jamais de replacer les problèmes contemporains dans la continuité de l'histoire.
    Ces textes sont essentiels pour comprendre non seulement la démarche du compositeur, mais aussi les enjeux de la musique de la seconde moitié du XXe siècle.
    Ils ont été traduits par Catherine Fourcassié, qui a non seulement traduit la quasitotalité des textes des deux volumes précédents, mais avait de plus travaillé sur le premier avec Ligeti lui-même.

  • Beat Furrer est un compositeur suisse né en 1954 à Schaffhouse. Il s'est installé dès 1975 en Autriche, où il a contribué à la création de l'ensemble Klangforum. Il est l'une des figures les plus importantes de la musique actuelle et a été révélé au grand public grâce à Claudio Abbado et à la réalisation de plusieurs opéras de conception originale.
    Beat Furrer a développé un style très personnel, dans lequel l'attention à la vie interne du son et aux frontières entre son et bruit s'inscrit à l'intérieur de constructions formelles extrêmement rigoureuses.
    Dans le livre qu'il lui a consacré, Daniel Ender suit l'évolution du compositeur, analysant ses oeuvres principales avec finesse et dégageant leurs significations profondes. À travers cette étude détaillée, il fait apparaître l'importance du principe de métamorphose, emprunté à Ovide, que Furrer a mis en musique : il donne son titre à l'ouvrage et renvoie au fondement même de la pensée musicale de Furrer, ainsi qu'à son imaginaire.
    L'ouvrage original en allemand est paru en 2014. Pour la version française, Daniel Ender a complété son texte en l'actualisant. La traduction française a été réalisée par Catherine Fourcassié.

  • Le compositeur anglais Brian Ferneyhough, né en 1943 à Coventry, est l'une des personnalités dominantes de la scène contemporaine depuis les années 1970. Découvert au Festival de Royan avec des oeuvres de jeunesse d'une étonnante maturité, il apparut très rapidement comme le représentant principal de ce que l'on a appelé la « New Complexity » (nouvelle complexité). Sa musique présente en effet une densité et un degré de formalisation qui se reflètent dans la notation elle-même et qui exige des interprètes une virtuosité aussi bien digitale que mentale. Cette complexité, toutefois, vise à une grande intensité expressive et à la revalorisation de la subjectivité.

  • La correspondance entre la pianiste soviétique Maria Youdina et Pierre Souvtchinsky, émigré russe installé en Europe, est un document exceptionnel non seulement en raison de la personnalité des deux protagonistes, mais aussi de l'éclairage apporté sur deux mondes séparés par le rideau de fer. Pierre Souvtchinsky, qui fut très proche de Stravinski avant la guerre, puis de Boulez juste après, décrit le mouvement de la musique nouvelle européenne avec une acuité de jugement exceptionnelle. Les lettres de Maria Youdina, beaucoup plus torturées et exaltées, brossent un portrait non moins détaillé de la vie culturelle en Union soviétique et dévoilent ses conceptions musicales, philosophiques et spirituelles.
    Document inédit hors de Russie, cette correspondance complète la connaissance que l'on a de Pierre Souvtchinsky et constitue le premier ensemble de textes en français de Maria Youdina, dont sera fêté en 2020 les cinquante ans de sa mort. L'échange de lettres qui s'étend de 1959 à 1968 est traduit du russe et présenté par le pianiste Jean-Pierre Collot, qui fut longtemps membre de l'Ensemble Recherche.
    Ce volume entre dans la série de témoignages que les éditions Contrechamps ont publiés jusqu'à ce jour, comme la correspondance entre Schönberg et Kandinsky, celle entre Varèse et Jolivet, ou les entretiens avec Claude Helffer.

  • Ce nouveau volume français des écrits de l'un des plus grands compositeurs des XXe et XXI e siècles complète les Neuf essais sur la musique publiés par Contrechamps du vivant du compositeur en 2001.
    Ce nouveau volume français concerne donc les essais de Ligeti sur sa vie et son oeuvre, avec de nombreux textes encore inédits en français. Quatre chapitres orientent successivement le lecteur vers des articles autobiographiques - par exemple "Souvenirs musicaux de mon enfance et de ma jeunesse" ou "Ma judaïté" -, des lettres et textes de circonstance faisant apparaître tantôt quelques expériences particulières, des épisodes de son existence, ses prises de position ou ses jugements face à certaines questions politiques et sociales ("Schott", "Lettre ouverte"), des textes plus ou moins développés et transversaux touchant sa musique ("Les effets de la musique électronique sur mon travail de composition", "Il se passe dans ma musique quelque chose de très aventurier", etc.), et enfin les nombreux textes de Ligeti sur ses oeuvres, avec pour certaines d'entre elles différents commentaires rédigés à divers moments de sa carrière. Ces chapitres correspondent au découpage du second volume de l'édition allemande, hormis certains textes que nous n'avons pas jugés indispensables parmi ceux consacrés aux oeuvres, surtout lorsqu'ils recoupaient en grande partie le contenu d'un ou de plusieurs autres essais. Certaines correspondances avec Ove Nordwall ont été rajoutées à propos de quelques oeuvres des années 1960.

  • Dans ce livre qui complète une série d'études menées sur la culture durant l'époque nazie, l'historien Michael Kater suit le parcours de huit compositeurs très différents les uns des autres, auscultant le comportement d'artistes qui avaient déjà, au moment de l'avènement de Hitler en 1933, une réputation dans la sphère musicale allemande et internationale.
    Son étude minutieuse, qui s'appuie sur une documentation en partie inédite, d'une exceptionnelle richesse, suit la trajectoire de personnalités qui choisirent ou bien la collaboration et l'opportunisme, ou bien la résistance et l'exil. Dans la première catégorie, les deux compositeurs postromantiques, Strauss et Pfitzner, s'accommodèrent du pouvoir nazi au nom de la grande tradition germanique ; Hindemith partageait cette position, mais le modernisme qu'il avait incarné sous la République de Weimar suscitait un rejet qui le contraignit finalement à l'exil.
    Orff et Egk saisirent l'occasion de faire carrière et de représenter la nouvelle Allemagne par leurs oeuvres et leur activité. À l'opposé, Schoenberg et Weill, qui étaient juifs, prirent immédiatement le chemin de l'exil. Hartmann, enfin, cessa de composer, restant à l'écart de la vie publique jusqu'à la fin de la guerre. Ces huit destins croisés mettent cruellement en jeu les rapports entre l'esthétique et la politique, sur fond de lutte entre les Anciens et les Modernes.

  • Une dimension tout à la fois religieuse et politique. Compositeur engagé, Huber refuse en effet la conception de "l'art pour l'art", l'idée de la musique pure. Pour lui, la modernité doit être chargée d'un sens qui dépasse la seule sphère esthétique ; elle est solidaire des plus démunis, dénonçant l'injustice, l'oppression, l'asservissement et la réification.
    Proche des mystiques ainsi que des tenants de la théologie de la libération, Huber veut provoquer par sa musique une prise de conscience, un retournement. En se solidarisant avec les formes de résistance en Amérique latine ou au Moyen Orient, il a fait la rencontre de figures telles que celles du prêtre et poète nicaraguayen Ernesto Cardenal ou du poète palestinien Mahmoud Darwich, qui lui ont inspiré des oeuvres importantes, mais aussi du poète russe Ossip Mandelstam, auquel il a consacré un opéra.
    Son intérêt pour la musique arabe, au moment où éclatait la première Guerre du Golfe, l'a conduit à utiliser des échelles avec tiers et quarts de ton et à expérimenter de nouvelles conceptions harmoniques, polyphoniques et formelles. Ce recueil d'écrits comporte un choix d'essais et l'intégralité des notices que le compositeur a écrites sur ses oeuvres, ainsi que deux entretiens et un appareil critique.

  • Ce volume regroupe tous les essais de Carl Dahlhaus sur la Musique Nouvelle publiés entre 1965 et 1971.
    Ils traitent des problématiques soulevées par la musique de l'après-guerre, sous un angle tantôt technique, tantôt esthétique, tantôt sociologique. Les questions du rythme, du timbre, de la notation, du matériau, de la forme croisent ainsi les concepts d'avant-garde et d'oeuvre autonome, les problèmes du sens et du non-sens, de la musique engagée, des genres musicaux... La méthode de ce musicologue aux connaissances encyclopédiques vise à cerner aussi objectivement que possible une notion, une idée, une oeuvre ou une tendance tout en les replaçant dans un vaste contexte esthétique et historique.
    Elle se présente ainsi comme une médiation indispensable entre les oeuvres proprement dites, les conceptions qui leur sont liées, et une réception riche de sens. " La réflexion qui s'attache à la musique, ou même à la littérature, n'est aucunement étrangère à la musique : elle en fait partie en tant qu'événement historique, voire en tant qu'objet de perception. Ce qui se perçoit de la musique dépend, en partie, de ce qu'on a lu à son propos ".

  • Tous les textes rassemblés par les Editions Contrechamps dans le présent ouvrage sont inédits en français. A n'en pas douter, ils contribueront à faciliter la circulation des idées entre les sphères francophone et germanique qui, dans le domaine musical en particulier, présente de grandes lacunes.
    En traduisant un vaste choix de textes de Hans Zender, les Editions Contrechamps poursuivent leur effort consistant à mettre à la disposition des lecteurs français les textes essentiels traitant de la musique des XXe et XXIe siècles, et notamment ceux des compositeurs eux-mêmes, qui sont une source primordiale.
    L'ouvrage de Hans Zender s'inscrit dans une série de traductions antérieures portant sur Schoenberg, Webern, Zimmermann, Lachenmann, Rihm..., et comprenant aussi les premières traductions en français du grand musicologue Carl Dahlhaus ou celles de plusieurs ouvrages de Theodor W. Adorno.

  • Wolf concevait la critique comme un combat pour la vérité : celle des oeuvres qu'il estimait et celle des interprétations inspirées qui lui semblaient fidèles au texte et à ses intentions. Ses chroniques sont engagées et partiales, mais sincères et courageuses. Dans une langue imagée, Wolf nous entraîne dans le grand débat entre musique à programme et musique absolue, commente avec humour le répertoire du Philharmonique de Vienne et la frivolité du public de l'Opéra, s'en prend aux chanteurs vaniteux et aux critiques conservateurs. Ces chroniques musicales ont valu à celui qui allait devenir l'un des plus grands compositeurs de lieder un véritable succès de scandale. Elles n'ont rien perdu de leur éclat pour les lecteurs d'aujourd'hui. Elles constituent un témoignage important non seulement parce qu'elles reflètent la vie musicale d'une époque, mais aussi parce qu'elles sont émaillées de remarques éclairantes sur l'art du chant, du jeu scénique, ou encore du phrasé instrumental.

  • A travers ses entretiens avec Rossana Dalmonte et ses essais sur la musique, Luciano Berio (1925-2004) fait apparaître la profondeur et la générosité d'une pensée qui s'est développée indépendamment de celle de sa propre génération, et qui embrasse la totalité des formes musicales, au-delà des oppositions entre l'ancien et le nouveau, le savant et le populaire, la musique avant-gardiste et la musique de masse.
    C'est que Berio vise moins la dimension théorique en soi, se méfiant des formulations trop rigides ou des positions fondées sur des a priori idéologiques, qu'il n'accompagne son travail de compositeur d'une réflexion en actes, puisant à des sources telles que l'anthropologie, l'ethnomusicologie, la linguistique ou la musicologie. Sa lecture des oeuvres et des différentes musiques abordées se fait toujours de l'intérieur, mais sans jamais oublier que la musique est un fait social.
    Elle est parfois violemment critique, voire polémique, mais toujours éclairante, grâce à son ampleur et à sa justesse. Comme l'indique Martin Kaltenecker, traducteur des entretiens, les textes ici rassemblés constituent un document essentiel pour l'histoire de la musique du xxe siècle.

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