Langue française

  • Pierre Boulez sur Incises Nouv.

    Pierre Boulez (1925-2016) a été l'une des figures majeures et l'une des plus actives de la musique après la Deuxième Guerre Mondiale. Compositeur et chef d'orchestre mondialement reconnu, fondateur de l'IRCAM et de l'Ensemble Intercontemporain en 1976, il fut aussi un penseur de la musique. sur Incises est l'une des dernières oeuvres de Boulez, l'apothéose de sa trajectoire créatrice. Ecrite entre 1996 et 1998, elle regroupe un instrumentarium original composé de trois pianos, trois harpes et trois percussions.
    Ce qui frappe dans cette oeuvre jubilatoire, outre sa sonorité si particulière, c'est son caractère rituel, emprunté aux musiques extra-européennes, et en l'occurrence ici, aux musiques de Centre-Afrique. La forme se déploie librement, en alternant les passages en temps mesuré, très rythmiques et très vifs, et en temps non mesuré, en forme d'improvisation avec des sonorités résonantes. La virtuosité d'écriture exige une extrême virtuosité de la part des instrumentistes, mais aussi un sens aigu de l'écoute pour équilibrer des timbres si différents.
    Le livre de Peter O'Hagan conduit le lecteur dans un double labyrinthe : celui de la forme et de la structuration de l'oeuvre, au fil d'une véritable enquête qui rend sa lecture passionnante. Mêlant des considérations plus générales à une approche analytique précise, l'ouvrage dévoile aussi bien l'organisation de la pièce que son contexte et montre, de façon lumineuse, les processus de composition de Boulez.
    L'auteur nous fait découvrir toutes les dimensions de cette pièce majeure, ainsi que ses significations multiples, tout en tissant de nombreux liens avec ses oeuvres antérieures et en faisant apparaître les principes compositionnels de Boulez. On découvre aussi le rapport essentiel du compositeur aux musiques africaines ou asiatiques, qu'il étudia en profondeur, et à des oeuvres modernes comme les Noces de Stravinsky ou la Sonate pour deux pianos et percussion de Bartók, dont la sonorité et l'esprit sont proches de sur Incises.
    Enfin, le livre relève l'importance de l'expérience électro-acoustique menée par Boulez à l'IRCAM, qui oriente l'écriture instrumentale et libère tout le potentiel résonant des instruments choisis. Beaucoup de documents inédits sont mis à la disposition du lecteur, qui trouvera là un guide idéal pour entrer dans ce chef-d'oeuvre exaltant de la musique moderne.

  • Contrepoints ; dialogues entre musique et peinture Nouv.

    Contrepoints, le livre que Philippe Junod a consacré aux relations entre musique et peinture (dont la première édition date de 2006), a conservé toute son actualité, tant cette problématique, au centre des recherches créatrices actuelles, a été peu étudiée. Philippe Junod explore différents aspects de ce dialogue entre les deux arts, depuis les problématiques qu'il soulève, comme les analogies musicales à l'intérieur des théories picturales ou la question de la synesthésie et de la convergence des deux arts, jusqu'aux réalisations concrètes, comme celles suscitées par des compositeurs tels que Wagner ou J.
    S. Bach, en passant par des questions telles que l'audition colorée ou le jeu des comparaisons. Cette quête de correspondances entre l'auditif et le visuel apparaît pour Philippe Junod comme l'expression d'une nostalgie, celle de l'unité perdue. Elle se manifeste dans deux directions principales, qui sont ici analysées : celle du mythe de la correspondance sensible et celle des proportions mathématiques.
    A l'heure où beaucoup recherchent une nouvelle alliance entre les deux arts, notamment à travers les moyens nouveaux de la vidéo ou des outils informatiques, les neuf chapitres du livre de Philippe Junod fournissent une base de réflexion essentielle. Elle est extrêmement documentée, faisant référence à des centaines d'ouvrages ou d'articles. A l'occasion de la réédition de ce livre, Philippe Junod a actualisé la bibliographie, et l'a fait précéder d'une brève postface.

  • La première partie de l'ouvrage rappelle brièvement les fondements du « style Ligeti » en évoquant les éléments d'évolution et de permanence légués par les ouvrages (et les écrits) du compositeur. Elle sonde la crise induite par l'achèvement du Grand Macabre, puis décrit la réorientation de l'esthétique au début des années quatre-vingts avec laquelle coïncide l'achèvement du Premier livre d'études. Elle retrace le contexte des deux dernières décennies du siècle, définit le genre de l'étude et son renouvellement après 1945, puis peint les sources de l'imaginaire en s'attachant notamment au domaine scientifique (les théories du chaos, la géométrie fractale, les écrits de Karl Popper), aux influences musicales (du jazz à la musique subsaharienne), aux illusions acoustiques et au retour à la Hongrie manifeste alors chez le compositeur.

  • Le compositeur Dieter Schnebel fait partie des compositeurs les plus prolifiques de l'avantgarde musicale européenne. Tout en proposant une synthèse des problématiques centrales de son époque, il se démarque toujours de ses contemporains par une pensée, complexe et pluridisciplinaire, fondée sur une vaste connaissance musicologique, philosophique et théologique. Né en 1930 à Lahr, Dieter Schnebel commence la musique en 1942 et s'inscrit en 1949 à la Musikhorschule de Freiburg-im-Breisgau. Entre 1952 et 1956, il poursuit son cursus musicologique à l'Université de Tübingen où il étudie également la philosophie et la théologie protestante.

  • Ce nouvel ouvrage du musicologue Jean-Louis Leleu est consacré à la musique du compositeur Arnold Schoenberg, figure majeure de la musique du XXe siècle. Dans son livre, l'auteur pose la question de l'unité de la démarche du compositeur sur l'ensemble de sa trajectoire et fait apparaître la cohérence de sa pensée harmonique, que ce soit dans le contexte atonal ou sériel, avec ou non des réminiscences tonales et modales.

  • Karlheinz Stockhausen (1928-2007) a été, dans les années 1950, l'une des figures dominantes de l'avant-garde musicale ; un compositeur inventif, audacieux et visionnaire.
    Chacune de ses oeuvres constituait un événement et une avancée ; chacune était accompagnée d'une réflexion suggérant de nouveaux concepts et de nouvelles perspectives. Ce sont ces textes, essentiels pour comprendre l'évolution de la pensée musicale, que nous proposons aux lecteurs francophones.
    Ils s'attachent, parallèlement à toute une série d'oeuvres qui ont marqué leur époque, à la construction d'une nouvelle syntaxe et de nouveaux rapports entre les différentes dimensions du langage, à une conception repensée de la forme et de l'espace et aux problèmes de notation ainsi posés, enfin, à toutes les expérimentations réalisées dans le domaine électronique, où Stockhausen fit oeuvre de pionnier. Si le premier texte, daté de 1952, glorifie l'artisanat du compositeur, le dernier, en 1961, sous le titre « Invention et découverte », se présente comme la synthèse provisoire d'une décennie de recherches.
    Document essentiel pour comprendre tout ce qui s'est pensé dans cette période flamboyante qui constitue le socle de toute l'aventure musicale contemporaine, ce volume tant attendu paraît dix ans après la disparition du compositeur, et ce dans une traduction due à Christian Meyer et Laurent Cantagrel.

  • Schoenberg

    Carl Dahlhaus

    Cet ouvrage du grand musicologue allemand Carl Dahlhaus (1928-1989) n'est pas la traduction d'un livre constitué en tant que tel, mais le rassemblement des textes qu'il a consacrés à Schoenberg, publiés entre 1964 et 1988. Une telle édition n'existe ni en allemand ni en anglais. Elle regroupe des essais de différentes natures portant aussi bien sur les questions esthétiques et théoriques que sur les questions purement compositionnelles soulevées par la musique de Schoenberg. En ce sens, elle constitue un ensemble cohérent et aborde les multiples aspects d'une oeuvre et d'une pensée qui ont marqué en profondeur la musique du XXe siècle.
    La méthode de Dahlhaus consiste à cerner des problématiques et à les traiter au travers d'une analyse intrinsèque, que l'on pourrait qualifier d'objective, tout en les situant historiquement, du point de vue musical et théorique. Sa démarche, qui vise à faire apparaître le sens profond des oeuvres et des idées, se situe à l'écart de celle d'Adorno et des exégètes de la première heure, ou de celle des jeunes compositeurs de l'après-guerre, pour lesquels Schoenberg était un enjeu sur lequel ils projetaient leurs propres idées.
    Ce livre capital offre non seulement une lecture éclairante de l'univers schoenbergien, mais est aussi un exemple du point de vue méthodologique.
    L'honnêteté et la rigueur de la démarche dahlhausienne s'incarnent dans une langue très dense et riche de multiples nuances qui a donné lieu à un long travail de traduction. Le présent ouvrage constitue la réédition de celui publié en 1997, et désormais épuisé.

  • Charles Ives est souvent présenté comme le père de la musique américaine : c'est le premier à avoir développé dans ce pays un style original et de valeur universelle. Né en 1874, la même année que Schoenberg, il fut très marqué par l'enseignement de son père et par les différents aspects de la culture américaine, notamment populaire, tout en étant un novateur sur bien des plans. Ives a écrit très tôt des oeuvres atonales, concevant des polyrythmies complexes, expérimentant les quarts de ton, la spatialisation des sources sonores, le mélange de musiques différentes.
    Comme Schoenberg, il était foncièrement idéaliste et rêvait d'une musique libre de toute entrave. En cherchant à célébrer les grandes figures d'une culture américaine progressiste, il se tourna dans sa maturité vers les Transcendantalistes qui, dans les années 1830, avaient établi à Concord (près de Boston) une communauté d'esprit éclairée. Les différents mouvements de sa Deuxième Sonate pour piano, intitulée justement « Concord », sont liés à certains d'entre eux : le philosophe et essayiste Raoul Waldo Emerson, le philosophe Amos Bronson Alcott, l'écrivain Nathaniel Hawthorne et David Henry Thoreau, l'auteur de Walden et d'un Traité de désobéissance civile.

  • Dans Introduction à la sociologie de la musique, écrit au début des années soixante, Theodor W. Adorno cumule les expériences, les observations et les intuitions d'une vie entière, au long de laquelle la musique tint un rôle capital, indissociable de la réflexion philosophique plus générale. Mais la force de cet ouvrage, l'un des grands classiques de la musicologie du XXe siècle, tient également dans sa dimension visionnaire, d'une portée aujourd'hui encore tout à fait singulière. En effet, à l'heure où la sphère musicale, dans son ensemble, est de plus en plus soumise aux conditions de production de masse et aux impératifs médiatiques, les analyses développées ici révèlent plus que jamais leur pertinence. La démarche adornienne ne se limite pas à décrire sous quelles formes et dans quelles conditions la musique est reçue dans la société. Elle s'attache plutôt - et c'est son originalité profonde - à déceler le contenu intrinsèquement social des oeuvres et des genres musicaux. De plus, débordant le cadre strictement musical, l'ouvrage d'Adorno s'ouvre constamment vers les horizons d'une philosophie cri-tique de la culture. «La dimension sociale des oeuvres d'art n'est pas seulement leur adaptation aux desiderata externes des commanditaires ou du marché, mais constitue précisément leur autonomie et leur logique immanente.»

  • Les oeuvres et les idées de Mallarmé ont joué un rôle majeur dans l'évolution de Pierre Boulez : fasciné par le poème intitulé Un coup de dés, qu'il envisagea de mettre en musique à la fin des années quarante, il fut influencé par sa conception du Livre pour sa Troisième Sonate et pour Pli selon pli.
    Cette dernière couvre, objet du présent livre, apparaît comme un aboutissement et une apothéose. Parallèlement, Boulez poursuivait une réflexion théorique qui culmina, au même moment, avec son ouvrage Penser la musique aujourd'hui. Les auteurs de ce livre consacré à l'une des oeuvres majeures de la musique des cinquante dernières années, présentent différents aspects de cette vaste composition, ainsi que la place qu'occupe la réflexion théorique chez Boulez.
    Un texte sur les rapports de Mallarmé avec la musique complète cet ouvrage, qui s'ouvre sur un entretien inédit avec Pierre Boulez.

  • Cette histoire de la musique américaine replace les différents courants et genres musicaux dans leur contexte économique et social.
    Elle ne se limite pas aux compositeurs, de Charles Ives à John Adams, mais inclut les différentes formes de musique populaire, depuis la chanson engagée jusqu'au jazz, en passant par les comédies musicales de Broadway. Laurent Denave analyse les tensions entre une sphère savante tôt divisée entre des créateurs originaux et des compositeurs conservateurs ou académiques, et une sphère populaire dominée par les critères commerciaux et davantage faite pour le peuple que par lui.

    Que ces critères commerciaux s'introduisent à l'intérieur de la musique savante, c'est précisément ce que l'auteur montre à travers différents exemples historiques, qui conduisent à la musique répétitive, assimilée ici à la révolution conservatrice qui eut lieu sur le plan politique. Laurent Denave souligne à quel point le critère de la modernité musicale aux Etats-Unis est lié à la capacité d'autonomie des compositeurs et comment, à partir de la figure isolée de Charles Ives, qui fonda sa propre compagnie d'assurances et composa durant son temps libre, cette autonomie a tenté de se structurer socialement à travers différentes institutions, dont l'Université a finalement été l'une des plus importantes.
    Mais il montre aussi comment cette modernité a été tout au long du siècle aux prises avec les diverses formes de conservatisme et de populisme, ainsi qu'avec les intérêts commerciaux de l'industrie musicale.
    L'analyse sociologique des conditions mêmes de la musique savante fait apparaître l'exclusion de certaines catégories sociales. Fondé sur une documentation impressionnante, écrit d'une plume alerte et vivante, cet ouvrage nous permet de traverser de façon originale une histoire encore mal connue, et jamais présentée ainsi dans son ensemble dans un ouvrage français.

  • écrits

    Béla Bartók

    Les écrits de Béla Bartok (1881-1945), réunis ici pour la première fois dans leur quasi-intégralité en français, abordent de nombreux thèmes : les orientations de la musique nouvelle, la démarche de compositeurs contemporains comme Strauss, Debussy, Schoenberg, Stravinsky, Ravel ou Kodaly, la spécificité de la situation hongroise, la présentation de ses propres oeuvres, mais aussi les relations entre musique populaire et musique savante, la question de l'atonalité ou celle de la musique mécanique, les problèmes soulevés par le nationalisme et les théories raciales, les rapports de l'art et de l'Etat...
    Dans un style sobre et précis, Bartok défend des positions intransigeantes, parfois virulentes, et qui vont toujours droit à l'essentiel, qu'il s'agisse d'essais développés, de prises de position polémiques, ou de critiques musicales comme celles qui témoignent de la situation en Hongrie dans les années vingt. Tous ces documents, dont beaucoup inédits jusqu'à ce jour en France, sont adossés à l'une des oeuvres majeures de la musique du XXe siècle, qu'ils contribuent à éclairer.

  • Les douze essais qui composent les Figures sonores [Klangfiguren] de Theodor W.
    Adorno datent, à une exception près, de la fin des années cinquante. Ils forment une vaste constellation d'approches du phénomène musical contemporain : la réflexion sur une sociologie de la musique, aussitôt appliquée à la question de l'opéra, à celle du public, et à l'interprétation, croise une réflexion esthétique s'interrogeant sur ses propres critères et une tentative de penser les éléments techniques de la composition, comme ceux de la série ou du contrepoint.
    Deux essais sur Berg et Webern tracent un portrait, de l'intérieur, des deux compositeurs. Cet ouvrage est traversé par une profondeur de vue qui, liée à une connaissance intime des oeuvres, des problématiques compositionnelles et de leurs enjeux historiques, est extrêmement stimulante pour l'esprit.

  • Parallèlement à son activité au sein de contrechamp, dont il a été le fondateur et le directeur artistique durant près de trente années, et à un travail d'enseignant au sein des conservatoires de musique, philippe albera (né en 1952), a écrit de nombreux textes sur la musique du xxe siècle, sous la forme d'essais, de portraits de compositeurs, de textes de circonstances, ou d'introduction aux programmes de concerts.
    C'est un choix de ces écrits qui est ici publié. des études sur les enjeux et la situation de la musique actuelle, sur l'influence des musiques extra-européennes, ou sur les théories d'ansermet, côtoient des portraits de compositeurs marquants (ives, schenberg, bartok, zimmermann, boulez, berio, nono, kurtag, holliger, lachenmann, nunes, gervasoni, jarrell, etc.), et des réflexions sur différents oeuvres.
    Ces textes, par leur souci de remplacer le phénomène musical à l'intérieur d'un contexte historique et d'idées, s(adressent plus encore qu'au spécialiste à l'amateur éclairé ; ils évitent le jargon musical au profit d'une réflexion esthétique approfondie, soucieuse du contenu de la musique de notre temps.

  • Les conférences que webern prononça en 1932 et 1933 à vienne dans un appartement privé étaient destinées à un public non spécialisé à qui le compositeur voulait expliquer le chemin parcouru jusqu'à la musique de douze sons.
    Loin de présenter le sérialisme comme une rupture avec le passé, webern s'attache au contraire à dégager ce qui, à travers lui, permet d'accomplir la plus haute tradition de la musique occidentale, depuis le chant grégorien et la polyphonie de la renaissance jusqu'à l'époque moderne. s'il démontre comment la tonalité s'est progressivement désagrégée, il insiste sur la permanence des formes et des techniques d'écriture anciennes, et, par-dessus tout, souligne l'exigence de cohérence, nécessaire pour que les oeuvres soient compréhensibles.
    En ce sens, ces conférences constituent une magnifique introduction à la musique du xxe siècle. elles sont présentées ici dans une traduction nouvelle et complétées par tous les autres écrits de webern, depuis l'introduction de sa thèse de doctorat sur isaac jusqu'aux analyses de quelques-unes de ses oeuvres, en passant par diverses considérations sur scmnberg et un bref hommage à loos. deux études critiques de georges starobinski et philippe albèra, coéditeurs des textes, complètent ce volume.

  • Helmut Lachenmann est né en 1935 à Stuttgart dans une famille de pasteur. Il travaille le piano et l'écriture, prend part pour la première fois aux Cours d'été de Darmstadt en 1957, et y noue avec Luigi Nono une relation déterminante : il va l'accompagner et travailler avec lui à Venise entre 1958 et 1960. En 1963-1964 il suit les cours de Stockhausen. Puis il tente de réaliser une synthèse des courants dominants de la musique contemporaine, tout en développant une position originale qui le conduit vers l'idée de "musique concrète instrumentale", pour laquelle le matériau sonore est élargi aux bruits et requiert des techniques instrumentales ou vocales nouvelles.
    On perçoit derrière ce terme la référence à la musique concrète de Pierre Schaeffer et Pierre Henry, pour qui les bruits sont élevés à la dignité d'un matériau musical. Ce que Lachenmann veut faire ressortir à travers cette démarche, c'est la confrontation sensible et souvent provocante au phénomène sonore, loin des conventions qui, à travers le culte du beau son, détournent l'auditeur de sa vérité expressive. Lachenmann fait apparaître les tensions physiques et psychiques qui produisent le son plutôt que d'en faire un objet de pure manipulation compositionnelle.
    Sa musique peut être envisagée comme une quête de la vérité, une quête de l'essence même de la musique. Sensible à l'utilisation sociale et idéologique de la grande musique comme un refuge, ce qui en fausse le sens, il s'attache tout à la fois à déconstruire le « son philharmonique », comme il le dit lui-même, et à engager l'auditeur sur un chemin de découverte exigeant une sensibilité et un sens critique aiguisés.

  • György Kurtág (né en 1926) a toujours refusé de parler sur la musique, et sur la sienne en particulier. Les témoignages ici rassemblés constituent la totalité de ses interventions verbales: la plupart sont issues d'entretiens;
    Ils constituent un document précieux pour tous ceux qui veulent entrer dans l'univers du compositeur, qu'ils soient interprètes ou auditeurs. Cette parole parfois hésitante est une parole de vérité: l'homme se livre tout entier, laissant apparaître l'univers intérieur qui fonde son oeuvre et lui confère une force expressive magnétique. Les trois entretiens avec Bálint András Varga ont été réalisés entre 1982 et 2008. Dans les deux hommages émouvants consacrés à son ami György Ligeti, Kurtág recompose ses souvenirs dans une forme étonnante, et son récit rejoint celui de la grande histoire, si mouvementée pour ces deux compositeurs nés juifs en des temps hostiles, dans une région déchirée entre deux pays et trois cultures, et finalement rejetée de l'autre côté du rideau de fer. On ne peut qu'être touché par l'authenticité de cette parole et fasciné par cette quête inlassable où l'homme se joue tout entier. Le texte s'accompagne de dessins faits par Kurtág lui-même.

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