Cnrs

  • Figure emblématique du monde spirituel ottoman, le derviche tourneur fascine les Occidentaux depuis des siècles. Si la doctrine de la Mevleviye, cette confrérie soufie fondée par Rumi au XIIIe siècle, a fait l'objet de nombreux travaux érudits, la vie des derviches, leurs pratiques, leurs rituels quotidiens, demeurent encore méconnus.

    S'appuyant sur le parcours et l'oeuvre d'Ankaravî (mort en 1631), principal disciple de Rumi, cette étude analyse le soufisme à un moment où le pouvoir ottoman cherche parmi les confréries des responsables à sa décadence.

    Ecrivain célèbre, auteur de textes savants et mystiques dont l'influence perdure, cheikh du tekke de Galata à Istanbul, Ankaravî a rédigé le Minhâc'ül-fukara, maître-livre de la confrérie, à la fois défense des derviches et véritable manuel initiatique. Alberto Fabio Ambrosio présente, traduit et analyse ici l'ensemble des textes qui permettent de comprendre les pratiques des derviches tourneurs dans leurs formes et leurs structures.

    Une initiation lumineuse à l'histoire et à la symbolique de la voie mevlevîe.

  • Les pre´occupations environnementales et paysage`res se positionnent au coeur des questions socie´tales actuelles. Focalise´s sur les futurs possibles et la prospective, de nombreux travaux scientifiques sous-estiment l'enracinement de ces proble´matiques dans le temps long des dynamiques sociales et naturelles. L'e´clairage par l'e´paisseur de l'histoire et par l'inscription de ces phe´nome`nes dans l'espace s'ave`re ne´anmoins indispensable pour appre´hender dans leur complexite´ les trajectoires d'e´volution des syste`mes environnementaux et paysagers, appre´hende´s comme des socio-e´co-syste`mes. En plac¸ant au coeur de sa de´marche l'articulation entre le temps long, le temps interme´diaire et e´ve´nementiel, la ge´ohistoire, ouvre un espace pour e´crire une histoire de l'environnement et des paysages renouvele´e, centre´e sur les sciences sociales. Entre tradition de l'approche braude´lienne et renouvellement des outils et des me´thodes, la ge´ohistoire est une contribution scientifique majeure aux questions de notre temps. Et si la compre´hension du passe´, des he´ritages lie´s aux interactions entre socie´te´s et environnements du passe´ e´tait une des cle´s pour la compre´hension et une gestion durable de l'environnement ?
    Au travers d'une se´rie d'e´tudes de cas localise´es dans diffe´rents environnements montagnards (Alpes, Pyre´ne´es, Massif Central, Apennins italiens...), forestiers (fore^ts de Chambord, de l'Avenois, Massif du Lube´ron...), fluviaux (Garonne, Loire, Hers-Mort...) et de zones humides et marais (Delta du Danube, Niayes du Se´ne´gal, marais atlantiques, Grossetto toscan...), cet ouvrage illustre par l'exemple les me´thodes de la ge´ohistoire et leur applications a` la gestion de l'environnement. Abordant ces notions d'un point de vue pratique mais aussi the´orique, il permet un acce`s facile a` un large public, curieux de connaissances pluridisciplinaires sur les paysages extraordinaires mais aussi les paysages ordinaires.

  • Tours, grands projets immobiliers, multiplication de shopping malls et nouvelles infrastructures de transport sont autant de symboles de la me´tropolisation acce´le´re´e de Hô Chi´ Minh Ville aujourd'hui. Cette me´tropole de pre`s de 12 millions d'habitants est entre´e dans « l'e`re de la grande dimension », rede´finissant alors l'espace public de la cite´, ses pratiques et ses conceptions.

    Cependant, a` rebours de sa progressive verticalisation, c'est le long de ruelles (he?m) que vit 85 % de la population de la ville. Les ruelles demeurent la sce`ne de l'ordinaire urbain. Une sce`ne avec ses codes, ses rythmes propres et la diversite´ de ses acteurs. Outre la forme particulie`re que ces quartiers tre`s denses impriment a` la ville, les ruelles constituent des espaces ve´cus au sens fort. A` l'interface entre le public et le prive´, entre le collectif et l'individuel, une culture spatiale spe´cifique s'y de´veloppe, associant des activite´s extre^mement diverses et des lieux de sociabilite´ foisonnants. Les ruelles constituent alors autant de fene^tres ouvertes sur la petite me´canique me´tropolitaine vietnamienne du quotidien. Les mutations y sont moins spectaculaires - y compris au sens litte´ral de leur mise en spectacle -, mais tout aussi profondes et re´ve´latrices des transformations de la socie´te´ vietnamienne et de sa que^te de « modernite´ » dans un pays au re´gime politique autoritaire.

    Pour saisir le fonctionnement quotidien de ces « envers me´tropolitains », Marie Gibert- Flutre articule l'e´tude de leur morphologie et de leur gestion politique avec celle des pratiques sociales qui s'y de´ploient et des temporalite´s qui les structurent, a` partir de l'e´tude de six quartiers de ruelles. Cette e´tude magistrale, a` la croise´e de la ge´ographie, de l'anthropologie urbaine et de l'urbanisme, renouvelle et e´largit en particulier la notion d'« espace public » - historiquement issue de la pense´e urbaine occidentale - par sa confrontation avec le terrain vietnamien.

    Cet ouvrage est tire´ d'une the`se qui a rec¸u le Grand Prix de the`se sur la ville PUCA APERAU (2015) et le Prix de the`se du GIS Asie (2016).

  • Depuis 2011, la re´volte et le conflit en Syrie ont ge´ne´re´ une masse conside´rable d'images produites par des manifestants, des activistes et des combattants. Disse´mine´es sur Internet ou dans des cartes me´moires de te´le´phones portables, elles rendent compte de manie`res de documenter, de raconter et de vivre la protestation, l'engagement, la guerre et la violence extre^me. Cet ouvrage explore ce vaste territoire d'images et de sons pour e´clairer d'un nouveau jour ce conflit, ses acteurs, ses temporalite´s et les imaginaires qui s'y de´ploient. A` partir d'enque^tes nume´riques mais aussi d'entretiens aupre`s de ceux qui ont filme´, il s'agit de saisir les multiples formes d'expression de la re´volte et son basculement dans une guerre dont les enjeux de´passent les frontie`res syriennes. Au plus pre`s de la fabrique, des usages et des grammaires de productions audiovisuelles issues de diffe´rents espaces du conflit, l'objectif est e´galement de comprendre comment elles coexistent et s'affrontent.

  • Longtemps le Maghreb a paru être une simple arrière-cour de l'Europe, une sous-région d'un espace méditerranéen peinant à trouver sa cohésion politique. Les révolutions de l'hiver 2011 ont troublé et redéfini ces rapports anciens. Ce livre propose, au début de ce nouveau cycle de l'histoire, de revenir sur les éléments fondamentaux d'un Maghreb renaissant.

    En retraçant de manière analytique l'évolution de la région pendant les vingt dernières années, les spécialistes rassemblés ici apportent des éléments d'explication aux carences et dysfonctionnements révélés par les frondes de l'hiver 2011 et prennent en compte les facteurs qui ont contribué à des analyses erronées et biaisées des réalités de ces pays. Ils dévoilent également les dynamiques internes et régionales, les limites et les contraintes qu'elles imposent. L'ouvrage offre également des analyses actualisées des phénomènes migratoires, mais aussi des systèmes d'aide et de partenariat euro-méditerranéen, soulignant la nécessité pour les États du Nord de revoir leur regard sur le Sud.

    Car ces nations nouvelles, où émergent l'individu et le citoyen, fortes d'une jeunesse décomplexée, disposent de tous les atouts pour entrer de plain-pied dans la mondialisation.

  • Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le processus d'internationalisation de la science s'acce´le`re et le projet - de´ja` ancien d'établir « un espace europe´en de la recherche » se pre´cise. La science fait de´bat et de´signe de´sormais, dans une conception qui s'e´largit, un ensemble de syste`mes de savoirs, de pratiques et de dispositifs institutionnels. Le contexte de la guerre froide et les pratiques et e´changes scientifiques interagissent. La guerre froide entrai^ne des reconfigurations, entre les E´tats-Unis et l'Europe notamment, sans stopper les circulations entre les blocs rivaux. Trois questions principales traversent cet ouvrage qui s'inscrit dans le champ des « Cold War Studies » : quelle est la place du chercheur dans le re´seau des institutions scientifiques, des structures politiques et des flux financiers ? Comment les re´seaux scientifiques se mettent-ils en place a` l'intersection de la science et de la politique ? Quelles sont les modalite´s des circulations, transferts et e´changes entre les diffe´rentes cultures scientifiques ?

  • Attentats en France, extension spectaculaire de l'évangélisme et du salafisme, repli des communautés juives, fronde catho- lique contre le mariage pour tous, recrutement de djihadistes sur Internet, laïcité « universelle » contre foulard confessionnel... la question religieuse électrise la sphère politique et sociale. Cette actualité brûlante place la question du prosélytisme au coeur des combats politiques et sociaux d'aujourd'hui. Des débats où les trois grandes religions apparaissent à l'avant-garde.

    Les études ici réunies se déploient dans des espaces géographiques primordiaux pour la recherche allant d'Europe (France, Suède, Italie) jusqu'en Afrique (Cap-Vert) en passant par le monde arabo-musulman (Maroc, Tunisie, Égypte et Liban). Les auteurs analysent les réactions et réponses des sociétés confrontées à la question prosélyte, en exposant leurs spécificités socio-historiques et leurs dynamiques propres. Ce faisant, cet ouvrage dresse un tableau nuancé et fidèle des prosélytismes à l'oeuvre et offre un ensemble inédit de matériaux et de concepts sociologiques à qui veut comprendre les soubresauts et les tensions de notre monde contemporain.

    Sur commande
  • Le jour anniversaire de la naissance de Van Gogh, le 30 mars 1987, une compagnie d'assurances japonaise achète ses Tournesols pour 24,7 millions de livres.

    L'argent japonais déferle sur l'art mondial. En trente ans à peine, collection, spéculation et krach vont faire du Japon un marché de l'art unique, primordial et atypique. Nul autre pays ne peut s'enorgueillir d'une telle variété de circuits artistiques, de réseaux de marchands. Nul autre n'a pu déployer autant d'expositions de premier plan dans les musées ou dans les grands magasins, en échafaudant de complexes et profitables partenariats avec des mécènes privés et les quotidiens nationaux.

    Dans cette enquête sociologique rigoureuse, l'auteur dresse un état des lieux de la vente des oeuvres d'art, en examinant les positions et les interdépendances de l'ensemble des acteurs. Elle revient aussi sur les grandes étapes historiques constitutives de cet univers, dévoilant les rouages du « rattrapage culturel » qui a poussé à la création de nombreux musées, à l'investissement public et philanthropique, et à la modernisation du marché de l'art. Cléa Patin analyse en particulier la formation, puis l'explosion dévastatrice de la bulle spéculative des quinze dernières années du xxe siècle. Et nous livre ici une réflexion délicate et vivante sur la manière dont les Japonais appréhendent le risque économique et la culture.

    Sur commande
  • Les systèmes d'observation et de surveillance de l'environnement marin côtier s'appuient sur des programmes de mesures pour lesquels l'échantillonnage est généralement mensuel ou bi-mensuel. Cette approche est qualifiée de traditionnelle, basse résolution ou « basse fréquence » en écologie marine. Face à la variabilité de cet environnement, à sa structuration par des phénomènes physiques liés aux marées, à la météorologie, mais aussi face à la variabilité de sa réponse aux pressions naturelles et anthropiques, il est devenu nécessaire, pour mieux surveiller, comprendre et prévoir son évolution, de mettre en oeuvre des systèmes de mesures automatisées à haute fréquence ou haute résolution (infra-horaire). Ainsi, grâce à l'évolution des technologies, de nombreux systèmes de mesures ont été déployés dans des environnements contrastés, afin de mieux comprendre la dynamique de ces écosystèmes. Certains s'intéressent davantage aux paramètres physico-chimiques, alors que d'autres considèrent également le compartiment biologique, et en particulier le phytoplancton.

    L'objectif de cet ouvrage est de présenter un bilan des systèmes de mesures à haute résolution à l'échelle nationale française : de l'installation à la mise en oeuvre, en passant par les aspects logistiques et techniques. Il s'agit aussi de proposer un aperçu des méthodes d'exploration, d'analyse et de modélisation des données qui en sont issues. Ce bilan est issu des contributions de chercheurs biologistes, physiciens, numériciens rassemblés les 12 et 13 juin 2014 à Boulogne-sur-Mer dans le cadre d'un colloque intitulé « Instrumentation haute fréquence pour l'observation et la surveillance de l'environnement marin », organisé à l'occasion du dixième anniversaire de la station de mesures MAREL Carnot, et dirigé par François G. Schmitt, directeur de recherche au CNRS et Alain Lefebvre, chercheur à l'Ifremer.

    Sur commande
  • Cavanna et Gouny, Ponticelli et Turquet, Aussudre et Taravella... étrangers et provinciaux, les migrants règnent sur le bâtiment tout au long du XXe siècle.

    Secteur-clé de l'économie française, le bâtiment a trouvé dans la banlieue parisienne un terreau fertile où des populations nouvelles ont fait de la petite entreprise un marchepied pour l'insertion, voire l'ascension. Migrants limousins et italiens s'y bousculent et créent un marché du travail inédit. Tour à tour salariés, intermédiaires, patrons, ces villageois d'origine transforment leurs savoir-faire paysans en qualifications professionnelles recherchées.

    Au coeur des entreprises, la famille fait office de soutien, d'associé, de main-d'oeuvre. Frères et soeurs, épouses et enfants, jouent chacun leur partition dans des compositions changeantes qui traversent les crises des années 1930 et 1970 et qui, pendant la croissance de l'après-guerre, assurent des emplois stables. En détaillant les mécanismes du fonctionnement de l'entreprise familiale, en écartant les clichés qui demeurent attachés aux petites firmes, Manuela Martini renouvelle la compréhension et l'histoire de la « première entreprise » de France.

    Sur commande
  • L'histoire du livre technique constitue un champ neuf et peu développé. Si elle est relativement moins connue que celle du livre de science ou de la littérature artistique, elle concerne pourtant une production extrêmement riche, qui représente et met à l'oeuvre l'intelligence pratique et l'esprit d'invention. Il suffit de penser aux Descriptions des arts et métiers, commandées au plus haut sommet de l'État sous l'Ancien Régime, aux spectaculaires « théâtres de machines », aux manuels de fonctionnaires circulant dans tout l'empire chinois, aux multiples traités qui ont formé des générations d'ingénieurs ou encore aux guides techniques destinés à améliorer les pratiques des artisans et des agriculteurs, pour comprendre qu'il s'agit d'une littérature importante à caractère universel faisant l'objet de circulations intenses entre les différentes parties du globe.

    L'objet de ce livre est à la fois de combler une lacune du champ historique et d'interroger les relations entre l'économie du livre et le monde de la technique afin d'analyser la catégorie du livre technique à travers ses formes, ses fonctions, ses modes de diffusion et d'appropriation, avant le xxe siècle. Cet ouvrage contribue ainsi au dynamisme de l'histoire des techniques, soucieuse d'affirmer sa dimension culturelle, comme une histoire des savoirs et des représentations, et de s'inscrire dans les débats de l'histoire globale.

  • Quels sont les effets du « pre´sidentialisme » a` la franc¸aise sur nos liberte´s ?

    Ce livre tente d'e´tablir un bilan historique, politique et juridique, de l'action des diffe´rents pre´sidents de la Re´publique en ce qui concerne la protection, parfois aussi la restriction, des liberte´s fondamentales. Les chercheurs e´tudient en outre la palette des instruments juridiques dont les pre´sidents se sont dote´s pour agir dans ce domaine et comment le ro^le du Pre´sident a pu e^tre e´galement variable en fonction des personnalite´s et des contextes politiques et sociaux. Des analyses ge´ne´rales de l'implication pre´sidentielle alternent avec l'e´tude plus pre´cise de quelques grandes liberte´s (vie prive´e, religion, expression, droits politiques...).

    Sont rassemble´s les souvenirs de quelques « grands te´moins » des diffe´rents mandats pre´sidentiels comme Robert Badinter, Michel Charasse, Claude Gue´ant, Jean-Paul Costa... Mais cet ensemble re´unit aussi certains des meilleurs spe´cialistes du droit public et de la science politique dans des analyses historiques et juridiques.

    Cet ouvrage constitue une synthe`se originale et sans e´quivalent sur l'ensemble de la pe´riode 1958-2015.

  • Impose´e par des re´gimes politiques autoritaires et re´pressifs, par des conflits ouverts, des occupations e´trange`res ou des de´placements de population force´s, la violence est une expe´rience quotidienne dans de nombreuses socie´te´s arabes. Elle constitue un e´le´ment essentiel de l'engagement des militants politiques ou humanitaires.

    Les contributions ici re´unies souhaitent e´clairer ses effets sur les trajectoires, ainsi que sur les pratiques et subjectivite´s de militants en Jordanie, Palestine, Syrie et Liban au sein de plusieurs organisations (partis politiques, groupes arme´s, ONG, syndicats, mouvements sociaux, etc.). En portant un regard de´centre´ sur l'engagement militant, les chercheurs soulignent le ro^le des e´motions, des discontinuite´s, des ruptures, ainsi que celui de l'incertitude. Un ouvrage qui constitue ainsi un apport scientifique nouveau a` la sociologie de l'action collective encore trop centre´e sur des contextes pacifie´s.

    Les auteurs : Erminia Chiara Calabrese, Le´o Fourn, Ste´phanie Latte Abdallah, Pe´ne´lope Larzillie`re, Valentina Napolitano.

  • La notion de potentiel est l'une des rares en physique qui ne tire son origine, ni de l'expérience, ni même de l'intuition, mais seulement de considérations théoriques. La fonction inventée par Lagrange pour résoudre le problème à N corps ne se déduit de rien, au contraire, c'est à partir d'elle qu'on peut déduire l'expression de la force de gravitation et tout ce qui s'ensuit.

    Un pareil objet théorique ne devait pas tarder à prendre une place de choix dans la physique en tant qu'organisation déductive. Et cela ne concerne pas seulement la théorie de la gravitation mais aussi celle de l'électromagnétisme. En outre, le cheminement de la fonction potentielle traverse les domaines conceptuels pour permettre l'émergence de grandeurs nouvelles et tout aussi fondatrices : l'énergie potentielle et les potentiels thermodynamiques.

    C'est donc le récit de cette aventure intellectuelle qui est retracé ici. On peut voir comment la notion de potentiel est la marque flagrante de l'émergence d'une physique mathématique, où le terme de mathématique n'est pas à entendre comme un support utile à la pensée du physicien, mais bien comme la matrice idéelle. Au coeur de la physique du xixe où les physiciens sont avant tout des « géomètres » (c'est-à-dire, en réalité, des virtuoses de l'analyse), la notion de potentiel vient réordonner, tant d'un point de vue déductif qu'ontologique, l'ancienne physique mathématique encore balbutiante. Il s'agit alors de montrer comment ces objets physiques se constituent en refuge pour la métaphysique.

  • Les nombreuses discussions sur le communautarisme en France déchaînent les passions. Ce thème est source de clivages et objet d'idées reçues qui finissent, à force d'être répétées, par gagner force de vérité. Cet ouvrage souhaite poser à nouveau frais les bases du débat, en privilégiant l'angle du religieux. Donnant la parole à des chercheurs de diverses disciplines qui apportent des éclairages complémentaires, il propose de réexplorer le mot et la chose. Qu'entend-on lorsque l'on parle de communau- tarisme religieux ? Traduit-il des réalités concrètes et mesurables ? Varient-elles selon les diverses « communautés » que compte la France ? Autant de questions délicates que les auteurs abordent, entre passé et présent, afin de poser un regard scientifique et distancié sur un sujet brûlant.

  • Les recherches anthropologiques que Maurice Godelier effectua de longues années chez les Baruya de Nouvelle-Guinée ont généré une oeuvre abondante dont l'importance se mesure à la fécondité de ses avancées théoriques, à la richesse des travaux qu'elle a impulsés, et à la haute reconnaissance scientifique internationale qu'elle vaut à son auteur.

    Ce volume réunit des chercheurs en anthropologie, archéologie, histoire et histoire de l'art. Leurs textes constituent autant d'émanations de ses amitiés intellectuelles et lui sont dédiés, comme un rappel de ses problématiques familières ou un hommage à son insatiable désir de découverte. À travers leur diversité, ils expriment ici la force d'une pensée interdisciplinaire, réflexive et critique illustrant ce dont Maurice Godelier ne cesse de se faire le défenseur militant : la nécessité irremplaçable des sciences humaines et sociales dans la compréhension du monde et de soi.

    Sur commande
  • « A` lire Foucault on se persuade aise´ment que l'histoire est encore tre`s jeune ».

    Cette re´flexion de Jacques Le´onard doit e^tre prise au se´rieux. Cinquante ans apre`s la parution de l'Histoire de la folie et alors que s'ache`ve la publication des cours au Colle`ge de France, le dialogue des historiens avec Michel Foucault se poursuit.

    Les textes re´unis dans ce volume, abordant des pe´riodes historiques diffe´rentes, mettent en avant des expe´riences individuelles au contact d'un Foucault de´sacralise´. Ils questionnent aussi bien des chantiers ouverts par Foucault (folie et de´raison, enfermement psychiatrique et carce´ral, pastorale, sexualite´), des outils conceptuels (pratiques discursives, biopolitique, gouvernementalite´, techniques de soi, re´gimes de ve´rite´, objectivation du sujet), que des propositions historiographiques et e´piste´mologiques (arche´ologie et ge´ne´alogie, ce´sure et continuite´).

    Dans cette mise a` l'e´preuve, le passe´ devient un lieu de proble´matisation du pre´sent, et l'histoire, une voie qui singularise l'actualite´.

  • Comment traduire le poe`me oriental ? Comment transposer les pro- fondeurs de la psyche´ humaine exprime´es dans des langues, des formes, une pense´e me^me, qui n'ont rien d'e´quivalent avec celles du franc¸ais ? Selon quels crite`res ?

    Les auteurs de cet ouvrage re´pondent a` ces interrogations en distinguant les e´le´ments qui font la valeur esthe´tique de l'original. Pour eux, le tra- ducteur recourt d'abord a` l'analyse des jeux de composition, des modalite´s d'expression, des formes et des images qui jouent un ro^le-cle´ dans l'univers de signification de l'original. Ayant acquis une connaissance intime du texte, il peut alors e´tablir une relation cohe´rente entre le syste`me de composition du poe`me et celui qui constitue le fond stylistique de la litte´rature de re´fe´- rence. Ces mode`les, fort e´loigne´s des the´ories litte´raires que l'on connai^t en Occident, constituent le « fonds » de l'imagination cre´atrice qu'il va mettre au service de la traduction. En essayant de mettre en relation deux mode`les stylistiques, deux contextes linguistiques, culturels et langagiers, voire deux uni- vers civilisationnels, le traducteur peut espe´rer satisfaire au gou^t esthe´tique du lecteur et lui donner a` voir, a` sentir et a` aimer, a` travers la traduction, les beaute´s du poe`me original, sa poe´sie.

    Second volet d'une recherche mene´e au sein du Re´seau Asie « Lire et tra- duire les poe´sies orientales » (2005-2012), ce volume continue l'exploration du the`me de l'amour, base anthropologique commune des oeuvres e´tudie´es; le champ d'e´tudes se limite aux poe´sies pre´modernes de l'Asie orientale (chinois, core´en, japonais, vietnamien), de l'Inde (avhadi, kannada, sanskrit, ourdou, te´lougou) et de la Perse ; les travaux se de´veloppent a` travers une discussion entre des praticiens de la traduction et des spe´cialistes du langage.

  • Avec le xxie siècle, semble émerger un genre nouveau, celui de l'Homme trace.

    Jamais dans l'histoire de l'humanité, les outils technologiques n'ont été aussi nombreux et aussi efficaces non seulement pour communiquer, mais aussi enregistrer les moindres faits et gestes du quotidien. Il s'ensuit une forme de traçabilité humaine qui suscite les inquiétudes les plus déraisonnables et des questionnements éthiques, légitimes et inédits, qui touchent aux notions mêmes d'intimité et de liberté.

    Observant et analysant certaines des traces les plus exemplaires de l'homme contemporain, les spécialistes réunis ici placent ces interrogations primordiales en perspective. Dépassant l'illusoire évidence de la « trace », ces chercheurs, issus de champs disciplinaires variés (sciences de la communication, sociologie, informatique, psychologie, linguistique, mais aussi géographie et anthropologie), traitent le sujet sous des angles divers, déconstruisent la notion de trace et en dégagent un nouveau paradigme. Émerge ainsi l'absolue nécessité de mettre en rapport le contexte de production de la trace, celui de sa réception et de son interprétation.

    Une exploration contemporaine de la nature fondamentale de l'Homme.

  • Tirer parti des effets de parallaxe. Analyser les conséquences sur l'objet observé d'un changement de position de l'observateur. Tel était l'ambition des dix anthropologues réunis pour réaliser cet ouvrage, fruit d'une collaboration inédite conduite pendant plusieurs années. Cinq Américains travaillant en France et cinq de leurs homologues français engagés de même aux États-Unis se sont ainsi rencontrés régulièrement, échangeant leurs points de vue et les questionnant, afin de laisser émerger de nouvelles perceptions.

    Il en résulte des visions profondément originales et décalées qui informent les questions suivantes : comment se vivent les inégalités, la pauvreté ou la diffé- rence dans l'un et l'autre pays ? Comment la culture est-elle source d'identité, mais aussi de profit économique et de hiérarchie sociale ? Comment nommer et définir les nouveaux acteurs sociaux? Comment réparer les injustices et les blessures collectives? Comment imagine-t-on de vivre mieux? Autant de cas de figure qui sont abordés en parallèle, ici et là. Mais l'enjeu était aussi de construire des grilles d'analyse applicables à d'autres pays que les États- Unis et la France, d'autres dialogues transnationaux, d'autres hémisphères de réflexion.

    En allant vers une anthropologie réciproque, cet ouvrage réussit à intégrer à la perspective comparative traditionnelle une pratique dialogique, décentrant tout à la fois les observateurs et leurs objets. Il participe des efforts pour repenser le rôle de cette discipline dont les auteurs de ce livre se sentent à la fois les héritiers et les passeurs, et pour formuler de nouveaux objectifs : autrefois vouée à démontrer la commune humanité de populations d'une radicale altérité, l'anthropologie peut aussi mettre en lumière ce qui, derrière la ressemblance, demeure, est, ou se veut profondément différent.

  • Si les expositions universelles sont au coeur de l'histoire des pratiques culturelles, elles sont aussi l'un des lieux de naissance de la technique comme utopie du progrès et de la modernité. Parce qu'elles favorisent des rapprochements entre le passé et l'avenir de l'humanité, entre les civilisations du monde, entre la diversité des productions humaines, elles promeuvent un universalisme de la technique. Dans un mouvement réflexif, la technique devient un savoir public, elle intéresse les visiteurs bien au-delà des cercles professionnels. Nouvelle mythologie, elle acquiert une valeur d'identifiant national et le statut de lieu de mémoire. Et pourtant, qu'en est-il, au milieu du xixe siècle et dans le demi-siècle qui suit, des espoirs libéraux et saint-simoniens mis dans l'industrie, à l'heure où l'autonomisation de la technique et les logiques émancipatrices qui lui étaient associées plient sous l'emprise d'une division du travail dont le sens se fait de plus en plus aliénant ? Qu'en est-il aussi de l'admiration pour la technique, alors que s'affirment l'hégémonie des beaux-arts et la sacralisation de l'artiste comme figure du génie ? En lien, quelle place est faite au patrimoine technique éphémère des expositions universelles ?

    C'est l'intérêt de ce volume de restituer la complexité des discours, des intentions et des perceptions autour de la technique et de la modernité dans la société française de la seconde moitié du xixe siècle. Cinq thèmes structurent l'ouvrage : les représentations, l'innovation et les savoirs techniques, les produits nouveaux et les stratégies de valorisation, les publics des expositions, le patrimoine technique des expositions.

    Sur commande
  • « La colonisation a balkanisé l'Afrique ! », accusent les dirigeants d'un continent qui se fixent pour projet officiel de (re)trouver une unité perdue. Le Sahara est-il un obstacle objectif, définitif, à cette unité ? Non, si l'on en croit les synthèses ici présentées sur les stratégies des pays du Maghreb en direction de leur Sud et sur les relations de toutes natures entre le Maghreb et l'Afrique sub- saharienne.

    Politiques africaines de l'Algérie et du Maroc, politique de l'Afrique du Sud vis-à-vis du Maghreb, mutations de la géopolitique saharienne après l'effondrement du régime libyen, conséquences pour la région de la sécession d'un Nord-Mali contrôlé par les islamistes radicaux, importance des échanges économiques (formels et informels) et des échanges humains de part et d'autre du Sahara : tous ces thèmes, ici traités par des spécialistes reconnus, éclairent sous différents jours les relations entre le Maghreb et l'Afrique subsaharienne. Ils révèlent que les migrants subsahariens qui s'installent désormais dans les pays du Maghreb ne font qu'exprimer l'unité croissante d'un espace jusqu'ici renvoyé à des logiques géopolitiques divergentes, et renouvellent aussi la vision que nous, Européens, pouvons avoir de notre Sud.

  • La République de Turquie a tourné le dos au Moyen-Orient pendant la plus grande partie du xxe siècle. Ce repli stratégique et culturel, acté dans les années 1920 pour consolider l'État naissant après l'effondrement de l'Empire ottoman et refonder une nation turque débarrassée des influences orientales, a perduré jusqu'à la fin de la guerre froide. Le monde arabe et iranien était devenu l'Orient d'une Turquie qui se voulait fermement ancrée dans la modernité occidentale. Le contraste est aujourd'hui saisissant : la Turquie en plein renouveau, progressivement libérée des tabous du kémalisme, réinvestit rapidement le Moyen-Orient, devenu terrain d'expansion économique et d'expérimentation diplomatique. Elle se positionne comme une puissance régionale à part entière, sur le mode du soft power. Le Moyen-Orient est même parfois présenté comme l'alternative à une perspective européenne en berne. Mais les « printemps arabes » posent un sérieux défi à l'influence turque dans la région. Modèle naturel pour les futures démocraties arabes, ou acteur impérial qui défend au plus près ses intérêts de puissance : quel sera le rôle de la Turquie dans un contexte de profonde instabilité régionale ? La diplomatie de l'AKP, le parti d'origine islamiste qui dirige le pays depuis 2002, subit ici un test majeur, entre recherche d'équilibre et exercice de responsabilité.

  • Le primat de l'« ici et maintenant » dans la culture japonaise souligné par Katô Shûichi et l'engagement de ce grand intellectuel disparu en 2008 sont ici discutés par Augustin Berque, Julie Brock, Pierre Caye, Maurice Godelier, Edgar Morin, Hidetaka Ishida, Emiko Ohnuki-Tierney, Cécile Sakai, Hitoshi Sakurai et Moriaki Watanabe. Philosophie, anthropologie, littérature, cinéma sont réunis pour questionner ce qui fut une des interrogations majeures de Katô Shûichi tout au long de sa vie de penseur engagé : comment penser la diversité des cultures ? Rien d'attendu dans les réponses proposées par les auteurs, qu'une table ronde avait rassemblés. L'échange avec le public, qui clôt l'ouvrage, est d'ailleurs à l'image de la liberté, de ton aussi bien que d'esprit, sous laquelle s'étaient placés les différents exposés. Le Japon en ressort notamment plus proche, moins exotique, mais aussi confronté à des défis communs aux sociétés modernes. La comparaison, enfin, entre des pays et des époques différents, et que Katô Shûichi affectionnait tout particulièrement, démontre une nouvelle fois de l'intérêt du dialogue interculturel.

empty