Sciences humaines & sociales

  • Les caisses que Giorgio Buchner a soigneusement conservées racontent le rêve tenace de l'archéologue. Par ses fouilles dans l'île d'Ischia durant cinquante ans, il a écrit l'histoire de la première colonie grecque d'Occident. Les caisses en bois de 40 par 45 centimètres sont des conteneurs pour les boîtes en carton gris plus petites, de tailles diverses, qui s'y encastrent comme en un tissage. Elles renferment des dents, des fragments d'os, des crânes, des traces organiques d'êtres ayant traversé l'île il y a trois mille ans. Ensuite, des objets qui les ont accompagnés : des fibules, des vases, des fermoirs pour tresse, des armilles, de petits anneaux, des poids en plomb, des hameçons de pêche, des lampes à huile, un biberon pour nourrisson. Enfin, des mottes de terre sectionnées et cataloguées que le temps a décolorées jusqu'au même gris. Durant vingt ans, les objets se sont tus, empilés sur des étagères en métal. Aujourd'hui, Luigi Spina leur redonne la parole. Ils reprennent la narration. C'est une histoire d'époques qui s'entremêlent. Buchner enveloppait chaque objet dans des feuilles de journaux que sa communauté d'archéologues allemands, anglais et italiens avait à portée de main, The Times, Il Mattino, The Daily Telegraph, Frankfurter Allgemeine, Süddeutsche Zeitung, des fragments de nouvelles des premiers hommes ayant marché sur la Lune, des campagnes électorales, des guerres. Mais il conservait aussi de petites dents ou des phalanges décharnées dans des boîtes d'allumettes illustrées. Des triangulations, des fils qui relient les coutumes, les lambeaux, l'imaginaire, les rêves d'hier, d'aujourd'hui et les rêves antiques murmurés sur le terreau sec.

  • La tapisserie a longtemps représenté le summum du raffinement et du faste en termes de décor d'intérieur. Au-delà de la qualité des matériaux et du tissage qui donnait toute leur valeur à ces oeuvres, la sélection opérée dans les collections du Musée d'art et d'histoire de Genève et de la Fondation Toms Pauli de Lausanne montre que l'utilisation et l'interprétation des grandes figures de l'Antiquité, d'Alexandre à Constantin, ne sont pas anodines à l'époque baroque.
    Que connaissait-on au XVIIe siècle de ces héros antiques et de leur aspect ? Quel message véhiculaient-ils ? Comment et pourquoi les modèles suivis par les lissiers flamands, entre exactitude historique et allusions contemporaines, ont-ils été créés ? Ces questions sont autant de défis. Les ont relevés, avec les conservateurs des institutions mentionnées, des historiens de l'art, spécialistes de l'époque baroque et de la tapisserie, ainsi que des archéologues.
    Antiquités inédites et moulages, estampes, livres et médailles permettront d'accéder au monde fascinant des grands modèles de vertu politique et militaire que le siècle de Louis XIV se cherchait dans les héros de l'Antiquité, apparemment en dehors des luttes religieuses qui avaient longtemps bouleversé l'Europe.

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