Religion & Esotérisme

  • Il est depuis toujours un élément qui, lorsqu'il vient à l'esprit des uns et des autres, déclenche les réactions les plus contradictoires, allant de la haine à l'empathie: la judéité.
    Or l'histoire de notre littérature, lorsqu'on la contemple dans le miroir de notre société et de son Histoire, étonne sur ce point par l'ampleur du phénomène. De Céline à Barthes en passant par Sartre, le Juif fait figure d'élément dérangeant, inquiétant, prescrivant les défoulements ou les refoulements les plus divers. Car cet outsider rappelle tout un chacun à une vigilance nécessaire face aux représentations stéréotypées, aux désinformations et aux idéologies partisanes qui continuent de nous menacer. C'est dans ce cadre qu'on comprend mieux ce que fut l'écriture pour Perec, Gary, Cohen, Wiesel, Modiano, mais aussi Duras ou Blanchot. La judéité aura été pour eux une épreuve et un défi, un garde-fou contre les débordements de l'Histoire, tout comme une nécessité de réinvention de soi et de l'oeuvre.
    A l'heure où les tensions identitaires augmentent, où la mémoire des camps est suspectée d'abus et de monopoles, où l'antisémitisme revient en force, il semble ainsi nécessaire de se retourner sur les relations singulières, faites de partialité, de silence ou de fantasme, entretenues entre la judéité et la littérature, si l'on ne veut pas céder aux cécités les plus indéracinables, aux illusions les plus gratuites, aux excès les plus dangereux, dont notre société est aujourd'hui encore la proie.

  • Si les arguments scientifiques suffisaient à réfuter l'astrologie, les Prophéties de Nostradamus auraient cessé depuis longtemps d'assurer la fortune de quelques éditeurs avisés.
    Mais, alors que fleurissent messageries astrales et horoscopes en tous genres, nous savons aujourd'hui que la lecture de l'avenir dans les astres survit à toutes les révolutions scientifiques. L'astrologie a moins à voir avec l'histoire des sciences qu'avec celle des consciences. Pourtant, lorsqu'on s'interroge sur les raisons qui ont conduit le Grand Siècle à mépriser une science que la Renaissance adorait, on est tenté de se replier sur les explications traditionnelles.
    On se dit que le siècle de Descartes devenait bien trop " rationnel " pour croire à l'influence des astres. Les hommes du XVIIe siècle auraient-ils été plus rationnels que ceux de la fin du second millénaire ? Leurs arguments scientifiques auraient-il été plus convaincants que les nôtres ? Ne faut-il pas renoncer à expliquer la marginalisation de l'astrologie au XVIIe siècle par des raisons purement scientifiques ? Au début du XVIe siècle, cette science est reconnue comme honorable et elle est abondamment pratiquée.
    C'est ainsi que l'astrologue Campanella suscite l'admiration d'érudits comme Gabriel Naudé et s'attire les faveurs de Richelieu. Mais à la fin du siècle, le climat n'est plus le même. L'Académie des Sciences rejette, sans discussion, le postulat de l'influence des astres sur les hommes, tandis que, dans un édit de 1682, Louis XIV assimile les astrologues aux magiciens et leur ordonne de quitter le royaume.
    Comment expliquer une si brutale déchéance ? Ce livre soutient que des raisons sociales et culturelles ont incité les élites à se détourner de la littérature astrologique. Les almanachs troyens vendus par voies de colportage ou les traités des comètes remplis de prédictions stéréotypées ont fini par être méprisés parce qu'ils ne présentent plus de garantie de crédibilité. Les livres astrologiques deviennent alors un archétype de la culture populaire.
    Mise en cause à travers la littérature qu'elle inspire, l'astrologie est condamnée pour ses applications plus que pour ses fondements. Mais en lui attribuant un public populaire, les détracteurs de l'astrologie révélaient un nouveau danger : la manipulation de l'opinion par les astrologues. Louis XIII et Richelieu ont bien perçu le risque des spéculations astrologiques portant sur l'état politique du royaume.
    Mais ils en étaient trop souvent les bénéficiaires, voire les instigateurs, pour les interdire efficacement. Quant à Louis XIV, en fondant la propagande royale sur l'image du Roi-Soleil, il devenait une cible facile pour les astrologues, qui pouvaient commenter les affaires d'Etat en fonction de la situation du soleil dans le ciel, voire de ses éclipses. Le soleil devenait alors l'enjeu d'un conflit de représentations entre le symbolisme astral et la symbolique royale.
    Au-delà des arguments scientifiques, la disqualification de l'astrologie au XVIIe siècle est donc bien le fruit d'une conjonction de facteurs sociaux et politiques.

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  • Laboureur à lancé, en vendômois, pierre bordier laisse à sa mort, en 1781, des papiers régulièrement tenus à jour durant plusieurs décennies : un compendium (1741-1781) et un journal (1748-1767).
    Ces notes restituent avec une grande saveur concrète les réalités de la vie d'un rural au xviiie siècle, sa langue, ses curiosités, ses préoccupations quotidiennes. mais s'ils sont d'abord attentifs à l'état du ciel et à la production des champs, les textes de bordier n'ignorent pas pour autant les grands événements de la vie du royaume : ils évoquent mandrin et damiens, les démêlés du roi et des parlements, la guerre de sept ans et ses retombées fiscales...
    Démontrant à travers leurs notations que peuvent cohabiter à lancé loyalisme monarchique, vigilance sourcilleuse face à l'impôt et intérêt pour l'action des parlementaires. cependant le journal et le compendium ne sont pas seulement instructifs par ce que bordier choisit d'y rapporter et par la manière dont il le fait : c'est en effet pour vérifier que les saisons se reproduisent identiques à elles-mêmes tous les vingt-huit ans, comme il l'a lu dans une brochure de colportage, que bordier entreprend de tenir ses notes.
    Par leur origine, ces dernières s'inscrivent donc dans une perspective astrologique. mais d'un autre point de vue, la volonté de comprendre le monde qui les anime n'est pas si éloignée des ambitions des élites éclairées du pays. entre les réalités les plus concrètes de la vie quotidienne à lancé et les préoccupations intéressant l'ensemble du royaume, entre une vision traditionnelle du temps faisant la part belle au retour sans cesse répété des saisons et un regard progressivement plus attentif aux événements qui introduisent le changement, entre le refus autobiographique et l'expression encore timide d'un point de vue plus personnel, les papiers de bordier permettent d'appréhender dans toute sa diversité l'horizon culturel d'un villageois au coeur du siècle des lumières.

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