Boreal

  • Dans le gigantesque massif de prose que nous a laissé Simone de Beauvoir, Yan Hamel a préféré faire ressortir les pages que la philosophe a consacrées non pas aux marches revendicatives mais aux randonnées en montagne, où, turban au vent, elle escalade des sentiers escarpés, partant à l'aventure pédestre avec quelques compagnons, constamment téméraire, défiant le danger quand Sartre peine à la suivre... De toutes les figures du « Castor », caricaturales ou admiratives, Yan Hamel - qui a emprunté les mêmes itinéraires - en offre une fraîche, originale, singulière et drôle, celle de la trekkeuse.

  • Quand le jazz est là, Stanley Péan n'est pas loin qui hume, admire, se livre à la passion de cette musique qui s'écoute de préférence la nuit. L'écrivain et l'homme de radio forment un duo pour entrer à pas cadencés dans l'univers enivrant de ces musiques et dans le monde troublant de ces musiciens dont les vies furent exaltantes et tragiques, éthyliques et dévouées, inspirées et cahotantes, tristes et triomphales.
    Qu'est-ce que le jazz ? La question est aussi ancienne que cette musique. Il y a autant de réponses qu'il y a de musiciens jazz, mais ceux-ci préfèrent généralement laisser parler les notes. Si Stanley Péan se risque à l'écriture, c'est pour mieux retourner à l'écoute. Ce recueil n'a donc pas pour vocation de disséquer et de définir les multiples esthétiques du jazz ni de convaincre qui que ce soit de leur valeur. L'auteur s'intéresse plutôt aux propos qu'on tient sur le jazz et sur quelques-uns de ses artisans parmi les plus illustres, à la représentation qu'on en donne dans des oeuvres de création, qu'elles soient cinématographiques, littéraires ou théâtrales.
    Stanley Péan raconte des trajectoires de vie, entremêle musique, littérature et cinéma, prend la mesure d'un art aussi fertile et déroutant que le siècle qui l'a vu naître. En point d'orgue, « Black and Blue », un rappel de l'histoire des Afro-Américains dans laquelle ont surgi et grandi en mesure leurs doléances musicales. À l'image du jazz, ces essais sont spontanés et réfléchis, organiques et raffinés.

  • Le célèbre dramaturge Wajdi Mouawad signe, avec Le Poisson soi, un texte à la fois fantomatique et intime, allusif et intense sur la recherche des origines. Il renoue ainsi avec les thèmes qui ont marqué son théâtre, et plus particulièrement le cycle " Le Sang des promesses " (Incendies, Littoral, Forêts, Ciels). Enfant du Liban, vieillard en devenir, il s'inquiète de la route à poursuivre et plonge le lecteur dans les notions, par lui subtilement embrouillées, de temps, d'avancée, de passage, de marche et de la recherche d'un temps passé et d'un temps futur à ressouder pour, peut-être, arriver à les réconcilier.

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  • Il y a les cinémathèques pour les conserver et les programmer, mais qu'est-ce qui demeure en chacun de nous des films que nous avons vus pour la première fois au cinéma ? Que reste-t-il de nos amours cinématographiques ? André Habib se livre à une exploration docte et maniaque de ces restes de cinéma qui s'accumulent, en désordre, dans la mémoire du cinéphile, la sienne et celle d'une vingtaine d'autres fous de cinéma qu'il a interrogés et pour qui le septième art est une passion, un vice impuni. Universitaire mais mordu, il signe un essai sur la cinéphilie qu'il considère comme une discipline anarchique.

  • Fine analyste de discours idéologiques et libre flâneuse de parcours urbanistiques, Régine Robin, historienne, sociologue, écrivain, s'est toujours préoccupée, en lisant, en écrivant et en marchant, des questions politiques d'identité, de culture et de mémoire. Arrivée à Montréal en 1977, professeur et citoyenne, pugnace républicaine devenant Canadienne et prêtant serment d'allégeance à la reine d'Angleterre (elle aurait préféré le faire sur la bible de Proust), l'auteur de La Québécoite, au bout de trente ans de résidence première, évoque, convoque et disloque tout ce qui fait qu'elle est " devenue d'ici " même si, comme elle l'écrit, " je ne me suis jamais sentie chez moi ". Dans ce livre qui inaugure la collection " Liberté grande ", on trouve une indéniable et cinglante analyse du nationalisme québécois et un questionnement inquiet sur la transculture et l'écriture migrante. Bilan d'une " allophone d'origine française ".

  • Sous les apparences d'un roman (et c'en est tout de même un), voici un récit sur une expérience radicale, un renversement des valeurs, une échappée du monde contemporain tel qu'il va. Le lecteur découvrira qu'il est possible de rater sa vie avec art, qu'il n'y a pas qu'une seule façon de réussir et qu'une autre façon de vivre, de sentir et de penser peut être explorée. C'est ce que fait le personnage fantasque de Mèche-au-Vent, qui accomplit sa révolution à travers de petits gestes et une suite d'écarts. Simon Nadeau, après L'Autre Modernité, revient avec une histoire posée entre mythe et réalité, celle d'un déserteur de l'intérieur qui sacrifiera la réussite sociale sur l'autel de sa liberté, subversive et joyeuse.
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  • Un essai amplement documenté sur l'oeuvre de Patrick Modiano, Prix Nobel de littérature.
    Un croisement entre l'essai savant et le récit personnel qui informe autant qu'il émeut. L'Occupation française et la Shoah explorées à travers une oeuvre littéraire emblématique de cette période.

    La Parisienne autant que l'historienne se penche sur les romans de Patrick Modiano, la sociologue autant que la piétonne traverse l'oeuvre en parcourant comme autant de rues et de passages les leitmotivs et les obsessions de l'auteur de Rue des Boutiques obscures et de Dora Bruder. L'Occupation fantasmée, l'identité problématique, l'écriture de l'errance, le démêlé entre la mémoire qu'on tente de retenir et l'oubli qu'on essaye de combattre. Nulle autre que Régine Robin n'était plus à même de saisir et d'analyser la manière modianesque, cette petite musique jouée entre malentendus et ambiguïtés, dérives et arpentages, êtres flottants et zones neutres.
    « Je vais donc à mon tour présenter au lecteur mon Modiano tissé de tous les apports des spécialistes, de leurs réflexions, de leurs remarques ; tissé surtout des textes de Modiano qui m'habitent depuis tant d'années, avec lesquels je suis en dialogue permanent, parfois en conflit virulent, sans jamais y être indifférente. C'est aussi cela la littérature, un milieu, une ambiance, une confrontation vivante avec des textes et, à travers eux, avec leur auteur. »

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  • Poète, professeur, critique, petit-fils d'un charpentier alsacien, Québécois depuis des lustres, plus paysan qu'homme de lettres, Jean-Pierre Issenhuth a publié des carnets (Chemins de sable, Le Cinquième Monde) qui rassemblent ses réflexions de jardinier et de promeneur, débusquant dans la littérature et la physique contemporaine les voix qui ouvrent des pistes, lisant le monde tel qu'il va, ruminant ses humeurs humanistes et misanthropes dans une cabane construite de ses mains. L'auteur est paradoxalement un ennemi de la littérature se nourrissant de littérature, « un ermite activement préoccupé de communauté », pour qui « la contradiction est le fond des choses, leur beauté, leur vérité possible et leur moteur ». Disparu en juin 2011, il laisse avec La Géométrie des ombres son testament de journalier du verbe.

  • Aimer, enseigner

    Yvon Rivard

    Après trente-cinq ans d'enseignement de la littérature, Yvon Rivard réfléchit sur ce métier, qui est idéalement un métier de partage et d'éveil du désir. Si l'enseignement est une histoire d'amour, c'est que la connaissance et l'amour obéissent au même désir inconscient d'échapper à la mort en laissant le mystère du monde, la beauté et l'étrangeté des êtres et des choses, élargir le regard et la pensée : « Plus le professeur éveille ce désir, plus il s'expose à être pris et à se prendre pour Dieu. » L'auteur aborde ici la question risquée de l'éros pédagogique en s'appuyant sur des oeuvres qui, toutes, se posent, au fond, la question du bien et du mal.

  • Professeur de littérature québécoise, spécialiste de littérature américaine, romancier et essayiste, le quinquagénaire à tous crins qu'est Jean-François Chassay n'avait pas quitté l'incubateur qu'il projetait déjà, si l'on en croit l'infirmière de service, de faire se croiser dans l'espace immatériel de ses futures lectures tubes et cubes, narrateurs et respirateurs, science pure et littérature altérante. Ce Cosinus prématuré était né pour porter le sarrau de prof ou de médecin, d'ingénieur ou d'inventeur; bref, tel Sartre qui voulait être Stendhal et Spinoza, il entendait devenir Ferron et Vian, ou alors Marcel Aymé et Kurt Vonnegut. Il n'aura pas connu de guerre, sinon celle des nerfs devant la bêtise, il n'aura pas inventé la bombe, sinon celle glacée des soupers de fête, mais en grand artificier, comme sa Littérature à l'éprouvette le prouve, il est devenu spécialiste en amorçages et désamorçages dans les interactions quasiment insaisissables et pourtant réelles entre les cultures scientifique et littéraire.

  • Médecin, écrivain, spécialiste des séries télévisées, il n'en fallait pas plus pour que Martin Winckler, le romancier de La maladie de Sachs, se penche sur le cas du Dr House qui, à l'étonnement ou l'effarement de téléspectateurs scotchés à leurs petits écrans durant huit saisons, a pratiqué au service (selon le jargon du métier) des " moutons à cinq pattes ", chez les patients au diagnostic difficile. Mal rasé, boîteux, misanthrope, cynique, inspiré et désemparant, ce personnage est livré à l'examen analytique, éthique et spirituel du Dr Winkler qui, tout écrivain qu'il est, envisage et situe son sujet d'étude dans la lignée des héros (un Sherlock Holmes, par exemple) que la fiction offre à nos passions de lecteurs.

    Un essai qui se lit comme un roman.

  • Grand écrivain de l'américanité, Marie-Claire Blais signe un essai portant sur les justes luttes menées par la jeunesse contre l'autoritarisme politique et toutes formes de ségrégation. Ces Passages américains saisissent trois événements, l'assassinat de

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  • Écrits la nuit, dans sa garçonnière de la rue Wolfe, ces essais de fiction que l'homme de théâtre laissa au tiroir forment un précis d'érotomanie à l'usage ou à l'usure de tous, filles et garçons, hommes et femmes, loups solitaires et rats sociables, baiseurs d'occasion et veuves euphoriques, oiseaux de nuit et matineux, amoureux fous et misanthropes, adultères et onanistes, hétérosexuels au long cours. Explorateurs des frontières, routards au pays du désir, ces spécimens qui descendent d'Aristophane et relèvent de Laclos, de Marivaux et de Ionesco sont autant de créatures inquiètes traversant à cloche-pied la vie des amours ludiques et hasardeuses. Courtes scènes, brèves rencontres, fiascos, extases, confessions, aveux, ivresse, ironie, aigreur, lucidité.

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