Bord De L'eau

  • En ce début de XXIe siècle, le syndicalisme est invité à s'en tenir à la fonction de partenaire d'un dialogue social que le pouvoir politique promet de constitutionnaliser. Ce faisant, il est convié à s'éloigner de la pratique confl ictuelle, à cogérer le champ social et à se garder d'intervenir dans le champ politique, en renonçant à l'élaboration d'un contre-projet de société. Autrement dit, il pourrait être en passe de tourner le dos au modèle syndical français, fondé sur le recours à la grève et une forte immixtion dans la vie de la cité.
    Ces tendances du temps présent n'exhaussent-elles pas enfi n les voeux des parlementaires de la IIIe République ? En mars 1884, lorsqu'ils votent la loi légalisant le fait syndical, premier pas vers la liberté d'association, ils tracent en quelque sorte la feuille de route de ce que doit devenir l'organisation du salariat aux yeux de l'univers dominant. Les longs et riches débats au verbe sans masque qui opposent les élus réticents à l'octroi de cette liberté à ceux qui la soutiennent avec ardeur sont étonnamment instructifs. A un moment où la forme syndicale est encore incertaine, ils contribuent à lui donner une orientation, à tracer son champ d'intervention et ses frontières. Le syndicat doit devenir un régulateur capable de tempérer les ardeurs du monde du travail, l'outil d'un dialogue social pacifi é et un défenseur corporatiste des intérêts particuliers, soigneusement tenu à l'écart du politique.
    Mais les premiers militants ouvriers n'entendent pas se laisser enfermer si aisément dans ces cadres établis. Et dès lors, le syndicalisme français est en permanence soumis à une tension entre sa dimension de mouvement social contestataire et son offi ce d'administrateur du monde tel qu'il est.

  • Cet ouvrage examine quelques-uns des combats essentiels engagés par Keynes, quelques volets de son action et de sa pensée. Action et pensée sont évidemment étroitement reliées, et l'une et l'autre s'éclairent à la lumière du contexte dans lequel Keynes a vécu. C'est pourquoi Gilles Dostaler combine les aspects contextuels, biographiques et analytiques de ses contributions.
    Il sera évidemment question de la vision économique de Keynes, en mettant l'accent sur la lutte contre le chômage et son explication de la détermination du niveau de l'emploi dans une économie de marché.
    L'ouvrage nous éclaire sur la lutte qu'il a menée, sa vie durant, sur l'échiquier politique en cherchant à défifi nir une troisième voie entre la réaction et la révolution. Très actif durant les deux guerres mondiales, Keynes s'est employé à proposer des moyens pour éviter le retour de ces catastrophes.
    Pour montrer que l'oeoeuvre de Keynes demeure féconde pour inventer les politiques à venir... bref qu'il est plus jamais urgent de le relire.

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  • Au nom de la protection contre le chômage, du développement de l'employabilité et de la sécurisation des parcours professionnels, la détention d'un diplôme est devenue une condition pour accéder à l'emploi et conserver une place sur le marché du travail. D'abord adressée aux jeunes sortant du système éducatif, sous l'impulsion de politiques dédiées à la hausse du niveau d'éducation et à la massification du nombre des diplômés, cette condition a progressivement atteint l'ensemble des actifs.
    Bien qu'ils soient encore légion, les non-diplômés sont en effet désormais considérés comme des inemployables et un problème social. L'absence de parchemin serait ainsi un signe de déficience, d'inadaptabilité, source quasi-mécanique de chômage et de précarité. Elle contribuerait également à expliquer les faibles performances de certaines entreprises. Autrement dit, c'est sur l'individu qu'est portée la responsabilité du fonctionnement du marché du travail et de la position qu'il y occupe.

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