Bleu Autour

  • Après Je ne parle pas la langue de mon père et L'arabe comme un chant secret qui donnent la clé de son oeuvre, le troisième volet, le plus tendre et le plus violent, de la trilogie autobiographique de Leïla Sebbar. Pour la première fois, elle ose, outre-mort, une adresse directe à son père Mohammed dont le silence l'a tenue à distance de son roman familial qu'elle écrit dans la langue de sa mère, le français.
    Sans fin elle l'interroge, et il ne parle guère. Elle rit, elle pleure, elle tempête. Et elle cherche. Dans ses souvenirs d'enfance algérienne, dans les photographies qu'il a prises, dans les lettres qu'il a écrites à sa femme depuis la prison pendant la guerre... L'alchimie de la littérature opère : nous sommes tous, peu ou prou, des exilés des romans familiaux de nos parents.

  • Nées en France après 1962, ils écrivent leur mémoire de l'Algérie familiale.

  • L'ouvrage regroupe une cinquantaine de lettres échangées entre Albert Camus et des amis d'Alger : le peintre Louis Bénisti, son frère Lucien et leurs épouses, deux soeurs nées Serfati. Exceptionnelle par son amplitude et sa précocité, cette correspondance est inédite.
    En même temps qu'elle éclaire des traits connus de Camus, à commencer par sa fidélité en amitié, elle révèle des aspects bien moins documentés de sa personnalité et de ses activités : ses espoirs ou doutes de jeunesse, ses goûts esthétiques, son idée et sa pédagogie de la philosophie, ses exigences et scrupules d'éditeur.
    Les lettres et fac-similés sont entrelacés de reproductions d'oeuvres de Louis Bénisti et de documents, notamment photographiques, qui nourrissent et enrichissent ce dialogue tant amical qu'artistique.
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  • La chambre close qui enferme dans le harem et le studio photographique, la zaouïa et l'asile, l'hôtel et le bordel, le foyer des chibanis, la laverie et la prison... La chambre d'amour fou, interdit, clandestin, tarifé, criminel... Le lieu de l'aventure immobile et vagabonde, intime, secrète, érotique, meurtrière... On est au XIXe, au XXe et au XXIe siècles, entre Orient et Occident, entre Alger et Lyon, Constantine et Marseille, Oran et Paris, Ténès, Lille, Clermont-Ferrand et Rochefort. Des histoires minuscules dans la violence de l'Histoire, toujours présente chez Leïla Sebbar. Faisant écho à la fameuse Histoire de chambres de la préfacière, l'historienne Michelle Perrot, elles disent autrement la vie, l'amour, la mort dans la chambre, et témoignent d'un grand talent de nouvelliste.

  • De 1870 à 1872, à la faveur d'escales sur les côtes américaines, le jeune officier de Marine Julien Viaud découvre « les débris de la race indienne » en Nouvelle-Écosse, les Basques d'Uruguay, des tribus perdues de la T erre-de-Feu, les belles Carmencita de Valparaiso, la fête à San Francisco... Curieux, ardent, il dessine gens et paysages, prend des notes, publie ses premiers articles qui annoncent le grand Loti.
    Bien plus tard, en 1912, la première mondiale de La Fille du ciel, sa pièce «chinoise» coécrite avec Judith Gautier attire l'auteur d'Aziyadé pour six semaines à New York, cette « Babel effrénée » dont il se plaît à rapporter la vision pleine d'ironie d'un « Oriental très vieux jeu ».
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  • Zagros, enfant kurde, voit sa ville assaillie par les forces du mal et se trouve jeté sur les chemins de l'exil avec sa famille de tisserands de kilims. Les voici bientôt ballotés par les mers où les enfants perdent le sillage des parents.
    Zagros grandira trop vite au fil du périple qui, du Golfe persique, le conduit à La Rochelle. Il croise les noirs desseins du capitaine Achab de Moby Dick. Le Prince Dakkar cher à Jules Verne le mène sur l'île d'Elysion où échouent les petits naufragés d'aujourd'hui et dont le gardien, Chronos, l'enserre dans sa tenaille.
    Le tragique de l'exil est de tous les temps, nous dit ce roman fantastique et moderne, mythologique et littéraire, où apparaissent encore les yeux profonds comme les mers d'étonnants voyageurs et le paon sacré des Yézidis...

  • « Je n'étais pas né pour m'éparpiller sur toute la terre, m'asseoir au foyer de tous les peuples, me prosterner dans les mosquées de l'Islam, mais pour rester, plus ignorant encore que je ne suis, dans ma province natale, dans mon île d'Oleron (...) », écrit Pierre Loti au seuil de sa vie.
    Né en 1850 à Rochefort, c'est à Oléron, dans la «Maison des Aïeules», qu'il sera inhumé en 1923 suivant son voeu. Dernière escale du grand voyageur au pays de sa mère d'où il a rapporté les belles pages, peu connues ou inédites, réunies ici.
    Vie austère des femmes huguenotes, marais salants, scènes d'enfance heureuse, marins en bordée... Des tableaux, éclairés de documents et commentaires originaux, qui font découvrir un autre Loti, celui de l'enracinement.

  • Inédite est la rencontre, autour de la guerre d'Algérie, d'un aussi grand nombre d'auteurs issus des différentes populations de l'Algérie française et coloniale.
    Écrivains et autres gens du livre de langue française, ils sont plus de quarante, nés en Algérie dans les années 1940-1950, à raconter ici leur enfance pendant « les événements », cette guerre cruelle qui longtemps n'a pas dit son nom et mit fin à cent trente années de vie commune, cent trente années uniques dans l'Empire français.
    Outre qu'ils témoignent d'une géographie physique et humaine très diverse, ces récits forment un document historique et littéraire précieux sur ce passé singulier. Et ils permettent de mieux déchiffrer, dans toute sa complexité, le monde bouleversé d'aujourd'hui.

  • «Dis, ce livre, tu l'écriras?» Le voici, des années après que la question fut posée à Jean Lebrun par Bernard, son compagnon, un fou de couture qui l'avait converti à Chanel et entraîné dans une quête d'elle, menée dans l'urgence, parce qu'il savait ses jours comptés.
    « Nous allons battre les haies, explorer les coins, débusquer les témoins qui ne parlent pas comme des livres.» Le récit de cette quête conduit à des lieux moins attendus que la rue Cambon et le Ritz, à des personnages qu'on ne croirait pas si proches, tel Robert Bresson que Mademoiselle couva et inspira. Et il donne un supplément de vie à l'insaisissable Chanel. Aussi à un mort anonyme de 30 ans qui avait choisi d'en faire sa protectrice. Car, en même temps qu'une sorcière, elle était une fée.

  • Issus des différentes populations de l'Algérie d'avant l'Indépendance, cinquante auteurs livrent un récit personnel, inédit et littéraire de leur scolarité dans le système éducatif français. Espace de normativité, l'école de l'Algérie française et coloniale fut aussi un lieu d'ouverture à l'Autre, dans lequel instituteurs et institutrices ont joué un rôle de passeurs à la fois symbolique et effectif. Ces témoignages, qui reflètent la grande diversité des expériences vécues, sont accompagnés chacun d'une photographie singulière. Un cahier final présente des documents pédagogiques de l'époque où « nos ancêtres les Gaulois » côtoient entre autres les Turcs... Dirigé par Martine Mathieu-Job, ce livre s'inscrit dans le genre des recueils de mémoires qu'a initié Leïla Sebbar.

  • Un café-refuge, sous une tonnelle, dont le narrateur essaie de percer le mystère ; un vieillard aux airs de barde qui fait le tour des îles pour carder matelas, duvets et oreillers et qui rend l'âme sur l'embarcadère ; deux marchands de journaux de père en fi ls qui racontent comment ils en sont arrivés là ; le borgne du village qui transforme un lopin rocailleux de l'île en potager fl orissant.
    Dans les vingt-deux nouvelles abruptes, mélancoliques et drôles à la fois qui composent ce recueil paru quatre ans avant sa mort, l'un de ses plus aboutis, Sait Faik confère au petit monde des oubliés de la vie qu'il côtoie entre Istanbul et son île de pêcheurs une étonnante grandeur littéraire.

  • Nuit

    Tchûlpân

    Considéré comme un chef-d'oeuvre des littératures contemporaines d'Asie centrale, ce roman a été publié en 1936 à Tachkent, deux ans avant l'exécution de Tchulpân pour « activités contre-révolutionnaires ». Traduit en russe, Nuit ne l'a jamais été dans une langue européenne.

  • Après son premier roman « troublant et plein d'éclats » (Le Monde), Les nuits froides de l'enfance, voici l'autre oeuvre majeure de l'écrivaine turque Tezer Özlü (1942-1986), composée peu avant sa mort en allemand, la langue de l'exil. Dans La Vie hors du temps, elle a les mêmes mots, simples, le même style, déstructuré, pour dire le chaos qui l'habite quand elle part à travers l'Europe sur les traces de Kafka, Svevo et Pavese, ses « frères d'âme » disparus. S'ensuit, cru, poignant, parfois joyeux, un road movie au bout de la littérature, qui l'affranchit, de la liberté, qu'elle recouvre, de la vie, qu'elle retrouve, de l'amour, qu'elle fait, même en passant, et qui la transporte.

  • les femmes au bain, ce qu'elles racontent ? elles disent le désir, l'amour, le plaisir comme une offrande.
    on entend les mots et les chants des femmes entre elles. savantes et illettrées, magiciennes et saltimbanques, saisonnières des vignes, conteuses. la bien-aimée écoute les rumeurs qui exaltent l'etranger de sang, l'amant magnifique et ses femmes. il est en prison. les frères de la bien-aimée l'accusent de viol. les femmes au bain résistent. a l'arbitraire de la tribu, à son honneur corrompu, à ses noces de sang.
    elles croisent les légendes anciennes et les histoires contemporaines, réelles et imaginaires, pour un hymne libre et joyeux aux amours illicites, saphiques, rebelles.

  • Vingt-huit Français d'Algérie en exil, juifs et européens, nés en Algérie de parents nés en Algérie, tous Gens du livre (écrivains, essayistes, conteurs.), donnent un récit et des photographies de leur enfance dans l'Algérie française et coloniale, des années vingt à 1962. On voit, on découvre une Algérie plurielle où l'on vivait « ensemble mais séparés ». On entend les voix et les accents de la Méditerranée : France et Corse, Espagne et Baléares, Italie et Malte. Bonheurs, malheur, mais ni nostalgie lacrimale ni dolorisme, ni folklore réducteur ni ressentiment : un voyage polyphonique, jalonné de dessins inédits ; une mosaïque d'histoires intimes qui composent une Histoire commune entre l'Algérie et la France ; un travail de mémoire, nécessaire, possible aujourd'hui.

  • Terre des langues mères. C'est ainsi que l'on dit langue maternelle en turc. Quelle est ta langue mère ? demandent entre eux les enfants à l'école. Question embarrassante qui laisse l'enfant sans réponse. Elle n'a pas de langue mère. Sa langue mère est la langue père mais cela ne se dit pas. Ni le juif espagnol ni l'allemand de la mère ne répondent à ces critères. L'un est domestique, l'autre une greffe contre nature. Les Juifs ont-ils une langue maternelle ? Les enfants insistent. Quelle langue parlait ta mère quand elle était enfant ? Quelle langue te parle-t-elle ? Questionnement infaillible des enfants.
    Par une nostalgie grandissante pour cette impossible langue, l'enfant se prend d'amour pour une mythique Asie centrale et le turc qui en émane. Une langue qu'elle apprend à mesure qu'elle l'écrit, depuis le A de la gorge douloureuse jusqu'au Z de zâlim, qui veut dire cruel comme les sultans, et de deniz, qui est la mer infiniment recommencée, infiniment attirante.

  • J'aimais l'intrusion parfois du monde lointain, un garçon et une fille qui venaient à moto de Paris dans une famille du hameau d'à côté, un jeune du village qui travaillait outre-mer et nous rendait visite tous les trois ans. Je m'asseyais à côté de mon père et j'écoutais de quoi les hommes étaient faits, loin de chez nous. C'était un fragment de l'au-delà, tandis qu'il n'était question, sur notre bout de route, que des voisins et de leurs chiens et chats, les chiens qui se faisaient écraser par les voitures et les chats que tel ou tel se promettait de tuer à coup de fusil - c'est ainsi que pouvaient se dire les inimitiés.

  • Devrait-on le taire parce que c'est attendu ? Dans ce recueil qu'il publie l'année de sa mort, Sait Faik est au sommet de son art. À la manière d'un Fellini, il convoque tous les personnages de sa vie : provinciaux ridicules et attachants, femmes légères et Mères Courage, pêcheurs grecs de son île, proxénètes d'Istanbul, poissons et mouettes à l'agonie. Et, tel le peintre qui, sur ses dernières toiles, ne s'embarrasse plus guère des contours mais fait primer la couleur, le mouvement et le rythme, Sait Faik déploie son petit monde de perdants - et lui avec - dans un carrousel grinçant et fascinant.
    Extrait de la préface de Nedim Gürsel

  • Réédition, revue par l'auteur, de sa fameuse trilogie romanesque : Les carnets de Shérazade (1985) ; Le Fou de Shérazade (1991) et Shérazade, 17 ans, brune, frisée, les yeux verts (1995).

  • Enis Batur, Moris Farhi, Nedim Gürsel, Ahmet Insel, Rosie Pinhas-Delpuech, Ayfer Tunç.
    Trente-quatre écrivains, universitaires, artistes et autres « gens du livre » donnent un récit inédit de leur enfance en Turquie que certains, adultes, ont quittée, où vivent encore la plupart d'entre eux, parfois revenus d'exil. Une enfance urbaine ou villageoise aux quatre coins de la Thrace et de l'Anatolie, dans des familles d'origines diverses, entre les années 1930 et 1980. La mosaïque de leurs récits, où se mêlent l'intime et le politique, dessine en fi ligrane une Turquie qui éclaire celle d'aujourd'hui, plus prospère et peuplée, moins plurielle et laïque, et toujours exposée aux vents violents de l'histoire. Chaque récit est illustré de photos de leur auteur, enfant et adulte.

  • Füruzan, élue «écrivain de l'année 2008», est l'un des grands auteurs turcs contemporains. Dans un style pointilliste et d'une grande sobriété, elle fait vivre des personnages marginaux ou déclassés, surtout féminins. Témoin ce recueil de nouvelles, le premier qu'elle a publié (1971, Prix Sait Faik) et qui n'avait jamais été traduit en français dans son intégralité.

  • Le fou

    Raffi

    L'un des romans majeurs de Raffi, dont l'oeuvre est inédite en France. Une fresque épique qui, écrite en 1880, s'ouvre sur les massacres d'Arméniens perpétrés par les Turcs et les Kurdes en Anatolie durant la guerre russo-turque de 1877-1878.

    Mais l'essentiel tient en un long retour sur la montée de l'oppression subie dans leur vie quotidienne par les Arméniens, dont Raffi décrit de l'intérieur les villages, les moeurs, les coutumes, la mentalité, les relations qu'ils entretiennent avec les autres populations d'Anatolie. Il le fait avec un rare sens de la mise en scène et de la progression dramatique, faisant vivre des personnages d'une étonnante épaisseur, tels ce « fou » de Vartan et sa bien-aimée Lala, le patriarche Khatcho, le machiavélique Thomas effendi ou le fougueux monsieur Doudoukdjian.

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