Belin

  • Après Eschyle (les Sept contre Thèbes) et Sophocle (Oedipe-Roi) Euripide, à son tour, entreprend de réécrire le mythe thébain.
    Mais il le fait au jour de la crise où s'abîme la démocratie athénienne, dans le moment de la guerre du Péloponnèse. Le théâtre, ici, est politique : les conflits de la famille sont immédiatement ceux du pouvoir ; la figure singulière d'Oedipe est reléguée par le destin de la communauté, que hante l'imminence de la guerre civile. Autrement dit, la cité est l'unique espace de jeu. Mais celui-ci s'ouvre, il donne la parole au frère exclu, à la vieille Jocaste, au jeune prince sacrifié, aux Phéniciennes migrantes sur la question radicale de ce qui fonde la cité.
    La présente traduction est inédite. Elle fut à l'origine écrite pour la scène : Les Phéniciennes furent montées en 1982, sous la direction de Michel Deutsch et de Philippe Lacoue-Labarthe, au Théâtre National de Strasbourg. Son parti pris - qui s'inspire, toutes proportions gardées, de celui de Hölderlin traduisant Sophocle - est le parti pris de la littéralité, agirait-elle, à la limite, contre l'usage de notre langue.
    Mais Euripide est notre contemporain.

  • NOUVEAUTÉ Lettre / Sciences humaines ????????????????









    Présentation de l'ouvrage " Cela ressemble à des chuchotements plutôt qu'à des cris ou des chants qu'on fredonne ", écrit Ko Un dans sa Préface à propos de ces poèmes qui sont en effet d'une écriture plus évocatrice qu'appuyée. Le recueil a été écrit dans une sorte de jaillissement après un an de silence succédant à une ascension dans l'Himalaya qui éprouva lourdement la santé de Ko Un. Sur un fond toujours présent de conscience historique et politique, Ko Un peint une succession de tableaux tantôt violents, tantôt d'une grande douceur, tous marqués par la présence de la nature et des couleurs, avec beaucoup de réminiscences enfantines.

    Présentation de l'auteur Ko Un, né en 1933, est le plus célèbre des poètes et écrivains sud-coréens (plus de 130 volumes de poèmes, essais et fictions). Il a grandi sous l'occupation japonaise et fut fortement marqué par les massacres de la guerre de Corée (1950-1953). Entré dans les ordres bouddhistes en 1952, il en sort une dizaine d'années plus tard pour se consacrer pleinement à sa carrière de poète. Militant actif contre la dictature et les injustices sociales, il a été emprisonné à plusieurs reprises. Il est l'auteur de Dix mille vies (Belin, 2008).

    Points forts -Ko Un, traduit en plus de 10 langues, dont l'anglais, le français et l'allemand, est un des lauréats probables du Prix Nobel de Littérature dans les années à venir.
    -Poésie accessible, sans hermétisme et très évocatrice.
    -Présence de plus en plus grande de la Corée dans le paysage culturel, en particulier dans la poésie et le cinéma.

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  • Ce livre se découpe en 14 chapitres articulés de nombreux sous-titres.
    Après avoir défini ce qu'est l'archéologie, l'auteur adopte une perspective historique, qui montre l'évolution de cette discipline au fil du temps : aires et périodes explorées, méthodes de prospection jusqu'à la constitution de l'archéologie moderne.
    Il recense ensuite les différentes sciences associées à l'archéologie moderne (paléobotanique, archéozoologie, exploration subaquatique) et analyse toutes les technologies de pointe qui sont mises à profit pour la prospection ou l'analyse des données.
    Enfin, il met en lumière toutes les contraintes juridiques et environnementales qui encadrent aujourd'hui l'archéologie (archéologie préventive, conservation.), ainsi que les enjeux liés à la géopolitique.

  • Le recueil se compose de poèmes sans titres, numérotés, qui se succèdent comme les étapes d'un voyage à la fois géographique et intérieur.
    Néo-nomade, le poète chemine à l'horizon du monde, qu'il lit comme un Livre. Ses échappées le conduisent au loin, de la Corée aux Caraïbes, du Bengale à la côte ouest de l'Amérique. Pus proches, ses haltes vont aussi de Tunis à Berlin, de Tanger à Paris, de Madrid au Caire, d'Alexandrie à Siwa ou Jérusalem. Il circule à travers le territoire et la mémoire des langues d'Orient et d'Occident. Il est comme un soufi d'un nouveau genre, en quête de la poésie globale de notre temps.

  • Depuis toujours, la Parménide de Platon représente une énigme pour ses lecteurs.
    D'une virtuosité déroutante, ce dialogue procède à l'étude de tous les rapports possibles de l'un à l'être et au non-un, à travers une série d'hypothèses, qui s'ordonnent selon l'opposition du pair et de l'impair. Les hypothèses paires concluent sur la possibilité d'affirmer de l'un tout et son contraire, les hypothèses impaires, sur l'impossibilité d'affirmer quoi que ce soit de l'un. La fin du dialogue reprend les résultats de toutes les hypothèses sous la forme d'une immense contradiction, pour l'identifier au suprêmement vrai.
    Comment donner sens à ce jeu dialectique qui semble relever plus de la sophistique que de la philosophie ? En y découvrant, précisément, la plus formidable partie qui ait jamais été jouée entre le Philosophe et le Sophiste, au cours de laquelle est remise en cause jusqu'à leur opposition même, puisque chacun à son tour finit par prendre la place de son adversaire afin de mieux en triompher.
    Chercher à décoder le " jeu des hypothèses ", ce n'est pas seulement vouloir rendre clair un texte réputé incompréhensible : c'est aussi affronter en son coeur l'ambition théorique fondamentale du platonisme.

  • Michel Deguy amplifie ici la leçon donnée au Collège de France en 2012 : il nous livre " son " Baudelaire, où se condensent une lecture et un usage constants de l'oeuvre de Charles Baudelaire, qui furent ponctués par Choses de la poésie et affaire culturelle (Hachette, 1987) et L'impair (Farrago, 2001).
    De " l'admirable faculté de poésie " qui, disait le poète à sa mère en 1855, le douait de sa " netteté d'idées " et de sa " puissance d'espérance ", que nous revient-il de transporter et de transposer dans une poétique pour notre temps, après deux siècles de modernités successives qui ont transformé les matières, les moyens, les ambitions et la réception des oeuvres poétiques, jusqu'à peut-être en assourdir les fins ?
    La lecture de Michel Deguy, ni historienne, ni critique, choisit de répondre à la question que se pose le centième sonnet des Fleurs du Mal : " Que pourrais-je répondre à cette âme pieuse ? " La poétique, nullement apitoyée ni pitoyable, recueille les reliques dont peut-être le terme baudelairien de mystique fait entendre à la fois la provenance et la déposition moderne.

  • Ce titre insolite est la citation d'un vers du poème "Zone" d'Apollinaire, qui est à l'image de ce livre : une forme d'errance érudite et personnelle à travers le temps et l'espace, teintée à la fois l'humour et de mélancolie.
    Le livre se présente sous forme de fragments, chacun portant un titre, dont le fil conducteur se dessine à la lecture sous leur apparente diversité. Homère côtoie la télévision, l'amour, la numismatique, l'Empire romain, l'histoire du Chili, des figures d'écrivains anciens ou des personnalités d'aujourd'hui, des douleurs intimes et des joies quotidiennes. Tout est objet de réflexion inattendue, parfois bouleversante, parfois drôle.
    L'impressionnante érudition de l'auteur n'a rien d'académique, mais fait faire au lecteur des découvertes stimulantes. L'antiquité, par exemple, est toujours abordée par le biais de l'anecdote ou de la curiosité personnelle. Les portraits d'aujourd'hui sont chaleureux, la personnalité de l'auteur généreuse.

  • Orient à portée de main, jardin des lettres et des arts, paradis voluptueux du chant, l'Italie, dotée dans notre imagination de caractères édéniques, ne pouvait qu'engendrer la méprise.
    Car, à forcer le trait de la mesure antique, de l'épicurisme natif, de l'énergie et de la quête du bonheur, on a perdu de vue la pensée italienne, sa démesure, sa désolation, et trop vite oublié, ou ignoré plutôt, que, dans ce laboratoire de l'Europe, était aussi née la noirceur de la modernité.
    Cette Italie obscure, que l'homme européen a soigneusement tenue à distance, naît avec la fin du grand rêve renaissant.
    L'ironie désacrante de l'Arioste, l'expérience autobiographique de Benvenuto Cellini (la première de l'histoire moderne), la mélancolie du Tasse en sont la preuve, qui, à l'orée du XIXe siècle, s'accompliront en quelque manière dans le prodigieux travail de négation que Leopardi exécutera sur les fondements mêmes de la pensée.

  • " Les porteurs d'ombre travaillent dans l'infra-mince " : telle est l'énigmatique définition que Marcel Duchamp donnait de l'activité artistique.
    L'ombre dont il est ici question est de celles qui s'opposent aux Lumières, c'est-à-dire qu'elle tombe depuis la pointe de l'archaïque, et l'art qui est pris dans son cône s'affranchit du cadre de la modernité. Les porteurs d'ombre - entendons les artistes - ne sont pas des fabricants ou des producteurs (qui feraient de l'art), mais des travailleurs qui font dans l'art (comme on fait dans la dentelle).
    Cette immersion, qui définit plaisamment leur activité, invalide du même coup une approche strictement esthétique de ses résultats et renvoie bien plutôt à l'anthropologie, en tant qu'elle s'intéresse aux pratiques symboliques. L'infra-mince est un néologisme qui relève d'un humour typiquement nominaliste : il suggère que l'art construit sa poétique à partir de la coupure entre les mots et les choses.
    Mais la définition a surtout valeur d'explication : elle nous dit que l'ombre et l'infra-mince sont portés par le même pli (on travaille dans l'infra-mince parce qu'on est porteur d'ombre et vice-versa). Catherine Perret nomme ce pli mimésis. En s'engageant ici dans une généalogie de la mimésis moderne depuis Vélazquez et Descartes jusqu'à l'art contemporain, elle dessine les contours des ombres que l'art fait tomber sur l'époque au moment où ses objets perdent leur aura.

  • Critique à l'égard à la fois de la technique et du féminisme unilatéral de l'époque, le livre voudrait inciter chacun à être un individu unique, sexué, qui assume sa propre mortalité et se libère de l'emprise trop uniformisante de la collectivité - biologisation de l'espèce, technicisation généralisée, entre autres. Le concept d'individualité moderne, développé dans l'ouvrage, vise à faire valoir d'une manière inédite la différence des genres et cherche à redonner un sens à la masculinité, refoulée par l'idéologie unisexe à la mode.
    Le livre propose enfin une complicité nouvelle entre l'art et la pensée, l'union entre les moeurs, l'art de vivre et l'incarnation humaine contre la déshumanisation contenue dans la technique et l'omniprésence de la machine. Il s'adresse à l'époque, pour l'inciter à se relever de ses errances, en dix chapitres concernant le soi, la différence sexuelle, la terre, les âges de la vie, l'histoire, la langue, le lieu, la beauté dans l'oeuvre d'art.

  • Dix mille vies

    Un Ko

    Dix mille vies est un cycle poétique (25 volumes prévus, dont 23 déjà parus) dont le principe est original : l'écriture d'un poème sur toutes les personnes que Ko Un a rencontrées ou dont il a entendu parler. Chaque poème est ainsi la présentation brève d'un personnage, selon des angles qui varient de l'évocation synthétique de faits marquants à la mention d'une simple scène. Le projet implique de produire une poésie prosaïque, proche de la vie. Face à la dictature contre laquelle il s'est battu, Ko Un rappelle avec ce vaste cycle la nécessité de l'humanisme . Une sélection de ces poèmes est ici présentée, avec une préface de Michel Deguy, une préface de l'auteur pour l'édition française, et un entretien où l'auteur expose à la fois son parcours d'écriture en général et le projet particulier qu'est Dix mille vies.

  • Le livre se présente comme une enquête sur les origines et les « fins » de l'homme. A la suite de grands penseurs comme Kierkegaard, Nietzsche ou Heidegger, dont son travail est pour une part une relecture, Gérard Bucher s'interroge sur la façon dont s'articulent les ritualisations primitives de la mort (les sacrifices, le deuil) avec le rôle symbolique du langage. Il étudie donc en cela la rencontre des notions de sacré et de parlé. C'est un travail d'anthropologie qui tente d'interroger les origines de l'homme parlant, conscient et moral que nous sommes. Sa démarche passe par la déconstruction de l'héritage métaphysique des grandes religions monothéistes : il ouvre ainsi la recherche de ce qu'il appelle « l'autre commencement ».

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  • NOUVEAUTÉ Lettre / Sciences humaines ????????????????










    Présentation de l'ouvrage Au moment où Whitman travaillait à son chef d'oeuvre poétique, Feuilles d'herbe, il plaidait également, de façon plus argumentée, pour les idéaux dont il estimait porteurs les États-Unis d'Amérique. Perspectives démocratiques regroupe des chroniques parues dans des journaux pendant plusieurs années - de l'assassinat de Lincoln (1865) jusqu'à leur publication en livre (1876), pour laquelle elles furent retravaillées.
    À ceux qui mettent en doute la pertinence de la prise du pouvoir par le " peuple ", Whitman répond que la démocratie américaine n'est pas une donnée, mais un processus à réaliser, qui n'est encore qu'à l'état naissant.
    Comment concilier la nécessaire liberté de chacun des individus-citoyens avec son appartenance, toute aussi nécessaire, à la nation, et donc à l'exigence de cohésion sociale ? Et comment former les corps et les esprits de façon que l'idéal démocratique devienne la référence du monde ? Voici les deux principales questions qui sous-tendent la pensée de celui qui, bien que conscient des tares de cette démocratie naissante - le matérialisme effréné, la cupidité, la corruption - reste convaincu que son modèle est destiné à s'étendre sur l'ensemble de la planète.

    Présentation de l'auteur Le grand poète américain Walt Whitman (1819-1892) est avant tout l'auteur du recueil Feuilles d'herbe (Leaves of grass), célébration de l'individu libre de son corps, s'identifiant à l'espace ouvert du pays, et fier d'appartenir à une communauté conquérante. Perspectives démocratiques, nourries des mêmes convictions, en représentent le pendant politique.
    Jean-Paul Auxeméry, poète lui-même, est un grand spécialiste et traducteur de la poésie américaine: W. C. Williams, Charles Reznikoff, H. D., Ezra Pound, Nathaniel Tarn et surtout Charles Olson.

    Points forts -Seule traduction française de cette oeuvre de Whitman, surtout célèbre pour sa poésie ;
    -Première analyse sans concessions de la réussite et des échecs de la démocratie américaine, 100 ans à peine après sa création.
    Public concerné Amateur de poésie et de littérature, public érudit Historiens, amateurs de littérature et de philosophie politique, étudiants en littérature américaine Rayons : poésie américaine (pour Whitman), histoire des États-Unis Dans la même collection ?
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  • " Pouvons-nous raison garder? " Telle est la question-clé de Dominique Janicaud, auteur de La puissance du rationnel, penseur de ce temps, le nôtre, pour ce temps. Entre l'hyperrationalité de la techno-science et la tentation de l'irrationalité qui en est la contrepartie, Dominique Janicaud a, toute sa vie, tracé un chemin de résistance. Sa démarche prudente mène au site que l'intelligence n'aurait pas dû déserter: celui de notre partage fini. A l'impuissance de la raison, à la " politique en désespérance ", au nihilisme, il oppose " la joie de comprendre ", sans laquelle il n'existe pas de philosophie digne de ce nom. Avec ce penseur à la langue limpide, ses amis poursuivent ici la tradition du dialogue philosophique qui est au coeur de toute son oeuvre. Dominique Janicaud est mort brutalement à Eze, le 18 août 2002, au bord de la mer, à proximité du chemin de Nietzsche.

  • Des silhouettes dans le paysage à la maison du passant, à travers de fugitifs éclats du monde : discrètement, le poème se fait note de journal et sonde descendue au fond de l'instant, pour mieux épouser la précarité et l'inachèvement de l'existence.
    Il n'a pas cependant renoncé à renvoyer à cette existence un reflet élargi, pour lui faire retrouver, par fragments, les dimensions d'un " mythe vécu ". Une des chances du poème reste autant celle de dispenser une parole d'espoir, ne fût-ce que par l'éclat et la fermeté qu'il peut donner à l'expression d'une douleur et d'un manque d'être. Une lueur s'allume dans la grisaille grâce au vide même que celle-ci dissimule, non sans suggérer que son blanc, à lui seul, pourrait être un sens.

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  • Exception faite de Parole obscure, mince ouvrage mûri dans le deuil de sa mère et paru en 1965, Récit des événements, qui vit le jour deux ans plus tard, est le seul livre publié de son vivant par José Carlos Becerra.
    L'ampleur du vers mais celle aussi de l'imaginaire, et sa volonté de brasser, d'embrasser l'Histoire, son sens aigu enfin de l'architecture, y témoignent des lectures formatrices que furent pour lui celles notamment de Paul Claudel et surtout de Saint-John Perse, mais aussi de la force avec laquelle le hantaient alors les forêts de son Tabasco natal, haut lieu de la civilisation olmèque.
    L'aventure singulière et l'oeuvre unique de Becerra offrent à la poésie mexicaine du XXe siècle un repère aussi original et puissant que le furent pour la prose celles de Juan Rulfo.

  • Né à Constance vers 1295, Henri Suso est le disciple le plus proche de Maître Eckhart.
    Tous deux, avec Johannes Tauler, sont les représentants de l'Ecole mystique rhénane - ces dominicains de la première heure qui conjuguèrent l'enseignement de Thomas d'Aquin à Paris et d'Albert le Grand à Cologne avec des courants augustinien, dionysien, juif et arabe, pour ériger l'édifice le plus étonnant de mystique spéculative de la tradition chrétienne.
    Dans son Petit Livre de la Vérité, écrit en 1327, l'année où se déroulait le procès d'Eckhart devant la Cour papale d'Avignon, Suso prend la défense des thèses du Maître en faisant dialoguer un " disciple " et " la Vérité ", c'est-à-dire Dieu lui-même.
    Jamais ne se démentira l'attachement qu'il professa à l'égard de son maître et ami. C'est de là qu'il construit sa propre vision intérieure, toute de force et de douceur. Ainsi gagna-t-il le surnom de " frater amandus " - le frère que l'on ne peut qu'aimer. Quant à la postérité, elle l'appellera " der schwäbische Franz " - le François d'Assise souabe.

  • Pourquoi Sans protocole ? Parce que les textes lus ici - pris chez Apollinaire, Segalen, Max Jacob, Michaux - ont abandonné l'ancien jeu des vers, au profit soit du poème en prose, soit d'une superposition de codes génériques hétérogènes, soit d'une élasticité rythmique qui explore un " entre-deux entre le vers et la prose " (Péguy).
    Parce qu'il s'agit de textes qui, à des degrés divers, revendiquent l'esprit, la fantaisie, l'humour, et même le comique, comme des ingrédients essentiels à la poésie. Parce que ces univers sont abordés sans suivre de système, mais selon une " lecture-écriture " qui parfois prend ses risques. Parce que le mot d'Aragon, qui faisait du poème en prose un art du " désappointement voulu ", on est tenté de l'appliquer à toute analyse critique de la poésie - laquelle pour finir destituerait le lecteur savant, ou trop soucieux de savoir, et demanderait qu'on en revienne à elle, sans protocole ?

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  • Hôtel des étrangers est le plus récent volume de poésies de Joachim Sartorius. Ce recueil en quatre sections, d'une écriture limpide, se présente comme une ouverture progressive du regard, à partir du monde intérieur vers les oeuvres d'art, puis les paysages et enfin la mort :
    - I. À ma table de travail ;
    - II. Quelques poèmes à partir de tableaux (peintures réelles ou imaginées par le poète ; hymne au pouvoir visionnaire des arts plastiques) ;
    - III. Villes orientales (le poète revisite les lieux qu´il a habités au fil de sa vie, au contact des mondes anciens et disparus : Odessa, Rabat, Tunis, Sfax ou Paphos) ;
    - IV. Petite danse de mort.
    Dans les années 1920-1930, l'Hôtel des étrangers était l'un des grands hôtels situé sur l'île des Princes au large d'Istanbul. Il accueillait beaucoup d'exilés.

  • Le « elle » du titre, c'est la poésie, à laquelle Deguy a consacré son oeuvre. Ce titre en forme de chansonnette, et ce sous-titre - plus modeste que « dictionnaire » - pour souligner le caractère personnel de la démarche de l'auteur, qui se tourne vers le lecteur. Et « poétique » (terme substantivé hérité d'Aristote) plutôt que « poésie », pour figurer le poète au travail, en train de « faire ».

    Le livre se présente comme un petit glossaire. Sous chaque lettre de l'alphabet des articles de longueur variée : de quelques lignes à quelques pages. Les entrées peuvent être un nom propre (Aragon, Baudelaire...) ou un nom commun (image, seuil, génie, reconnaissance,...) qui peut être un terme « technique » (métaphore, synthèse...), mais dans le seul but d'ouvrir le champ/chant de la poésie au lecteur, sans souci particulier de technicité. Une forme libre, qui permet d'entrer dans le livre là où on veut, selon l'humeur.

    Il s'agit pour l'auteur de montrer, à l'heure de l'omniprésence de l'image, combien les mots de la langue ordinaire, « dans sa prouesse quotidienne », sont aussi ceux de la poésie et d'en éclairer ainsi la lecture.

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  • Le recueil est constitué de quatorze poèmes qui prennent la forme de psaumes écrits à la première personne, dans lesquels s'entremêlent tous les questionnements fondamentaux de la poésie et de la philosophie : la vie, la mort, l'écriture et ses doutes, l'autre.
    Le caractère narcissique que pourrait prendre un tel recueil est annihilé par la prise en compte constante d'un possible interlocuteur, auquel s'adresse l'auteur, avec qui elle partage ses doutes, son regard sur la littérature et qui s'incarne, en fin d'ouvrage, en la personne du philosophe Jean-Luc Nancy qui "répond" sous forme d'un repons, terme volontairement emprunté au vocabulaire religieux de la liturgie chantée, pour souligner la présence du dialogue entre les deux auteurs.

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  • Famines est un recueil de poèmes que l'on peut dire lyriques.
    La justesse et la rigueur demeurent des valeurs centrales de cet ensemble. L'interrogation sur l'autre, sur soi, sur la perte, y devient de plus en plus liée à un questionnement sur la langue, sur sa valeur et son emprise dans le réel.
    Il semble que ce soit pour l'auteur le début d'une poésie plus « affranchie » des circonstances et sentiments fondateurs, au sens où la parole se fait peu à peu plus désireuse de partager une inquiétude, une conjecture et un inconnu, que de sauvegarder un vécu.

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