Beauchesne

  • Pionnier de la mathématique du hasard, de la méthode expérimentale en physique ou de l'herméneutique biblique. Et puis catholique fervent au bord de l'hérésie mais épistémologue de l'axiomatique ; philosophe tragique de l'existence humaine mais pamphlétaire comique... Y a-t-il un point où convergent toutes ces facettes de Blaise Pascal ? C'est la recherche à laquelle se livre cet ouvrage posthume (inédit en français) de Gérard Lebrun, grand historien de la philosophie allemande qu'on n'attendait pas sur ce terrain...

    On y découvrira les méandres d'une argumentation qu'on ne saurait résumer à une étiquette (« dialectique ») ainsi que les spirales d'une pensée qu'on ne peut réduire à quelques clichés (« irrationalisme », « fidéisme »). Les routes escarpées par où nous conduit Lebrun nous réservent au moins une surprise, celle de voir surgir notre modernité là où on l'attendait le moins : à l'ombre du « Dieu caché » de Port-Royal.

  • Leo Strauss (1899-1973) a inscrit sa pensée dans l'héritage de la tradition grecque, mais également dans celui de la tradition biblique. Se rapportant au judaïsme comme à une révélation de la Loi (pour laquelle la dimension de la foi est secondaire), il fait retour à une pensée juive (Pourquoi nous restons juifs) et tente de prolonger la réflexion de Maïmonide dans les conditions nouvelles des temps présents.
    Il s'oppose ainsi à sa rénovation par l'approche phénoménologique de Franz Rosenzweig comme à la pensée de Martin Buber, tout en se tenant à distance de la réflexion sur le mysticisme juif de Gershom Scholem avec lequel il dialogue.
    Cet ouvrage interroge la manière dont Strauss pense les relations de corrélation et de conflit entre philosophie et judaïsme. En quoi la réflexion sur la Loi, dont il poursuit l'élaboration dans la lignée de la pensée médiévale et à contre-courant de la modernité des Lumières, représente- t-elle un approfondissement de la pensée juive et jette-t-elle une lumière crue sur la situation du judaïsme dans le monde ? Quels sont les termes du débat avec les penseurs contemporains du judaïsme avec lesquels il est en relation ? Quelles sont aujourd'hui les possibilités et les limites d'une telle réflexion pour la vitalité du judaïsme et de la philosophie ?
    Les études présentes ouvrent des voies différentes, voire divergentes, essentiellement heuristiques, sur les possibilités et les limites de la réflexion straussienne pour la vitalité du judaïsme et de la philosophie. Elles s'accompagnent de la parution d'un texte inédit en français : « La situation religieuse actuelle » (1930), qui représente un moment décisif de la réflexion de Strauss sur la question.
    Ont contribué à ce volume : Danielle Cohen-Levinas, Bruno Karsenti, Marc de Launay, Jean-Claude Monod, Géraldine roux, Gérald Sfez, Heinz Wismann.

  • Les recherches internationales sur les relations de la pensée de Heidegger au national-socialisme connaissent actuellement un nouveau dynamisme. En témoigne ce volume qui réunit sous la direction d'Emmanuel Faye un ensemble d'études de Johannes Fritsche (Istanbul), Jaehoon Lee (Paris), Sidonie Kellerer (Cologne), Richard Norton (Notre Dame, Ind.), Gaëtan Pégny (Berlin/Paris), François Rastier (CNRS, Paris) et Julio Quesada (Xalapa, Mexique).
    Sont étudiés des concepts majeurs de la doctrine heideggérienne tels que ceux de sol, de communauté et de race, mais aussi de subjectivité et de vérité, qui attestent l'enracinement national-socialiste de sa conception du Dasein et la destruction programmée de la phénoménologie husserlienne.
    Les apports de la philosophie, de la philologie et de la contextualisation historique sont mobilisés pour montrer notamment comment Heidegger a réécrit après 1945 sa fameuse conférence de 1938 : « L'époque des images du monde », afin de transformer en prise de distance son implication radicale dans le nazisme.
    L'analyse critique envisage également l'itinéraire intellectuel et politique de Hans-Georg Gadamer dans les années 1930, et la réception actuelle de Martin Heidegger.
    La conclusion fait le point sur la "vision du monde" antisémite de Heidegger à l'ombre de ses Cahiers Noirs.
    L'éditeur scientifique du volume, Emmanuel Faye, est professeur de philosophie moderne et contemporaine à l'université de Rouen. Il a publié en 2005 Heidegger, l'introduction du nazisme dans la philosophie, aujourd'hui traduit en six langues.

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  • La question de la subjectivité est au centre de la définition de la modernité.
    Or, cette question a été le plus souvent examinée en fonction du tournant cartésien. On considère ainsi la détermination de l'ego comme sujet, la clef de tout le développement postérieur de la philosophie.

    Le présent ouvrage montre qu'il y a en vérité une autre histoire de la subjectivité qui se développe dans les théories du droit naturel et qui va donner naissance au sujet de droit, figure majeure du sujet moderne.

  • "Commentateur aussi atypique que profond des oeuvres de Kant, Hegel et Nietzsche auxquelles il a consacré trois livres, Kant et la fin de la métaphysique (1970), La Patience du concept (1972) et L'Envers de la dialectique (2004), Gérard Lebrun gagne, peu à peu, une actualité grandissante, qui réside dans une entière occupation du temps.

    Après avoir reconsidéré le fameux problème de la « fin de la métaphysique » selon une perspective kantienne, et pour être resté lecteur de Hegel, mais aussi de Hegel et de Nietzsche, quand presque toute la philosophie française des années 60 et 70 désertait la dialectique spéculative en laissant pour toute alternative Hegel ou Nietzsche, Gérard Lebrun a résisté, par le passé, aux passions de son temps.

    Il livre, au présent, une leçon fondamentale, de l'ordre de la perspective du texte. Sa lecture est sans marges, elle ne s'interrompt pas, elle ouvre sur une lisibilité des oeuvres philosophiques indissociable de la maturation des problèmes et de la langue de cette maturation. Cette manière de lire compose toujours en même temps un non-lieu où est le livre (puisqu'il n'est ni un passé, ni un présent, et ni l'un ni l'autre), c'est-à-dire le lieu atopique et scripturaire d'une mémoire où ne cesse de se totaliser l'innombrable des lectures - une lisibilité pour esprit libre. "

  • Les textes ici réunis correspondent à une importante période de maturation philosophique de l'auteur. Conscient du caractère crucial de la question de la chair pour la phénoménologie et perplexe devant la manière dont Merleau-Ponty l'élabore, Barbaras interroge le sens d'être du sujet : comment celui-ci peut-il être sous le même rapport, c'est-à-dire sans qu'il soit nécessaire d'introduire en lui la coupure de l'empirique et du transcendantal, appartenir au monde et s'en distinguer, être à la fois devant et au coeur des phénomènes ?
    Avec Patocka, la critique radicale de l'intuitionnisme husserlien et du Dasein heideggerien le conduit à une détermination existentiale de l'existence et du corps propre comme mouvement. Mobilisant ses travaux sur la vie, irréductible à la fois aux lois de la matière et à la conscience, l'auteur comprend ce mouvement du sujet comme celui de la vie même et définit tout vivant comme un existant. Le mouvement vivant par lequel les sujets phénoménalisent le monde s'inscrit dans un mouvement plus originaire du monde lui-même, oeuvre d'une archi-vie et renvoyant à une dynamique phénoménologique.
    Arrimant la phénoménologie à une cosmologie et à une métaphysique, Barbaras la conduit à s'interroger sur ses propres limites. Demeure alors la question du passage de l'apparaître anonyme du monde à l'apparaître à une conscience, de la physis au sujet, de l'archi-vie du monde à la vie des vivants. Rompant ici avec Patocka et écartant l'écueil du naturalisme, l'auteur assume la scission entre la physis proto-phénoménalisante et notre existence phénoménalisante : le mouvement subjectif résulterait d'une rupture au sein de l'archi-mouvement du monde et relèverait d'un pur événement. Par cet archi- événement scissionnaire, le procès de la physis, se séparant de lui-même, donnerait naissance à un sujet dont le mouvement serait nécessairement aspiration à une réconciliation avec soi, tentative de rejoindre l'archi-vie originaire, bref, désir. Celui- ci repose la question de l'unité originaire de la chair. En effet, la dualité qui structure toute la démarche de Barbaras, entre mouvement et événement, apparaît comme l'avatar ultime de la dualité conscience/monde ou sujet/objet ; elle vient buter sur l'épreuve du corps comme sa limite interne.
    Le volume est complété par une bibliographie exhaustive des travaux de Renaud Barbaras, élaborée par Mathias Goy, avec l'aide de Marco Barcaro, Mariana Larison et Petr Prášek.

  • Les textes ici réunis correspondent à une période importante de l'activité philosophique de l'auteur et accompagnent la maturation de sa pensée propre dont rendent compte les Recherches phénoménologiques, éditées parallèlement dans la même collection du « Grenier à sel ». Publiés sur une quinzaine d'années (1999-2015), ils ont incontestablement participé à l'effort d'élaboration théorique qui a traversé ces années, dont ils livrent une sorte de photographie.
    L'effet de perspective produit est saisissant : selon l'aveu même de l'auteur, ils montrent « en accéléré », en en rapprochant un certain nombre d'étapes, le mouvement qui l'a conduit de sa lecture critique de Merleau-Ponty, de Sartre et de Patocka, ainsi que de quelques autres (Maldiney, Garelli), jusqu'à ses ouvrages récents et aux bilans dont témoignent les entretiens également réunis dans les Recherches phénoménologiques. Chacun des articles du présent volume constitue une lecture des auteurs manifestement aimantée par une interrogation théorique qui dépasse l'auteur abordé, mais, à l'évidence, la méditation historique vient nourrir en retour le questionnement philosophique qui en porte la trace. Ainsi, au moment même où il se sépare de Merleau-Ponty, Sartre ou Patocka, Renaud Barbaras semble redevable de leurs analyses. Ce sont ces dialogues ouverts et non clos qu'exposent finalement ces Lectures phénoménologiques.
    Elles intéressent à ce titre aussi bien ceux qui veulent s'introduire à la phénoménologie française dans ses concepts majeurs, comme la chair (Merleau-Ponty) ou le désir (Sartre), ressaisis dans la pensée vivante et agissante de Renaud Barbaras, que ceux qui veulent plus spécifiquement étudier la philosophie que l'on dira à présent proprement « barbarassienne ».

  • Nicolas de Cues fait partie de ces philosophes qui n'hésitent pas à confronter leurs thèses aux données de la science. Cherchant à démontrer la puissance de son principe appelé « la coïncidence des opposés », il s'est lancé dans une recherche mathématique pour résoudre le problème de la quadrature du cercle, rédigeant en quatorze ans une douzaine de traités sur la question.

    - Cependant, à la lecture de son oeuvre, de nombreuses questions se posent : Quelle est la nature des objets mathématiques ? Sont-ils des essences indépendantes ou des productions de la pensée humaine ? Quelle est la fonction des objets mathématiques dans la pensée du Cusain ? Sont-ils des illustrations, des analogies, des symboles, des paradigmes ? Comment les mathématiques pourraient-elles préparer à la théologie ? Si une « théologie mathématique » peut faire avancer la théologie, notamment pour penser la Trinité et la Création, des « mathématiques théologiques » sont une catastrophe pour le progrès de la science.

    - Nous nous proposons ici de découvrir les obstacles épistémologiques dans les écrits mathématiques de Nicolas de Cues de façon à montrer comment les définitions théologiques qu'il a données aux notions mathématiques ont pu l'empêcher, malgré lui, de progresser vers la vérité.

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  • L'expression de « raison d'État » fait scandale : elle paraît signifier un régime d'exception à l'égard de la raison universelle ou commune, qui se recommande pourtant du titre de raison. Elle est l'allégation du droit d'échapper au droit.

    Le présent ouvrage explore les différentes formes de son énonciation et ses titres de légitimité, d'Italie en France et de France en Allemagne. Il découvre autant les dérives que les rationalités qui ont oeuvré à la constitution raisonnable de l'État. Celles-ci ont contribué à l'élaboration du droit public et mis en débat les formes d'exception légitimes auxquelles le pouvoir d'État est contraint d'avoir recours, en politique intérieure et extérieure, dans les situations extrêmes en vue de l'intérêt public.

    /> Ces rationalités ont suivi différents chemins depuis la ratio status médiévale à la mise en place de l'espace machiavélien (Machiavel et Guichardin), à leur bifurcation entre la voie de l'exception juridico-politique (Lipse et Charron) et celle de la maîtrise des ressources de l'État (Botero), leurs relations avec l'absolutisme et la naissance de l'État de bienfaisance. L'ouvrage expose la façon dont ces raisons d'État, multiples et divergentes, tant par leurs problématisations que par les réponses aigues qu'elles apportent, oeuvrent à la formation d'une pensée instruite de l'exception, affrontée aux dilemmes contemporains de la sécurité et de la liberté. Elles nous permettent, encore aujourd'hui, de prendre la mesure d'une zone incompressible de difficultés inhérentes à l'art de gouverner.

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