Langue française

  • " Ce n'est pas facile d'avoir une amie chenille. " L'histoire de cette relation saugrenue, tendre et sincère, évoque les difficultés et les plaisirs de l'amitié, relation qui nécessite une grande attention à l'autre et à ses différences, aborde aussi le temps qui passe, avec ses changements inévitables et irréversibles, les transformations qu'il fait subir aux corps. Sous forme d'une métaphore, une métaphore qui n'impose pas complètement son sens, Marion Janin nous propose une évocation très sensible et très personnelle de l'adolescence.
    Son trait délicat, précis, classique sans être désuet pour autant, impressionne. C'est-à-dire qu'il marque la mémoire autant qu'il a marqué la page : irrémédiablement. Comme tous les ouvrages de Marion Janin, celui-ci est rare et précieux.

  • Bricoleur de génie, monsieur Chip aime la nature et le chant des oiseaux. Mais pour construire sa petite maison et surtout ses nombreuses extensions, il va ratiboiser toute la forêt et faire fuir tous les oiseaux. De façon humoristique et légère, ce projet aborde la dévastation de la nature par l'empreinte de l'homme, la gestion technologique des désastres, elle-même souvent... désastreuse, et plus précisément la déforestation, sujets pourtant sombres au demeurant.
    Virtuose du pliage, Patrick Pasques impressionne par sa technique assurément à contre-courant des modes. Nous lui devons déjà un désopilant catalogue de véhicules, laconiquement intitulé " Vrooom ". Il signe ici une fable contemporaine qui saura interpeler sans inquiéter.

  • Un imagier pour jouer avec le monde. Après "Le Tout Petit", récompensé par le prix Pitchou, et "Je suis tout", Anne Letuffe récidive. Grâce à un habile procédé de découpe, elle fait dialoguer photos et dessins et incite l'adulte lecteur et le jeune enfant à en faire autant, à établir des relations, à créer du lien et donner du sens. Avec ce nouvel album, qui ne devrait pas démentir le succès des précédents, elle propose une mise en parallèle des activités humaines ou des éléments de la nature, avec les jeux d'enfant : constructions, découpages, balançoire, empilements, etc.
    "Touche à tout", à mettre entre toutes les mains... en ces temps où les distanciations s'imposent !

  • En se réveillant un matin, après des rêves sans doute agités, Blaise se retrouva dans son lit. Pourtant, en enfilant sa première pantoufle, il comprend qu'une chose bizarre venait de lui arriver. Malgré cette bien étrange métamorphose, dont il dissimule tant bien que mal les symptômes chaque jour plus nombreux, Blaise continue à se rendre à son bureau quotidiennement, à faire face à toutes sortes de tracas, parce qu'il le faut bien.
    Le parti pris réaliste de Julien Martinière, avec ses illustrations au trait précises et fouillées, accentue parfaitement cette invasion fantastique du quotidien sans trop déranger l'ordre des choses. Farce facétieuse ou critique existentielle du monde moderne ? À chacun d'interpréter comme bon lui semble cette histoire.

  • Dans cette famille, maman est aventurière, papa au raccommodage de la montgolfière et aux fourneaux (sa spécialité : les écrevisses au fenouil) et mémé contorsionniste. Judith Chomel ne voulait pas démériter par manque de fantaisie. Aussi a-t-elle sublimé un souvenir d'enfance, qui pourrait sembler à d'autres anodin, par une mise en image exubérante : collages généreux de photographies et d'images incongrues dans la tradition de Max Ernst (en plus coloré toutefois) et Jacques Prévert.
    Les jeux typographiques accentuent l'impression générale de grande gaieté. Originaire de Saint-Etienne, Judith Chomel est également la chanteuse et accordéoniste des Barilla Sisters, fameux groupe stéphanois qui reprend des tarentelles du sud de l'Italie.

  • Anti-héros pataud et affamé, « un Grand Méchant Chelou, aux yeux sombres et grivois, et aux airs de filou », plonge dans un recueil de contes pour s'y nourrir, à l'instar de ses glorieux ancêtres.
    Mais il a tant tardé... Après le Casting de Léonard, Nathalie Vessié-Hodges se frotte au détournement de conte. Inspirés par l'école anglo-saxonne (Helen Oxenbury, Babette Cole,...), ses personnages, réalisés aux feutres, sont un hommage permanent aux cartoons.
    Le comique de situation accentué par une narration en rimes, ravira le lecteur jusqu'à la « faim » qui ne sera certainement pas celle à laquelle il s'attendait.

  • « Devi-nez » à qui appartiennent ses pifs, ses tarins, ses narines, ses naseaux. Avec toute la dextérité de son trait hyperréaliste, Fanny Pageaud nous propose une galerie de très gros plan d'appendices nasales - drôles, atypiques, déroutants ou saugrenus - accompagnés d'une devinette qui livre quelques indices en plus de précisions scientifiques. À qui appartiennent-ils ? Un portrait en pied de l'animal donne, en page suivante, à chaque fois, la solution bien souvent surprenante.
    Après Il y a des monstres dans ma chambre, Fanny Pageaud nous plonge dans un tout autre univers. Son dispositif ludique accompagne cette fois, une volonté de transmission scientifique rigoureuse et exigeante.
    Le Muséum national d'histoire naturelle ne s'y est pas trompé puisqu'il est partenaire de cet ouvrage.

  • Une petite souris s'impatiente dans la longue file d'attente à l'entrée d'un musée. Elle en profite pour observer, avec malice, les autres visiteurs. Cette galerie d'animaux va servir de prétexte à une sorte d'étude sociologique, sur un mode humoristique. On y trouvera des pipelettes (les perroquets), un ancêtre (le dinosaure), un bourru (l'ours évidemment) et un crasseux (le cochon tout aussi évidemment), un égaré (la taupe) et un incognito (le caméléon), etc. Nul doute que les enfants se prêteront à une plaisante lecture partagée, interprétant tour à tour les différents personnages, et voudront poursuivre le jeu... dans les files d'attente, où ils essayeront d'attribuer des caractères aux inconnus qui les entourent.
    Les illustrations de Clarisse Lochmann jouent avec les transparences.
    /> Composées de superpositions d'encre par touches approximatives (mais parfaitement maîtrisées) associées à des formes numériques, elles sont lumineuses et splendides.

  • L'ours Jérôme pense être une girafe, mais celles-ci ne sont pas de son avis. Sauf que, pas de doute pour les ours : Jérôme n'est pas un ours, mais bien une girafe !
    Rejeté par les deux communautés, Jérôme se sent bien seul.
    C'est alors qu'il rencontre Amédée, une girafe qui ressemble étrangement à un éléphant. Dès lors, leur différence devient leur ressemblance et le fondement de leur amitié.
    Sur un ton enjoué, Nicolas Gouny nous offre une sorte de fable décalée sur le rejet de l'autre.
    Il nous amuse avec un texte plein d'onomatopées associé à des illustrations colorées.
    Une histoire universelle tout autant qu'intemporelle.

  • Ne recevant que de la neige sur leur téléviseur, nos amis de la banquise cherchent une solution pour mieux capter les émissions. Dernier opus de la trilogie polaire de Jean Gourounas, après le succès international d'Alors ça mord ? et de Elle est bonne ?, cette ultime histoire nous permet de retrouver sa petite troupe de personnages toujours aussi intrigués de tout. Il a su leur inventer une nouvelle situation, tout aussi cocasse, et ménager une chute tout aussi surprenante. Il confirme son talent de graphiste, une fois de plus, avec une mise en page où tout est à sa juste place. Il en joue autant que de ses choix typographiques, dans l'unique but de nous faire rire.

  • Une petite fille joue à se remémorer son rêve qui aussitôt lui échappe. Les détails deviennent soudainement incertains, ne surnagent que quelques bribes, amplifiant l'étrangeté des situations : la mémoire est une passoire ! Vaine tentative de réminiscence de séquences oniriques, car la persistance des souvenirs est aussi fragile que leur interprétation. La technique de superposition d'encre et d'aplats de couleurs numériques de Clarisse Lochmann se prête parfaitement à la restitution de l'impression de surréalité propre à l'univers des songes.
    Suite à son premier album, Dans la file, salué dès sa parution, cette jeune autrice-illustratrice livre ici un album au propos nettement plus ambitieux mais tout aussi réussi.

  • Fort habile à la carte à gratter, Françoise Rogier révèle avec ce premier album une maîtrise certaine de la narration en se frottant à l'exercice ô combien périlleux de la réécriture du Petit Chaperon rouge. Version pour le moins inattendue. Son sens de l'humour, particulièrement ludique, réjouira plus d'un enfant.

  • Celui qui se croit rusé peut toujours être dupé par plus malin que lui! Invité à observer le quotidien d'un étang en forêt, le lecteur, plongé dans un univers expressionniste et bucolique rendu par les chaudes illustrations à l'acrylique et à la craie grasse de Laura Bellini, devient témoin clandestin de l'intimité de la nature, spectateur d'une scène au ressort burlesque, avec unité de lieu, de temps et l'action.
    Un album sans texte pour un grand moment de théâtre !

  • « Nous sommes tous égaux devant la mort inexorable », telle est la morale que nous livre pardelà les siècles, les danses macabres du MoyenÂge.
    Mickaël Soutif revisite le genre : footballeur, PDG, astronaute, la fashion victime, le concierge et la poissonnière, non, la mort n'oublie personne.
    Après avoir exploré la fête des morts au Mexique, avec Catrina, paru en 2018, toujours aussi habile avec la pâte à modeler, il nous propose de nouvelles fresques aux couleurs vives et d'une extrême précision.
    Ses personnages sont surpris quelques instants avant leur mort. Le jeu consiste à rechercher dans l'arrière-plan ce qui va entrainer leur brutal trépas. Le quatrain qui accompagne chaque image, apporte la solution avec toujours beaucoup d'humour. Un bel album pour aborder ce thème en le dédramatisant totalement. Une coédition avec le Syndicat Mixte du Projet Chaise-Dieu, cela va de soit.

  • Quelle incroyable vie que celle de Victorine ! Avec beaucoup d'humour, une pointe de féminisme et quelques tableaux impressionnistes, on suit avec plaisir le parcours de cette jeune fille qui ne laissera pas le destin mener sa vie.

  • Un livre pastiche dans lequel les héros de la littérature jeunesse dévoilent leurs secrets, sous le trait si drôle de Gilles Bachelet.

  • Après les succès de sa trilogie à poils (Raoul la terreur, Je ne m'appelle pas Bernard et Rosalie aime le rose), de ses albums en coédition avec le Musée du Louvre (Victoire s'entête) et celui d'Orsay (Votez Victorine), de ses albums féministes publiés par les Éditions La Ville Brûle (On n'est pas des poupées), Claire Cantais décide de s'adresser aux plus petits, toujours équipée de sa paire de ciseaux bien affutée. Cet album pourra être lu dès le premier âge, à la manière d'un imagier, pour donner à voir des représentations de dinosaures, volcans, libellule, maisons, train, fusée..., posant des jalons pour les lectures suivantes. Un peu plus tard, il pourra être repris comme une première chronologie de l'Histoire de l'humanité.
    Par la mise en parallèle des deux naissances, celle de l'univers et celle du nouveau-né auquel elle s'adresse, Claire Cantais relie habilement la destinée individuelle de son lecteur, au monde, au cosmos. Magnifique message de bienvenue !

  • Elsa Valentin raconte un conflit social avec beaucoup d'humour et de malice, dans une langue imaginaire comme elle l'avait fait pour Bou et les 3 zours (plus de 25 000 exemplaires vendus depuis 10 ans). Habile dans l'exercice, ses inventions et mots-valises restent parfaitement compréhensibles. Gouleyant et à lire à haute voix ! Les images de Fabienne Cinquin, mêlant encre de Chine, aquarelle et collage de papiers colorés, d'imprimés de magazines, parfont cette atmosphère joyeuse et révolutionnaire.
    On notera (ou pas) quelques clins d'oeil à Play Time, La Liberté guidant le peuple, des affiches de mai 68... Un album pour donner à voir la force du collectif, de la solidarité. Un album nécessaire en ces temps moroses, et combien plus intéressant que des commémorations.

  • Après 13 ans d'existence, Hors cadre perd son "s" mais élargit son horizon. Revue de référence des littératures graphiques, elle continue de se passionner pour les enjeux de l'album tout en ouvrant plus largement ses pages à la bande dessinée et à toutes les formes de récits en images.

  • Monsieur Schteuple est vraiment abominable. Suffisamment abominable pour qu'on le dise dans le titre.
    En plus, il reçoit des milliers de poèmes d'enfants qui lui disent qu'ils l'aiment, c'est là le problème !
    La créature la plus malfaisante des mondes imaginaires exaspère jusqu'aux sorcières. Elle sera jugée et sa condamnation sera à l'origine d'une des traditions parmi les plus répandues.

  • Rêverie mélancolique autour des souvenirs d'enfance. Il a neigé ce jour-là au Sénégal, mais c'est l'émotion du chant d'une mère qui resurgit derrière l'anecdote. Une alliance subtile entre une grande exigence formelle et une sensibilité à fleur de peau caractérise le travail de Joanna Concejo et lui vaut une reconnaissance internationale. Pour ce pendant féminin à Quand les groseilles seront mûres, publié par nos soins en 2015, elle déploie son univers dans les interstices laissés par le texte, simple et délicat, d'Artur Scriabin, en veillant à ne surtout jamais les refermer.

  • Jeannot, 7 ans, a cassé sa tirelire pour s'acheter une ferme très mystérieuse où il va vivre seul désormais... Seul avec Rebecca, son oie, qui l'aidera pour les travaux et à s'occuper des animaux... Même s'il n'y a pas encore d'autres animaux, bien que Jeannot ait passé plusieurs petites annonces dans le journal. François Henninger et Lucas Méthé, bien connus des aficionados de la bande dessinée indépendante, s'offrent une escapade vers la jeunesse avec cette histoire à l'humour absurde, l'univers délibérément désuet et une intrigue parfaitement (in)soluble.
    Nouvelle corde à leur arc qui séduira autant ceux qui suivent leur travail que les jeunes lecteurs, las de fantasy et en mal de fantaisie ! Car bien des enfants se reconnaitront dans l'audace naïve de Jeannot, son caractère déterminé et ronchon, sa susceptibilité à fleur de peau. Leurs parents aussi le trouveront crédible, avec ses airs de Little Nemo en visite chez Benjamin Rabier.

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