Armand Colin

  • Que le philosophe puisse être inspiré et inspirer les autres, l'Antiquité l'affirmait hautement. Pourtant la philosophie moderne a rejeté l'inspiration pour délimiter l'usage sain d'une raison autonome. N'est-ce pas méconnaître l'éblouissement de certaines idées ou lectures, le saisissement du penseur mobilisé pour y répondre, la force d'appel d'une philosophie qui sait aussi inspirer ses lecteurs ?
    Affrontant ces questions, cet essai réévalue l'inspiration par-delà les suspicions. Certaines expériences philosophiques décisives prouvent sa vigueur, celles de Socrate, Pascal, Rousseau ou Nietzsche entre autres. En témoignent aussi le surgissement d'idées inopinées, le processus rythmé d'une pensée fait de vigilance et d'intuition, de surprises et de reprises, de lectures méditées et d'inventivité. De l'extraordinaire à l'ordinaire, ce livre réhabilite l'épreuve vivifiante de l'inspiration philosophique.

  • La modernité, mot d'ordre de notre présent, s'associe-t-elle, comme on l'entend partout, à une liberté inédite dans l'histoire humaine ? Une liberté qui ne connaîtrait plus d'obstacles depuis la chute du mur de Berlin ?
    C'est cette évidence que questionne cet essai.
    Revisitant au long du XXe siècle les étapes-clés de la construction d'un homme et d'un monde « nouveaux », en rupture avec tout passé, il renvoie dos à dos toutes les pensées totalitaires, qu'elles soient fasciste, stalinienne. ou libérale.
    Car, qu'est-ce, en effet, que cette liberté qui nous est promise désormais par une « société libérale » tentée par l'illusion de la fin de l'Histoire ?
    Aujourd'hui, devant nous, avec nous, se consolide au nom de la liberté et de la modernité un carcan idéologique où chacun, mis dès l'enfance en concurrence avec chacun, est inévitablement voué à une existence esseulée et clôturée.
    Depuis l'épouvante fondatrice - la Grande Guerre -, se joue, sous couvert d'apothéose de la liberté, une assez sinistre émancipation à rebours qui est aussi éclipse de la raison, et du souci de vérité. Cet essai est donc une critique aiguë et originale de la pensée libérale la plus contemporaine.

  • Les philosophes de l'existence se sont particulièrement attachés à explorer le sentiment et la passion, accordant ainsi une place éminente à l'intimité, s'interrogeant sur les multiples replis et détours de l'âme, cherchant à dévoiler les aspects les plus secrets de la conscience.
    L'objet de leur investigation, c'est d'abord la subjectivité passionnée. Or l'intériorité, certes irréductible à l'extériorité, ne peut toutefois être conçue qu'en relation avec elle. Le sujet est, comme tel, un être au monde, existant dans un monde naturel et historique, en rapport constitutif avec l'espace et le temps. Reprenant sous des formes très diverses et par des chemins multiples une seule question : que signifie exister - le fait et l'acte pour quelqu'un d'exister ?, la présente étude vise à renouveler cette réflexion, sur le fond de la nécessaire reconnaissance de l'altérité, et en raccordant au fil de parcours philosophiques dûment explorés et croisés - Kierkegaard demeurant la grande origine - les recherches les plus actuelles : l'interrogation phénoménologique et la philosophie du langage.
    Comment un existant se singularise-t-il dans une communauté ? Plus largement, qu'en est-il du rapport de l'homme singulier au monde ? L'investigation, centrée sur les concepts d'appartenance et d'historicité, est guidée par une conception polysémique du sens, entendu à la fois comme signification (et rapporté alors à l'interprétation de l'existence, en référence attentive aux recherches herméneutiques) et comme orientation, selon une pensée de l'existant ordonné à soi-même.
    Penser le sens - ou plutôt les sens - de l'existence se précise comme l'acte d'articuler les relations entre une intellection de la communauté et une orientation vers la singularité. Soit une affirmation qui va bien au-delà d'une philosophie particulière.

  • Dans cet essai, Olivier Dekens propose une confrontation inédite entre la tradition philosophique et les acquis de l'anthropologie pour relire différemment les classiques de la philosophie. Il reprend ainsi certaines questions philosophiques des plus fondamentales (la définition de la culture, celle du propre de l'homme, l'idée du politique, etc..) à la lumière de la science ethnologique, en mettant en oeuvre ce regard éloigné dont parle souvent Lévi-Strauss.

  • À la question socratique, celle qui, face à l'avocat de la violence, fait surgir la philosophie en contrechamp, ne s'agirait-il pas désormais de répondre en termes plus ironiques encore ? Se tenir au plus près de ce mot inventé dans le champ magnétique de la mer Égée - philosophie - est en effet une tâche qui s'oriente au plus loin.« C'est au temps du grand danger qu'apparaissent les philosophes », énonçait Nietzsche, renouant avec Héraclite l'Éphésien : autant il est vrai que la prise de Milet fut le premier défi adressé par l'histoire à la pensée, autant il s'impose, face au péril de notre aujourd'hui, de penser les bords d'une nouvelle révolution copernicienne. Pour demain.Jusqu'ici les philosophes n'ont fait que mettre en examen les récits à la lumière du concept et de sa raison. Il est temps d'examiner cette « raison » sous le regard de la puissance narrative qui en dessine le littoral : là où elle aborde.Il revient à la tentative philosophique, et à elle seule sans doute, d'opérer cette traversée dans le multiple des langues et langages que nous attendons et sans laquelle plus une tour ne restera debout. Tel doit être son discours - se mêlant au mouvement même de son archive - sous peine de définitif oubli d'elle-même.La philosophie, désormais ? L'apprentissage des mouvements qui rendent possibles toutes transformations - dangereuses ou secourables, et nécessaires.Jean Pierre FAYE développe une oeuvre dont le corps philosophique prend ses figures dans Langages totalitaires. La Raison narrative, La Déraison antisémite et son langage, Le Vrai Nietzsche, Le Siècle des idéologies. S'y découvre par approches successives l'analyse du concept de transfomat, esquissé dans Qu'est-ce que la philosophie ? dont ce livre est une reprise « transformatiste » redessinée et approfondie.

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  • « La science ne pense pas » disent les uns, qui répètent sentencieusement les paroles inspirées du Maître. « Les questions métaphysiques sont dénuées de sens », répondent les autres. Guerre absurde que reproduit notre système d'enseignement, qui voue la philosophie aux séries littéraires et réduit à la portion congrue la réflexion critique proposée aux scientifiques.La philosophie n'existerait pas si elle n'avait dès l'origine fait couple avec l'interrogation scientifique du réel ; elle ne saurait, sous peine de virer au pur « supplément d'âme » à destination des autruches qui ignorent tout ce qui se découvre et de la manière dont on le découvre, délaisser par exemple les questions fondamentales soulevées par la physique quantique ou les théories de l'hérédité.Il s'agit de bien plus que d'intégrer ou de réintégrer à la philosophie l'élucidation des énoncés de la science : il y va de l'accomplissement même du programme de pensée ouvert depuis la Grèce antique. Point d'avenir sans reprise du dialogue de la philosophie et des sciences, et sans redécouverte de la pertinence de la position matérialiste. Celle-ci s'enracine chez Démocrite, n'a cessé depuis de constituer aussi, par-delà ses manifestations propres, le contrepoint critique et l'aboutissement sensé des efforts idéalistes pour penser le monde, et représente désormais la seule option ouverte à une pensée effective.Denis Collin, né en 1952, est professeur agrégé de philosophie et docteur de l'Université. Enseignant en lycée, il est aussi chargé de cours à l'Université de Rouen. Il a publié plusieurs ouvrages et essais en philosophie politique et morale - dont Questions de morale (Armand Colin, 2003).
    Maîtres et possesseurs de la nature ? Impostures intellectuelles oe Hémiplégie oe Époque de crise. Une première approche des sciences de la nature. La définition de la science. Causalité, déterminisme et matérialisme. Propos d'étape. La question des mathématiques. Mathématiques et philosophies de la nature. Les idéalités mathématiques. Kant, les mathématiques et le matérialisme. Le matérialisme et les mathématiques. Propos d'étape. Physique et matérialisme. L'enjeu du matérialisme. La science grecque est-elle matérialiste ? Physique moderne et philosophie. Une affaire emblématique : Galilée. Matière et réalité. L'idéalisme de Copenhagne. La critique du matérialisme. Réalisme et matérialisme. La matière vivante. La mécanique du vivant. Matérialisme et vitalisme. Dépassement du mécanisme et du vitalisme. Vitalisme et finalisme : Lamarck. Le matérialisme et la théorie de l'évolution de Darwin. Il y a matérialisme et matérialisme... En conclusion. Le corps et l'esprit. Énigmes en tous genres. L'âme matérielle. Le débat sur l'intelligence artificielle. L'élimination... du problème. Un matérialisme faible ? Propos d'étape. Un matérialisme sceptique ? Science matérialiste ou philosophie matérialiste ? La puissance de la nature.

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  • Lévinas définit la philosophie comme l'instance de traduction de la responsabilité éthique dans des institutions juridiques. Le philosophe se trouverait ainsi soumis à une double injonction : entendre l'exigence de justice et travailler le corps du politique pour que cette justice trouve une forme garantissant son effectivité.Il s'agit dans ce livre, à travers une patiente traversée de l'oeuvre kantienne, de donner à la philosophie les moyens de son ambition politique, qui semblent faire défaut à Lévinas. Deux directions sont ici privilégiées. Celle d'abord d'une définition de la justice, comme Idée normative de toute action politique, et que Kant propose dans les textes qu'il consacre au droit ou à l'histoire. Celle ensuite d'une analyse du jugement kantien comme instrument du passage entre la raison et le sensible, que Kant voit à l'oeuvre dans le jugement du sublime mais que l'on pourrait déplacer vers le lieu propre de la philosophie, l'écart séparant l'Idée de la justice et la réalité sensible de la politique.À travers cette lecture de Kant, il n'est question que de donner chair au devoir de justice. Recevoir son exigence, ne jamais transiger sur la dureté de ce qu'elle prescrit, ne pas cesser de juger ce qui doit être fait, ne pas oublier non plus que ce qui se fera ne satisfera jamais aux conditions d'une justice parfaite : l'oeuvre de la philosophie ne peut se déployer que dans la douleur d'un labeur patient. L'effet politique de la pensée est à ce prix.Olivier DEKENS est professeur agrégé de philosophie, docteur en philosophie et chargé de cours à l'Université de Tours. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages portant sur l'histoire de la philosophie moderne et contemporaine. Il a notamment publié Comprendre Kant (Armand Colin, 2003).

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  • Alors que la physique a considérablement fait évoluer notre vision de la matière, dont la « dématérialisation » permet de formuler l'hypothèse selon laquelle l'expérience consciente ferait partie des « matériaux de l'Univers », les apports de la neuropsychologie n'ont guère été exploités.Pourtant, nombre d'observations classiques témoignent de l'existence d'une pensée sans langage, véritable référent du langage et gouverneur de la pensée langagière qui seule est complète. Sur cette base, analyse à l'appui, on s'aperçoit que bien des questions posées par le langage, qui restent au centre de la philosophie, se trouvent extraordinairement éclairées, avec un démenti frappant à formule classique « pas de pensée sans langage » qui transformait ce dernier en un code autoréférentiel. Le gouvernement de la pensée complète par la pensée sans langage invite à restituer aux affects leur rôle moteur et la logique se trouve ramenée au simple rôle d'auxiliaire de la pensée.Dans le domaine de la conscience, la prise en compte de données telles que l'auto-désignation des jeunes enfants, les amnésies massives sans perte d'identité, les états de « conscience vide », etc., plaide pour une relance de la réflexion. Associant ces bases factuelles indiscutables et la conception aujourd'hui la plus crédible selon laquelle notre cerveau est un système autoréférentiel, l'auteur conduit son enquête et la fait déboucher sur une réflexion sur les critères du vrai qui renoue avec la grande tradition spéculative.Dominique LAPLANE, professeur honoraire de Neurologie à la Salpêtrière, s'intéresse aux implications philosophiques de la neurologie depuis une trentaine d'années et a publié plusieurs ouvrages marquants sur le sujet.
    Entre vérité et préjugés. De l'existence d'une pensée sans langage. Que faut-il entendre par pensée ? La pensée sans langage. Le gouvernement de la pensée. La référence du langage ou le signifié. Quelques hypothèses sur les mécanismes de la pensée sans langage. Importance de la vie affective. Le mentalais ne peut exister. Le cognitivisme. Le connexionnisme. Quelques traits de la pensée sans langage. Le rôle du langage dans la pensée. La thèse classique ou loi de Sapir et Whorf. Le langage interfère avec la pensée. Herméneutique. Principes généraux. La conscience. Le cerveau fabrique la pensée. La conscience de moi. Les paradoxes de la conscience. Et maintenant, philosophons. L'homme autoréférentiel. On ne philosophe que sur ses préjugés. Importance du débat sur la conscience. Peut-on dissoudre le problème corps-esprit ? Retour sur la conscience et son contenu. La conscience comme matériau de l'univers. Épilogue. De la philosophie à la sagesse. Liberté et dignité. Qu'est-ce que la liberté oe

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  • Entre horreur et activité normale de l'État, la guerre civile, opposée à la guerre classique, est une absence remarquable de la philosophie politique. Or les convergences entre ces deux catégories hâtivement séparées apparaissent en creux chez des auteurs éloignés comme Machiavel ou Carl Schmitt, ou encore dans les problèmes posés par la recherche des limites, notamment chez les penseurs de la guerre juste, souvent contraints d'amender leur théorie.
    Guerre civile et guerre extérieure ont pourtant en commun la transgression et la désignation de l'ennemi. La démarche non historique, qui compare la guerre de Trente Ans, la Commune et la guerre d'Espagne, révèle la dialectique entre guerre tolérable et guerre intolérable. Les enjeux se font sociaux et surtout politiques. La guerre civile, interne, partisane, rejoint la guérilla, tandis que les guerres étrangères ne sont pas exemptes de risques internes. Comment déterminer si la guerre du Péloponnèse, la guerre de Sécession ou la guerre d'Algérie sont des guerres internes ou externes ?
    La guerre civile, mal politique absolu, oblige la philosophie à revenir sur l'irrégularité totale ou partielle, et à considérer les intermittences d'un droit de la guerre parfois évanescent. L'articulation entre l'essence transgressive de la guerre et la loi que l'on se donne permet de comprendre le politique comme une conjuration répétée de la guerre intérieure.

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