Andre Versaille

  • Le 11 avril 1961, le monde a les yeux fixés sur Jérusalem où s'ouvre le procès d'Adolf Eichmann, un des principaux responsables de la " Solution finale de la question juive ".
    Comment Eichmann fut-il retrouvé et enlevé par les agents secrets israéliens ? Pourquoi l'Etat d'Israël a-t-il décidé d'en faire le " Nuremberg du peuple juif " ? Comment fut construit cet événement médiatique mondial ? A mesure de leur déroulement, les audiences où témoignent des survivants offrent une nouvelle lecture du génocide des juifs et le font entrer dans la conscience collective. Au-delà du récit du déroulement dramatique du procès et de l'analyse de la personnalité d'Adolf Eichmann, Annette Wieviorka examine les suites polémiques de l'affaire, notamment les positions de Hannah Arendt, ainsi que les procès ultérieurs pour crime contre l'humanité, jusqu'à celui, en 1988, en Israël encore, d'Ivan Demjanjuk.
    Situé entre les procès de Nuremberg en 1946 et le procès de Barbie à Lyon en 1987, le procès Eichmann marque une étape décisive dans la prise en considération du génocide des Juifs par la communauté internationale.

  • Eugène aime sincèrement sa femme, l'enfant qu'elle lui donne, mais cet amour sent un peu le devoir, la convention sociale, l'ennui.
    Le désir, c'est Stepanida qui l'incarne, avec sa simplicité rustique, sa spontanéité animale. Ambiguïté du désir: il est à la fois naturel, donc légitime, et perturbateur de l'ordre familial et social, donc illégitime. Stepanida, d'abord décrite avec la bienveillance qu'on a pour l'herbe, pour les fleurs, apparaît peu à peu, au cours de la nouvelle, comme une figure du " diable ". Tolstoï se contente de raconter une histoire terrible de désir, de honte, de mort.
    Il aligne les mots les uns à côté des autres, sans changer de voix. Il n'indique pas le sens qu'il faut donner à son texte: c'est au lecteur seul de juger: mariage, adultère, trahison, remords, tout est posé sous nos yeux, avec la même évidence lumineuse qu'un objet placé sur une table sous un rayon de soleil. C'est pourquoi, de tous les romanciers, Tolstoï me semble être le plus grand.

  • Vue par 33 millions de visiteurs, l'Exposition coloniale de 1931 sera la dernière manifestation de la bonne conscience européocentriste. À l'invitation de la France, les puissances coloniales présentent, exposent et rivalisent d'exotisme ludique et de scénographie didactique. Les visiteurs se pressent à la rencontre de cette planète rêvée où l'Occident se mire. Ultime représentation à l'heure où les empires commencent à se lézarder.

  • Un homme. Une décision.
    Rien, au départ, ne destinait Franklin Roosevelt à la présidence des États-Unis. Et tout indiquait que ce pacifiste convaincu s'évertuerait à éviter à cette nation profondément isolationniste un nouvel engagement dans un conflit dangereux qui, longtemps, ne la toucha que de loin.
    Certes, l'attaque de Pearl Harbor de 1941 facilitera les choses mais la décision, la sienne, est prise bien avant. Comment ? Pourquoi? On pose là cette question fondamentale : doit-on faire la guerre pour obtenir la paix ? Avant de pouvoir lui-même y répondre, Roosevelt va suivre un long cheminement, à la fois personnel et politique, qui l'amène à prendre cette décision et à convaincre son peuple de le suivre. Il n'est pas tout seul : il a avec lui Churchill - avec qui il met au point une vaste stratégie, bien avant Pearl Harbor, pour vaincre Hitler et Hiro-Hito -, et, surtout, sa remarquable compagne, Eleanor, avec qui il forme un tandem indissociable. Contre lui, il a ses convictions religieuses et politiques ; ses partenaires politiques et ses (nombreux) adversaires ; le peuple américain aussi, qui ne rêve que de paix. Ce livre cherche à retracer les racines profondes de cette décision tout à la fois improbable et inévitable, et mûrement réfléchie.
    Il s'agit donc ici d'une analyse politique mais dont les dimensions biographique et psychologique sont également très importantes. En d'autres termes, la décision d'entrer en guerre sert de fil rouge pour comprendre l'homme, pour comprendre aussi le pays qu'il dirige et le monde qu'il va largement contribuer à redéfinir ; pour comprendre, d'une certaine façon aussi, la dialectique de la guerre et de la paix.

    Sur commande
  • Dans le contexte actuel, et face aux assauts des lois mémorielles et des interrogations sur l'identité nationale, il s'agit, à propos de la colonisation française, de dire le plus vrai qu'il est possible, sans soupçons ni remords.
    Aujourd'hui, il n'est pas plus question de se contenter de refaire le procès du colonialisme ou d'un "système" colonial, que de glorifier une "épopée" : il s'agit de tenir compte des interpellations du présent et d'affirmer qu'en effet une France "coloniale" a existé, et qu'elle a une légitimité à l'instar de la France "rurale", "urbaine", "politique" ou "culturelle". Faire ici de l'histoire exige de rappeler ce que la France a entendu aux XIXe et XXe siècles par "colonies" et "colonisation", et ce qu'il en a été en intentions comme en actes : qu'impliquait le rêve de Jules Ferry ? Comment évaluer l'action de De Gaulle en outre-mer ? Pourquoi la décolonisation fut-elle manquée en Algérie ? Etc.
    Mais il s'agit également (pour rendre compte des avancées de la recherche en histoire) de dresser un inventaire, aussi large et rigoureux que possible, sans nullement prétendre contribuer à l'établissement de vérités ou d'une histoire officielles. Il est temps pour la France de s'examiner elle-même au miroir colonial. Et de se poser, au présent et au futur, des questions restées en souffrance depuis trop longtemps : que faire de ce passé ? Quel avenir pour tous ceux qui sont venus d'outre-mer ? En réfléchissant à la France coloniale de Ferry à de Gaulle, en passant par Alger, Jean-Pierre Rioux ouvre largement les débats difficiles mais essentiels auxquels les Français du XXIe siècle sont confrontés.

    Sur commande
  • Certaines questions demeurent à propos de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale.
    Quelles sont les origines de Pearl Harbor ? Quand s'est produit le tournant de la guerre ? L'extermination des Juifs : qui savait, et quoi ? Etc. Cet ouvrage rend intelligible à tous les principales interrogation que suscite cette période.

  • Un fonctionnaire modeste et veuf donne en mariage à son jeune et ambitieux collègue sa fille unique, seule héritière d'une vieille tante fortunée. A la mort de la tante, on découvre avec stupéfaction que celle-ci a mis comme condition à l'héritage (un million de francs) que l'union ne soit pas stérile: si sa nièce ne devait pas avoir d'enfants dans les trois ans, sa fortune serait distribuée aux pauvres. Les jeunes mariés se mettent et se remettent à l'ouvrage, mais leurs ardeurs répétées s'avèrent inutiles. Le mari se révèle incapable de faire un enfant à sa femme. Le temps passe. Que faire pour ne pas manquer l'héritage ?

  • Voici la nouvelle édition de cet essai magistral qui a été traduit en plus de vingt langues. Loin de tous les dogmatismes, marxistes ou libéraux, cet ouvrage, qui est aussi le bilan d'une vie de " spectateur engagé ", a été salué dans le monde entier, et de tous les horizons intellectuels et idéologiques, comme un chef-d'oeuvre à ce jour sans équivalent.
    Coédition avec le Monde diplomatique

  • À l'occasion de l'exposition Dieu(x), modes d'emploi qui ouvrira ses portes au public le 23 octobre 2012 à Paris, au Petit Palais, cet ouvrage éponyme offre un aperçu thématique de l'un des rares phénomènes humains véritablement universels : le phénomène religieux.
    « Divinités », « Au-delà », « Passages », « Cycles », « Cultes », « Voix », « Lieux », « Corps », « Intercesseurs », « Conflits » - autant de fenêtres qui permettent d'appréhender toute la richesse des expériences religieuses ou spirituelles contemporaines.

  • Pauline a treize ans lorsqu'éclate le génocide des Tutsis au Rwanda. Elle habite la préfecture de Kibuye, au bord du lac Kivu, la plus meurtrie par les tueurs Interahamwe. « Dis-leur que tu es Hutue » lui souffle sa mère. Trop jeune pour posséder une carte d'identité ethnique, possédant un physique peu identifiable, l'artifice fonctionne.
    C'est ainsi qu'elle échappe par des miracles successifs aux machettes.
    La guerre achevée, un calme précaire revient. Pauline retourne dans son village natal, mais personne ne peut lui dire ce que sont devenus sa mère ainsi que ses frères et soeurs. Seule avec son père, elle n'a plus qu'une idée en tête : mener à bien ses études, faire le cursus secondaire puis l'université. Lorsqu'une amie lui fait miroiter la possibilité de trouver un asile politique en France, elle renoue avec son mensonge : puisque la France soutient les Hutus, elle dira à l'administration française qu'elle est Hutue. Et encore une fois, cela fonctionne. Cette France qui l'accueille et la protège devient sa seconde patrie.
    Mais que sont devenus les siens ? Sont-ils vraiment morts ? La terrible vérité lui arrive un soir, à Paris, par un coup de téléphone : son père a retrouvé les corps des membres de la famille assassinés huit ans plus tôt. Pauline est sûre désormais qu'ont été assassinés sa mère, deux grands-parents et ses cinq frères et soeurs. Mais elle doit à présent attendre d'avoir la naturalisation française pour avoir le droit de se rendre dans son pays. Elle obtient finalement la nationalité française. Elle est enfin libre de se rendre au Rwanda et d'y accomplir le geste qu'elle attendait depuis quinze ans : enterrer les siens dans la dignité.

  • Le Japon est-il un acteur international « comme les autres » ? La politique étrangère nippone se caractérise tout d'abord par un ensemble de contradictions qui en rend le décodage complexe. Le Japon n'est-il pas doté d'une Force d'autodéfense ultra-moderne alors que la lecture politique de l'article 9 de sa Constitution excluait jusqu'en 1954 l'existence même de toute force armée, et que les constitutionnalistes en dénoncent encore l'illégalité !
    Le tournant irakien de 2003 fut exceptionnel et substantiel. En soutenant politiquement la guerre conduite par les États-Unis en Irak, et en fournissant une présence militaire sur place, Tokyo osait sortir de l'engagement politique feutré et du risque zéro qui caractérisait la période de l'après-guerre. Ce mouvement n'est pas celui d'un aveu d'impuissance face à la pression américaine mais puise dans une histoire politique tourmentée et dans un « besoin d'être ».
    Dès 1951, la classe politique japonaise se divisait déjà entre les pro- et les anti-américains, entre ceux qui prônaient l'alliance avec les États-Unis et ceux qui prônaient l'indépendance. De même, la relation de Tokyo au monde est aussi profondément liée à la quête d'une identité nationale, problématique depuis cent cinquante ans. À la fin du XIXe siècle, le Japon ne voulait-il pas « quitter l'Asie pour rejoindre l'Occident » ? Si la diplomatie japonaise s'est concentrée ces dernières années sur des questions internationales majeures - le développement, la sécurité humaine, les missions humanitaires - elle peine à faire du Japon un acteur visible dans les grandes décisions internationales, alors qu'il reste une puissance économique et financière incontournable.
    En s'appuyant sur des discours majeurs de la politique étrangère depuis 1945 ainsi que sur les textes représentatifs des courants de pensée japonais, cet ouvrage replace la diplomatie japonaise dans une dimension historique et offre un regard complet sur sa complexité et ses évolutions récentes.

  • Dans ces deux textes, Paul Claudel offre à entendre, sur un ton ironique et satirique, les justifications que Judas et Ponce Pilate apportent à leurs actes.

  • Il existe de nombreux ouvrages consacrés à l'étude de la bande dessinée, mais aucun ne s'est intéressé jusqu'à présent au cas spécifique du 9e art en Belgique francophone pendant la Seconde Guerre mondiale. Pourtant celui-ci présente maints aspects passionnants. Cet ouvrage s'adresse aux nostalgiques de cette bande dessinée de leur enfance, mais il intéressera aussi de plus jeunes lecteurs ignorant presque tout de ce passé qui n'a pas laissé que des décombres.
    Les entrées de ce dictionnaire, classées par ordre alphabétique, mettent en exergue des auteurs - scénaristes et dessinateurs -, des oeuvres, des personnages, des genres et des éditeurs. Un intérêt tout particulier a été accordé aux supports (publications de toutes sortes) en suivant leur cheminement de la paix d'avant-guerre, à l'Occupation suivie de la Libération.
    Mais cet ouvrage ne se limite pas à ces acteurs qui forment une partie du périmètre d'un art alors nouvellement créé et qui n'avait pas encore acquis sa légitimité. Il permet aussi de déterminer et d'expliquer les débuts de son Âge d'or - printemps 1943 - ; mais aussi de répondre à toute une série de questions, comme : pourquoi la censure de l'occupant allemand a-t-elle toléré des productions telles que Jim la Jungle ?
    Le Dictionnaire retrace aussi la vie quotidienne en Belgique, et aussi sa vie culturelle avec la soif d'un lectorat et d'une édition en pleine fièvre : Lire parce qu'il n'y a rien d'autre à faire.
    Ajoutons encore que dans la Belgique de ces années-là, le besoin de s'exprimer par la bande dessinée entraîne le fraternel côtoiement de deux cultures, flamande et wallone.
    Ce dictionnaire saisit cette occasion de rendre à tous ces auteurs l'hommage qu'ils méritent.

  • 1857 : année mythique de la censure. Charles Baudelaire, Gustave Flaubert et Eugène Sue sont tour à tour poursuivis par le même procureur, Ernest Pinard. Les oeuvres incriminées ? Les Fleurs du Mal, Madame Bovary et Les Mystères du Peuple. Par ces procès, le régime de Napoléon III entend juger le poète et les deux romanciers pour leurs outrages et leur insubordination à l'ordre politique et moral.

    À l'aide de documents d'archives, d'articles de presse, des plaidoiries et des réquisitoires, des correspondances que s'échangent les écrivains pourchassés par Pinard, Emmanuel Pierrat nous replonge dans cette année 1857. Dans un décor saisissant, il fait revivre les procès intentés par le procureur impérial à des écrivains de génie soudainement pris dans l'implacable mécanique de la censure.

    Le lecteur découvrira donc la galerie de créateurs devenus depuis célèbres et des journalistes qui se lancent dans la bataille, tout comme l'état de la censure sous le Second Empire (et ses prolongements actuels). Jamais le tableau de ces quelques mois qui vont durablement marquer le milieu des Lettres n'avait été dépeint avec autant de force.

    Les pièces du dossier (plaidoiries, réquisitoires et jugements) sont publiées en annexe de cette saga tout autant judiciaire que littéraire.

  • Dans sa croisade contre le terrorisme, l'administration Bush a-t-elle sciemment enfreint les lois américaines et internationales en autorisant la torture : pratique de " simulacres de noyade " dans les interrogatoires de membres présumés d'Al Qaïda, " disparition " de prisonniers ou renvoi vers des pays où ils étaient torturés, prisons secrètes dirigées par la CIA...? Deux noms symbolisent à eux-seuls ces exactions : Abou Ghraib et Guantanamo.
    S'il reste bien des zones d'ombre, Human Rights Watch, organisation de défense des droits de l'homme basée aux Etats-Unis, apporte dans ce livre de nouveaux éclairages sur les pratiques de l'administration Bush et sur ses responsabilités. Des preuves solides qui embarrassent Washington. Jusqu'à présent, la justice internationale n'a poursuivi que des dictateurs. Quelle attitude adopter face à des chefs d'Etat de pays démocratiques qui violent des droits humains et pratiquent la torture ? A partir du rapport de Human Rights Watch - dont on trouvera ici l'essentiel -, ce livre invite à un débat nécessaire sur des questions fondamentales en matière de justice internationale: l'impunité et la différence éthique entre les démocraties et les régimes autoritaires, en temps de guerre.

  • Ce livre est né de plusieurs interrogations.
    Pourquoi y a-t-il, depuis quelques années, un emballement chez les universitaires, les médias et le grand public pour la question des réparations de " crimes " coloniaux ? pourquoi choisit-on de préférence la traite négrière, l'esclavage ou l'extermination de populations indigènes dans le cadre de la colonisation à d'autres " crimes ", lorsque l'on fait valoir que l'écoulement du temps n'efface pas les responsabilités de ceux qui, dans un passé souvent lointain, ont commis de tels actes ? comment en est-on venu à penser qu'une politique de réparation serait susceptible, mieux que l'aide au développement, de contribuer à réduire les inégalités nord-sud ? pourquoi ce déplacement d'accent de l'économie vers le politique et l'éthique ? l'originalité de cet ouvrage est de donner des réponses à ces questions en adoptant la perspective de l'histoire comparative de longue durée.
    Son auteur remonte jusqu'au xvie siècle pour retrouver, dans le vaste monde colonial, les racines des notions de crime et de réparation. il évalue l'importance des préjudices subis tant par les peuples autochtones d'amérique et du pacifique (dépeuplement et spoliation foncière) que par les africains et les noirs de la diaspora (traite négrière et esclavage). il établit la portée et les limites des demandes actuelles de réparation, censées redresser les injustices héritées du passé colonial et formulées par les indiens d'amérique, les aborigènes d'australie, les maoris de nouvelle-zélande, les noirs d'afrique et de la diaspora.

  • En 1831, sous la Monarchie de juillet, un jeune aristocrate normand se rend aux Etats-Unis. Dans ce formidable laboratoire politique des temps modernes, il observe les principes et le fonctionnement du régime encore neuf qui, il n'en doute pas, ne va pas manquer de devenir la norme partout dans le monde : la démocratie. Telle est l'origine d'un ouvrage devenu aussitôt un classique, De la démocratie en Amérique, qui a valu à son auteur la double immortalité de l'Académie et du public. On lira ici les pages inoubliables où Tocqueville explique comment la démocratie a façonné les moeurs des Américains. Et, en filigrane, comment elle a façonné les nôtres.

  • Kipling nous conte dans cette nouvelle les mésaventures d'un homme - le narrateur - en mal d'inspiration qui tente de faire sienne l'histoire imaginée par un autre.
    Cet autre, Charlie Mears, un jeune commis de 20 ans plein d'aspirations littéraires, est venu le trouver pour qu'il l'aide à améliorer son écriture. Le narrateur découvre très vite que, si Charlie n'a aucun talent littéraire, il se souvient avec exactitude d'expériences palpitantes vécues lors de vies antérieures. Convaincu que le récit de ces aventures pourrait donner lieu à la plus belle histoire du monde, le narrateur tente de persuader Charlie de lui raconter avec précision ces expériences enfouies au fond de sa mémoire.
    Avec ce récit, Kipling aborde les questions relatives à l'écriture et à l'inspiration : Pourquoi écrit-on ? Peut-on écrire si l'on n'est pas le possesseur d'une histoire à raconter ? Comment s'en sort un écrivain dépourvu d'imagination ? Qu'est-ce qui importe le plus : le fond ou la forme ?
    Cette nouvelle pose aussi la question de la transmission inconsciente des souvenirs, de la menace toujours présente de la perte et de l'oubli, de la dépendance enfin, qui s'installe entre celui qui sait et l'ignorant.

  • Cette nouvelle, considérée comme un des chefs-d'oeuvre du divin marquis, fut écrite en prison au même moment que Les 120 journées de Sodome. En une centaine de pages, Sade a pu concentrer, pour la plus vertueuse des héroïnes, toute la cruauté du destin : un viol, deux meurtres, trois incestes et un suicide ! Mais si tout est ici poussé à son paroxysme, ces pages, modèle de retenue et de sobriété, décrivent l'enchaînement implacable des situations et tiennent le lecteur en haleine jusqu'à la dernière ligne.

  • Pourquoi lire aujourd'hui les Mille et une nuits ? Parce que leur message nous concerne toujours. Prenons l'histoire de cette belle Persane, une femme d'une beauté exceptionnelle qui se vend au marché comme esclave et que le vizir du roi achète pour lui en faire cadeau. Ce vizir a un fils, Noureddin, qui tombera tout de suite amoureux de la belle. Là commence l'aventure où des thèmes universels sont abordés: jalousie, envie, manigances, gaspillage, amitié, générosité, égoïsme, etc. Il n'y a pas un seul mot, une seule phrase inutiles dans ce conte.

  • Après avoir été parfois considérés comme des héros, les abolitionnistes occidentaux, et notamment français, sont aujourd'hui de plus en plus critiqués.
    Car si l'on reconnaît leurs prises de position en faveur de l'abolition de l'esclavage, on met aussi en avant la lenteur du processus abolitionniste. Dans cet ouvrage, Lawrence C Jennings, nous montre combien la chose n'allait pas de soi. On découvre comment un mouvement abolitionniste, quasiment anéanti au moment où Bonaparte devient Premier Consul, se reconstitue peu à peu après 1815, dans un contexte difficile, où l'abolitionnisme est parfois représenté comme une sorte de cheval de Troie britannique destiné à réduire la France à une puissance de second rang.
    Bien que secondés par de grandes figures libérales, comme Benjamin Constant, les abolitionnistes subissent le contrecoup de leur opposition au régime de la Restauration. Paradoxalement, leur arrivée au pouvoir, avec la révolution de juillet 1830, ne permet pas de faire aboutir leur projet. De tergiversations en oppositions, les abolitionnistes les plus convaincus - comme Victor Schoelcher et le Martiniquais Cyrille Bissette - en arrivent peu à peu à l'idée qu'il convient de mettre immédiatement fin au fléau de l'esclavage.
    Une autre révolution, celle de 1848, leur en donnera enfin l'occasion. En nous contant ces multiples péripéties, Lawrence C Jennings nous montre combien l'histoire de l'abolitionnisme s'articule avec celle de notre entrée dans l'ère démocratique.

  • Qu'est-ce que la femme ? Un animal étrange né de la vase des bords du Nil, comme le croyaient les Égyptiens ? Ou formé sur le fumier exposé au soleil d'Arabie, comme le pensaient les Grecs ? Ou un sous-produit de la côte d'Adam, comme le veut la Genèse - c'est pourquoi elle a l'esprit tordu ? Ou encore, plus scientifique, selon Aristote : «La femme est une erreur de la nature. Dans un ordre parfait n'existeraient que des mâles».
    En 1617, un certain Jacques Olivier publie un livre intitulé Alphabet de l'imperfection et malice des femmes. Dès l'entrée, le ton est donné : «Femme, si ton esprit altier pouvoit connoître le sort de ta misère et la vanité de ta condition, tu fuirois la lumière du soleil, tu chercherois les ténèbres, tu entrerois dans les grottes, tu regretterois ta naissance et tu aurois horreur de toi-même.» Dans la stigmatisation de la femme, Jacques Olivier n'est pas seul. Il est épaulé par une école de misogynes qui jonglent avec les exégèse bibliques, le discours patrologique ou traditionnel, la grivoiserie proverbiale et manient l'invective avec un naturel déconcertant.
    Ainsi prend corps la «querelle des femmes».
    Car face aux misogynes se dressent de fougueux féministes. Ils reçoivent de leurs adversaires les qualificatifs de «damarets», «muguets», «effeminez». Ils s'appellent Vigoureux, Meynier, chevalier de l'Escale et, par dessus tout, Poullain de la Barre, esprit des Lumières égaré au coeur du XVIIe siècle et féministe si audacieux qu'on a du mal à le surpasser dans ses idées, même aujourd'hui.
    Tout au long des XVIIe et d'une partie du XVIIIe siècle, la «guerre des sexes» se poursuit, orchestrée par les stratèges du refoulement autour du thème de la «descouverture des seins» ou des dangers incarnés par l'Amazone.
    Au XIXe siècle le discours se fait plus subtil. Il est laïcisé par les médecins qui se penchent avec paternalisme sur la femme, être fragile qui implore la protection de l'homme fort. En somme, la nouvelle stratégie se résume en peu de mots : protéger pour mieux soumettre.
    C'est cette histoire de la mysogynie, depuis la plus virulente, la plus violente et la plus paillarde, jusqu'à la plus subtile, la plus paternaliste et la plus féministe d'apparence, que Pierre Darmon retrace dans ce livre.

  • Peu de réalités exotiques ont frappé l'imaginaire occidental comme le Harem impérial ottoman.
    Le vain acharnement des étrangers à forcer la partie la plus secrète du Sérail n'a d'égal que l'impassibilité de la Porte qui, jusqu'au déclin final de cette institution en 1909, n'autorisa presque aucune indiscrétion.
    Le Harem impérial est encore, à l'aube du XXe siècle, un sanctuaire inviolé, malgré ce que l'on a pu en déduire à partir des harems privés plus perméables et des rares confidences d'un bailli de Venise ou d'une voyageuse anglaise.
    Le témoignage de Leïla Hanoum, fille du médecin du Palais et conseiller du Sultan, qui relate la vie quotidienne du Harem impérial, apparaît dès lors comme une évocation sans précédent. À la valeur du document s'ajoute l'atmosphère rendue par les anecdotes et les détails minutieusement restitués par une femme qui a vécu sous six sultans et dont l'âge n'a pas entamé la prodigieuse mémoire.
    Leïla Hanoum nous fait pénétrer dans un univers jusqu'alors hermétique, qui, un siècle seulement après sa disparition, semble aussi éloigné de nous, et aussi mythique, que la cour du roi Salomon.

  • L'Europe est en crise. Comment en est-on arrivé là ? Qu'est-ce qui n'a pas fonctionné ? Dans l'urgence, les États de la zone euro ne sont-ils pas en train de créer un monstre adémocratique ? L'euroscepticisme est-il réactionnaire ? Une fédération à 27 pourrait-elle fonctionner efficacement ?

    Ce livre est un appel. Un appel qui s'adresse à l'intelligence de chaque citoyen. Un exercice de lucidité et une incitation à la réflexion. Un cri d'alarme aussi.
    Le ton est franc, enflammé, les arguments implacables :

    «L'Europe doit une fois pour toutes se défaire du nombrilisme de ses États-nations. Une révolution radicale s'impose. Une révolution européenne de grande ampleur. Une Union fédérale européenne doit voir le jour. Une Union fédérale européenne qui permette aussi rapidement que possible à l'Europe de participer au monde postnational de demain. Par facilité, lâcheté et manque de vision, trop de chefs d'État et de gouvernement préfèrent ne pas voir ce qui est en jeu. Réveillons-les. Confrontons-les à leur impuissance. Ne leur laissons pas un jour de repos. Et montrons-leur la voie vers cette autre Europe, l'Europe du futur, l'Europe des Européens.» L'ère de la gesticulation aux Sommets est révolue, le moment est venu de la réalisation.

empty