Anacharsis

  • Cet ouvrage assemble les textes de deux conférences prononcées lors de la première du festival de L'Histoire à venir à Toulouse en mai 2017. Ils reflètent les intentions des organisateurs (la librairie Ombres Blanches, la théâtre Garonne, l'université Jean-Jaurès et les éditions Anacharsis) de replacer l'histoire au sein de l'espace public, une histoire ouverte à tous fondée sur l'argument, la raison et la recherche et non plus sur des effets d'autorités ou des déclarations péremptoires.
    Il s'agit de renouer le passé, le présent et le futur en envisageant les contours d'une histoire à venir. Patrick Boucheron s'interroge ainsi que les possibles non advenus du passé mais toujours actifs dans la pratique historienne comme dans les mémoires dans un texte intitulé « Écrire l'histoire des futurs du passé » ; tandis que François Hartog, dans «Vers une nouvelle condition historique ? », questionne les nouvelles façons envisageables de faire de l'histoire à une époque où règne en maître le présentisme et l'instantanné.

  • C'est avec un talent d'historien stupéfiant que le britannique Richard Cobb nous fait pénétrer dans le monde du petit peuple de Paris au lendemain de la Révolution. Grâce à la découverte d'un lot d'archive décrivant les corps des personnes recueillies dans la Seine, pour la plupart des suicidés, il mène une enquête au plus près sur la vie de ces désespérés.
    Ainsi se fait jour un immuable quotidien sur les berges du fleuve, dans les immeubles délabrés, parmi une parentèle ou des amitiés de voisinage auxquelles on n'échappe guère, quel que soit par ailleurs le régime politique en place. C'est ici un retour à une histoire des gens du peuple plutôt que la reprise d'une histoire « populaire ».

  • Né esclave dans une plantation du Texas en 1864, William Henry Ellis devint millionnaire à Manhattan dans les années 1890, puis décéda dans le dénuement à Mexico en 1923. Autour de la figure interlope de cet homme, Karl Jacoby mène une enquête palpitante parmi les failles de l'histoire des États-Unis du Gilded Age, l'Âge doré de Mark Twain.
    À travers le récit de la vie d'Ellis - rocambolesque parfois -, il éclaire d'un jour différent l'histoire américaine, en l'arrimant notamment à l'histoire du Mexique, et en adoptant la perspective de la question raciale comme ligne de fissure où se réfractent les contradictions de cette société en plein essor. Poursuivant Ellis du Texas à New York, à Mexico ou en Éthiopie, il produit un ouvrage lumineux, comme une nouvelle histoire des États-Unis.

  • Ce livre fait l'histoire d'un autre livre : en 1690, Les Infortunes d'Alonso Ramírez étaient publiées à Mexico. Ce petit livre raconte comment un certain Alonso Ramírez, fils de charpentier originaire de Porto Rico, est capturé aux Philippines par des pirates anglais. Réduit en esclavage, le malheureux endure les sévices des forbans et assiste à leurs déprédations en mer de Chine, dans l'océan Indien et jusqu'en Atlantique. Relâché aux commandes d'une frégate, il fait naufrage sur une côte déserte du Yucatan, bouclant au passage un tour du monde.
    L'ouvrage a longtemps été considéré comme une fiction, le premier roman - picaresque - jamais écrit en Amérique espagnole.
    Mais Fabio López Lázaro démontre dans une vaste étude préliminaire à la traduction commentée des Infortunes, qu'il s'agit aussi d'un témoignage véridique - quoique fort suspect. Que contenaient les cales de la frégate échouée ? Qu'est-ce qui conduisit le vice-roi de la Nouvelle-Espagne et un portoricain obscur à nouer une alliance incongrue pour publier ensemble cet ouvrage édifiant ?
    L'enquête minutieuse de López Lázaro autour des aventures d'Alonso Ramírez renverse les perspectives sur l'histoire de la piraterie, non plus considérée pour elle-même mais saisie dans le contexte mondial de l'empire espagnol du XVIIe siècle. Ce qui revient à interroger son rôle d'acteurs ambivalents dans les rivalités entre puissances européennes pour la colonisation du globe.

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