Alter Ego

  • « Akpé Motion voyage, Alain Brunet, Pascal Bouterin et leurs amis voyagent en musique et font voyager l'auditeur en concert. » nous dit Michel Arcens, critique de jazz et écrivain. Oui, celui que Lucien Malson a avait désigné comme « globe-trotter » du jazz est toujours en mouvement. Au fil de ces « Carnets » rédigés à chaud après les concerts, dans les airs ou sur les routes ; Alain Brunet nous fait suivre ses trajets et ses haltes, ses tours du monde, ses bonheurs et ses déceptions. Il nous transporte sur les continents où ses musiques ont retenti : l'Europe , les Amériques , l'Afrique, l'Océan indien, l'Asie, l'Océanie... Mais c'est à Paris, le lieu qu'il aime depuis longtemps qu'il se souvient qu'Hodeir, ami du football, avait un soir chez Solal, comparé un but inventif de Platini à une acrobatie de Charlie Parker... Sur le ton de la confidence, il nous entraîne dans ses pas, à réfléchir, avec lui et beaucoup de musiciens estimés, où en est le jazz d'aujourd'hui, dont il est une étonnante figure.

  • Le chanteur Nougaro. J'aurai littéralement été habité. Cet enchanteur de ma jeunesse dans les cordes. J'aurai vraiment été à la merci de cette voix. Fasciné par ses gestes lyriques. Ce boxeur frappait à l'âme. Comme d'autres au ventre. Ce boxeur de syllabes vous touchait, en chantant, à cet endroit où c'est pareil, L'âme, le ventre. Il n'y allait pas de main morte. Quatre boules de jazz. J'ai fini par mélanger toutes les nougasongs du bluesman. Pot pourri de mes proses rongées de rimes. Serai-je parvenu, dans ce livre, à capter la fréquence-Nougaro. Sa pensée soufflée jusque dans mes plus intimes fibres. "Mon seul chanteur de blues" n'est pas mort. Son alchimie du verbe swingué. Le lyrisme est une fête. Rimes ou prose.
    Ancien de "Normale sup'", écrivain, vivant à Toulouse et travaillant là où il se trouve (trains, avions, hôtels, cafés...), Yves Charnet est un spécialiste de Baudelaire et, poète lui-même, également un grand amateur de jazz et de tauromachie. Il cultive en outre une passion dévorante pour la chanson française : Lama, Sardou, Trenet... Poursuivant son autofiction sans fin, commencée avec "Proses du fils" (1993), il ouvre, dix ans après la mort de son ami, ses "archyves Nougaro".

  • Dans leurs interviews aussi, les artistes de jazz improvisent. La langue de bois, les propos formatés, ce n'est pas leur genre. Ils s'expriment avec passion et humilité leur art, leur métier, leur parcours, leur détermination, leurs doutes. En plus de vingt ans, Jean-Louis Lemarchand a rencontré plus d'une centaine d'interprètes de jazz. Les 32 entretiens sélectionnés et présentés ici permettent de découvrir sous un angle nouveau, personnel, intime, humoristique, des jazz(wo)men qui marquent l'histoire contemporaine du jazz.
    Ornette Coleman en quête permanente du " son ", Michel Portal éternel insatisfait, Michel Petrucciani, amoureux de la vie (et des gnocchi...) Ahmad Jamal serein - et admirateur de Napoléon, Gilberto Gil fan de foot et militant de l'environnement, Melody Gardot expliquant sa conversion de Chopin à Ellington, Ray Barretto vantant la qualité d'écoute du public français, Herbie Hancock plaidant pour la " world music ", René Urtreger revendiquant le droit à la fausse note, Dee Dee Bridge ater s'enthousiasmant pour Edith Piaf et Léo Ferré, Archie Shepp et John McLaughlin évoquant Coltrane et Miles... Une chronique des deux dernières décennies du jazz, menée sur un rythme enlevé qui lève une partie du voile sur les aspirations et la condition de ces artistes singuliers aux talents pluriels, les musiciens de jazz.

    Membre de l'Académie du Jazz, Jean-Louis Lemarchand apporte depuis les années 90 des chroniques à plusieurs médias de la presse écrite (La Tribune, VSD, L'Expansion, France Soir, Pleine Vie, les DNJ). Il est l'auteur de " Ce-jour là sur la planète jazz " publié en 2013 aux Editions

  • Ko-ko

    Alain Pailler

    Le 6 mars 1940, Duke Ellington et son orchestre enregistrent Ko-Ko, couronnement du style jungle et sommet d'un parcours artistique qui s'étale sur près d'un demi-siècle, laissant une trace considérable dans l'histoire du jazz.
    Aux racines de cette composition singulière, à sa miraculeuse éclosion, à ses avatars, à sa postérité comme à sa fécondité dans l'univers de la musique afro-américaine qui assume et revendique non sans fierté sa négritude, Alain Pailler s'est attaché avec une rigueur et une objectivité qui n'excluent ni l'empathie érudite ni la passion de l'amateur.
    C'est à (re)découvrir la force incorruptible de Ko-Ko que nous convie l'auteur de cet essai, dont le regretté Frank Ténot avait tantôt déclaré qu'il était « un maître » dans l'exercice complexe consistant à faire partager la beauté d'une interprétation musicale au seul moyen des mots.

    Ecrivain, traducteur, chroniqueur de jazz, Alain Pailler vit et travaille dans le Gard.

  • Longueur du temps

    Alain Gerber

    Des sources d'enchantement, il y en a partout dans l'univers qu'Alain Gerber nous invite à découvrir par-dessus son épaule. Pour la bonne raison qu'il y a partout, dans chacune de ses pages, à leurs détours et dans tous les tours qu'elles nous jouent, des mots qui chantent et des chants qui empruntent, l'air de rien, les mêmes chemins que les mots.

    Après nombre d'essais et de récits, après tant de romans, « Longueur du temps » se présente comme une aventure où cet auteur ne s'était jamais risqué auparavant.
    Alain Gerber ici se raconte. Ou plutôt tous ses souvenirs se disent dans l'instant de la lecture. Qu'ils soient ceux de l'enfance ou qu'ils se situent en d'autres temps et en d'autres lieux - au Mexique ou en Grèce, à Montréal ou à Ouagadougou - ils se disent tous, lorsqu'ils s'offrent à nous, dans une sorte de « présent absolu ». L'un après l'autre, ils s'expriment comme ils viennent, comme ils se ressentent, comme ils s'inventent, se disent et se redisent sans doute : tous sont là, tous vivent intensément. Parce que leur naissance, leur élan ont lieu comme au coeur de chaque mot, dans chacune des phrases de chacun de ces textes. Ces textes dont on ne sait pas trop (et leur auteur pas plus que nous, confie-t-il volontiers) s'il faut dire qu'ils sont « de la poésie » - comme si toute littérature digne de ce nom n'aspirait pas à ce destin quelque voie qu'elle emprunte un jour !
    Alors oui, même si ces pages l'invitent à explorer des terres nouvelles, le lecteur ne sera pas dérouté s'il connaît l'oeuvre d'Alain Gerber. Celui qui aura la chance de la découvrir, pour sa part, comprendra vite ce qu'est la littérature pour cet auteur aussi rare que prolifique : une forme de musique, c'est certain.
    Une forme de jazz peut-être bien.


    Parallèlement à « Longueur du temps », Alain Gerber a publié en ce début de 2011 aux éditions Fayard, un roman baptisé "Je te verrai dans mes rêves". Il a récemment signé chez le même éditeur « Blues » (2009) et « Insensiblement Django » (2010), deux ouvrages que l'on peut qualifier de majeurs dans une oeuvre littéraire maintes fois récompensée par des prix prestigieux (Interallié, Goncourt de la nouvelle, Grand prix du Roman de la Ville de Paris pour l'ensemble de l'oeuvre dès 1984, etc.).
    Alain Gerber fut aussi le producteur d'émissions de radio consacrées aux plus grands musiciens de jazz, sur les ondes de France Musique et de France Culture, où sa voix tout aussi singulière que son écriture et sa pensée n'a pas été pour rien dans le succès du mémorable « Le Jazz est un roman ». Rappelons enfin que ce titre est également celui d'un disque pareil à nul autre, qui marie ses textes aux improvisations de quelques-unes des figures de proue du jazz contemporain (label Owl records.)

  • La malédiction est une tragédie et en même temps, dans bien des cas, elle vaut une assurance contre le désastre. Grâce à ces débuts de chapelles, à ces groupuscules sectaires qui, presque immanquablement, se forment autour des réprouvés, ceux-ci gardent le contact avec ce monde qui voudrait nier leur existence. Mais, pas plus qu'elle n'est le sûr indice de sa médiocrité, la malédiction ne garantit le génie de l'artiste. De ce fait, dans la mesure où cette flétrissure a bizarrement quelque chose de prestigieux, il paraît clair que tout un chacun ne la mérite pas. A l'exception, bien sûr de ceux qui ont l'honneur - passagers clandestins de l'exécration, simples touristes de l'exil, ou autres astucieux gérants de l'ostracisme - de figurer dans ce Petit Dictionnaire où, sous l'érudition et la précision des notices, transparaît toute l'admiration, sinon la tendresse, de Gerber pour ces héros de l'ombre de l'Histoire du Jazz.

  • Miles aux Champs-Elysées, Ella à Harlem, Solal à Manhattan, Shepp à Alger, Goodman à Moscou.. " Jouez de la musique de jazz, c'est comme raconter des histoires " (Milt Jackson) Pétrifiée un moment par le trac, Ella Fitzgerald monte sur scène et inscrite pour le concours de danse, décide finalement de tenter sa chance comme chanteuse. A 17 ans, ce 21 novembre 1934 à Harlem, la jeune orpheline remporte un concours amateur, point de départ d'une carrière planétaire. L'histoire du jazz ne manque pas de ces jours-ou de ces nuits- qui pris individuellement constituent des évènements. Aux côtés de dates indispensables- comme le concert du 15 mai 1953 de Charlie Parker et Dizzy Gillespie au Massey Hall de Toronto, testament vivant du Be Bop, ou celui de John Coltrane à l'Olympia le 21 mars 1960, qui voit Paris découvrir un nouveau géant du saxophone, ces récits présentent des dates modestes en soi mais annonciateurs de succès futurs, comme la première rencontre de Norah Jones avec le patron de Blue Note le 11 avril 2000. On assiste également à ces évènements imprévisibles mais devenus historiques comme Miles enregistrant au coeur de la nuit la bande-son d'Ascenseur pour l'Echafaud le 4 décembre 1957 en présence de Jeanne Moreau, ou Django Reinhardt donnant sa première prestation publique du quintette du Hot-Club-de-France un dimanche matin, le 2 décembre 1934, à 10 h. Fruit d'une longue enquête faite d'entretiens avec des jazz(wo)men, de souvenirs personnels et d'un travail documentaire approfondi, " Ce jour-là sur la planète jazz " raconte à sa façon très subjective la grande aventure du jazz, faite d'imprévu et d'improvisation. Un parcours où le lecteur retrouve quelques-uns des génies créateurs de " la plus populaire des musiques savantes ", Louis Armstrong, Billie Holiday, Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Miles Davis, Charles Mingus, John Coltrane, Martial Solal, Michel Petrucciani.
    Jean-Louis Lemarchand, chroniqueur de jazz depuis les années 90 - La Tribune, VSD, Pleine Vie, Les Dernières Nouvelles du Jazz- est membre de l'Académie du Jazz. Il écrit à propos de son livre : "Ce parcours en zigzag dans un siècle de jazz, mu uniquement par le goût personnel, prend son départ en 1913 (le 6 mars), avec la première citation du terme " jazz " dans un journal (de San Francisco) et s'achève par un concert de deux seniors bien verts, Ahmad Jamal et Yusef Lateef, 172 ans à eux deux, en juin 2012 (le 27) à l'Olympia (de Paris). Là aussi, nous revendiquons et assumons l'arbitraire. Le jazz n'est en rien une affaire de raison(s)."

  • Quel(s) effet(s) la musique -de jazz principalement, mais pas uniquement- produit-elle sur celle ou celui qui l'écoute, s'en imprègne, ou qui, se la remémorant, la réinvente, projetant sur elle des instants -réels ou rêvés- de vie personnelle ? Cela dépend de beaucoup de choses. Par exemple du temps qu'il fait à ce moment dans le corps, l'esprit de celle ou celui qui compose cette musique, l'interprète, l'invente à l'instant même, la diffuse, lui donne un lieu où exister. Celui ou celle qui joue, qui chante, recherche-t-il tel jour "seulement" un public et tel autre soir est-il anxieusement en quête de l'inaccessible note bleue ? Celui ou celle qui écoute entend-il "seulement" la musique ou n'est-il que la proie, à ce moment, de ses chimères, ses certitudes ou ses renoncements ? Une seule chose est certaine : personne ne sort indemne de l'exercice...
    En une cinquantaine de textes (plus un "envoi") Alain Gerber -se penchant sur nombre de jazzmen et jazzwomen, d'hier et d'aujourd'hui, "fauteurs de trouble"- s'interroge et nous questionne sur ce phénomène. Peut-être Gerber s'adresse-t-il en fait à lui même sur ce qui "fait désordre"... C'est pour cela que ce qu'il dit parle au lecteur au plus profond de lui-même. Aussi parce que chacun de ces textes -qu'il participe de l'analyse, de la critique, du récit ou de la poésie pure- est un produit jubilatoire créé par l'immense talent de l'écrivain Alain Gerber.

  • « Lena, les désordres du Caravage » est le quatrième livre publié par les éditions Alter Ego sous la signature de Michel Arcens. La nouvelle qui donne son titre à ce recueil composé au total de huit textes est consacrée à l'oeuvre du peintre, à sa vie et plus profondément sans doute à sa conception du monde et de l'existence. Le livre s'ouvre sur une nouvelle intitulée « Sur le chemin de Santa Pau », fiction qui se déroule dans le sud de la France ainsi que dans la Catalogne du XIII° siècle à laquelle ce récit rend un vibrant hommage. Les nouvelles qui ont été ici rassemblées portent sur des thèmes qui peuvent sembler très différents comme, par exemple, les migrations (« Un long voyage »), le séjour de Paul Gauguin à Hiva Hoa (« Une sorte de bleu »), ou encore la maternité (« Pourvoir »). Pourtant, en deçà de ces diversités, voire de ces hétérogénéités apparentes, un lien constant pourrait faire de ce livre une sorte de récit unique : celui de l'existence de chacune et de chacun, telle qu'elle est avant tout une sorte de don, de don de soi sans attente du moindre retour. « Lena » nous dit à sa façon, de multiples manières, que ce n'est qu'ainsi que la vie peut réellement être vécue, au-delà des drames ou des douleurs les plus actuelles, les plus contemporaines, qui la frappent si souvent.

  • Été 1905. Henri Matisse (36 ans) et André Derain (26 ans), tous deux dans des situations matérielles et psychologiques éprouvantes, ont quitté Paris et se retrouvent à Collioure, petit port de la Côte Vermeille. L'originalité et la beauté des lieux, l'authenticité affirmée des habitants vont agir comme un véritable électrochoc sur les deux peintres. Aristide Maillol (46 ans) et Étienne Terrus (48 ans), artistes du pays, déjà rencontrés dans la capitale, seront leurs interlocuteurs privilégiés sur tous les sujets de discussions possibles. Leurs échanges vifs parfois, tolérants toujours, décantent, éclairent et nourrissent des approches nouvelles de leurs arts respectifs. Grâce à ces éléments, et malgré les différences fondamentales entre leurs personnalités, Matisse et Derain vont renaître à la peinture. Leurs recherches communes aboutiront à un style révolutionnaire que l'on appellera plus tard Fauvisme. Marguerite, la fille adolescente de Matisse, apporte par ses critiques spontanées et sa fraicheur juvénile, une respiration libératrice dans le huis dos parfois étouffant de l'atelier. Marguerite se dédouble en La Sybille, prophétesse de l'antiquité grecque dont la parole anticipe ce qui se joue et agit en révélatrice de l'inconscient des créateurs.

  • Panchot

    Sébastien Navarro

    Le 29 juillet 1944, 150 maquisards FTP et guérilleros espagnols investissent la ville de Prades, sous-préfecture des Pyrénées Orientales. Ils se ravitaillent en argent et tabac, attaquent le siège de l'occupant avant de refluer vers leur QG situé dans les murs de La Pinouse, ancienne colonie minière surplombant le village de Valmanya. Trois jours après, 600 Allemands et miliciens débarquent pour liquider le maquis. Valmanya est brûlé, quatre habitants exécutés. Après avoir épuisé leurs munitions, les résistants s'enfuient à travers la forêt. Blessé à la jambe, Julien Panchot, capitaine FTP, est capturé par les nazis, torturé et tué.
    La mort de Panchot et la destruction de Valmanya, symboles « martyrs » de la Résistance du Roussillon, font depuis l'objet de commémorations annuelles. Mais derrière ces clichés figés dans le marbre de l'Histoire, les tensions mémorielles n'ont jamais cessé de s'affronter. L'enjeu n'étant pas tant de trancher sur une vérité événementielle que de flétrir ou s'accaparer l'héritage de ceux que l'époque qualifiait alors de « terroristes ».
    A travers une série de rencontres abrasives et d'hasardeuses déambulations, Sébastien Navarro a essayé de démêler non pas le vrai du faux historique mais les intentions, souvent revendiquées, parfois inconscientes, des porteurs de mémoire. Irrévérencieux parfois, perdu souvent, ému par certains entêtements utopistes, l'auteur a fini par se rendre à l'évidence : « Valmanya est un vortex. Un trou noir à l'abyssale fringale. »

  • Douze années durant, le conflentois Monfreid entretiendra une correspondance régulière avec Paul Gauguin mais aussi avec les milieux artistiques de l'époque pour diffuser et faire valoir l'oeuvre du peintre «exilé volontaire» aux Marquises et défendre les intérêts de sa famille après son décès. Ce précieux témoignage auquel s'ajoutent les archives du marchand Ambroise Vollard, très fournies en ce qui concerne Gauguin, est ici rassemblé par Mercedes Palau-Ribes et Brigitte Payrou-Nevau en soixante-et-onze lettres, totalement inédites , échangées d'abord par ces deux noms liés à jamais par l'histoire de l'art, Paul Gauguin (1848-1903) et George-Daniel de Monfreid (1856-1929), puis par le premier cercle de ces deux hommes devenus des amis. Il convient néanmoins de souligner à quel point ces missives étaient auparavant dispersées : l'éloignement de Gauguin et les conditions de sa disparition aux Marquises, le nombre considérable de publications qui lui ont été consacrées, ayant favorisé cet éparpillement. L'enseignement que l'on peut tirer de ces lettres est double. Elle témoignent, si besoin en était, de la fidèle amitié de Monfreid envers Gauguin par-delà la mort mais mettent en lumière ce qui conduit de l'ultralocal à l'universel. C'est-à-dire de ce qui lie intimement depuis des siècles les Pyrénées-Orientales, autrement dit le Pays Catalan, à l'histoire mondiale de l'art.

  • MA2F, artiste né à perpignan en 1959, est d'un tempérament mêlant son ascendance catalane et sa culture française.
    Depuis son enfance, il est habité par l'image d'un objet familier, l'entonnoir.
    Il en fit un des éléments privilégiés de son inspiration, parce que l'entonnoir représentait par l'évidence de sa forme hermaphrodite, l'icône absolue de son propre désir de réunification des éléments masculin et féminin qui régissent le monde. Désir qui parcourt toutes ses formules plastiques, de la peinture à la sculpture, des installations au modelage d'objets.
    En tant que symbole, l'Entonnoir contient, dans sa seule image déclinée par la volonté d'esthétisme du plasticien, l'Un en Deux. Cette fonction de symbole lui permet de rejoindre concrètement le récit d'Aristophane (dans Le Banquet de Platon) pour qui les Androgynes cherchaient à reconstituer leur entité détruite Par Zeus.
    MA2F transforme l'objet, par la magie de l'art en lieu de passage mental de toutes sortes de fantasmes. Par exemple, le 2ISME permet de regarder le monde de deux côtés en même temps; l'union, sur ses tableaux, de la peinture et de la sculpture ; et surtout l'intervention de l'érotisme comme passeur du désir terrestre au désir de l'au-delà.
    MA2F proposerait-il un art sulfureux ? Il sera nécessaire de dépasser les apparences pour comprendre que ce qui est proposé à notre regard et à notre réflexion c'est un questionnement sur l'Humain dans sa relation à l'Amour et au Sacré.

    Historienne et analyste de l'Art, Catherine Deloncle Saint-Ramon a précédemment publié aux éditions Alter ego « Les pionniers de l'art moderne en pays catalan » (2005), « Une érection salvatrice en gare de Perpignan » (2006), « Pierre Brune, des berges de la Seine aux collines de Céret » (2008).

  • Interpellé le 17 décembre 2008, mis en examen pour corruption, détournement de biens publics, blanchiment, etc., le docteur Jacques Bouille, maire de Saint-Cyprien, Conseiller Général a été, à l'issue de sa garde à vue, placé en détention provisoire à la Maison d'Arrêt de Perpignan.
    Il s'y est donné la mort par pendaison dans la nuit du 23 au 24 mai 2009.
    Coupable ou non coupable des faits qui lui étaient reprochés ? Qui peut le dire ? Seul Jacques Bouille détenait l'absolue vérité et il est malheureusement évident qu'il ne la révèlera plus.
    Cet ouvrage se contente de livrer les faits, jour après jour, semaine après semaine, et raconte le combat de ses avocats, la souffrance de sa famille.
    Il a été écrit par sa veuve, elle aussi miss en examen pour « complicité ».
    Cette dernière a vécu de l'intérieur l'épreuve de la garde à vue et de la mise sous contrôle judiciaire, c'est pourtant avec calme et dignité qu'elle relate toute l'histoire. De nombreux contre-arguments viennent étayer la thèse de l'innocence, mais chacun se fera sa propre opinion. Car, répétons-le, le but de ce récit n'est pas d'innocenter l'élu, mais de jeter sur l'affaire un autre regard.

  • Le choix des artistes dont, parmi bien d'autres grands musiciens, l'auteur tente ici un portrait ou une simple esquisse est né d'une blessure aussi profonde qu'ancienne, que ceux-ci ont ouverte en lui, lors d'une première écoute, " live " ou sur disque. Blessure du désir, d'abord inaperçue, puis latente, qui ne s'est jamais refermée. Laquelle, devenue ainsi peu à peu manifeste, s'est perpétuée jusqu'aujourd'hui et lui a permis d'instruire une sorte de diptyque avec l'Amour du jazz intitulé " Portées " (Galilée, 2009), Soit un choix entièrement subjectif mais nécessaire, dont la cause n'est fondée sur rien d'autre que lui-même, opérant dans ce qu'il faut appeler le vaste univers - ou " multivers " - du jazz.

  • Le destin qui va conduire Céret, petite bourgade des Pyrénées-Orientales, à devenir dans l'histoire de la peinture un phare de l'Art Moderne se met en marche le jour où quatre jeunes artistes prennent depuis Paris la décision de se rendre dans le Sud de la France, le temps de faire une pause au soleil, en Catalogne. Ces "découvreurs" ont pour nom Déodat de Séverac, Frank Burty Haviland, Manolo Hugué, bientôt rejoints par leur "chef de bande", Pablo Picasso... Viendront plus tard à leur rencontre Gris, Herbin, Kisling, Picabia, Dunoyer de Segonzac... et plus tard encore, Brune, Masson, Loutreuil, Krémègne, Soutine, Chagall, et bien d'autres, Dubuffet, Dufy, Gargallo, Chapiro, Blatas, Pignon... peintres et sculpteurs, mais aussi les poètes Max Jacob, André Salmon, Guillaume Apollinaire, Tristan Tzara... Se noueront là des liens indéfectibles avec les artistes et intellectuels locaux, Aristide Maillol, Pierre Camo, Victor Crastre et Ludovic Massé. La notoriété internationale de la petite ville de Céret est ainsi le résultat d'une succession de hasards, de la rencontre de destins individuels qui feront à la paisible capitale du Vallespir un Destin et lui donneront son surnom : " La Mecque du Cubisme "... En toile de fond du récit de cette aventure étonnante, patiemment reconstituée sur la base d'une impressionnante documentation par Yves Duchâteau, les événements historiques, littéraires et artistiques d'une période dense, tourmentée et riche, la première moitié du XXe siècle, et la création du Musée d'Art Moderne de Céret.

  • Ils sont 80 écrivains, romanciers, poètes, auteurs de polar, essayistes, philosophes, hommes, femmes, toutes générations et genres confondus. Chacun d'entre eux a choisi un album de jazz qui l'a marqué et a écrit un texte libre dessus. A la manière d'un big band, ce livre collectif inédit, à la fois singulier et pluriel, réunit 80 auteurs qui, en toute liberté, expriment leur amour du jazz. "Ah, l'" amateur de jazz " ! Au moins sa figure nous fournit-elle une première entrée dans la très riche et très éclectique anthologie réunie à l'initiative de Franck Médioni, écrit Yannick Séité dans la préface du livre. À côté de retrouvailles avec des écrivains mélomanes connus comme connaisseurs du jazz (le jazz lui aussi a ses Nietzsche, ses Jouve et ses Quignard et l'on croisera même ici quelques intimidantes autorités critiques), à côté de la confirmation de telle ou telle intuition (" Je me disais bien aussi, que X ne pouvait qu'aimer le jazz. "), My Favorite Things, le tour du jazz en 80 écrivains ménage à son lecteur le plaisir, la surprise, de découvrir la prédilection de tel écrivain, de tel poète dont l'oeuvre fait à peu près complètement silence sur les musiques de jazz, pour tel musicien, pour un disque donné. Autrement dit, on trouvera dans ces pages autant et plus d'amoureux du jazz que d'amateurs de jazz. " Franck Médioni : Journaliste, écrivain, producteur de l'émission "Jazzistiques" sur France Musique, Franck Médioni est l'auteur de plusieurs livres sur la musique: John Coltrane, 80 musiciens de jazz témoignent (Actes Sud), Miles Davis, 80 musiciens de jazz témoignent (Actes Sud), Le goût du jazz (Le Mercure de France), Martial Solal, ma vie sur un tabouret (Actes Sud), A voix basse, entretiens avec Joëlle Léandre (Editions MF), Albert Ayler, témoignages sur un Holy Ghost (Le mot et le reste), Jimi Hendrix (Gallimard), La voie des rythmes, avec le peintre Daniel Humair (Editions Virgile), Louis Armstrong, enchanter le jazz, avec le dessinateur Michel Backès (A dos d'âne). "De ce qu'il est un maître dans le maniement du langage, on infère souvent que l'écrivain aurait, sur toute chose, son mot à dire - à écrire. Baudelaire, lui, n'attribue pas à leur aisance avec le verbe la capacité des poètes à produire des vues intéressantes sur les divers objets du monde, mais à l'imagination, cette " reine des facultés " qui, " grâce à sa nature suppléante ", permet à un Alexandre Dumas qui ne s'y entend guère et que l'on n'attend pas sur ce terrain, de rendre le plus spirituel, le plus pertinent des hommages à Delacroix. Virtuosité avec les mots ? Imagination ? Toujours est-il qu'à peine né, le jazz a suscité l'attention des écrivains." (Yannick Seité)

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